Vendredi 13 janvier – Valparaiso – On surprend nos papilles

Et c’est reparti pour une autre journée de farniente sur la plage avec nos voisins Ontariens et des coquetèles full gratis !
Ah ben non, on va marcher pendant des heures le nez au vent, la cheville hasardeuse et le genou flageolant.

Puisque nous avons évité de nous en mettre plein les narines il y a deux jours pour cause de potentiel dépôt de gerbe, nous retournons au petit port de pêche de Caleta Portales.

Nous passons le grand centre commercial pour monter à bord du funiculaire de Cerro Baron, l’un des plus photogéniques avec sa vue dégagée sur le Pacifique.

Du (presque) haut de la colline, nous pouvons tranquillement descendre une quarantaine de minutes, jusqu’au petit hall des pêcheurs où l’odeur est beaucoup plus supportable que mercredi.
Les poissons sortent de l’eau, les crevettes frétillent d’impatience, et les petits pots de ceviche n’attendent que nous.
Mais d’abord, il y a visite à nos amis les animaux.

Le vent du large est agréablement frais et une épaisse brume est en train d’envahir les immeubles de Viña del Mar, puis tranquillement les contreforts des collines de Valpo.

Quelques pélicans trônent du haut de leur stature antédiluvienne sur les rochers, et toisent de leur air supérieur les mouettes rieuses qui tournent autour.

Sous le quai, les lions de mer sont toujours là, sachant qu’ils seront nourris sans faire le moindre effort. Alors ils s’amusent, puis se disputent et grognent pour garder leur place au festin. Le mâle dominant quant à lui regarde tout ça avec distance. Un chien fou aboie et court le long de la plage, suivi dans l’eau par un groupe de trois jeunes phoques qui semblent s’amuser de la situation. Les mammifères avancent vers la plage, le chien recule. Ils repartent un peu dans les vagues, le chien s’avance largement dans l’eau. Laquelle de ces deux espèces va évoluer pour suivre l’autre ?

Une petite fille, aidée par son jeune frère, traîne un gros bac rempli de carcasses et viscères de poissons. Elle plonge les deux mains dans la mixture gluante et jette sa bouillie aux bestioles. C’est le branle-bas de combat, les immenses corps montent les uns sur les autres, ça rugie et se défie, tout en attrapant maladroitement les chairs molles.
La petite crie après son cadet pour qu’il l’aide, mais il préfère profiter du spectacle pendant que la frangine plonge ses petits bras dans l’immonde brouet.

Nous nous écartons un peu de la scène qui tourne au règlement de comptes, les coups volent bas et Ordralfabétix peut se rhabiller. Comment ça ? Pas frais, mon poisson !


À l’intérieur du hall nous achetons deux barquettes de ceviche. Je choisis celui au poisson et André quelque chose qu’il n’a pas compris. Comme d’habitude.
Il aura droit à un cocktail de tous les mollusques présents sur l’étal, et lui qui, habituellement, aime ce genre de chose, fait une drôle de tête dès la première cuillerée. La barquette finira en buffet pour mouettes.

Il décide de prendre place dans un de ces petits restos de plage pour se sustenter de nourriture plus conséquente.

Nous sommes accueillis avec un Pisco sour, et deux empenadas aux fruits de mer.
Le serveur nous propose les fameux Machas a la parmesana que nous acceptons avec plaisir. Mais il y a trop de fromage sur les mollusques qui sont noyés sous une épaisse couche de gras.
J’ai choisi ensuite une trilogie de ceviche : saumon, reineta, (une espèce de brème) et crevettes. C’est accompagné de morceaux de yucca, de courge et de très gros grains de maïs. C’est très bon, sauf la sauce un peu ketchup des crevettes, mais ça passe. Jusqu’au moment où André me demande ce qu’il y a dans sa cuillère.

Il a commandé un plat à base de crevettes en sauce. Ça a un goût asiatique pas trop mauvais, mais à la cinquième bouchée il en sort deux cafards relativement décédés.
Il se pose quand même la question s’il n’a pas commandé un plat incluant des bibites.

Non, je ne crois pas que c’était prévu dans le menu. Preuve en est, la tête de la serveuse lorsque je lui tends l’assiette avec les cucarachas les six gambettes en l’air.
Elle ramène la preuve en cuisine, mais rien d’autre ne se passe. 
Un peu dégoûté, je regarde ma trilogie avec méfiance et me fais une bonne tartine de beurre.

J’ai déjà préparé ma réponse : yo no pagar no camaron de cucarachas !
Mais le plat n’est pas facturé, pas plus que les excuses de la douairière. Tiens, une bonne marche nous fera du bien, le vent souffle encore et il fait bon sur la Croisette, entre l’autoroute et l’océan.

Nous passons par le marché où on ne croise aucun touriste. Une petite boite transparente renferme du charqui de equino, des filaments de viande de cheval séchée. Ça à une drôle de tête, je me réserve ça pour les jours plus difficiles.

Il y a des chats partout. Couchés sur les fruits et les légumes, coincés entre balances et caisses enregistreuses, somnolents ou à la chasse, ils font partie du paysage.
Il y a aussi beaucoup de chiens errants en ville, s’ils n’appartiennent à personne en particulier, tout le monde s’en occupe et on voit beaucoup de gamelles d’eau sur les trottoirs et même des niches.

Un marchand de bomba de agua, me montre comment on tranche ces énormes pastèques, et quand je lui fait voir la belle photo que j’ai fait de lui, m’offre une large tranche de ce concentré de jus et de soleil.

Sur une place, des jeux et des manèges pour les enfants font le bonheur des plus petits.
La brume a rapidement laissé la place a un soleil éclatant et traître. Nous faisons et défaisons les rues et ruelles, et passages, et escaliers, et montées, et descentes, et fresques, et tiens, on est déjà passé par ici.



Au coin d’une rue, sur un grand mur pour l’instant vierge, des artistes se préparent à l’élaboration d’une immense fresque. Quelques traits bleus sont tracés et sur le papier que le patron tient à la main, ça promet d’être grandiose. Sera-t-elle terminée dans 2 mois ?

Oui madame, je tiens bien mon sac et je fais attention à mon appareil photo. Votre barrio es muy peligrosa, mais comme on me l’a déjà dit 12 fois depuis deux jours, je puis vous assurer que je regarde partout avant de faire une photo, que je ne payerais pas une bouteille d’eau avec un billet de 20 000 et que je ne traînerais pas bien longtemps par ici.
Bon, au nombre de touristes dans le coin, ce serait le bout d’la marde que ça tombe sur moi. Là, y a un Anglais, blanc et tout frêle, avec le dernier Nikon à bout de sangle, moi si j’étais un baron du pickpocket, je me jetterais sur lui en premier.

Mais rien ne se passe, et nous finirons comme d’habitude, dans un coin du Cerro Conception devant une bière locale et un trop gros morceau de viande.

En descendant une dernière fois, la colline, nous sommes attirés vers les rythmes envoûtants d’un tango. Sur une place publique, quelques couples s’enlacent et se repoussent avec une incroyable sensualité. Un petit bout d’Argentine sans y être.

Il est temps de remonter l’intense côte General Mackenna, de prendre une sacrée douche et de préparer nos sacs. L’aventure continue.



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