Mardi 9 février – Kalaw – Par monts et par vaux

Alentours de Kalaw
Ce matin, nos jeunes serveuses sont un peu débordées par la horde slave qui vient de débarquer. Mais tout rentrera rapidement dans l'ordre avant notre départ pour cette journée de randonnée. 

En arrivant chez Sam's, nous avons la bonne surprise d'apprendre que nous serons finalement cinq à faire la balade. Il nous en coûtera donc 30 000 K en tout pour 2, repas inclus. 
Susan, une sémillante retraitée Anglaise et un très sympathique couple de jeune Français, Marion et Pierre, nous accompagnerons. Notre guide s'appelle San et elle est d'une fraîcheur à faire pâlir la plus belle des fleurs. 

Nous prenons un taxi/tuk-tuk qui nous dépose au nord de la ville, au début du sentier, et nous évite une montée fastidieuse. Nous sommes devant l'école primaire d'un petit village, où les enfants finissent de chanter l'hymne national avant d'entrer en classe. 
Là, ils récitent quelques prières bouddhistes, avant de commencer à chahuter. 

Dans la toute petite classe par laquelle je passe la tête, le seul garçon est loin d'avoir la concentration qu'il devrait avoir et aimerait bien faire tomber ses copines du banc en bois. Il fera moins le malin quand ce sera sont tour d'aller se faire raser la tête et de passer quelques semaines au monastère. 

Les enfants des villages n'ont accès qu'à l'école primaire. À 12 ans, ils doivent aller en ville pour suivre l'enseignement supérieur. Si les parents n'ont pas l'argent pour l'y envoyer, ainsi se finira son éducation scolaire, avec les bases de l'écriture et du calcul, et il ira travailler aux champs avec ses parents. 

Nous poursuivons la balade à travers les rizières en terrasses. Le riz blanc est cultivé dans l'eau et demande beaucoup d'entretien et encore plus de produits chimiques, comme nous le prouveront la quantité industrielle de sacs avec des têtes de mort imprimées dessus. Un sachet ramassé entre les rizières est explicite. Il porte le titre de Inferno, et contient rien de moins qu'un peu de chloropyridinyl Methyl-Nitro-imidazolinimine. Un puissant néonicotinoïde dont les abeilles raffolent, et une victoire assurée au Scrabble. 
C'est ce riz qui est vendu dans les marchés et dont les paysans tirent des revenus, et du poison dans tous les cours d'eau. 

Le riz noir, aussi appelé riz des montagnes, est régulièrement consommé par les paysans pour ses apports nutritifs, il ne demande pas d'entretien et pousse facilement hors de l'eau.

Mais, en ce moment, c'est la saison du chou. Il y en partout où la terre et l'irrigation sont disponibles. Et puis, son prix est élevé, contrairement au chou chinois dont le cours s'est effondré et qui finit de pourrir dans les parcelles. Alors, il pousse partout et s'exporte dans tout le pays. 
Sérieux, j'ai l'impression d'être dans le coin de Krautergersheim, bonjour le dépaysement !

Nous passons par Myinka, le premier village, et sommes invités à boire le thé dans une maison. La dame qui nous reçoit est d'une gentillesse naturelle, elle n'a rien à vendre, juste envie de nous parler un peu, de nous faire voir des photos de ses 12 enfants et d'expliquer, via San, leur vie au village. 

Elle nous offre d'énormes chips de riz et sésame, des oranges et encore du thé. Cette femme est un vrai bonheur. 
Mais elle est un peu contrariée, elle aimerait bien que son papa de 84 printemps reste un peu à la maison pour qu'elle puisse prendre soin de lui. 
Mais le fringant octogénaire n'en fait qu'à sa tête et continue de vivre dans sa maison en bambou trop froide la nuit et trop éloignée du village. 

D'ailleurs, en quittant la belle maison en dur, nous croisons l'aïeul qui nous fait de grands signes de la main en souriant de toutes ses gencives. Sous son chapeau en serviette de bain rose bonbon, son visage est éclatant de bonheur et de santé, il n'est pas prêt à se faire embêter par sa fille ! 

Une vénérable sort de sa cour, en menant par le bout du mufle, ses énormes buffles des marais, son fiston chevauche l'un des énormes animaux. Ils s'en vont sur le chemin, une vraie image d'Épinal. 

Les buffles sont pour les paysans de réels investissements. À 700 ou 800 $ le bestiau, jamais il ne leur viendrait à l'esprit de manger de leur viande. Par contre, il n'utilise pas le lait des vaches qui sert uniquement à nourrir les veaux. 
Les humains se contentent de lait maternel dans leur prime jeunesse ou, de lait en poudre. Un comble de l'hypocrisie et un scandale commercial, puisque l'eau courante n'est presque jamais potable dans ces pays. 

L'énorme avantage d'avoir une guide, est l'approche très facile des gens rencontrés. Elle nous permet d'entrer dans des intimités, de discuter avec des gens en toute simplicité et sans attentes, et de franchir des seuils où nous n'aurions jamais osé poser le pied. 
Elle nous explique les plantes, déterre quelques racines de gingembre, nous fait voir les cerisiers en fleurs, croquer dans une feuille de moutarde blanche dont on fait d'excellentes salades et soupes et déguster des grains de café fraîchement arrachés à leurs buissons. 
C'est bon du café, c'est un peu sucré, avec un gros pépin dedans, le grain de café… 

Après le café, nous goûtons aux jeunes feuilles de thé, qui elles n'ont aucun goût, si ce n'est une légère astringence. Plus loin, elle prend quelques feuilles d'un buisson anodin dans ses mains, les écrasent l'une contre l'autre pour en faire sortir en jus vert et nous explique en riant que c'est de la Bétadine naturelle. 

Enfin, je sais ce qu'est cette plante que j'ai vu tout le long de la route depuis Bagan. Attachés à de gros piquets en bois ou en béton d'environ un mètre de hauteur, cette plante ressemblant à un cactus est tout simplement Hylocereus undatus. J'aurais dû m'en douter.

Le fruit à ne pas rater en 2016 !
C'est effectivement une cactée, et son fruit est connu sous le nom de pitaya ou plus simplement fruit du dragon
Depuis peu, une vague de tordus du couvercle a décidé que c'était LE fruit de l'année. Il est plein de vitamines, d'antioxydants, calcium, blablabla, tout pareil comme les autres fruits, mais comme il vient de loin et qu'il est cher, c'est mieux. 
Décérébrés foodistas qui ne savent plus quoi inventer, d'autant que, si le pitaya est parfait pour décorer un panier de fruits, il n'a aucun goût... 

Bon, revenons à ma San qui a le rire le plus délicieux qui existe. Nous continuons à marcher sur les chemins, tout en devisant de choses et d'autres. Nous lui posons beaucoup de questions, elle a beaucoup de réponses. 
Elle a commencé à apprendre le français, car elle ambitionne de devenir une guide officielle, et non pas juste une guidouille de treks. Et pour ça, il faut parler une autre langue que l'anglais. 
Je comprends qu'elle veuille choisir le français, mais je ne suis pas tout à fait certain qu'elle y trouve ensuite beaucoup de plaisir. 

Il est presque midi, nous arrivons à Taungni, le deuxième village, et c'est ici que nous allons manger. 
Lorsque San veut acheter des œufs pour le frichti, elle se rend compte qu'elle a perdu son beau porte-monnaie brodé de grosses fleurs rouges. 
Elle ne perd pas son sang-froid, et nous emmène chez sa Matante qui fait table d'hôte. 

La délicieuse septuagénaire nous offre le thé et allume le feu sous la marmite. San se met en place pour nous concocter une soupe de nouilles avec légumes sautés, haricots mungo, cacahuètes et gourganes grillées. 
La soupe eue été largement suffisante, mais nous avons droit à un guacamole à faire pâlir les plus hispanophile des Mexicains de ma connaissance. 
Il y a des avocatiers partout, et leurs fruits sont sur tous les étals, Des plus énormes aux plus petits, ils font le bonheur de toutes les tables, même au petit-déjeuner. 

La jolie petite fille qui avait un petit peu peur de mes grimaces, en redemande. Sa mamie a essuyé son mignon visage morveux avant de prendre place devant son métier à tisser pour nous faire une démonstration. 
Des jolis tissus sont à vendre, et Susan, notre amie d'Angleterre lui demande de se vêtir avec les habits du dimanche. 

Elle est belle comme tout Mamie. Elle est fière et rayonne, elle sourit en plissant ses jolis yeux rieurs. 

Les frangins arrivent de l'école, le grand de 11 ans et le petit diable de 7 ou 8 ans. Quand je dis petit diable, en fait je ne connaissait pas encore son voisin avec qui il traîne toujours. 

Lui c'est un vrai démon sur deux pattes ! Le p'tit maudit joue avec un pigeon vivant, pour l'instant, qu'il menace de nous lancer dessus et rie de nous voir commencer à perdre patience. 

Il a pas l'air comme ça, mais le p'tit gars
en blanc est démoniaque !
Ensuite il nous garoche des cailloux, je te jure mon p'tit tabarnak que si je t'attrape tu vas la sentir passer la fessée ! Je ne veux pas déclencher une émeute, mais la grand-maman se rend compte de la situation et lui passe un savon du tonnerre. Qui ne lui fait pas un pli sur le front. 
Il continue à être le démon du village jusqu'à ce qu'enfin la cloche de son école se mette à sonner. Pas fâché de le voir partir, il m'a plus épuisé qu'un aller/retour Bagan-Hsipaw sur un petit banc en bois. 

Entre-temps, notre belle San est partie à la recherche de son porte-monnaie. Au bout de 45 minutes, elle est de retour avec son butin. Elle l'avait perdu dès le début de notre randonnée alors qu'elle venait d'arracher quelques bulbes de gingembre. Voir plus haut.

Nous quittons notre accorte grand-maman qui a une nouvelle visite de touristes et prenons la route du retour. Sur le chemin nous aurons la joie de nous faire présenter quelques jolies grand-mères, qui portent encore quotidiennement le costume traditionnel. 
Elles nous offrent des friandises, un genre de sucre à la crème fait avec du sucre de palme, c'est délicieux. 

En descendant de la montagne, une âcre fumée nous informe que les paysans ont mis le feu à leurs champs. Mais d'après ce que je vois et le bruit des bambous qui explosent, il m'est avis qu'ils ont perdu le contrôle de leur feu de joie et que le vent est en train de faire cramer toute la forêt. Et si on ne traînait pas plus longtemps par ici ? 

Palaung et Birman
Le pick-up nous attend devant deux panneaux souhaitant la bienvenue à Kalaw. L'un est écrit en birman, l'autre en palaung, la langue parlée dans les villages alentours.

Notre journée se termine devant chez Sam's, mais notre guide a une dernière surprise pour nous. Elle nous emmène chez une de ses amies qui a pour spécialité la salade de papaye verte. Cette jeune demoiselle est vraiment pleine de ressources ! 

Nous sommes donc assis à une table très basse, sur des tabourets d'enfants et admirons le travail de notre nouvelle cuisinière. Pour chacun, elle demande si nous désirons épicé ou pas et prépare ses salades au fur et à mesure. 
San nous mets au défi de manger la salade comme elle, c'est à dire bien relevée. André et moi relevons le défi, mais avec un piment de moins. 
Nous finirons nos assiettes de cette délicieuse salade, mais finalement quatre piments c'est peut être un de trop. Quand à San, elle a perdu son pari, elle avait cinq piments, et ça, c'est carrément un de trop ! 

Nous nous quittons en lui glissant un pourboire dans la main. 
Je l'aime tellement que je me laisse aller à la serrer dans mes bras, eux qui n'embrassent même pas leurs enfants devant les autres ! Mais elle rie de mon élan, et nous remercie d'avoir été des clients aussi curieux de tout et sympathiques. 
San, toi et moi c'est quand tu veux pour un nouveau trek ! 

Pour finir cette dernière soirée dans les hautes montagnes du royaume Shan, nous allons honorer la tables du restaurant Thirigayha Restaurant plus connu sous le nom des 7 Sisters Restaurant
Très belle maison au bord de la route principale, excellente table, menu complet et nourriture exquise. André veut vraiment goûter au vin du pays... qui restera au pays. 
Nous ne trouvons pas toutes les frangines, mais remercierons les cuisinières et les serveuses pour avoir su clore un séjour aussi agréable.


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