Mardi 2 février – Hsipaw – où l'on voit des vaches manger du plastique, et des dames marcher sur des légumes

Ce matin, en attendant que le soleil chasse la brume, après avoir dévoré la moitié du buffet de l'hôtel et bu un excellent café sur la terrasse du Pontoon, nous prenons nos bâtons de pèlerin et entamons une longue journée de trek. 
Enfin, quelques heures suffiront...

Après avoir franchi un pont en bois branlant, nous quittons la route principale et nous réfugions dans le calme d'un sentier qui longe le petit Rio Crado qui se jette dans la Myitnge

Entre les maisons en teck sur pilotis où chacun vaque à ses occupations, le chemin sablonneux se faufile. Les gens nous disent bonjour, les mamans préviennent les enfants que nous arrivons, et aussitôt, ce sont des sourires et des saluts de la main. 

Il n'y aucun touriste, aucune voiture, juste des champs, des rizières tout juste récoltées, des petits jardins et quelques paysans. 
Du maïs orange sèche dans les cours, on entend les aubergines pousser, c'est d'un calme olympien. 
Le chemin déroule ses kilomètres et nos chaussures, jaunes de poussière enchaînent les pas. Nous ne savons pas du tout où nous allons, mais nous continuons à marcher, trop heureux d'échapper à la circulation routière. 

Un jeune garçon perché sur un vélo d'adulte zigzag en face de nous, sur la rivière, des bateaux filent comme des fusées, une école résonne des leçons lancinantes des enfants, une vraie vie de petit village.

Finalement, au bout de plus d'une heure, nous croisons la voie de chemin de fer. Je décide de la prendre dans l'autre sens, ce qui devrait nous ramener en une longue boucle vers un embranchement indiqué sur le plan. 
La très longue ligne droite des rails ondulés nous permettra de voir si un train arrive, de toute façon, ils ne doivent avoir importé le TGV, on aura le temps de se pousser si une locomotive montre le bout de sa cheminée. 

Par contre, marcher sur des traverses inégales et à moitié rongées n'est pas chose aisée. Si on ne veut pas finir avec une cheville à 45º, il vaut mieux oublier la contemplation du paysage et se concentrer sur chaque pas posé entre les rails. 

De temps en temps, une pause permet d'admirer l'agencement des rizières et le paysage qui nous entoure. 

Des paysans entassent des chaumes en de jolies huttes au milieu des champs, un autre termine de labourer sa parcelle avec un motoculteur-tank, le temps s'étire à l'infini. 
Enfin, nous arrivons à nouveau sur la route et reprenons le chemin fait la veille à vélo. Il est largement l'heure de se poser devant un plat de nouilles ou de riz, et le jardin extraordinaire de Miss Popcorn n'est plus qu'à quelques minutes de marche. 
Nous lui commandons deux jus et deux plats, mais l'incorrigible vieille dame refuse obstinément de noter les commandes. 
Donc, elle les oublie, ce qui la fait rire, et nous aussi. Nous la rassurons en lui disant que nous avons le temps et que ce n'est pas grave. Finalement, au bout de deux ou trois confirmations de nos plats, nous les voyons arriver, et ils sont délicieux. 

Cette pause pourrait se prolonger jusqu'au soir, mais nous avons encore un peu de marche à faire pour mériter le titre de trekkeurs. 
Sur la route du retour, nous croisons des myriades d'enfants qui sortent des écoles, certains plus hardis viennent nous serrer la main et nous demande nos noms et d'où nous venons. 
Un concert de cloches nous signale qu'un troupeau est bientôt en vue, et nous attendons l'arrivée des bêtes. Ce ne sont pas loin d'une vingtaine de vaches folles qui nous foncent dessus, il faut dire que nous sommes exactement sur la petite sente qu'elles empruntent chaque jour. Nous avons juste le temps de faire deux pas de côté pour qu'elles puissent accéder à la rivière, où elles feront leurs besoins dans la même eau où les gens font leurs ablutions et lavent leur linge. 

De leurs mufles baveux, elles fouillent les détritus à la recherche de je ne sais quel trésor. Elles s'abreuvent, se délectent, s'encornent un peu et, à l'appel du vacher, remontent sur les berges. Une ou deux récalcitrantes se prendront un caillou bien placé entre les cornes dans un toc bien sonore. 


Plus loin, une odeur caractéristique nous fait entrer dans une petite cour où des dames, bottées de caoutchouc, piétinent dans de grosses bassines en bambou doublées de plastique. Celle que nous pensons être la responsable, brasse un tas de légumes coupés en gros morceaux sur une bâche avec une fourche, et remplit les bacs où les piétineuses tournent en rond, les mains dans le dos. 

De temps en temps, elles sèment de larges poignées de gros sel sur la mixture et des filaments de racines. À côté, des préparations sont en train de macérer, j'ai l'impression que c'est la fabrication de la choucroute locale que j'ai sous mes yeux. En fait, elles sont en train de confectionner du kimchi, ces fameux légumes lacto-fermentés que nous avons déjà mangé accompagné d'une soupe. Et c'est très bon. 

Leur voisin fait tourner son moulin à farine en y vidant des sacs de maïs, dans la cour de la maison d'à côté on tisse des fibres de bambous pour en faire des chapeaux et un peu plus loin se sont des sacs qui sont fabriqués. De l'artisanat, on ne peut plus local. 

Encore un peu d'organisation, et cette petite ville pourra faire des affaires en or avec les touristes. 

En attendant, ce serait bien que les gens se sentent aussi concernés par la propreté et l'environnement de ces endroits merveilleux. Je sais que l'environnement, le recyclage, la gestion des déchets sont des soucis de pays riches et développés, mais visuellement, il me semble que ça gâche un peu...
Il ne faut pas se le cacher, c'est vraiment crade. 
C'est le royaume du petit sachet en plastique. Des vendeurs ambulants offrent des tas de petits sacs remplis de nourriture, de soupes, de sauces diverses. Les cours d'eau servent d'égouts à ciel ouvert, les berges sont recouvertes de déchets de toute sorte. 
Partout, il y a du plastique, des sachets par millions, des sacs de semences abandonnés dans les champs, des bouteilles d'eau. Il n'y a absolument aucune conscience environnementale. Aussitôt utilisé, le petit sachet où il y avait de la nourriture est jeté par terre. 

Les bouteilles d'eau forment de hautes pyramides qui sont régulièrement brûlées, dégageant une épaisse fumée noire et une odeur nauséabonde. Il y a bien quelques endroits où les gens peuvent déposer leurs ordures, mais un trou, à la base du conteneur en béton fait tomber les celles-ci directement dans la rivière en dessous. 

Il y a encore tout à faire ici, beaucoup, énormément de boulot, attend les personnes qui vont entreprendre cette croisade.

Devant notre cantine à jus, un monsieur finit d'accrocher son scooter sur le toit de sa voiture. Un bébé est stocké dans un grand panier en bambou pendant que sa maman fait tourner le commerce. Des gamins de dix ans transportent leurs grands-mères sur le scooter familial...

En voyage, on voit des choses, comme à la télé, mais ici elles sont vraies.

   


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