Mercredi 8 février – de Puerto Varas à Castro

De bonne heure, après un petit-déjeuner offert avec notre chambre, nous quittons cette délicieuse auberge de jeunesse pour le terminal des bus.
En voulant payer la chambre, on me demande un léger supplément si je règle la note avec ma carte de crédit. Par contre, ça me donne droit à deux petits-déjeuners et des boissons chaudes à volonté. Finalement, ça m'a coûté moins cher…

La station des bus est à quelques minutes de marche, il ne nous reste plus qu’à nous équiper d’une salvatrice bouteille d’eau.
Notre autobus passe par Puerto Montt pour ramasser d’autres voyageurs. Ville plus grande et dénuée du charme de sa voisine du nord, elle est le point de passage obligé entre le continent et la grande île de Chiloé.

Sur la route de la côte, la file d’attente pour embarquer sur le traversier est interminable. Les voitures, camions et bus sont collés les uns aux autres, à ce rythme, nous traverserons le petit bras de mer demain... Mais le chauffeur de notre bus décide de passer sur l’autre voie et de doubler tout le monde.
Concert de klaxons, poing levé en l’air, tentative de blocage, rien n’y fait, il continue d’avancer et tant pis pour les voitures qui arrivent en face.
Un agent de police l'arrête, mais après quelques palabres, nous continuons sur notre lancée et embarquons très rapidement sur un beau bateau tout jaune.

Nous quittons nos sièges et montons sur le pont étroit pour admirer le paysage. Des oiseaux de mer plongent tête baissée dans les eaux calmes, que seul le frétillement des poissons, coincés entre la surface et le fond troublent. Des lions de mer et des poissons carnassiers viennent se servir au buffet du menu fretin.

En moins de 20 minutes, nous accostons sur cette île dont le nom me fait rêver depuis des lustres. À travers romans d’aventures, récits de navigateurs, ou divagation entre les pages d’une encyclopédie, il y a des noms qui se distinguent des autres. 
Valparaiso, Chiloé, Patagonie étaient les mots-clés de l’aventurier en culottes courtes que j’étais. Et maintenant, j’y suis ! 

Donc Chiloé. Pour l’instant, nous ne distinguons rien de plus qu’un ciel gris foncé, bas et menaçant, une route qui file à travers forêts et prairies et, de temps en temps, l’odeur puissante du varech qu’une plage diffuse au profit de la marée basse.

Escale à Ancud, la ville du nord, avant de continuer vers le sud et la grande ville de Castro où nous arrivons enfin aux alentours de 16 heures. Il y fait frais, nuageux, mais c’était ce à quoi on s’attendait, au moins il ne pleut pas.

Quelques minutes de marche pour d’atteindre l’Hostal del Mirador, où la jeune fille qui nous accueille est un peu perdue dans ses réservations. Nous avons le choix entre deux chambres et prenons celle du coin avec double vue sur la baie et les collines subrepticement ensoleillées.

L’estomac dans les talons, nous nous mettons en quête d’un restaurant. La très colorée Iglesia San Francisco domine la place d’Armes de son jaune éclatant.
Partout, des routards un peu sales se sont installés, et tissent bracelets et colliers. 
Quelques gueux passablement ivres, se jettent sur les voitures arrêtées au feu rouge pour laver les vitres, et se disputent les quelques piécettes jetées par les fenêtres. La journée est bien avancée et la Escudo, cette bière ordinaire et pas chèrecoule à flots.

Au coin de la place, le restaurant Descarriada offre moult giga-sandwichs et quelques bonnes bières locales. 

La décoration représente les fameux palafitos, ces maisons sur pilotis que nous avons entrevues par les fenêtres du bus. L'ambiance est familiale, le patron très fier de servir deux Canadiens, ici aussi l'accueil est à la hauteur du pays. Chaleureux et généreux.

Le ventre plein, nous visitons les alentours du centre-ville. Le petit kiosque à musique coloré s’ouvre sur la place très animée et fait face à l’église. 

Si l’extérieur de l’édifice religieux est outrageusement peinturluré, l’intérieur est superbement lumineux et ses boiseries claires et fleurant bon l’encaustique, apportent un réconfort digne d’un chalet. 

L’Archange Saint-Michel terrasse Satan, mais le syncrétisme omniprésent sur cet île peuplée de légendes et d’êtres surnaturels a transformé le démon en Caicai Vilu. Chimérique serpent de mer ailé qui combattit son alter-ego terrestre, le Trentren Vilu, et qui furent tous les deux à l’origine de la naissance de l’île.


Bâtie sur une colline, Castro se mérite. Les rues pentues tombent dans la mer, les escaliers raides aux marches hautes sont rudes pour les genoux. 

Au nord-est de la ville, une première série de palafitos découvrent leurs gambettes en bois moussu sur des plages bourbeuses.
Très jolies maisons, pour la plupart restaurées et transformées en hôtels de charme ou en restaurants, elles apportent des touches de couleurs vives sur les eaux sombres et les ciels nuageux.
Les barques échouées sur la grève profitent de quelques heures de repos avant de partir relever casiers et filets.

S’il est aisé de mal se nourrir à grands coups d’empenadas frits ou de completos vomissant leur mayonnaise, on trouve d’excellents restaurants au Chili. 
Et Castro ne fait pas exception avec, entre autre, le superbe Mercadito à deux pas de notre chambre.

Produits frais, bières locales, vins choisis, ambiance comme-à-la-maison-en-plus-grand et service en accord avec tout ce qui précède.

La réservation est quasi obligatoire pour le soir, mais à 20h30, il n’y pas foule et nous trouvons facilement de la place. C’est décidé, ce restaurant sera notre cantine pour les soirs à venir. Et nous aurons plaisir à respecter le dicton local : Quien apura en la Patagonia pierde su tiempo, que l'on peut résumer en : qui se hâte perd son temps. Profitons...

Avant de regagner nos pénates, nous cherchons vainement de l’eau au supermarché. Par contre, on trouve facilement des montagnes de lots de bouteilles de 3 litres de Fanta, Coca-Cola et Sprite. 



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