Lundi 18 janvier – Chiang Mai – Ça fricote dans les woks

Laure !
À Lanta, ça ne va pas mieux. Réjean a finalement décidé de finir ses vacances là-bas, au calme. Il en sera quitte pour quelques visites à l'hôpital, des pilules trop fortes qui le feront dormir 20 heures par jour, mais sera pris en charge par Sister et ses garçons, qui lui apporteront à manger à sa chambre. 

Aujourd'hui, c'est lundi, et le lundi c'est... cours de cuisine ! 
Ça fait des années que je voulais suivre un cours de cuisine thaïe, et nous nous sommes enfin décidé à franchir le pas. J'ai donc réservé une journée complète à la Thai Farm Cooking School
Beaucoup d'écoles de cuisine existent à Chiang Mai, mais peu offrent une sortie complète de la ville, une visite de leur petit jardin bio, et un cadre que nous trouverons enchanteur. 

Si les bases de la cuisine nous sont acquises, il y a toujours des tas de petites astuces et de tours de main à apprendre. Et ça, aucun livre, aussi complet soit-il, ne saura correctement l'expliquer. 

Nous avons rendez-vous à 8h30 devant notre Guesthouse, après avoir avalé la meilleure omelette du pays chez notre voisin plein de courbettes, au Coffee Top
À l'heure dite, une sémillante jeune demoiselle débarque du mini-van. Elle se nomme Yummy, surnom idéal pour une professeure de cuisine, et sera notre guide derrière les woks pour toute la journée. 

Nous ramassons quelques autres élèves et quittons la ville vers un marché de proche banlieue, propre, bien tenu et où les commerçants ont tous le sourire et l’œil vif pour une photo. 

Yummy nous explique les différentes qualités de sauces de poisson, de pâtes de piments, pâtes de curry vert ou rouge, les sauces et pâtes de soja, et toutes autres subtilités de la cuisine thaïe. 
Nous avons ensuite une vingtaine de minutes de temps libre pour fouiner dans le marché et rencontrer les chalands. La partie réservée aux viandes et poissons est réfrigérée et close par des grands rideaux en plastique. Un vrai marché de luxe ! 
Je viens de me rendre compte qu'un cochon a toujours le sourire, même mort, et même avec ses jambons sur les yeux...
C'est peut-être pour ça que je trouve cet animal si sympathique. 

Nous regagnons notre véhicule et roulons encore presque une heure vers la ferme bio. 

Yummy nous coiffe d'un grand chapeau et nous emmène visiter leur petit jardin de démonstration, où poussent toutes les herbes aromatiques que nous allons utiliser. 
Galanga, curcuma, gingembre, citronnelle, kéfir, persil thaï, basilic royal, piments doux, forts et très forts, coriandre, aubergines de la taille de gros pois, etc. Un vrai festival des senteurs et des goûts. 

Bon y en a déjà un qui commence à me gonfler. Mais qu'a donc ce gros garçon de Vancouver de si important à faire pour qu'il ne lâche jamais son téléphone ? 
OK, je pourrais tout simplement essayer de faire abstraction, mais nous ne sommes que 10, difficile de passer inaperçu ce manque d’intérêt et de respect. Encore un blogueur qui va passer son temps à faire des photos de ses plats plutôt que de s'y intéresser vraiment.

Allez, aux woks ! Nous avons eu le choix de nos plats, dans les sections soupes, sautés, grands classiques et desserts. 
Je commence donc par ma soupe de coco au poulet. Mais avant, Yummy nous fait jouer du mortier. Les pâtes de curry jaune ou vert sont maintenant tellement simples à préparer et à doser que je me passerais de conserve. 
Cette pâte sera réservée, et finira de maturer jusqu'à son utilisation. 

Nous suivons les conseils et les démonstrations de notre Chef, et nous lançons à l'attaque de nos soupes. 
Soupe au lait de coco
Le lait de coco frémit avec ses ingrédients, les fumets sont enchanteurs. 
Tout est si simple, de bons ingrédients, une bonne pédagogie et de la pratique, rien de tel pour ouvrir l'appétit. 

La journée se poursuit au rythme des différents plats, qui, aussitôt achevés sont emportés à la grande table commune et dégustés en nombreux slurp et miam… 

Pad thaï au tofu
Après la soupe de poulet au lait de coco, je m'attaque à l'un des plats emblématique du pays, le Pad thaï. Celui-ci sera au tofu, et suivi d'un curry jaune aux pommes de terre et poulet, de légumes sautés et pour nous achever, un riz gluant bleu à la mangue, nous sommes pleins comme des œufs.

La journée est presque finie, il est déjà temps de quitter notre belle cuisine et rentrer à Chiang Mai. Nous avons passé un excellent moment avec nos voisins Brésiliens, Allemands, Anglais. 
Quant au Canadien, il n'a jamais lâché son cell, pour moi, il va avoir du mal à honorer tous ses rendez-vous Grindr… 

Nous remercions Yummy, glissons un pourboire dans sa petite boite, et embarquons dans la voiture. 
Pas de marché de nuit aujourd'hui. Non pas qu'il n'y en ai pas, il y a toujours un marché de nuit quelque part en Thaïlande, mais c'est assez. 

Nous aurons la force d'aller grignoter quelque chose de léger avant de regagner nos chambres. Demain sera une grosse journée au guidon d'une moto.

Mangue au riz gluant
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Dimanche 17 janvier – Chiang Mai - Des marchés et des Chinois

Toujours aucune amélioration du côté de Lanta. 

Aujourd'hui, c'est dimanche et le dimanche il y a marché de nuit du dimanche ! 
En attendant, nous fréquentons le marché de jour de Warorot. Hors les murs de la vieille ville, il est immense, déborde de ses halles et propose de tout. 
Du vivant, du mort ; de la viande connue et de l'inconnue ; du porc dans tous ses états, du sabot au groin ; des insectes qui grouillent et d'autres frits, blattes, grillons, gros asticots, des vers de bambou avec le sourire. 

Seuls quelques fruits auront notre faveur, il est un peu tôt pour de la tripe et de la coquerelle. 

De retour dans l'enceinte, nous nous perdons avec plaisir dans les venelles ombragées. Il fait chaud, mais nous sommes loin des températures incandescentes de Koh Lanta. 
Plusieurs guesthouses sont magnifiques. Piscine, chambres spacieuses et lobby invitant, mais aucune n'est au même prix que notre White House. 



Nous nous arrêtons manger une soupe. Je suis mal tombé, dans le délicieux bouillon, mon porc est en un ensemble de bouts de gras et de nerfs. 

Après une courte et réparatrice sieste, nous allons nous perdre sur Rachadamnoen road, tout entière dédiée aux mêmes commerçants qu'hier, mais avec deux fois moins de place. 

Là encore les Chinois sont absolument partout, une vraie nuée de cafards ! 
Les vendeurs ont l'air excédés. Je vois des dames refuser de vendre parce que l'attitude du client est mauvaise. J'en vois d'autres qui font signe de partir, pas question de marchander un prix affiché, surtout dans ces conditions. 
C'est bien de gagner de l'argent, mais pas à n'importe quel prix, et les habitants du royaume de Siam sont des gens très fiers. 

Nous grignoterons deux ou trois brochettes, nous extasierons de la quantité incroyable de boulettes qui grillent, chauffent et sont plongées dans la friture. 
Les cours des temples sont transformées en cantines géantes, tout est merveilleusement bon. 

Mais nous avons notre soûl de cette populace, nous sommes à coté du Soi 5, la ruelle de la délivrance.



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Samedi 16 janvier – Chiang Mai – Marché de nuit, Chinois en folie et course de tuk-tuk

Pas de bonnes nouvelles du côté de Koh Lanta… 
Mais nous gardons espoir, il reste encore 3 jours avant notre tour à moto dans le nord. 

En attendant, nous décidons de commencer par réserver nos véhicules. Le plus grand locateur de motos à Chiang Mai est Pop. Je choisi une Suzuki V-Strom 650, et mon ami Robin qui est loin d'être un expert du 2 roues prendra un Forza 300, un gros scooter automatique super confortable. 
Étonnant, ils ne nous réclament même pas nos permis, se contentant de demander 10 000 B de caution. 

Visite de la vieille ville, temples et petites ruelles sont autant de raisons de se perdre entre les douves. Des moinillons vaquent à leurs occupation dans les clairs-obscurs et les ombres des temples. Il règne toujours une ambiance décote et silencieuse dans ces lieux de culte. Touristes et fidèles s'y croisent sans se déranger, il a beaucoup de tolérance.

Je constate qu'il y a pas mal de Chinois dans la rue, mais je n'ai encore rien vu… 

Dans le but de réserver plus facilement des chambres en Birmanie, je pars m'acheter un téléphone. Le centre commercial Central Departement Store situé au nord-ouest de la ville devrait pouvoir m'offrir ce genre d'article pour un prix attractif. Mais la plupart des commerces d'électroniques vendent plutôt les derniers-nés des industries téléphoniques, avant ou sans la pomme. 
Enfin, je trouve mon bonheur, et de plus avec une jeune fille qui parle correctement anglais. Pour 25$, je repars avec un Samsung, une carte SIM et 50 minutes d'appels, tout ce qu'il me fallait. 
En sortant, un petit marché de nourriture a pris possession du trottoir. Nous découvrons les belles saucisses de porc aux épices, grillées au barbecue, qui sont tellement appétissantes.
Nous n'avons pas faim, mais comment résister à de tels fumets, de si belles couleurs et de si grands sourires. 

Le soir, c'est le grand marché du samedi qui ouvre ses kiosques, mais avant, c'est anniversaire ! C'est une impression où ils reviennent de plus en plus rapidement ces jours d'anniversaire ? 

Plutôt que de pleureur sur mon sort de vieillard, nous allons honorer la table du restaurant indien The Whole Earth. J'ai une folle envie de manger des naan, du curry et du poulet byriani. Le service est excellent, le restaurant très joli, une adresse à conseiller. 

Direction le marché du samedi. Il nous faut prendre un tuk-tuk, et le chauffeur semble vouloir faire plusieurs courses dans les 15 prochaines minutes. Nous arrivons entiers, mais tout décoiffés au marché. 
Les kiosques sont installés, il y a énormément de monde, ça se bouscule devant les étals, c'est tellement vivant. 
Vivant à tel point que j'ai comme une forte envie de sinocide

Depuis quelques années, les Chinois ont envahi la ville. Un film a été tourné dans la région, et il a battu tous les succès hollywoodiens dans l'Empire du Milieu. De plus, des ponts ont été construits sur le Mékong et la classe populaire a maintenant les moyens de voyager. 
Ces trois arguments font que Chiang Mai, et quelques sites majeurs du Nord de la Thaïlande ont littéralement subi un tsunami de ce peuple de très jeunes voyageurs débutants.
J'avais abordé le tourisme russe il y a 2 ans, mais eux, n'ont plus les moyens de partir bien loin, et les plus riches ne traînent pas dans notre environnement. 
Les Chinois les ont littéralement supplantés. Et ils sont tout simplement… choisir un qualificatif qui ne blessera pas, qui ne me fera pas passer pour un infâme raciste, qui contentera tout le monde, qui suggérera plutôt qu'accusera… Ils sont odieux ! On ne change plus beaucoup à 49 ans, et je ne veux pas déstabiliser mon lectorat… 

Bon, je ne me fais que le porte-parole des Thaïs rencontrés et avec qui on en a parlé. Ils ne les supportent tout simplement pas. À tel point que les Occidentaux sont remontés dans l'estime de ce peuple poli et empreint de savoir-vivre. 
Oui, même les Français ont à présent les faveurs des Thaïlandais ! 

Pousse, bouscule, ordonne, marchande sans vergogne, exige, passe devant… Exactement, tout ce que je déteste de la part de voyageurs. 

Las, je décide de m'accrocher au sac à dos de la femme qui vient de pousser tout le monde, elle-même accrochée à celui de son fiston tout aussi mal élevé, lui-même agrippé à celui de son petit frère qui se fout de savoir s'il bouscule. C'est dans leurs gènes d’être sans gêne… Ils sont fous ces Chinois.

Bon, moi ça m'a défoulé, ça a fait éclater de rire les chalands et sourire jaune la maman qui venait de perdre la face devant tout le monde. 


Saturday Market
Mais ce marché est sympa, on y trouve vraiment de tout et l'avenue est quand même assez grande pour circuler. Jusqu'à un certain point… 
Il vient un moment où même le plus endurci des magasineux n'en peux plus, et c'est maintenant. 
Nous nous extirpons de cette marée humaine et attrapons un tuk-tuk qui doit nous emmener dans un club où nous voulons finir tranquillement la soirée. 

Ciel, c'est le frère de l'autre ! En plus fou. 
Il roule comme un dément dans les rues, se faufile, prend des virages sur 2 roues, accélère sur la voie de gauche avant de zigzaguer sur la droite entre deux autobus et une moto, je vais vomir ! 
Il ne veut surtout pas rater la fermeture du marché et faire le plus de courses possibles. En attendant, c'est sur notre course que je me concentre, en anticipant le drapeau à damier qui va faire de notre pilote le champion toutes catégories des tarés de Chiang Mai. 

Finalement, le bar est pourri, les boissons hors de prix, l'ambiance nulle. Allons donc souffler quelques moutons sur notre oreiller.





      


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Vendredi 15 janvier – Koh Lanta à Chiang Mai – On perd un voyageur et 20 degrés

Mauvaise nouvelle. 
Réjean est absolument incapable du moindre mouvement. Il ne peut pas mettre un pied devant l'autre et décide de passer quelques jours pour se rétablir. Il nous rejoindra à Chiang Mai dans quelques jours. 

Aux alentours de midi, nous attendons notre transfert vers le quai de Saladan. Nous montons avec la patronne qui doit aller faire des commissions au bourg et laissons, le cœur gros, notre ami à son sort. 

Le bordel est pogné sur le quai, mais notre bateau n'est pas annoncé, nous avons le temps de nous tirer une chaise en plastique et d'avaler un riz frit. 

Le Ao Nang Princess accoste et les gens sont des animaux. À vouloir monter trop vite, ils en oublient de laisser descendre ceux qui arrivent. De toute façon, ce n'est même pas notre bateau, il faut laisser embarquer tout le monde, traverser le pont et descendre dans le speed-boat amarré de l'autre côté. 
C'est spartiate, peu spacieux, et la mousse de notre banquette est imbibée d'eau. Nous le constaterons à l'arrivée, le short trempé comme si notre couche avait débordé. 
Le bateau mérite son qualificatif de rapide, ses trois énormes moteurs hors-bord de 225 chevaux sauvages chaque, emplissent la cabine de leur hurlement. Nulle discussion possible dans cet espace ouvert au vent du large. 
En exactement 1 heure, nous accostons à couple d'un autre bateau au petit quai de Had Nopparatthara à Ao Nang et montons dans le minibus en direction de l'aéroport. 
C'est maintenant que je me rends compte que mon short beige est trempé, je ne ferais pas de comédie dramatique comme les Italiens devant nous et me contenterais d'en rire en marchant de reculons, fesses au vent, pour le faire sécher. 

Il est encore très tôt lorsque nous arrivons à l'aéroport de Krabi, les kiosques d'Air Asia pour Chiang Mai sont encore fermés pour au moins deux heures. 
Nous allons donc manger dans un chouette restaurant au niveau des pistes, ça change des soupes déshydratées vendues dans la zone d'embarquement. 

Enfin, il est l'heure d'enregistrer nos bagages. Nous expliquons à l’hôtesse que l'un des voyageurs ne sera pas du vol et qu'elle peut annuler son billet. Ceci fait, nous passons au contrôle des bagages et allons patienter quelques heures de plus dans la salle d'embarquement. 

Le ciel s'assombrit, les nuages noirs deviennent menaçants, les éclairs transpercent les ténèbres, la foudre tonne et roule de plus en plus proche de la piste de décollage. 
André n'en mène pas large et blêmit à chaque flash, je tente de le rassurer en lui disant que l'orage va passer avant que nous décollions et que les avions sont de toute façon conçus pour supporter ce genre de phénomène climatique. 
Hein, c'est vrai ? 
De toute façon il faut y aller, les autres passagers sont déjà en ligne devant les patientes hôtesses. Je sors les boarding pass et me rends compte qu'il manque celui d'André ! Misère… 
En nous enregistrant, la jeune fille a fait une erreur et a oublié de valider le billet d'André sans doute pensant qu'il était Réjean, mais en validant 2 bagages pour Robin qui n'en a qu'un et que de toute façon nous n'avons droit qu'à un bagage en soute, et inversement. 
En tout cas, ça a l'air aussi compliqué que ça. 

Être plus blanc que blême ça existe, je l'ai en face de moi… Gardant notre sérénité, nous attendons que les demoiselles passent leurs appels et valident la place déjà achetée. Finalement, 5 minutes peuvent paraître très longues dans ce genre de situation, mais tout s'arrange avec le sourire et nous pouvons prendre place dans la cabine. 

Une jeune fille change de place avec ses copines, nous avons 3 sièges avec vue sur de gros nuages noir pleins de tension électrique. Je ferme discrètement le rideau et assure à mon fantôme que tout va bien et que l'orage est dernière nous. En vérité, il a fait demi-tour, et après le décollage nous secouera pendant une trentaine de minutes, histoire de nous faire sentir bien vivants. 

Une heure 45 plus tard, nous atterrissons tranquillement à Chiang Mai en ayant perdu une vingtaine de degrés au passage. L'air est respirable, il fait frais, la nuit est claire et le taxi nous emporte pour 150B vers le White Houste Guesthouse où j'ai réservé nos 3 nuits. L'aéroport est vraiment à coté de la ville, il nous faut à peine 10 minutes pour arriver au grand portail vert qui n'a pas changé depuis 2002 et ma première visite. 

Un peu désuet, mais très central et calme, le White House a été racheté par un Suisse et affiche fièrement ICI ON PARLE AUSSI FRANÇAIS. 
Ce qui lui vaut nombre de demandes de renseignements de la part des touristes francophones. Les chambres avec climatisation sont louées 500B, celles avec ventilateur 350B, inutile de préciser que la clim est totalement inutile en ces fraîches contrées. 
Évidemment, à ce prix là il ne faut pas s'attendre à du grand luxe. Les peintures sont fatiguées, les salles de bains sommaires, mais c'est propre, les lits sont confortables et l'accueil chaleureux. 

La journée a été très longue. Nous prenons un repas léger et une dernière bière, en souhaitant le rétablissement rapide de notre ami Réjean.

Points d'intérêts Chiang et alentours

Détails centre historique



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Jeudi 14 janvier – Koh Lanta – plage et dispensaire

Programme concis et efficace : ne rien faire. 
Tourner la poignée de la mob vers la plage de Khlong Jak et se reposer sur un transat en regardant le flux de la marée et les petites vagues s'éteindre sur le sable. 

La mer est chaude, quelques filaments urticants nous rappellent qu'il y a plein de choses vivantes dans toute cette eau et le soleil continue sa course. 


Sur une terrasse rasta, nous prenons un repas copieux et économique en s'étonnant de la qualité merdique des pansements d'un jeune homme probablement accidenté de scooter. Si c'est sa copine qui lui a fait ça, il devrait s'en trouver une autre.

Beaucoup de touristes se donnent pour mission d'absolument monter sur un deux-roues en Thaïlande. Si les grandes villes sont compliquées à conduire, la chose devient plus aisée sur de petites îles où la circulation est nettement moins anarchique. Mais. 

Mais, conduire un scooter ce n'est tout à fait la même chose que faire du vélo. Ils sont lourds, puissants, ont des freins relativement pourris, et l'île recèle son lots de virages traîtres et de descentes abruptes. Sans compter les petits génies qui décident de s'égoprotraitiser (se selfier) tout en roulant ! 

J'ai vu beaucoup trop de jeunes gens, surtout des jeunes filles, complètement perdus au guidon de leur petite machine, ne sachant plus s'il fallait rouler à gauche, tourner à quel carrefour et s'arrêter n'importe où pour faire une photo. Heureusement, les locaux sont habitués à ce genre de comportement et font leur possible pour éviter les accrochages. 


Carte de Koh Lanta
Mais les occidentaux n'ont besoin de personne pour se vautrer en short et gougounes sur le macadam brûlant. Les jambes, les bras et les pieds à vif, ils finissent dans un des nombreux dispensaires ou cliniques de l'île où ils seront rapidement pris en charge. 

Certains décident de se dispenser de dispensaire, et se soignent eux-même. Comme ce garçon en face de moi, qui ne semble pas avoir la moindre expérience de soins infirmiers basiques. Mauvaise idée… 
Les vacances à la plage sont finies, plus de baignade, plus de soleil, on se dit finalement que c'était vraiment une mauvaise idée de faire quelque chose de nouveau sans aucune formation. 

Nous revenons à nos transats, trempons un peu dans l'eau, séchons et recommençons le processus de façon régulière. 

Un cri de douleur se fait entendre. Notre ami Réjean pense s'être coincé le nerf sciatique et ne peut plus bouger. Nous devons rentrer doucement et lui éviter les chocs. 

Je m'arrête acheter quelques fruits et joue à cache-cache avec le petit garçon de la découpeuse de saparot. Timide, il finit par trouver mes grimaces rigolotes et esquisse un sourire. Sa mère doit me trouver complètement taré.

Le soleil descend sur la mer, les îles de Koh Ha Yai se découpent sur un horizon fantasque. Un énorme nuage vide son trop plein d'eau dans la mer d'Andaman, d'autres se parent de rouge et orange en défilant au-dessus de nos têtes, c'était notre dernière soirée à Koh Lanta. 

Demain, nous serons dans le grand nord, à Chiang Mai, où la température devrait être plus clémente.



#LesDrolesdIdeesDeChristophe .

Mercredi 13 janvier – Koh Lanta - De poussière et de boue

J'ai prévu de faire découvrir l'intérieur des terres à nos amis. 
Une route traverse plus moins l'île dans le sens de sa longueur du nord au sud et inversement. 

Les cultures d'hévéas sont en pleine production. Depuis la baisse drastique du prix du pétrole, le latex naturel est redevenu à la mode. 
Les exploitations ont été nettoyées, les arbres entretenus et entaillés. Les demies noix de coco accrochées aux troncs se remplissent de l'épaisse sève blanche et, en séchant forme des ballons un peu collants. 
La route en terre est poussiéreuse, il y a un énorme nuage rouge derrière moi, je dois absolument rester devant ! 

Nous quittons le chemin de terre et bifurquons à l'est. 
En remontant vers le nord, nous tombons sur la mangrove et décidons de nous offrir une balade en kayak. 

La marée est encore basse et les palétuviers ont les racines découvertes, c'est le meilleur moment pour visiter ce site naturel. 
L'embarquement est un peu délicat, mais personne ne tombe à l'eau. 
La marée est montante et le vent de face, idéal pour commencer une excursion sur l'eau, ce n'en sera que plus facile pour revenir. 

C'est sans compter sur l'esprit aventurier qui nous gagne. Nous visitons les petits méandres hors piste, dépassons la maison flottante et, ayant tourné, avançons à présent le courant et le vent dans le dos. 
J'ai comme une envie de voir de plus près cette étrange mangrove et décide d'accoster. Le débarquement sur le rivage est acrobatique, mais, aidés de branches et de racines, nous mettons pied à terre. Pieds dans la boue en fait. 

Le sol chaud est mou et onctueux comme une Danette. Les orteils s'y enfoncent avec délectation. Le bruit de succion à chaque pas est obscène, la sensation est extraordinaire. 
Nous ne pouvons pas aller plus loin que le petit mètre carré sur lequel nous pataugeons, la forêt est dense et impénétrable. L'embarquement à bord de notre frêle et instable esquif est un grand moment de fou rire. 
Les pieds pleins de boue noire glissent, nos petits sièges sont sales, le rafiot est plein d'eau. Hélas pour nos spectateurs, aucun incident fâcheux ne viendra s'immortaliser sur la carte mémoire de l'appareil photo. 

Nous repartons de plus belle... J'imagine que le petit cours d'eau que j'ai pris nous ramènera à notre point de départ. En tout cas, sa courbe le laisse fortement supposer. 
Et puis, c'est si romantique de se laisser tranquillement porter par le courant sous la canopée protectrice, la pagaie servant juste de gouvernail. 
Les ombres et lumières donnent à cette forêt impénétrable des airs de début du monde. Les racines forment un abri inexpugnable pour les millions d'alevins qui vont y commencer une vie mouvementée. Les crabes à grosse pince se font la main sur du menu fretin avant d'aller à la chasse au gros gibier. Mort de préférence. 

Au détour d'une courbe, on distingue la montagne et le bruit de la route côtière, nous ne sommes plus loin de notre port d'attache. Mais le remblai qui obstrue l'horizon nous ferme définitivement l'accès à la suite de la visite et nous devons faire demi-tour. 

Le sympathique petit courant est maintenant face à nous, mais il est doux et nous pouvons remonter facilement cette partie de la mangrove. Le gros virage à droite nous ramène sur l'artère principale. Le vent est l'allié du courant. La maison flottante semble à des années-lumières. 
Terminée, la petite balade pépère, il va falloir donner un coup de main au pagayeur principal, c'est-à-dire moi. 
André est donc mis à contribution. Fin de la pause contemplative, confortablement allongé au fond du kayak. 

 Après quelques rapides conseils sur les procédures de propulsion du navire, le jeune homme retrouve ses gènes de coureur des bois. Il manie la pagaie comme ses ancêtres, veut remonter les rivières jusqu'à leurs sources, courir les bois peuplés de sauvages, trapper et revenir, le canot débordant de fourrures. Acheter quelque pacotille à échanger aux autochtones contre filles et gîte. Attendre la nouvelle lune, et, enfin, après des semaines sans se laver, le retour à la grand'ville où il s'encanaillera avec des marauds comme lui, dans un bouge de la basse-ville, deux greluches malsaines et avinées sur les cuisses. 
Photo pas très nette du quinquisaïeul Dion.
Il avait déjà échangé ses fourrures contre un peu de chaleur

 En attendant, il ahane sous le soleil implacable, demande une pause, et reprend du collier avec la promesse d'une boisson fraîche dans cette maison flottante qui semble enfin se rapprocher. 

Nos efforts communs ont eu raison des éléments.  Vents et marées nous ont à peine ralentis et nous arrivons essoufflés, le front rouge d'effort et d'ultra violets sur le ponton de cette maison. Un jeune homme nous aide à débarquer et attache notre canot. 
Nous échouons sur quelques coussins moisis, un shake au citron bien frais à la main. 

 Le retour jusqu'au ponton principal se fera plus aisément puisque le vent nous pousse. Le débarquement de nos corps ankylosés par trois heures d'efforts intenses sera à nouveau une grande crise de fou rire qui n'aide en rien à la tâche. Nous rendons l'attirail à la drôlesse du kiosque d'accueil et reprenons quelques forces à la cantine de la Mamma. 

 Chauffés par le soleil du haut, cuits par ses reflets aquatiques, nous revenons vers nos chambres prendre un peu de repos et nous glisser sous une douche froide. 

 La soirée sera consacrée à un cocktail sur la plage et à un restaurant où, pour une fois c'est moi qui ferait les frais de l’incompétence de notre jeune serveuse. Elle a tout simplement oublié de commander mon plat en cuisine. 
J'en suis quitte pour souper avec une grosse bière et une fourchetée de salade de papaye volée à mon voisin et serait charmé par les enfants fascinés par le trio de musiciens.



#LesDrolesdIdeesDeChristophe

Mardi 12 janvier- De la pastèque farcie au singe

Réveil tranquille, déjeuner sur terrasse. 

Ce matin, nous montons à Saladan
Le long des plages, quelques bateaux attendent l'heure de l'appareillage sur une mer tranquille translucide. Au loin les petites îles inhabités de Koh Ha Yai sont posées sur un horizon flou de chaleur. 

 Je suis certain que ce mardi, le marché est ouvert. Je n'ai bien sûr demandé à personne de confirmer ma supposition et me fie à ma bonne étoile. Qui semble quelque peu ternie, puisque de marché il n'y a point. Tant pis, nous en verrons d'autres et serons rapidement contentés de têtes de cochon et autres tripailles. 

 Un jeune homme ouvre son kiosque de jus frais et le jus du jour est à base de gingembre. Le résultat est à la hauteur de nos attentes. Une belle grosse dose de gingembre, un citron vert, de la glace, du sucre de palme, un tour de mixer et nous voilà armés de gros verre débordant de jus frais piquant et rafraîchissant. C'est exactement ce qu'il nous fallait, il n'est pas encore midi et il fait 38º. 

 Nous grignotons dans une gargote de bord de route et revenons vers notre hôtel. 

Je me réjouis de dévorer la demie pastèque achetée hier, mais elle a pris le chaud et elle a commencé à fermenter. Immangeable. Je la laisse donc enveloppée sur la balustrade de la terrasse et regagne la chambre climatisée. 

 Quelques minutes plus tard je détecte une activité suspecte sur la balcon. Je tire le rideau et voit un singe les deux mains déchirant le sac en plastique, plongeant la tête dans la chair du fruit trop mur. Ses moustaches dégoulinent de jus rouge, il a l'air de se régaler. 
Un comparse le rejoint et ils se disputent les restes de ma regrettée pastèque en se chamaillant. 

 Je jetterais le cadavre sanguinolent du fruit sous mon bungalow, où les poules, et autres insectes gourmands finiront de nettoyer la carcasse.

Ainsi passent les jours sur Koh Lanta...

Village de Saladan
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Lundi 11 janvier - Koh Lanta - Isolement et dépendances

Lanta National Park
Mais dis donc, on dirait qu'il va encore faire beau aujourd'hui ! 
Ça tombe, bien puisque c'est piscine… Enfin mer bleue et sable fin. 

Nous embarquons sur nos nouvelles pétrolettes, un peu en moins bon état, mais également moins chères, et prenons la route du sud. Il est tôt, il a peu de monde sur la route et le petit parking du Parc National est presque vide. 
À nous la sublime plage de sable fin et blanc, les eaux turquoise et l'ombre des cocotiers. Avant de profiter de ce farniente de luxe, nous montons au phare qui surplombe cette magnifique baie. 
La vue y est époustouflante, le regard porte loin et les eaux claires laissent apparaître multitudes de poissons. 

Nous profitons longuement de la baignade et de quelques minutes de repos à l'ombre de larges branches. Il est déjà l'heure de manger. Le parc n'offre pas de nourriture, alors nous quittons ces lieux idylliques pour d'autres. 

La prochaine plage vers le nord-est l'endroit idéal pour poursuivre la journée. Une hutte, des bancs, un menu et nous sommes immédiatement devant une assiette et un verre. 

Le sable est brûlant, nous devons marcher sur la bande mouillée de la plage pour rejoindre un arbre salvateur. 
Nous installons nos serviettes et allons nous baigner. 

Non loin, une famille thaïe a décidé d’emmener leurs deux chiens hideux se baigner et surtout aboyer. Le calme est brisé par les jappements de ces deux mini-monstres, qui ne dérangent nullement leurs maîtres. 

De toute façon, il fait trop chaud, nous sommes un peu rouges, rentrons. 

Le soir, nous mangerons sur la plage, qui d'un gros poisson grillé ou d'un calmar. 
Les nouveaux jeunes sont tous rétro éclairés par leurs téléphones qu'ils ne quittent jamais des yeux. Les réseaux Wi-Fi haute vitesse sont partout et les occidentaux avides de renouveler leur statut Facebook ne peuvent se passer de cette dépendance. 
Les couples ne se parlent plus, il n'y aucun échange et ils s'intéressent à peine au contenu de leurs assiettes.
C'est bien de décrocher de temps en temps. 

En face, patiente, sa copine, attend en tortillant sa cuillère dans son riz blanc. Lui va manger froid, il ne se rappelle même plus qu'il a commandé quelque chose.
Les voyages font et défont les couples, attention à toi mon petit bonhomme accro.


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Dimanche 10 janvier - Koh Lanta - Des girafes jaune et bleue, Apsara à Old Town

En ce beau dimanche ensoleillé, les bras et les jambes noyés sous une couche de crème solaire, nous traversons l'île au guidon de nos petites 125. 
La route est belle, le point de vue sur la côte est superbe, nous poussons jusqu'à la pointe sud pour voir ce qu'il y a au bout du monde. 

Un café-restaurant-terrasse au-dessus de la mer nous attend. Un chat dort au milieu du parking à gougounes, un bébé sommeille sous le regard attendri de sa maman, les rares touristes chuchotent en attendant leur jus de pastèque ou de mangue. 

Encore plus bas au sud, un petit panneau indique View Point, nous avons beau avoir cherché, de vue, point. 
Par contre, une marche extrême dans la brousse sauvage sur un petit sentier qui ne mène nulle part, ça, on y a eu droit. Des bouffées de vent chaud nous font suffoquer, les sandales s'accrochent tant bien que mal sur les cailloux poussiéreux, mais qu'est-ce qu'on fait là ?
Allez, demi-tour, on ira acheter une carte postale ou on fera une capture d'écran de Google Map. 

Tout au bout du bout de la pointe sud-est, il y a un petit guesthouse. C'est perdu, tranquille au possible et les chambres sont des proues de bateaux baptisées du nom de villes célèbres. 
Une piscine surveillée par des girafes en plâtre et des éléphants bleus darde ses reflets verdâtres vers les cieux. Un ponton fait de branches d'arbres, de bambous, de bric et de broc s'élance sur la mer, j'ai l'impression que c'est solide et m'y aventure. 
Des noix de coco vides, des flotteurs de filet de pêche, des coquillages, des cages à poules, des fruits de je-ne-sais quel arbre se balancent au rythme de la brise et décorent la hutte marine. 

Nous enfourchons nos montures et reprenons la route nord en direction de Old Town, le vieux village de Koh Lanta. 
Un très long ponton s'enfonce dans la mer, quelques bateaux de pécheur s'y bercent en attendant un prochain appareillage. 

Dans le vieux village, il y a quelques touristes courageux qui bravent l'explosion attendue des thermomètres, mais il y surtout Apsara
Ce tout petit restaurant sur pilotis face à la mer sort de la cohorte des restos trop fréquentés. 
Le jeune homme qui s'en occupe parle très bien anglais, la cuisine y est délicieuse et ses tatas sont d'excellentes cuisinières. C'est un vrai bonheur de manger à l'abri du soleil, ventilés par la brise du large. 

Nous visitons quelques boutiques de la rue principale, des magasins vendent des épices un peu trop ventilées, d'autres des souvenirs classiques, c'est touristique et sans grand intérêt.

Nous devons traverser l'île pour rendre la mob de luxe à notre locatrice à 14 heures. Mais on est en Thaïlande et finalement, l'échange ne se fera que le lendemain matin.


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