Vendredi 5 février – Bagan – On s'envoie en l'air !

Merci à Joseph et Étienne ! 
Commencer une journée en se levant à 5 heures du matin sans sourciller est un bonheur grâce à leur diablesse d'invention. 

En cette belle journée de 1783 qui aurait parié un demi-écu d'argent, que 233 ans plus tard, grâce aux frères Montgolfier, nous découvririons l'un des plus beaux sites de notre petit monde. 

Loin de cadrer dans notre budget initial, ce survol de Bagan en ballon est un luxe que nous ne pouvions manquer et puis, on peut payer en Visa… 
Ne pas le faire eut été une longue litanie de j'aurais-dû-ben-dû-donc-dû, et ça, je l'ai fait trop souvent. Nous avons donc décidé de réserver un vol pour ce matin avec la compagnie pionnière dans cette aventure birmane : Balloons over Bagan

Il est 6h00, et nous buvons un thé avec quelques biscuits, en regardant les énormes ventilateurs gonfler les enveloppes de nos ballons. 
Les explications de Mike, notre aéronaute, sont claires et précises malgré son drôle d'accent britannique. Pas de follerie, prendre du plaisir, des photos et suivre ses consignes, surtout pour l'atterrissage qui devrait être tranquille, mais prévoyons le pire. 

Les immenses flammes illuminent l'aube naissante, les enveloppes ocre sont comme des immenses lampions, c'est magique. 
Il est temps d'embarquer dans la nacelle en osier, nous sommes 16 touristes, 4 par compartiment et Mike se tient seul au milieu de son barbecue géant. 
André qui n'aime ni les hauteurs, ni le feu, oublie ses appréhensions et profite totalement de cet instant unique. 

Le décollage se fait tout en douceur, le chef d'équipe au sol nous souhaite un bon vol, c'est partit pour 45 minutes de contemplation. Loin à l'horizon, le soleil fait parvenir ses premières lueurs. Le ciel blanchit, la nuit va bientôt complètement faire place à un nouveau jour. 
Dans l'axe du soleil levant, nous ne pouvons que constater la laideur de la tour Nann Myint, supposée être la tour d'observation la plus hot en ville. 
Ça fait donc un peu plus de 11 ans que cette horreur anachronique de 60 mètres défigure le paysage, de plus la visite coûte cher et personne ne fréquente ce furoncle visuel. 

Quelques bancs de brume enveloppent encore les temples, les rayons naissants viennent projeter des ombres magiques, aucune photo ne parviendra à illustrer la vision que nous avons. 
Autour de nous, des dizaines de ballons suivent tous une trajectoire différente en fonction des vents. Ces courants d'air imperceptibles, puisque nous naviguons avec eux, nous emportent tranquillement vers une destination plus ou moins choisie par notre pilote. 
Plus proches du sol, nous partons vers une direction qui est différente de celle d'altitude. Mike joue avec ces paramètres pour se diriger et nous faire découvrir les meilleurs points de vue. 
Il envoie le poing rageur avec le sourire à son collègue qui, juste devant nous, a réussi à trouver la trajectoire parfaite pour survoler un temple à très basse altitude. Nous passons au-dessus d'un village qui se réveille. 
En bas, personne ne prête attention à ces gros ballons qui font maintenant partie du paysage aérien. Nos têtes chauffent un peu à chaque coup de feu des quatre chalumeaux géants. 

Au sommet de l'intérieur de l'enveloppe, la température grimpe jusqu'à 100ºC. Grâce à quelques coups de filins, dans sa cuisine du démon, le pilote fait tourner la nacelle pour que tout le monde puisse admirer le plus de choses possible. Le temps file plus vite que notre ballon, le soleil est maintenant bien installé pour une autre belle journée et déjà, il est temps de passer à la phase la plus hasardeuse, l’atterrissage. 

Quelques secondes avant de poser sa nacelle, Mike nous demande de prendre la position prévue. Assis sur une petite banquette, le dos contre l'osier, agrippés à une main courante, nous attendons. Finalement, le retour sur le plancher des vaches se fera aussi tranquillement que le décollage et nous n'aurons rien d'épique à raconter. 

L'équipe au sol attrape la nacelle, et nous déplace par petits bonds jusqu'à une zone où l'enveloppe pourra se dégonfler sans finir dans les branches épineuses des arbres secs. Aussitôt débarqués, quelques jeunes filles souriantes viennent nous vendre des souvenirs, cartes postales, livres et autres colifichets. 

Notre autobus vintage est là, la table est mise, les petits bancs installés, les croissants, cake aux bananes et fruits prêts à être dévorés. Mike fait péter le champagne et, à 8 heures du matin, nous vidons allégrement quelques coupes. Finalement, le champagne, ça passe aussi très bien au petit-déj'. 

Jamais avare de réponses et d'anecdotes, Mike répond à toutes nos questions avec gentillesse et passion. Fils d'aérostier, il vit pleinement son héritage paternel entre Bagan, dont la saison dure environ 6 mois, et les plaines du Yorkshire. 

Il est temps de rentrer à nos hôtels et de commencer une deuxième journée de découvertes. Une chambre moins chère s'est libérée, nous déménageons nos affaires et nous installons dans la chambre 115 au fond d'une cour, loin du bruit et de la poussière de la route. Un coq y habite, nous le saurons demain de très matin… 

Notre beau scooter noir sans rétroviseurs et poussiéreux nous attend. 
C'est avec les nouvelles informations d'une vénérable dame qui nous livre ses secrets de temples cachés que nous reprenons la route. 

Nous trouvons le fameux ensemble de temples dévoilé par notre vénérable, et effectivement, il n'y a vraiment personne. La visite de la majestueuse pagode nous fait découvrir un escalier dérobé, caché dans l'épaisseur des murs. Aucune lumière, aucune indication ne permet de le deviner. 
Il faut avoir grimpé plusieurs autres escaliers officiels pour connaître l'astuce et percer le secret. L'escalier est délabré, les marches inégales et la pénombre totale. Les plafonds sont très bas, la tête trop haute et les bosses bien réelles. 
La montée est finalement d'une facilité déconcertante comparée à la descente… 

Du haut du petit balcon étroit, la vue se projette au loin. Il n'y aucun bruit sinon le roucoulement des pigeons et les bêlements de quelques maigres troupeaux de chèvres. Nous sommes seuls au monde et profitons de ce calme bienfaiteur dans un pays où le klaxon est roi. 

Remontant sur notre électrette, nous suivons quelques sentiers sablonneux, dans lesquels nous nous enlisons, dérapons et devons nous arrêter, incapable de faire un mètre de plus à force de rire. 

Dans tous les temples, dans tous les monastères ou pagodes, qu'ils soient restaurés, en ruine, visités ou non, trônent des statues de Bouddha. Aucune n'est identique à une autre, visage grave, souriant, souvent énigmatique, le Saint Homme nous regarde à travers ses yeux mi-clos.

Sur certains murs, d'immenses fresques ont traversées vaillamment les siècles, les épreuves du temps et des hommes pour parvenir jusqu'à nous. 
Loin d'être un fan de temples modernes, ceux-ci sont empreints de sagesse, de calme et de plénitude. Impossible de rester indifférent à moins d'être un gros blasé de la vie...

De temples en temples, nous remontons tranquillement vers le nord et le fleuve Irrawaddy, y traversons la route où les autobus, taxis et autres carrioles foncent vers les deux temples les plus courus pour le coucher du soleil. 

Nous laissons passer la cohue et visitons le grand sanctuaire Ananda, où de nombreux marchands du temple tentent de nous vendre porte-bonheur, images saintes, copies de livres et cloches en bronze. 

À l'intérieur de l'enceinte, devant les quatre imposantes statues dorées de Bouddha debout, nous restons cois. Quelques touristes prennent toute la place, plus ou moins intéressés par les explications de leur guide. Ils la veulent la photo de Bouddha et font tout pour trouver le meilleur point de vue. 
Mais ce genre de troupeau ne reste jamais longtemps en place, le petit drapeau s'éloigne, suivi de près par le bétail obéissant. Le site est à nous. 

Au pied du Majestueux, trônent deux plus petites statues de Bouddha presque totalement déformées par les couches d'or déposées par les fidèles. La superstition veut qu'en appliquant une feuille d'or à l'endroit où l'on a mal cela fera guérir. Ce n'est pas plus étrange que se soigner avec l'homéopathie finalement, c'est juste plus joli. 

Des épaisseurs sur le front, les mains ou le cœur résument les maux les plus courants. 
À Mandalay, un Bouddha est ainsi recouvert d'une épaisseur de 25 cm d'or, seul son visage a été épargné. 

Nous voyons à travers les fenêtres que la lumière devient un peu plus chaleureuse. L'heure tourne et le soleil termine tranquillement sa course, il est temps d'essayer de trouver notre poste d'observation. 

Sur son blogue, Brice parle d'un petit monastère non loin de la route et qui est encore un lieu calme et serein. Pas facile à trouver dans la multitude, je devine plus ou moins où il doit être et roule dans cette direction. 
Deux scooters sur le sentier, et deux têtes sur un toit me confirment que c'est bien cet endroit que je cherche. 

Un Chilien et son guide sont déjà à l'affût. Le guide paraît surpris et me demande comment je connais cet endroit. 
Il a dû vendre un spot totalement secret à son client et nous en rions de bon cœur, lui promettant de ne pas dévoiler ce lieu à tout un chacun. 
Il y a des sites peut-être encore plus sympas et plus secrets, mais l'avantage de celui-ci est qu'il est proche d'une vraie route et non loin de Nyaung U. Bonne chasse. 

Finalement, nous ne serons pas plus d'une vingtaine sur ce toit, loin du tumulte des terrasses d'hier soir. Encore une fois le spectacle est à la hauteur de nos espérances les plus optimistes. 
Les couleurs sont délirantes, les ombres s'allongent et, face à nous, les contours s'assombrissent et s'enveloppent de velours orange. Derrière, les façades en brique des bâtisses s'illuminent et se chargent de chaleur lumineuse, le spectacle est sublime. 

La magie de Bagan est à son comble, il n'y a aucun bruit sur le toit, tout le monde est happé par cette superproduction. 

Le soleil fini par disparaître derrière une crête, et une voix se fait entendre, sunset time is over, time to shopping ! Les marchands de peinture avec sable et croquis bouddhistes sont installés et sont à l'affût des quelques affaires. 
Toujours présents, mais jamais trop insistants, ils font partie du paysage, autant s'y habituer et apprendre à dire no thank you en souriant. 

Il me reste une bonne dose de puissance dans la batterie et je négocie un retour un peu plus tardif à ma loueuse. Ça nous permettra d'aller manger dans la zone des restaurants, un peu éloignée de notre hôtel. 

Nous choisirons le restaurant indien Aroma 2, qui a un joli jardin et une très belle décoration, mais dont les plats n'arrivent pas à la cheville du New Delhi de Chiang Mai.

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