Mercredi 10 février – De Kalaw à Shwe Nyaung – Y a du tangage, y a du roulis...

...Y'a des coups d'chiens, y'a des tempêtes. Mais comme on est pas des mauviettes, de tous les métiers, c'est le plus joli… 

Prendre le train au Myanmar est toute une expérience. 
Mais avant d'embarquer, il faut acheter le billet. À 10h c'est pas l'heure, le chef de gare a dit 11 heures. 

Un autobus de retraités arrive, ils n'arrivent pas, ils recouvrent, ils inondent, ils tsunamisent !
  • Jean-Claude ! Jean-Claude ! Jean-Clauuuuuuuude ! Ah, mais, Jean-Clauuuuuuuuuuuude ! Mais enfin, il entend pas ? Bon va falloir que je me lève de mon siège pour aller le chercher. 
  • Madame, ça vous dit d'arrêter d'écrire au pinceau sur vos sacs de choux pour que je puisse enfin faire une belle photo ? 
  • Monsieur, prenez vos jolies boites à lunch en alu et prenez la pause. Super, merci.
  • Ah oui, moi aussi, je veux la même photo, monsieur, reprenez vos boites. Mais il comprend pas ? Bon, je vais prendre les boites dans son sac et les lui mettre dans les mains, je vais finir par l'avoir cette photo naturelle qui fera sensation à mon retour. 
  • On pourrait pas réveiller un peu votre petite fille pour qu'elle sourie, je veux faire un selfie avec vous. 
  • Ah non, hein, on avait dit un chocolat de l'un OU de l'autre, pas un de chaque, y en aura pas pour tout le monde sinon. 
  • Bon, on les distribue ses sacs de pique-nique ? Le train va arriver et après ça va être trop compliqué, on sera tous séparés. 
  • Comment ça mes tranches de pain touchent à mon orange dans le même sac, mais c'est pas du tout hygiénique ça ! 
L'assistant du chef de gare me fait un signe discret d'entrer dans le bureau. Ils me vendent deux billets Upper Classe pour 2 300 K, et me souhaitent bon voyage, avec compassion.
Dans 30 minutes la vente officielle va commencer, et il y aura beaucoup de monde impatient.

Je vais prendre un peu l'air, loin de cette cacophonie et ce verbiage inutile, faire quelques sourires à ce jeune homme aux reins cassés sous les tonnes de choux qu'il vient de déposer sur le quai. Salue la vendeuse de cigarillos et caresse la joue dodue d'un enfant qui me regarde avec des yeux gros comme des soucoupes à café. 

Le train arrive, c'est la cohue. 
  • Non, mais pourquoi il s'est pas garé devant le quai ? Je pourrais jamais monter mon gros cul là-haut, les marches sont trop hautes, mais ils ont pensé à quoi ? Jean-Clauuuuuuuude vient m'aider ! 
La chance nous sourit, aucun de ces touristes n'a pris de siège en Upper Classe, seules deux personnes sont assises à nos places, et nous nous faisons le plaisir de leur montrer nos numéros pour les récupérer. 
Le train part, coups de sifflet, signes de la main, secouage de fanion, un vrai documentaire sur les trains anciens. Les wagons s'ébrouent, mais, rapidement, rebondissent de rail en rail, c'est complètement hallucinant. 

Je ferme les yeux, et me retrouve sur un galion chargé d'épices en route vers les vieilles Europes. Les membrures souffrent dans le gros temps, ça roule, ça tangue, ça gémit. 
Nous sommes brinquebalés de bâbord à tribord, les vagues frappent la coque, rageuses de ne pouvoir nous éventrer. Ce vieux rafiot ne coulera pas, il est construit solide et n'est pas à son premier voyage. Mais il faut avoir l'optimisme chevillé au corps ! 
En Upper Classe, les sièges sont confortables et rembourrés. Jean-Clauuuuuuuude et ses amis sont sur des bancs en bois, immersion totale et très probablement plaintes en cascades. 
Ma voisine espagnole parle à sa guide comme si elle était sa domestique. Mon voisin français coupe la lecture de sa femme toutes les 5 secondes pour lui montrer quelque chose à l'extérieur, ce qui ne l'intéresse pas du tout. 
Nous stoppons dans une gare, les vendeurs se promènent entre les trains, j'achète des rouleaux aux légumes à une dame, c'est gras, c'est bon. 

Des sièges se sont libérés, je profite de cet espace pour m’asseoir seul, face au paysage qui monte et descend au rythme de la houle. 
Dire que la campagne est sèche est exagéré. Il n'y a rien de vert si ce n'est la peinture de la cabine. 

Enfin, après trois longues heures, nous arrivons en gare de Shwe Nyaung, qui est le grand carrefour de ce coin de pays, pour les trains et les autobus. Nous trouvons rapidement un taxi, négocions le prix de 10 000 à 6 000 K et roulons vers Nyaung Shwe la ville porte d'entrée du lac Inle et qui, étrangement est l'inverse de notre ville d'arrivée. 
Passage obligatoire par le poste de péage de 10 euros/US$, ou 12 000 K par personne.

Enfin, nous arrivons, au Little Inn, la guesthouse où nous avons pris soin de réserver par courriel depuis quelques jours. Bien nous en a pris, car c'est complet. Et il en va ainsi pour la plupart des logements, surtout ceux à bons prix comme le nôtre où la chambre double est facturée 20$US. 

L'accueil est chaleureux, notre chambre assez basique, mais dans l'ensemble, c'est correct. Par contre, nous nous rendrons compte assez rapidement, que si les murs sont épais, il en va autrement des plafonds. 
Toutes les chambres communiquent par le toit, et ce qui se murmure deux ou trois chambres plus loin est parfaitement audible. Nous en aurons confirmation le 14 au matin, par quelques soupirs lascifs de St Valentin. 

Nous partons à la découverte de cette petite ville, visitons rapidement le marché en train de fermer et, fatigués revenons à notre petite chambre agrémentée du tintinnabulement des clochettes des stupas voisins de notre fenêtre. 

Cette journée se terminera avec un délicieux repas indien, à l'étage un peu branlant du restaurant Vindaloo voisin.

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