Myanmar 2016 - Le bilan


Myanmar ou Birmanie ? 
Indépendante depuis 1948, la Birmanie devient le Myanmar en 1989. 
La junte militaire décide de rebaptiser le pays afin de rompre avec le passé colonial des Anglais. 
Ce nouveau nom, qui pourtant signifie littéralement ''pays des premiers habitants'', a longtemps été rejeté par les habitants eux-mêmes qui ne reconnaissaient pas le régime dictatorial. 
Il est maintenant utilisé partout et par tous, se voulant moins élitiste que l'anglais Burma issu du nom Bamar, désignant l’ethnie majoritaire d'un pays qui pourtant compte plus de 130 groupes ethniques. 
Pourtant, beaucoup de gens croisés sur la route utilisent encore le nom de Birmanie, surtout des francophones.

D'après un texte de l'ambassade de France à Yangon : 
Il s’agit simplement du reflet d’une constante dans la langue française qui veut que l’utilisation d’un mot d’origine étrangère - en l’occurrence Myanmar- ne s’établisse dans la durée qu’au terme d’un usage aussi large que régulier résultant d’un équilibre entre la phonétique, la pratique et la logique, étape qui n’a pas encore été franchie par le mot Myanmar (...) 
Le terme Myanmarais pour désigner les habitants n'est jamais utilisé, on préfère encore utiliser le terme Birmans. 
C'est mêlant, hein ? 

Le Myanmar, c'est où, c'est quoi ? 
Parce que les cours d'histoire/géo semblent avoir disparus de nos écoles, voici un petit résumé. 

Tout en longueur, le pays est frontalier avec la Chine, le Laos et la Thaïlande du nord au sud- est, le Bangladesh et l'Inde à l'ouest. 
La façade Sud, est baignée par le golfe du Bengale et la mer d'Andaman. 

La Birmanie obtient son indépendance d'avec l'Angleterre le 4 janvier 1948. 
La Perfide Albion, qui avait commencé à lorgner sur ce joli bout de planète dès 1824, occupa le territoire grâce à ses canons, sa puissante armée et à quelques magouilles avec les pays environnants. 

République parlementaire, le Myanmar a subit dernièrement plusieurs soubresauts politiques. 
Aung San Suu Kyi, dont le papa n'est autre que le célèbre général Aung San - qui a lancé le mouvement pour l'indépendance du pays dès 1947, et assassiné quelques mois plus tard - ne peut devenir chef du gouvernement, car la constitution, modifiée par les militaires, lui interdit le pouvoir à cause de ses enfants nés à l'étranger. 
Elle a été officiellement promue Conseillère d'État, un poste créé pour elle et qui lui donne à peu près les pouvoirs d'un Premier ministre. 
Le président officiel est Htin Kyaw l'un de ses allié proche, mais tout le monde considère la Lady comme la véritable dirigeante du pays. 

Un tout petit plus grande que la France 676 000 km² Vs 644 000 km², sa population en est légèrement inférieure 51,5 millions Vs 67 millions (Québec 1,7 million km², population 8,3 millions). 
Il existe plus de 130 ethnies avec autant de langues et de cultures différentes, vivants dans les sept états qui composent le pays. 

La plupart des gens, parlent plus ou moins bien l'anglais, mais il ne faut pas s'attendre à entretenir de longs débats sur l'économie anglaise du 18e siècle. Hors les sites touristiques, ce sont surtout les mains et les mimes qui vont aider à communiquer. Ce qui est finalement très drôle. 

Visa
Il est obligatoire d'obtenir un visa (50 dollars US) avant d'arriver à la frontière. 
Il est même souvent demandé par certaines compagnies aériennes avant le décollage vers le Myanmar. On peut l'acheter sur le site officiel du Gouvernement, ICI
Il faut compter entre 1 et 3 jours avant de recevoir le courriel de confirmation avec le code barre, qu'il faudra monter aux douaniers à l'arrivée. 
Une fois acheté, il est valide 90 jours, inutile donc de l'acheter 6 mois avant. Aussitôt validé par la douane à l'arrivée dans le pays, il permet de rester 28 jours. 

Durée du séjour : 24 jours. 

CircuitMandalay : 2 nuits – Hsipaw : 4 nuits – Bagan : 3 nuits – Kalaw : 3 nuits – Inle : 5 nuits – Hpa An : 3 nuits – Kintun : 1 nuit - Yangon : 3 nuits 

Détails par ville 
(Tous les prix sont en dollars US. Les chambres sont pour 2 personnes, avec toilettes et douche chaude. Climatisation inutile dans le nord, très appréciée dans le sud). 
Au moment de notre séjour, le dollar canadien avait décidé de plonger lamentablement sous son cours habituel… 

En raison de l'affluence grandissante des touristes en haute saison, il vaut mieux réserver la chambre 1 ou 2 jours d'avance pour être certain de ne pas tomber sur un hôtel complet. 
Si votre nom est trop compliqué, utiliser un pseudo genre Bob ou Mike, le prénom Christophe n'est pas très populaire sur les cahiers des réservations... 


Pont U Bein
Mandalay 
Transport
Taxi collectif de l'aéroport vers la ville. Pour 4 personnes, 4 000 K/personne, 1 heure de route, dépose directe à l'hôtel. Sinon on peut attendre le bus et ensuite se débrouiller pour trouver un autre moyen de transport pour se rendre à l'hôtel. 
Dormir
ET Hotel. Tel : 02-65006 - ethotel129a@gmail.com
31 000 k la nuit par booking.com. Chambre correcte sans plus, petit-déjeuner assez léger en comparaison de ce que nous allons découvrir par la suite. 
Visiter
Fatigué par les amibes thaïes, j'ai opté pour une visite des alentours de Mandalay avec un taxi privé (35 000K pour toute la journée). Zéro galère… 


Fabrique de nouilles shan
Hsipaw 
Transport
Bus direct de jour, durée environ 5 heures 
Dormir
Mr. Charles GH. Tel : 082-80105 - resv.mrcharles@gmail.com
Chambre réservée via Agoda, mais la commission est exagérée. Le petit-déjeuner est un buffet à volonté (œufs au plat, crêpes, riz, nouilles, soupe, toasts, confiture, beurre, thé et café) de quoi tenir une bonne partie de la journée ! 
Je vous conseille d'aller voir l'Hotel Red Dragon.
À notre passage, les chambres doubles étaient à 16$. C'est neuf, propre et ça semble plus calme. 
Manger et boire
Yuan Yuan pour les shakes ; Mr Food, resto chinois, où la salade de nouilles shan est un délice ; Mrs Popcorn, dans un jardin tranquille pour ses jus de fruit et sa nourriture simple et bonne. 

Bagan 
Transport
Bus de nuit direct. Durée 11 heures (18 000K/personne). Sièges normaux, pas beaucoup de place. 
Dormir
May Kah Lar guesthouse à Nyaung U. Tel : 061-60304. 35$ pour une grande chambre (3 à 4 personnes), 25$ pour la double. Bon service, personnel affable. Petit déjeuner complet et à volonté (assiette de fruits, toast, œufs à la demande, café ou thé (le café est meilleur), pancake). 
Visiter
Accès au site 25 000K/p - Location e-bike (pour 2 personnes) 10 000K/jour - Montgolfière : 320 $/p
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Incontournables, les laques sont les souvenirs à ramener d'une visite à Bagan. Nous avons visité beaucoup d'artisans et avons retenus Family, et Golden Cuckoo, explications très claires et complètes, petit rabais et cadeau. 
Spectacle gratuit à volonté
Le coucher de soleil. Notre spot secret qu'il ne faut pas révéler, le toit du monastère Oaj-Kyaung-Gyl

Kalaw 
Transport
Mini-van, départ 8h du matin, 15 000K/p, durée environ 6 heures. Arrêt vers midi pour manger. 
Dormir
Eastern Paradise Motel - Tel : 081-50315. easternmotel@gmail.com
Réservation par téléphone, chambre propre et grande pour 25$. Petit-déjeuner gargantuesque (assiette de fruit, riz gluant, toasts, confiture, beurre, café ou thé, beignets). Ouf, on va se recoucher ? 
Manger
Everest Nepali Food Center : 11 000K pour deux, 7 Sisters : 18 500 pour 2, Chan May Lay : 1 500 pour 2 (2 soupes), ou au marché sur le bord de la route... 
Visiter
En solo, la grotte Myin Ma Hti, le village et ses alentours - Randonnée pour une journée avec Sam's trekking Guide, 4 heures de marche + pick-up taxi + 2 repas : 45 000 K pour 2, mais dégressif si plus de personnes participent au trek (30 000/2 lorsque 5 personnes). 

Inle 
Transport
Train de 11h45, achat du billet une heure avant le départ. Impossible de l'acheter plus tôt. 1 150 K un billet en Upper classe. Durée : 3 heures, avec une belle vue sur la campagne.
Arrivée à la gare Shwen Nyaung, il faut ensuite prendre un taxi pour Nyaung Shwen (négocié à 6 000 K). Avant d'arriver sur le site il faut payer une taxe de 10 euros/US$, ou 12 000 K/p. 
Dormir
Little Inn Guesthouse. Réservation par courriel : noanhom@gmail.com
20$ US, ne pas hésiter à changer de chambre si ça ne convient pas, mais ne pas exagérer comme cette dame qui changeait tous les jours pour ne finalement n'être jamais contente. À peu près le seul endroit où le Wi-Fi a bien fonctionné. 
Manger
Vindaloo (indien), belle carte – Sunflower (coté marché), excellents currys végés et salade d'avocat géante – Ancestor, nouveau resto, belle carte très courte - Everest 2 Nepali Restaurant, le petit frère de l'autre
Visiter
Bateau sur lac Inle : 20 000 K pour toute la journée. Balades à vélos autour du lac, le vignoble pour un p'tit blanc avec une belle vue et l'incontournable marché de Nyaung Shwen. 
Acheter
Le marché offre des souvenirs originaux, objets usuels, reproductions d'antiquités, ou antiquités réelles (pas le même prix !). Dans tous les cas, on peut négocier, tout en respectant certaines limites. Attention, c'est ici qu'il faut craquer... 

Hpa An 
Transport
Bus VIP de nuit jusqu'à Bago. Durée 11 heures, 22 000 K/p. Pick-up par tuk-tuk à l'hôtel et transfert jusqu'à Shwen Nyaung où on prend le bus.
Bago à Hpa An, 5 heures, 6 000 K/p bus régulier (climatisé et vidéos de prières bouddhistes offerts). À Hpa An, nous avons refusé les offres de taxi, la ville est petite et se fait facilement à pied. 
Dormir
Galaxy Motel (réservation via leur page Facebook). Tel : 058-21347
L'un de nos top – 22$ la grande chambre propre avec frigo. Super accueil, petit-déjeuner original et copieux. 
Les voyageurs rencontrés, nous ont parlé de leurs expériences : Golden View a exigé de prendre l'excursion contre une chambre, Tiger accueil très désagréable, Soe Brother sale, humide et sombre. À vous de voir... 
Visiter
Excursion en tuk-tuk de 8h30 à 18h30, 5 000 K/p. Visite de toutes les grottes et sites exceptionnels autour de Hpa An. Un incontournable ! 
Saddar Cave : entrée 3 000 K/p, retour par pirogue 1500 K/p 
Location scooter : 8 000 K/jour 
Manger
San Ma Tau Myanmar (currys birmans) - Khit Thit 

Kintun (rocher d'or) 
Transport
Bus régulier 6 000 K/p, durée environ 3 heures jusqu'à Kyaikhtiyo, puis bus (500 K) ou taxi privé (5 000 K) pour monter à Kintun
Dormir
Hotel Bawga Theiddhi. Chambre triple à 40 $ US (salle de bains, très propre, partagée sur le palier). Petit-déjeuner simple. 
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Rocher d'Or… Camion pour se rendre au site : 5 000 K aller/retour + 6 000 K pour accéder au rocher. 

Yangon
Transport
Bus régulier climatisé, 7 000 K/p. Durée environ 4 à 5 heures suivant les aléas. 
Taxi de la gare des bus vers l'hôtel : 9 000 K. 
Dormir
Ocean Pearl Inn. phoo.kk@gmail.com
Chambre donnant sur la rue, mais c'est très propre et climatisé (25$/nuit), petit-déjeuner aussi simple qu'à Mandalay et Kintun. 
Visiter
Pagode Shwedagon : Taxi 2 000 K, entrée 8 000 K, location longyi 5 000 K de caution, chemise 5 000 K. 
Balade ''coloniale'', se perdre en ville, lever les yeux, être curieux. 
Acheter
Marché Bogyoke : tissus, bijoux, souvenirs. À l'étage, coin sud-est, trois très belles boutiques sortent du lot. 

C'EST TERMINÉ… 
Taxi pour aéroport : 9 000 K – 30 minutes (au très petit matin, sans trafic) 
Aéroport : boutiques chères, pas beaucoup de choix. À éviter.

Coups de cœur
Les Birmans
Il y a deux ans, j'encensais les Srilankais pour leur extrême gentillesse. Et moi qui ai beaucoup voyagé, pensais vraiment avoir découvert le Graal du voyageur. 
Hé bien, j'ai trouvé encore mieux ! 
C'est tout simplement incroyable… 

Si les grandes villes sont un peu plus neutres avec toute cette populace qui y grouille, partout ailleurs, c'est du pur bonheur qui vous attend. 
Les enfants sont curieux et rarement gênés au point de se cacher dans les longyis de leurs parents. Des bisous soufflés de la main, des câlins gratuits, des mingalabar lancés à pleins petits poumons et toujours des sourires. Du condensé de bonheur et de joie de vivre. 

Le site de Bagan, vu d'une montgolfière ou du haut d'un temple, est magique et ensorcelant ; les montagnes autour de Hsipaw et de Kalaw ; le lac Inle, magnifique perle posée au milieu des collines ; Hpa An, tranquille et surprenante ; la pagode Shwedagon à Yangon, ferveur et cohabitation. 

Les marchés sont tous de merveilleux endroits de rencontres et de découvertes. Tous les sens sont fortement sollicités, il ne faut pas hésiter à s'enfoncer loin dans les allées sombres.

Coups de fourchette
Le Myanmar n'est pas vraiment réputé pour être une destination gastronomique. 
Hormis quelques spécialités comme les nouilles Shan au nord, les currys (miam celui du Sunflower), les restaurants indiens, chinois, thaïs, népalais ou autres petites perles trouvées au fil du hasard, la nourriture est relativement basique. 
En général, elle n'est pas épicée, en tout cas pas comme en Thaïlande. 

Nouilles ou riz frits sont souvent très huileux, les currys peuvent être déstabilisants avec des sauces non-identifiables, aux fumets assez éloignés de nos standards. 
Mais il faut avoir l'esprit aventureux, on peut avoir de bonnes surprises. 

Par contre, au niveau fruits, ils assurent. Nous étions en pleine saison de l'avocat et il se décline en multiples salades et guacamoles. Bananes, ananas, jacque, papaye, pastèque, noix de coco sont les autres favoris des étals des marchés. 

L'hygiène toute relative des dits marchés nous a fait devenir végétariens assez rapidement. 
Les viandes restent souvent trop longtemps à la chaleur et il n'est pas rare de voir se côtoyer des carcasses de différents animaux qui n'ont pas grand-chose à faire ensemble. 
Poules, poissons, canards ou viscères de porc baignent allègrement dans leur jus. 

À boire ! 
Eau 
Hormis pour se brosser les dents, il vaut mieux de ne pas mettre de l'eau du robinet plus loin que la glotte. 
Sur le bord des routes, on trouve des jarres en terre cuite toujours remplie d'eau, à la disposition des gens qui n'ont même pas de quoi se payer une bouteille. Inutile de préciser qu'il ne faut pas y remplir sa gourde. 
On trouve de l'eau en bouteille partout, et il est facile d'éviter les grosses multinationales qui sucent les réserves d'eau partout où elles s'implantent. 
Si c'est marqué Caca ou Pipsi Cola, au dos de la bouteille, je laisse sur la tablette. 
C'est mon côté altermondialiste, je crois… 
Thés et café 
Le thé est vert et les feuilles sont assez grosses. Pas de la très grande qualité, mais c'est une boisson que l'on trouve facilement, et offerte gratuitement dans tous les restaurants. 
Le café est souvent du simple instantané, mais quelques fois, il est frais et préparé comme à Bali, à la façon turque. 
Jus et shake 
Dans tous les cas il est sage d'éviter les glaçons, sauf si on est certain qu'ils sont fait avec de l'eau potable.
Le jus de canne à sucre est une boisson excellente, que je soupçonne quand même d’accélérer le transit intestinal. 
Les jus de fruit en général sont fraîchement pressés devant vous. Le champion du shake est incontestablement le célèbre Yuan Yuan à Hsipaw, et ses glaçons sont fabriqués à partir d'eau filtrée. 
Alcool
Les bières du pays comme la Myanmar, la Dagon et la Mandalay, sont présentes et fraîches partout. Les grands brasseurs reviennent avec l'intention d'inonder le marché. Heineken avec sa Regal Seven et Carlsberg avec la Yoma
On trouve, surtout à l'est, les bières thaïes comme la Chang ou la Leo. 
Les Birmans aiment beaucoup la bière… 
Le rhum et whisky (Grand Royal, High Glen whisky ou Mandalay Rum) du pays, sont très abordables et se marient assez bien avec un grand verre d'eau gazeuse. On est à des années-lumières d'un Glen 20 ans d'âge, mais on apprend à vivre localement assez vite. 
Surprise, au marché de Kalaw, le litron de Red Label de Mr. Walker était presque donné...
Nous avons aussi goûté à de l'alcool de riz fait maison. C'est assez doux au goût et donc très traître… Le htan ye, un alcool à base de sève de palmier fermentée, est aussi un classique que vous aurez sûrement la chance de découvrir. 
Le vin du vignoble du lac Inle, qui n'est pas aussi mauvais que certains néo-critiques œnologues veulent bien le laisser croire. Et franchement, un coup de blanc face à un tel paysage, c'est agréable. 

Ça fatigue
Le bruit 
Comme au Sri Lanka, les conducteurs sont prompts sur le criard.
Le bruit devient rapidement un irritant, mais il y a énormément de bulles de calme, notamment à la campagne ou dans les montagnes. Et puis ici, le klaxon n'est pas rageur ou vengeur, il fait simplement partie du code de la route créé par les usagers eux-mêmes. C'est quand on ne l'entend plus qu'on s'en rend compte...
L'environnement
Sujet abstrait, et bien éloigné des priorités des locaux. La pollution et la saleté des alentours de Hsipaw sont assez désagréables à nos yeux d'occidentaux recycleurs, mais les habitants semblent de pas s'en formaliser. Ça viendra sûrement un jour. 
Le tourisme de masse 
Là pour le coup, ce sont les autobus remplis de touristes irrespectueux qui nous ont épuisés, mais ils restent en des zones délimitées et leur séjour est chronométré. 
Le bétel 
Je sais, c'est la culture du pays, mais personnellement, je trouve ça ben ben dégueu. 
Les taches rouges omniprésentes sur le sol, ou les traînées le long de portières de voiture sont peu ragoutantes. Les vieux et les jeunes, hommes ou femmes chiquent à longueur de journée. C'est drôle, je pensais m'y habituer au bout de quelques jours, mais non... 

Ça rassure 
Nous n'avons jamais été, ou même eu le sentiment de nous faire arnaquer comme ça peut arriver dans certains pays, où l'Occidental est systématiquement majoré sur ses factures ou ses billets de transport. Si nous payions les billets de bus un peu plus cher, c'est simplement que l'intermédiaire récupérait sa commission, ce qui est normal. 

Transports 
Bus et trains sont vraiment abordables. Le bus est quand même moins cher, plus rapide et plus confortable que la vieille locomotive poussive. 
Étrangement, il est très facile de voyager dans ce pays qui s'ouvre au tourisme. Dans tous les hôtels, ou guesthouse, on sait comment nous organiser et prendre les réservations pour quelque destination que ce soit. 
Il faut toujours négocier les taxis qui n'ont pas de compteurs, et ne pas hésiter à demander dans les hôtels le prix idéal à payer. Nous l'avons souvent fait dès les réservations par téléphone. 

Argent
Dans le Lonely Planet, édition 2014, on nous informait qu'il était impossible de retirer des sous ailleurs que dans les grandes villes comme Yangon ou Mandalay. Il était alors indispensable de traîner quantité de dollars américains en billet neufs, non pliés, froissés, tachés ou gribouillés et changer sur place.
En février 2016, nous avons trouvé des guichets ATM partout. Et c'est très pratique. 
Les grands hôtels, ou les boutiques touristiques, comme les magasins de laques à Bagan acceptent les cartes de crédit, mais c'est à peu près les seuls. 
Il vaut mieux trouver rapidement des petites coupures, votre billet de 10 000 ne sera jamais accepté par la vendeuse de bananes du marché. 

Souvenirs 
Les laques de Bagan sont des souvenirs à ne pas oublier. Les prix sont à la hauteur de la qualité que l'on recherche. Les laques, bradés dans les marchés, recouverts d'une seule couche de vernis, sont cassants et ne valent pas grand chose. Tant qu'à ramener une belle pièce, il faut visiter les arrières boutiques des fabriques. Même sans rien acheter ça fait du bien à l’œil. 
On trouve aussi de très beaux tissages uniques suivant les ethnies. À l'étage du Marché Bogyoke coin sud-est, à Yangon, une boutique concentre quelques très belles pièces du pays. Bien sûr, la qualité se paye. 
Les uniques et sublimes foulards en fibre de lotus du lac Inle. Des soieries hors budget pour nous, mais des pièces exceptionnelles. 
Les vanneries en bambou, les couteaux et machettes, les ombrelles en papier de Pindaya, les paniers tressés, le sucre de palme, le sucre de canne, les magnifiques chapeaux traditionnels sont tous de très beaux souvenirs peu chers. 
Par contre, la plupart de ces objets, bien que légers sont assez volumineux. 

Le thanaka, ce fameux bois dont on fait une poudre, puis une crème pour se magnifier le visage. On le trouve en petites bûchettes à râper dans tous les marchés, mais aussi en poudre 100 % naturelle à diluer dans un peu d'eau (plus pratique d'utilisation) ou en pot prêt à l'emploi (mais avec des produits chimiques). Le meilleur thanaka vient de Shwebo, dans le coin de Sagaing près de Mandalay. 
Cette poudre, utilisée depuis plus de 2 000 ans, est fraîche sur la peau, protège du soleil et possède des propriétés anti-acnéique, anti-mycosique et rend la peau douce. D'ailleurs, nul besoin de publicité lorsqu'on voit l'épiderme parfait des Birmans. 

Les longyis, sculptures et marionnettes en bois, objets en bois de santal, jade ou petits cigares cheroots sont également des souvenirs à ramener. 
Le pays est réputé pour ses pierres précieuses, notamment le rubis et le saphir. Mais, à moins, d'être un gemmologue averti, il est fortement déconseillé de céder à la tentation d'un achat miraculeux. Il y a plus de pierres synthétiques qui circulent que de vrais cailloux. 
De toute façon, la caillasse de luxe est largement exportée vers la Chine. On trouve bien sûr de vrais bijoutiers (marché Bogyoke), et les prix seraient intéressants, mais je n'ai pas vraiment cherché à approfondir le sujet, moi, je voulais juste un panier en bambou.

Conclusion 
Un pays dont il est difficile de repartir. Je ne suis pas quelqu'un de spécialement émotif et j'aime penser au prochain voyage avant même d'en avoir terminé un. Mais, quitter le Myanmar, c'est abandonner une immense réserve de gentillesse et de sourires. 

Au crépuscule de plus de 50 ans de dictature militaire, après d'innombrables déboires, de pauvreté, de pillage des ressources et de catastrophes climatiques, la population birmane est optimiste et va de l'avant. 
Les trajets peuvent être longs, mais c'est un pays où il faut prendre son temps, s'imprégner de la culture, des odeurs, des bruits et des silences. 
Le tourisme s'y développe rapidement, et il n'est pas loin le temps où des charters d'autobus déverseront foultitude de sandales et chaussettes. 
On dit de beaucoup de pays, que c'est maintenant qu'il faut y aller, mais pour le coup, je pense qu'il est l'heure d'aller se perdre entre les ruines de Bagan. 

Encore une fois, merci à tous ceux qui nous ont suivis pendant ces quelques semaines. 
N'hésitez pas à partager et à parler de ce pays à vos amis.

Pour ceux qui cherchent une destination en Asie, je vous incite fortement à porter votre choix sur le Myanmar, pour les autres, pensez-y ! 

Merci et salut

Tchézou timbadé, tadaa




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Lundi 22 février – Yangon – Souvenirs coloniaux, richesses et pauvreté

Il fallait bien que ça arrive. 
C'est le dernier jour au Myanmar, le dernier de ces 24 jours qui sont passés tellement trop vite. Mais il n'est pas encore l'heure de verser notre larme, nous avons toute une journée à remplir… 

Ce matin, après un petit-déjeuner frugal, nous nous renseignons auprès du jeune homme de l'accueil de l'hôtel, pour savoir où nous pourrions trouver nos fameux sacs tressés, photos à l'appui. Il nous conseille d'aller traîner du côté d'un petit marché public à quelques minutes de marche vers le nord. 

En route, nous croisons encore ces gens aux pigeons. Assis au bord du trottoir, ils tiennent commerce de graines de maïs et je n'ai jamais su à quoi ça servait… 
Par contre, les pigeons eux, le savent très bien. 

 Ailleurs, ce sont des fagots de riz suspendus à des poteaux électriques qui nourrissent les moineaux, trop heureux de trouver ici un buffet à volonté. 

Un temple indien décore le ciel gris de sa statuaire colorée aux innombrables idoles. Comme il y a plus de 30 millions de divinités dans l'hindouisme, les décorateurs peuvent laisser libre cours à leur imagination... 

Des marchandes de crêpes tiennent commerces sur le trottoir. Par en dessous, elles font cuire la pâte épaisse et recouvrent le tout avec un petit fourneau au charbon de bois, bricolé dans une tôle recourbée. Du génie à l'état brut.

Je ne peux résister à ma gourmande faiblesse pour le jacque, gigantesque fruit du jacquier - il peut peser plus de 30 kilos - que l'on trouve partout en Asie. Même s'il lui ressemble un peu, ce fruit n'a rien à voir avec le durian et son insoutenable odeur. 

Sa couleur jaune crème et son doux parfum aux accents d'ananas et de mangue sont une gourmandise dont je ne me lasse pas. En Thaïlande, on trouve facilement des sacs de fruits séchés pour faire durer le plaisir au retour de voyage.

 Après de longues minutes de marche dans la touffeur de ce début de journée, nous arrivons au marché de Pazun Daung
Les premières allées sont consacrées aux objets usuels, mais seuls quelques sacs décolorés par le soleil et salis par la poussière sont visibles. Au fond, vers la rivière du même nom, sont installés des marchands qu'il n'est nul besoin de voir pour savoir qu'ils sont là. Les odeurs fétides et lourdes du sang et de la mort embaument l'atmosphère. Les poulets, cochons et poissons s'étalent pèle-mêle sur les étals dans une joyeuse débauche d'horreur. Le paradis des végétariens ! 
Mais, l'odeur très forte en cette heure matinale n'est pas du tout du goût de certains estomacs un peu dérangés par l'absorption de quelques amibes. Je dois vite entraîner mon équipier, au teint terreux, vers des zones un peu plus neutres. 
Il fait très sombre et l'air est lourd, on doit certainement trouver de tout ici, mais assurément aucune des affaires que nous cherchons. Tant pis. 
Je le répète : c'est beau, tu le veux : tu l'achètes ! 
Nos bagages seront moins lourds et surtout moins volumineux. 

Dans l'après-midi, je pars à la découverte des anciennes bâtisses coloniales qui trônent encore fièrement le long du fleuve. Ça n'allait déjà pas très bien dans le pays lorsque les militaires étaient au pouvoir, mais le coup de grâce vint du déménagement des institutions administratives. 

En 2007, la peur d'une invasion par la côte et la centralisation du contrôle des provinces rebelles seraient à l'origine du déplacement de toute une partie de l’administration vers Naypyidaw. Le peu d'entretien des bâtiments est alors abandonné, et les vieilles pierres sont exposées aux affres des conditions climatiques difficiles du pays. 

Depuis peu, des travaux semblent redonner un peu de lustre à ces édifices très abîmés. 
Je commence par longer la façade nord de l’énorme ensemble de briques rouges du Minister's building. Achevée en 1902, cette construction était le siège du gouvernement anglais. C'est ici que le général Aung San, le papa de la Lady, fut assassiné en 1947.
Abandonnée lors du déplacement de la capitale en 2005, elle ne fut jamais entretenue. En 2008, le cyclone Nargis a soufflé le toit en tuiles, dont il ne reste pas grand-chose. 
On parle de le transformer en musée et/ou en hôtel de luxe, mais pour l'instant, il n'y a pas l'ombre d'un plâtrier… 

Je passe devant la banque Ayawaddy, ancien département de l'Immigration, puis devant l'hôtel de ville qui date de 1936. 

Un peu plus haut, sur la rue Paya Sule, la caserne des pompiers, qui date de 1912, abrite quelques véhicules que l'on croiraient sortis d'un musée. 

Traversant le parc Bandoola, je souris en voyant un enfant faire la star sous un Chinthe, cet animal mythique, mi-homme, mi-lion, gardien des temples, des sites remarquables et des billets de banque. 
D'ailleurs c'est une des frustrations de quelques habitants rencontrés, il n'y aucun humain sur l'argent… 
Ailleurs nous avons des hommes et femmes remarquables, ici, ce sont des animaux qui décorent les billets de banque. Tout le monde a hâte de voir des poètes, héros nationaux et autres scientifiques géniaux prendre la place d'un garuda, d'un éléphant ou d'un chinthe.

    

Tout en haut d'un mur, des voltigeurs aux pieds nus, tentent de redonner un coup de jeunesse à la peinture de la façade de la Haute Cour. Les majestueux lions, perchés sur le faîte, imperturbables colosses de pierre, les pattes croisés sous leur gueule béante, dominent la ville et les hommes. 

En continuant vers le fleuve, je longe l'imposante façade d'une grosse banque, puis les célèbres arcades de l'ancien bâtiment de l'administration régionale de Yangon. 
Mais tout est en travaux et recouvert d'immenses bâches, on ne voit donc rien du tout. Il est question, là aussi, de reconvertir ce bâtiment en hôtel de luxe. 

L'Hôtel des douanes date de 1915, et est toujours en activité. Finalement ça prend essentiellement des banquiers et des douaniers pour faire rouler l'économie… 

Des bouquinistes exposent quelques livres très colorés sous des parasols, des cruches en terre cuite sont disséminées çà et là, remplies d'eau pour tout un chacun. 

Suivent la capitainerie avec ses grandes tours blanches, puis le fameux hôtel Strand arborant fièrement ses cinq étoiles. Ouvert en 1901, il est réputé pour avoir accueilli de célèbres écrivains, dont Kipling, Orwell, Wells, Huxley ou Maugham. Là, évidemment, il faut un peu de culture littéraire pour apprécier ce genre de visite.
Une nuit coûte un tout petit plus de 380 piasses, sinon on peut y aller pour un café. Mais là aussi il faut préparer les bidous, parce que l'expresso est vendu 6,25$… 
Je comprends pourquoi tout le monde me regarde de travers. Suant, le t-shirt collé à la peau, mon sac qui pue et mon appareil photo sur l'épaule, je ne dégage pas vraiment ce parfum particulier d'opulence auquel on s'attend dans ce genre d'endroit. 
C'est une bulle de grand luxe au milieu de l'effervescence. C'est beau, grandiose, et tellement éloigné de ma réalité. 
Finalement, ce café ne valait pas ce prix, je vais aller boire un jus de canne sur le bord de la route, oui monsieur, avec des glaçons d'eau du robinet, j'ai encore quelques kilos à perdre… 

Je continue ma marche le long de cette rue bruyante et poussiéreuse, en remarquant pour la première fois qu'il n'y a pas une seule moto, pas un seul scooter. 
Pour une ville d'Asie, c'est très surprenant de ne pas voir se faufiler des centaines de deux-roues entre voitures, camions et piétons. J'apprendrais que les militaires ont banni ce moyen de transport de la ville, craignant des attaques terroristes. 
Paranoïa quand tu nous guettes. 

Les bâtiments coloniaux se suivent. Ici, la grande poste, toujours en fonction témoigne, elle aussi, de l'incroyable âge d'or, que la capitale Rangoon a connu au cours des années 1920. 
Tombée dans l'oubli et la décrépitude, elle essaye de se relever et de retrouver ses ors d'antan. 

Dans une ruelle, un mini-marché expose ses quelques boutiques. Des bassines débordent de carcasses de poissons baignant dans une espèce de sauce grisâtre, des dames vendent des assiettes de grains de maïs pour les pigeons, des enfants attendent le client dans leur tout petit réduit plein de sacs de charbon de bois. 

Sur Strand Road, un homme armé d'une fourche, se démène dans un grand conteneur de déchets, la petite voie de chemin de fer qui fait le tour de la ville est recouverte d'immondices, des centaines de gens vivent dans ce salmigondis de pauvreté. 
J'ai l'impression d'avoir été téléporté à des années-lumières de l'hôtel d'où je viens de sortir.
  
  

Je traverse le large boulevard et me dirige vers la pagode Botahtaung. Un temple réputé pour son couloir en zigzag, doré du sol au plafond et pour, je vous le donne en mille, des cheveux de Bouddha. 

Je ne vais cependant pas le visiter, ayant probablement eu mon compte de temples et de dorures. Et puis, j'évite toujours de visiter tout ce qu'il y à voir, ça me donne une bonne raison pour revenir combler ces manques. 

Je continue vers le sud et arrive sur les berges de la rivière Yangon, où l'activité maritime bat son plein. La marée basse laisse apparaître les berges vaseuses sur lesquelles des échassiers piquent les crabes imprudents. 
Le Royal Irrawaddy fait le plein de victuailles pour sa croisière nocturne, les ferries attendent leur tour pour aller charger passagers et véhicules. Des pirogues longue-queue transbordent matériel et ballots jusqu'au ponton le plus proche. Des ouvriers se reposent sous une bâche, les protégeant timidement du soleil qui perce à travers la brume de chaleur. 

Un peu plus loin, ce sont les élégants yachts du Vintage Luxury Yacht Hotel qui tanguent au rythme des eaux écrasées sous la chaleur de ce début d'après-midi. 

Sur les quais, des enfants recouverts de crasse suivent leur grand-père, à la recherche de quelques déchets encore comestibles ou utilisables. Les plus pauvres des pauvres se retrouvent près des ports, avec le mince espoir de survivre à une autre journée. 
Pour eux, le sourire a depuis longtemps laissé la place à un douloureux masque de résignation. Cette vision d’extrême détresse est d'une tristesse sans nom et, ça me renvoie à l'absurde et intolérable prix, payé pour un seul café. 

Je quitte les rives pour remonter la rue Botahtaung. 
Partout, le long des hauts murs des immeubles, des cordelettes descendent des étages. Terminées d'une grosse pince, on y accroches les journaux ou des listes de courses. Des sacs en tissu sont suspendus pour y déposer l'épicerie, c'est ingénieux et ça me rappelle La Havane où j'avais vu le même système. 

Tout le long des routes, autour des poteaux où il est plus facile de grimper, les fils électriques de la ville sont vampirisés par des connections pirates. Je me demande si quelqu'un paye son électricité dans cette ville. Telles des lianes folles, des dizaines de fils de cuivre descendent vers les boutiques ou les appartements. 

De chaque balcon, fleurissent des paraboles bleues, oranges ou blanches, excroissances technologiques sur les murs lépreux. 

Enfin, l'air frais de la climatisation de la chambre m'enveloppe et me permet de retrouver quelques forces. Lesdites forces ayant momentanément quitté le corps d'André, nous n'irons pas très loin pour prendre notre dernier repas birman. Mais ne trouvant rien à notre goût, nous marcherons quand même jusqu'à la pagode Sule. 

Sur le chemin du retour, dans la faible clarté des rares lumières, quelques cuisines de rue se sont installées. Soit la chaleur de la journée me joue des tours, soit un habitant connaît mon prénom et le prononce parfaitement. Je délire… 
Mais non, c'est bien Pascale qui, assise avec Jacques, devant une soupe aux nouilles m'a reconnu. Quel incroyable hasard ! 
Quelques minutes de discussion, les derniers au revoir, et nous rentrons à notre chambre pour préparer nos sacs. Demain, le réveil se fera à l'aube, puisque l'avion décolle à 8 heures. Il faut arriver 3 heures avant et prévoir 1 heure de taxi pour se rendre à l'aéroport. 
Le jeune homme de l'accueil me dit qu'arriver 2 heures avant est largement suffisant et que la circulation devrait être fluide, il se charge aussi de réserver un taxi et négocie un prix tout à fait convenable.
Le réveil se fera donc à 4h45 au lieu de 4h15, chouette, une grasse matinée !

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