Mercredi 6 janvier - Bangkok, masochisme et navigation en eaux troubles

Ce matin nous voyons presque le ciel bleu. Pourtant, l'odeur confirme que la pollution est toujours présente. Il n'y a pas un souffle de vent pour nettoyer l'air. 
Nous prenons le métro et le train aérien en direction du quai de Sathon afin d'embarquer sur le bateau-bus. Un moyen de transport efficace, très abordable et qui nous permet de sortir quelques minutes des rues depuis longtemps engorgées. 
La dame qui distribue les tickets se promène dans les rangées en secouant son porte-monnaie métallique. Un hochet à cennes qui signale sans aucun doute la présence de la surveillante générale aux passagers. 

Les bateaux longues-queues propulsés par des moteurs de camion, font siffler leur turbo sur les eaux agitées. Ils vont et viennent, d'une rive à l'autre, chargés de colis ou de passagers, le pilote accroché à la barre vibrante de son embarcation. 
Notre trajet est plus calme, quelques moines se prévalent de leurs sièges réservés, des touristes désobéissants s’octroient les meilleures places debout à la poupe du bateau pour une meilleure vue sur la ville (c'est un conseil). 

Nous descendons au quai #8 Tha Tien, qui donne accès rapidement au Wat Pho, l'un des temples les plus connus du royaume et qui abrite la plus ancienne école de massage, but principal de notre visite. 
De fait, le Wat Pho est le lieu de naissance du massage traditionnel thaïlandais. 
Bien sûr, on peut se faire donner un massage pour moitié prix dans un salon de bord de rue, mais pour quelques maigres dollars de plus, pourquoi ne pas profiter de l'ancestralité des lieux et visiter ce superbe temple. 

Le grand Bouddha couché de 43 mètres de long, représente Bouddha sur son lit de mort, aux portes du Nirvana. Son sourire de félicité est toujours aussi paisible, et attire autant de touristes impressionnés par sa taille que de bouddhistes mues par leur foie inébranlable.

Dans le dos de Bouddha, le tintinnabulement des piécettes jetées dans les bols en cuivre annonce la fin de la visite. Une vieille dame revêche compte la menue monnaie, des dons sont exposés et nous retrouvons le chaud soleil dans l'enceinte du temple. 

Le ticket d'admission de 100B nous octroie une petite bouteille d'eau que nous allons chercher rapidement. Nous faisons le tour de quelques temples mineurs avant d'arriver à l'école de massage. 
La mémoire est une drôle de luronne. Comment se fait-il qu'en à peine 2 ans j'ai pu oublier que je ne mettrais plus mon corps au service d'une expérimentation. Et j'en ai pris pour une heure… 

Le masseur s'en donne à coeur joie. Je lui avais dit que j'avais mal à la hanche et il a pris cette information au mot. 
Il part des orteils, remonte le long du mollet et y écrasant ses doigts, grimpe sur la cuisse pour finir quelque part dans l'aine. Puis il redescend, en continuant d'écraser les points de compression. Je suis un lit de douleur, un morceau de viande sous le marteau à attendrir, mais j'ai encore le choix de hurler. 
Je ris. Je suis pris d'un fou rire nerveux qui fait marrer mon tortionnaire et fait bouger ses petits poings partout dans le dedans de mes muscles. Quand je pense que c'est fini, il tourne ma jambe, recommence de l'autre côté. Je le déteste. 
Il me reste une autre jambe et deux bras. 

Une heure, 3600 secondes de grosse douleur, mais sérieusement quand c'est fini, c'est du bonheur. Je pensais exposer mes ecchymoses au tout venant, mais rien ne vient assombrir ma peau douce et laiteuse. Finalement je pense qu'il m'a fait du bien. Je reviendrais. 
Pas tout de suite. 

Nous quittons l'enceinte du temple, pour nous installer sur un petit tabouret en plastique devant une table presque propre, mais la marmite est bouillonnante et très odorante. Si maman prépare une soupe à la grimace, sa jeune et jolie fille est toute en sourire et prévenance. La soupe à 1,20$ est un pur délice. 
Nous la recouvrons de feuilles de basilic thaï et de pousses de fèves germées. Une bonne soupe chaude par 41º, que demander de mieux ? 
Traversant les marchands d'amulettes sacrées, quelques vendeurs de fleurs, fruits et encore nourriture, nous arrivons dans le quartier de Khao San

Hippies, baba-cool, rastas, voyageurs pauvres, backpackers, roots, familles, tourdumondistes, tout le monde se retrouve à un moment donné dans Khao San. 
Les chambres plus ou moins miteuses y sont les moins chères de la capitale, la nourriture, les agences de voyages, les bières, cocktails et autres plaisirs y sont très accessibles, même pour des touristes canadiens dont la monnaie ne vaut presque plus rien. 

Il faut aimer la populace, la foule, les itinérants occidentaux et les grosses beuveries à l'anglaise. J'y suis allé pour trouver un guide touristique original ou plus certainement une copie illégale de très bonne facture pour une fraction du prix. Mais point d'édition intéressante, nous quittons donc ces lieux par Khao San Rd, vers le Monument de la Démocratie. 
La circulation, blablabla, trafic, blababla, pollution, etc. 

Au pied de Phanfa bridge, proche de la Montagne d'Or, nous embarquons sur un bateau pour remonter le khlong Saen Saep jusqu'aux alentours du centre-ville des centres commerciaux. Moyen de transport rapide, pratique, économique et relativement peu fréquenté par les Occidentaux, nous avons, par la même occasion le plaisir de découvrir la vie au fil de l'eau. 
En fait de découverte, c'est plutôt la bâche en plastique que les passagers se hâtent de hisser que nous avons pour horizon. Les embruns de ce petit cours d'eau glauque, ne sont que miasmes et poisons. 

Depuis longtemps les rares khlongs (canaux) survivant à la folie immobilière se sont transformés en poubelles à ciel ouvert, en trop plein d'égouts et hélas, quelques fois en pataugeoire pour les habitants les plus pauvres qui y vivent. 
De nombreux projets d’assainissement sont envisagés, mais la situation politique chaotique du royaume a d'autres priorités. Les pauvres attendront. 



Centre commercial MBK, nous nous perdons et quittons les lieux rapidement. La grande suite des Siam center, boutiques, luxe, air climatisé, jeunes gens exubérants, vieilles riches à caniche, je suis tellement dans mon élément. 
Nous n'y trouvons rien, car nous n'avons besoin de rien. Une partie de la fin du voyage se passera probablement dans le coin… 

Nous décidons de revenir à pied jusqu'à l'hôtel. 
Je ne sais pas quelle idée farfelue nous est passée par la tête, mais c'est une sacrée marche. 
Circulation, pollution, trottoirs inégaux, trafic, chaleur, blablablaNous nous arrêtons quelques minutes pour que l'un d'entre nous (nous sommes 4) assouvisse encore une fois une faim insatiable. 

Le parc Lumphini nous ouvre ses portes, d'un coup la chaleur est moins intense et l'air semble respirable. Cet immense parc de 56 hectares a été crée dans les années 20 (1900) et se situait à la périphérie de la ville. Il est à présent en plein cœur du quartier des affaires. Des gens courent, certains patinent, d'autres roulent, je me demande quel bénéfice est apporté par les exercices sportifs dans un tel milieu urbain… 

Le soleil se couche face à la statue du roi Rama IV, il est temps pour nous aussi de rejoindre nos chambres, procéder à quelques ablutions avant de nous sustenter au restaurant du coin, le Just One thai&seafood, réputé pour sa bonne table, son service désorganisé et ses oursons en riz blanc.







 

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