Mardi 10 janvier – En route vers Valparaiso, et tribulations dans les traboules

Alameda
Grâce au métro qui dessert les points stratégiques de cette immense ville, nous arrivons rapidement et facilement au terminal des bus Alameda.
La demoiselle comprend facilement ma demande et change l’horaire de départ de Valparaiso sans problème. Il faut dire que depuis hier je m’entraîne avec mon traducteur et que je dois avoir fait quelques progrès.

À l’heure dite, les portes de l’autobus à deux étages s’ouvrent et nous cherchons nos places qui sont toutes numérotées. Enfin sur le billet du moins, parce que dans le bus c’est un peu plus compliqué. Les numéros des sièges sont écrits en tout petit sur les lampes au-dessus des sièges. Nous sommes aux premières loges, les places 19 et 20, juste au-dessus du chauffeur, toute la vue est pour nous.

Les vignobles ont rapidement conquis les plaines, nous voyons défiler des kilomètres de rangs bien alignés comme à la parade. Mais soudain, le marchand de sable passe et ce sont des bribes d’images qui nous arrivent de temps en temps.

À Valparaiso, nous sortons rapidement de la gare et nous mettons en attente au coin de deux grandes avenues.
Clément, le propriétaire de la Maison de la Mer, m’a informé qu’il serait facile, et surtout très économique d’arriver à l’Hostal via le Micro 612.
Un Micro, c’est tout petit bus qui dessert les cerros (collines) et tous les quartiers où les lignes classiques de transport ne se rendent pas. Il y a aussi une flotte de collectivos, taxis collectifs noirs, qui font des allers et retours, entre le Plan, la basse ville portuaire et plate, et les collines où la plupart des gens réside.

Nous n’attendons pas plus de 3 minutes que déjà un 612 arrive. Par contre on ne nous avait pas dit que les chauffeurs sont payés au rendement et que les véhicules n’ont que deux vitesses. Arrêtés ou à fond ! 
C’est donc très fortement agrippés à toutes les barres métalliques à notre portée que nous attaquons ce voyage vers les hauteurs de la ville.
450 pesos par personnes pour n’importe destination, c’est très économique. En plus d’être rapide.
Normalement, le chauffeur nous arrête là où nous le demandons en montant dans le bus, mais il a tellement de choses à faire qu’il oublie souvent les demandes. Heureusement, mon application GPS me sera fort utile pour ne pas arriver au terminus. André décide que c’est ici que nous descendons, croyant avoir entendu Mackenna crié par le chauffeur. En fait nous sommes à la Sebastiana, la maison de Neruda, qui, se trouve à seulement deux rues de notre destination. Qui a dit que nous n’allions pas marcher avec nos gros sacs à dos ?

Une belle grosse descente, qui laisse présager des efforts à fournir dans les prochains jours, et nous sonnons à la porte de la Maison de la Mer.
C’est Clément qui nous accueille, jeune Français qui a repris l’affaire il y un an et qui nous explique très efficacement ce qu’il y a voir. Cette première demie-journée sera très occupée.

Nous commençons par un urgent besoin de satisfaire notre faim, et descendons jusqu’en bas de notre rue pour y manger un petit quelque chose. D’après le circuit de Clément, nous devrions remonter la rue Mackenna pour ensuite partir sur le boulevard Alemania. Mais l’idée de remonter cette côte pour le moins intense ne nous emballe pas vraiment. Et comme l’itinéraire proposé est un circuit, nous allons le faire dans l’autre sens.
Des vrais rebelles !


Premières constatations, on est loin de l’image d’Épinal que l’on peut se faire de cette ville. Fantasme de marin, escale mythique, port débordant de vie, retour de pêche au grand large, bars et filles facile… Valpo est une ville portuaire sans accès à la mer.
Enfin pour ses habitants du moins, la marine militaire chilienne s'en réserve le monopole. Tout le secteur est interdit au public, si ce n’est un petit carré dans lequel les touristes peuvent embarquer sur des bateaux qui leur feront faire un tour rapide du port et de ses environs.
La marine chilienne et surtout les immenses porte-conteneurs sont les seuls à avoir accès à cette portion d’océan Pacifique. Nous devrons nous contenter de l’admirer de loin.

Ensuite, nous prenons vite conscience que, si à Santiago quelques personnes nous mettaient en garde contre les pickpockets, ici tout le monde semble parano. Ou alors c’est une ville super dangereuse à coté de laquelle Gotham City serait un parc Disney.
Plusieurs fois par jour, des hommes et des femmes nous font au mieux signe de mettre nos sacs en avant, sinon de les tenir à deux mains, de cacher l’appareil photo, au pire, nous crie ou nous coure après pour nous informer que dans ce quartier les touristes sont égorgés pour moins de 10 pesos.

J’ai couru et traîné dans beaucoup plus d’endroits dangereux que ma maman n’ose l’imaginer. En quelques 15 années à parcourir le monde à bord de bateaux gris de la Royale, j’ai vu des ports beaucoup plus lugubres que celui-ci. J’ai voyagé et rencontré des gens louches et traversé des quartiers peu recommandables. Je sais quand une situation exige de quitter rapidement un lieu ou ne pas fréquenter certains coins d’une ville. Par exemple je ne m’aventurais pas seul dans certains quartiers de Montréal la nuit tombée.

Mais tous ces avertissements nous ont quelque peu surpris et nous prenons un peu plus de précautions qu’à l’habitude. En fait, comme nous l’expliquera Clément, les gens honnêtes sont tellement gênés de la petite délinquance journalière, surtout face aux touristes, qu’ils multiplient avertissements et mises en garde. Sinon il n’y a pas plus de danger que dans toutes les grandes villes du monde où le vol à l’arrachée et le pickpocketage sont un désagrément.

Comme partout, il faut limiter les risques en quelques gestes simples. Ne pas compter son argent dans la rue, tenir son appareil photo à bout de bras ou nonchalamment par dessus l’épaule, porter tous les bijoux de la Couronne autour du cou ou laisser traîner son sac sans surveillance ou sans l’attacher. D’ailleurs dans plusieurs bars ou restos, il y a des mousquetons fixés aux tables pour y accrocher ses affaires.

Nous admirons la façade de l'Armada de Chile, irons faire un tour sur le petit port où il n’y a rien de passionnant à faire, si ce n’est admirer sur le môle le plus éloigné, le très élégant Esmeralda, voilier école de la marine chilienne.
Quelques démesurés porte-conteneurs côtoient les petits bateaux de pêche reconvertis en promenade pour touristes.
Tout au bout du port il y a le funiculaire Artilleria, le plus populaire, et le plus cher (300 $), de toute la ville. Il permet d’accéder au point de vue dominant le port et la ville. Il est aussi celui qui passe sous la fameuse Maison des Quatre Vents, immortalisée par tout voyageur possédant un appareil photo. Hormis quelques belles maisons isolées du brouhaha citadin et touristique, il est relativement pauvre en fresque, mais très agréable.


Nous redescendons par quelques escaliers et petits passages jusqu’au niveau du port où une dame nous crie de protéger nos affaires.
Quelques tramways filent en silence au milieu du trafic. Valparaiso est une ville très animée.

Ensuite, nous montons, descendons, prenons à droite ou à gauche suivant le hasard. Prenons un funiculaire pour monter, un autre pour descendre, encore un autre juste pour faire un aller et retour. Là pour le coup, tous les funiculaire ou ascenseur ont le même prix de 100 $
pour un trajet, et ils sont empruntés tant par les touristes que par la population locale.

Nous prenons plaisir à nous perdre dans les cerros Alegre et Concepcĩon, à admirer les points de vue sur les autres collines, à découvrir sans arrêt de nouvelles fresques.

Celles-ci sont partout, des plus naïves au purs chefs d’œuvres, elles ponctuent les murs, et façades de couleurs et de personnages. L’immense triptyque du Chilien Inti couvre trois immeubles. Un personnage dont la tête et le torse suit ses chaussures qui elles même suivent ses jambes. Le tout est peint à l’horizontal et il faut exercer son œil pour en saisir l’immensité.
Sa peinture très caractéristique m’avait déjà interpellée à Santiago, personnages fantasmagoriques, mélange de poésie et de surnaturel, il est identifiable du premier coup d’œil.
Bien sûr, d’autres artistes font preuve d’un immense talent, mais ma connaissance du milieu des grapheurs laisse à désirer.


Maisons multi-colorées, fresques, mosaïques, petits dessins, murales, ici tout n’est que couleurs et bonne humeur.
Bonne ambiance aussi sur les terrasses des restos et des bars qui dominent le paysage. Une bière, un verre de vin et la journée tire tranquillement à sa fin.


Nous reviendrons vers notre chambre en passant par le boulevard Alemania, longue route qui permet d’avoir une vue extraordinaire sur la ville en contrebas.
C’est drôle comme les maisons les plus modernes côtoient les cahutes en tôle, On dirait qu’il n’y a aucun clivage entre riches et pauvres, du moins dans le choix de l’emplacement de leur résidence. Une dame chic monte dans son funiculaire privé pour se rendre chez elle.
Sur la douce verdure de la place Bismarck, le cantonnier est en train de faire une grosse sieste exactement où il a dû tomber après ses abus de boissons alcoolisées.



Le temps d’une douche et nous déboulons la rue pour aller nous sustenter de quelques empenadas. Dommage, ils avaient bon goût…

Je soupçonne la rue Mackenna d’être la plus raide de toute la ville !


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