Mercredi 13 janvier – Koh Lanta - De poussière et de boue

J'ai prévu de faire découvrir l'intérieur des terres à nos amis. 
Une route traverse plus moins l'île dans le sens de sa longueur du nord au sud et inversement. 

Les cultures d'hévéas sont en pleine production. Depuis la baisse drastique du prix du pétrole, le latex naturel est redevenu à la mode. 
Les exploitations ont été nettoyées, les arbres entretenus et entaillés. Les demies noix de coco accrochées aux troncs se remplissent de l'épaisse sève blanche et, en séchant forme des ballons un peu collants. 
La route en terre est poussiéreuse, il y a un énorme nuage rouge derrière moi, je dois absolument rester devant ! 

Nous quittons le chemin de terre et bifurquons à l'est. 
En remontant vers le nord, nous tombons sur la mangrove et décidons de nous offrir une balade en kayak. 

La marée est encore basse et les palétuviers ont les racines découvertes, c'est le meilleur moment pour visiter ce site naturel. 
L'embarquement est un peu délicat, mais personne ne tombe à l'eau. 
La marée est montante et le vent de face, idéal pour commencer une excursion sur l'eau, ce n'en sera que plus facile pour revenir. 

C'est sans compter sur l'esprit aventurier qui nous gagne. Nous visitons les petits méandres hors piste, dépassons la maison flottante et, ayant tourné, avançons à présent le courant et le vent dans le dos. 
J'ai comme une envie de voir de plus près cette étrange mangrove et décide d'accoster. Le débarquement sur le rivage est acrobatique, mais, aidés de branches et de racines, nous mettons pied à terre. Pieds dans la boue en fait. 

Le sol chaud est mou et onctueux comme une Danette. Les orteils s'y enfoncent avec délectation. Le bruit de succion à chaque pas est obscène, la sensation est extraordinaire. 
Nous ne pouvons pas aller plus loin que le petit mètre carré sur lequel nous pataugeons, la forêt est dense et impénétrable. L'embarquement à bord de notre frêle et instable esquif est un grand moment de fou rire. 
Les pieds pleins de boue noire glissent, nos petits sièges sont sales, le rafiot est plein d'eau. Hélas pour nos spectateurs, aucun incident fâcheux ne viendra s'immortaliser sur la carte mémoire de l'appareil photo. 

Nous repartons de plus belle... J'imagine que le petit cours d'eau que j'ai pris nous ramènera à notre point de départ. En tout cas, sa courbe le laisse fortement supposer. 
Et puis, c'est si romantique de se laisser tranquillement porter par le courant sous la canopée protectrice, la pagaie servant juste de gouvernail. 
Les ombres et lumières donnent à cette forêt impénétrable des airs de début du monde. Les racines forment un abri inexpugnable pour les millions d'alevins qui vont y commencer une vie mouvementée. Les crabes à grosse pince se font la main sur du menu fretin avant d'aller à la chasse au gros gibier. Mort de préférence. 

Au détour d'une courbe, on distingue la montagne et le bruit de la route côtière, nous ne sommes plus loin de notre port d'attache. Mais le remblai qui obstrue l'horizon nous ferme définitivement l'accès à la suite de la visite et nous devons faire demi-tour. 

Le sympathique petit courant est maintenant face à nous, mais il est doux et nous pouvons remonter facilement cette partie de la mangrove. Le gros virage à droite nous ramène sur l'artère principale. Le vent est l'allié du courant. La maison flottante semble à des années-lumières. 
Terminée, la petite balade pépère, il va falloir donner un coup de main au pagayeur principal, c'est-à-dire moi. 
André est donc mis à contribution. Fin de la pause contemplative, confortablement allongé au fond du kayak. 

 Après quelques rapides conseils sur les procédures de propulsion du navire, le jeune homme retrouve ses gènes de coureur des bois. Il manie la pagaie comme ses ancêtres, veut remonter les rivières jusqu'à leurs sources, courir les bois peuplés de sauvages, trapper et revenir, le canot débordant de fourrures. Acheter quelque pacotille à échanger aux autochtones contre filles et gîte. Attendre la nouvelle lune, et, enfin, après des semaines sans se laver, le retour à la grand'ville où il s'encanaillera avec des marauds comme lui, dans un bouge de la basse-ville, deux greluches malsaines et avinées sur les cuisses. 
Photo pas très nette du quinquisaïeul Dion.
Il avait déjà échangé ses fourrures contre un peu de chaleur

 En attendant, il ahane sous le soleil implacable, demande une pause, et reprend du collier avec la promesse d'une boisson fraîche dans cette maison flottante qui semble enfin se rapprocher. 

Nos efforts communs ont eu raison des éléments.  Vents et marées nous ont à peine ralentis et nous arrivons essoufflés, le front rouge d'effort et d'ultra violets sur le ponton de cette maison. Un jeune homme nous aide à débarquer et attache notre canot. 
Nous échouons sur quelques coussins moisis, un shake au citron bien frais à la main. 

 Le retour jusqu'au ponton principal se fera plus aisément puisque le vent nous pousse. Le débarquement de nos corps ankylosés par trois heures d'efforts intenses sera à nouveau une grande crise de fou rire qui n'aide en rien à la tâche. Nous rendons l'attirail à la drôlesse du kiosque d'accueil et reprenons quelques forces à la cantine de la Mamma. 

 Chauffés par le soleil du haut, cuits par ses reflets aquatiques, nous revenons vers nos chambres prendre un peu de repos et nous glisser sous une douche froide. 

 La soirée sera consacrée à un cocktail sur la plage et à un restaurant où, pour une fois c'est moi qui ferait les frais de l’incompétence de notre jeune serveuse. Elle a tout simplement oublié de commander mon plat en cuisine. 
J'en suis quitte pour souper avec une grosse bière et une fourchetée de salade de papaye volée à mon voisin et serait charmé par les enfants fascinés par le trio de musiciens.



#LesDrolesdIdeesDeChristophe
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