Vermont - Jour 3 - De Burlington à Woodstock

Impossible de dormir dans un lit King ! Signé : un agoraphobe.

Le petit-déjeuner, plutôt complet et sympathique me conforte dans l'idée que les Américains aiment le drame poussé à l’extrême. L'écran de télévision bloqué sur la chaîne d'informations CNN fait tourner en boucle les images des dernières catastrophes. 
God save America !

Il fait bien trop beau pour se gargariser de malheurs du monde, vite, en voiture, direction le sud.

L'avantage d'un GPS est qu'on peut se perdre, et finalement retrouver la destination prévue, même si la fille du GPS s'entête à répéter faites demi-tour, faites demi-tour, recalcule, recalcule...
C'est à ce jour la seule fille que je peux obstiner des heures sans que jamais elle ne perde patience. J'aime beaucoup mon GPS.

Dès la sortie de la petite banlieue de Burlington, tout est beau. Les prés sont parsemés de centaines de couleurs de fleurs dansant au vent, les maisons parfaitement entretenues, les jardins impeccablement tondus, on se croirait dans un décor de film.

Rapidement, nous arrivons à la lisière du Parc National Green Mountain et remontons la Lincoln Road qui longe la rivière New Haven.
Un accotement et la vision d'une cascade scintillante nous incitent à nous arrêter et à rejoindre les berges de la petite rivière.
L'eau cristalline est une invitation à la baignade, sa température un peu moins, mais il y fait bon y tremper ses petons. 
Les embruns rafraîchissent l'air de ce petit vallon, même si aujourd'hui le temps n'est pas caniculaire. Sur le promontoire rocheux qui domine la petite cascade, une corde à nœuds invite les apprentis cascadeurs à poster des vidéos de leur futur accident sur Youtube.

À Lincoln, des travaux nous obligent à bifurquer sur un petit pont et à prendre des voies détournées. Des routes qui se transforment bientôt en chemins de terre en traversant la forêt. C'est magique et très exotique, même la fille du GPS trouve que ce trajet est le plus sympa puisqu'elle ne dit plus rien.

Peu après Hancock, une pancarte indique une ferme biologique des framboises et autres baies. On peut y faire de l'auto-cueillette, mais ce n'est pas vraiment au programme du jour alors nous allons directement à la petite boutique de la Sunshine Valley Farm pour vider une partie du stock déjà cueilli.
Oubliez les framboises importées de Californie ou d'Amérique du Sud, boycottez les productions hors saison qui n'ont plus aucun goût. Le parfum de ces framboises me rappelle nos escapades en culottes courtes dans les bois et les prés, les bras égratignés par les épines acérées des ronces auxquels nous arrachions délicatement framboises et mûres sauvages. Ce n'est pourtant pas compliqué de faire du bon !

Un œil sur la route, l'autre sur le paysage, une main sur le volant et l'autre dans le casseau (compostable) de framboises, je dirige la voiture toujours plus au sud. 
Un peu plus de 3 kilomètres avant la ville de Woodstock (3152 âmes), nous cherchons une adresse à peine entrevue dans le cahier Déco du journal La Presse du 4 juillet : Farmhouse Pottery
C'est drôle comme un tout petit détail, une belle photo, un article peut orienter nos journées. L'atelier est quand même à deux heures de route de Burlington, au milieu de nulle part, mais quand on aime le bel artisanat, le travail d'artiste, ce n'est pas un effort ou une corvée, c'est du plaisir.
L'ai-je assez répété, le paysage qui nous entoure est d'une beauté si incroyable qu'il se suffit à lui-même pour une grande virée sans autre but que d'écarquiller les yeux.
Caché en retrait de la route, il faut l’œil exercé de mon passager pour apercevoir le logo de la compagnie : 

La mise en scène est soignée. 
À l'extérieur, devant l'entrée, une table est mise, prête à recevoir les invités. Nous sommes accueillis par l'immense sourire de James Zilian, propriétaire et fondateur (avec Zoé, son épouse), qui nous remercie d'être venus de si loin. Dans le fond de la boutique celles qui ne peuvent être que sa femme et ses filles, nous gratifient également d'un franc sourire enveloppé de longs cheveux blonds, comme les blés qui ornent un pot de gré.

Tout dans le petit magasin s'inspire de ces gens, les lignes franches, le design fonctionnel et les couleurs claires. Brut et délicat, céramique, linges de cuisine en lin, bougies parfumées, bois, verre, la campagne chic est ici. Ce n'est pas donné, mais dans la vie, rien n'est donné et le beau travail se paye.

Loin d'être un acheteur compulsif, je dois me parler pour ne pas craquer devant plusieurs pièces. Il y aura quand même un gros quelque chose pour occuper une place de choix dans notre cuisine...

Suivant les conseils de James, nous allons nous arrêter au Woodstock Farmers Market. Entre la boutique et Woodstock, un marché paysan propose toutes sortes de produits locaux et conçoit de délicieux sandwichs à emporter ou à manger sur place. À l'arrière du marché, quelques tables et chaises Adirondacks permettent de se sustenter tout en regardant passer les poissons dans la rivière au nom imprononçable...Ottauquechee.

D'immenses maisons forment une haie d’honneur à l'entrée de Woodstock. 
Non, ce n'est pas ici qu'à eu lieu le fameux festival de musique en 1969. Ce Woodstock là se trouve dans l'état de New-York à plus de 270 bornes.

On est hors du temps, on s'imagine Scarlett O'Hara, Clark Gable et les autres, descendre les marches de ces immenses demeures. De style colonial, immenses propriétés au gazon parfait et aux arbres centenaires, tout ici respire l’opulence.

Un magasin général, du temps de la conquête du grand nord, offre des milliers d'articles, je me demande toujours comment ils s'organisent pour les inventaires...

Tout au fond, les armes, fusils, arc et flèches, couteaux et poignards, munitions et matériel de camping, un peu en avant, les jouets et reproductions de vieux jeux, les articles de cuisine, vêtements, nourriture. Il y a même un rayon entièrement dédié à la mode du sans gluten. On y trouve vraiment de tout, un Jean Coutu à l'américaine.

Et encore, et toujours, les sourires et les questions de savoir si tout va bien, si la journée est bonne, si on a trouvé tout ce qu'on cherchait, au plaisir de vous revoir, take care, Alleluia !


En passant au large de Berlin et Montpelier, en moins de deux heures, nous regagnons notre chambre, il est presque l'heure d'aller admirer le coucher de sa Majesté.

Les abords du lac Champlain sont très courus pour ce magnifique spectacle totalement gratuit. Finalement, l'humain peut aussi être simple et bon de temps en temps.

Doucement, avec classe, l'astre frôle délicatement l'horizon avant d'y plonger pour un autre matin, quelque part ailleurs.
Autour de nous, les gens applaudissent, c'est bizarre, je ferais presque pareil, mais je suis occupé à écraser une larme de bonheur d'être ici et maintenant.

Tiens, mais on dirait bien l'heure de l'apéro ! 
Allez, hop, direction le Farmhouse Tap&Grill qui offre une carte des bières et un menu très complet. Hélas, c'est plein à craquer, et les prix sont un tout petit peu au-dessus de notre budget. Mais ça reste une excellente adresse, et le service y est fort agréable.
Nous nous rabattons sur le Vermont Pub and Brewery où il y a de la place et si mes souvenirs sont bons, un choix sympathique.
Hélas, de sympathique, il n'y eut que notre départ de cet endroit.
L'hôtesse d'accueil sort de sa léthargie pour nous proposer deux places en terrasse dans 40 minutes alors qu'il y a des tables libres. Elle nous emmène à l'intérieur, ça sent le graillon et la vieille moquette poussiéreuse. La table où elle nous fait asseoir ne semble pas du goût de la serveuse qui lui fait froidement remarquer. Elle nous change de place, et nous voici au fond d'une salle presque vide et désagréable. Au bout de 10 minutes de désintérêt, nous nous levons et quittons cet endroit que nous nous promettons de ne plus jamais fréquenter.

Las, nous allons sur Church Street et prenons place au Sweetwaters, où nous sommes très agréablement accueillis et installés à une jolie table à l'extérieur.
Justine nous demande si tout va bien et nous apporte nos boissons avec un vrai sourire. Ici, on peut demander la cuisson de sa viande hachée pour le burger, les bières sont fraîches, la bonne humeur de rigueur et le pourboire bien évidemment en conséquence. 

Avant de terminer cette journée, nous allons faire un petit salut à nos amis Ben et Jerry.

À demain ?

 .
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