Toronto - Niagara, 3 jours avec Sinorama (jour 3)

19 mai 2014, Jour 3

Les nuits sont donc bien courtes ! 
Nous prenons la direction de la salle à manger, mais celle-ci n'existe pas. En lieu et place du petit-déjeuner, nous recevons tous un sac à lunch avec un jus, muffin et biscuit. Plutôt frugal comme repas. Au lieu de nous plaindre, nous remontons dans nos chambres pour un déjeuner au lit... Mais les passagers ne sont pas vraiment contents de ce maigre repas que nous ne présagions pas.


Tour CN
Nous quittons Niagara pour Toronto. Le soleil s'est bien installé, le ciel est bleu, nous trouverons bien de quoi manger en route... 
Les visites d'aujourd'hui commencent par l'imposante Tour CN. La compagnie ferroviaire Canadien National était propriétaire de la tour, mais en 1995 elle a été vendue à la Société immobilière du Canada et rebaptisée Tour Nationale du Canada. Figure emblématique de la capitale ontarienne, la tour culmine à 553,33 mètres et tout le monde la nomme encore CN. 
Elle a été la tour autoportante la plus haute du monde pendant presque 30 ans jusqu'à ce que la tour Burj Khalifa à Dubaï lui ravisse ce titre en 2007. Inextinguible soif de supériorité des riches de ce monde, la course vers les cieux est loin d'être terminée. 
Pour ceux qui n'osent pas demander ce que ça signifie, autoportant veux dire que la construction n'a pas besoin d'autre support que ses propres fondations pour la soutenir. 

En ce jour de congé, la ville est vide, la circulation inexistante et l'attente devant les portes encore closes ne dure pas longtemps. L'imposante masse de béton projette son ombre sur le parvis et l'aquarium voisin. Les lieux sont déserts, ce n'est pas la partie de la ville la plus animée, surtout pas un lundi de multiples fêtes. 
Le 19 mai, on fête la Reine (Victoria) au Canada et au Québec, c'est le jour des Patriotes, anciennement fête de Dollard (-des-Ormeaux, considéré comme un des sauveurs de la Nouvelle-France). Qu'importe le ou la fêtée, c'est un jour sans école, et tout le monde est au chalet. 

Nous passons à travers un portique de courants d'air, un nouveau système de détection, plus efficace que les rayons X. Les souffles d'air nous enveloppent, et sont analysés immédiatement pour en identifier la composition. Explosifs ou autres substances illicites peuvent être détectés. L'alarme ne retentit pas, nous passons donc tous et accédons à l'ascenseur non sans avoir encore une fois posés devant l'écran vert. Non, mademoiselle je ne sourirait pas, je ne compte pas acheter cette photo, merci de me laisser entrer dans la cabine vitrée et de m'envoyer au 7e ciel ! 

Un petit plancher de verre nous permet de voir défiler les 346 mètres qui nous séparent de la plate-forme. En à peine 58 secondes (cherchez pas ça fait du 22 km/h) nous atteignons la plate-forme d'observation. Sachant que tout le monde va suivre, nous descendons rapidement d'un étage pour aller voir le fameux plancher de verre. D'une épaisseur totale de 6,35 cm il est 5 fois plus résistant qu'un plancher commercial, et si l'ascenseur était suffisamment large et qu'on puisse y embarquer des animaux, on nous garantit que ce plancher pourrait supporter le poids de 14 hippopotames adultes. Voilà de quoi rassurer les plus gourmandes touristes américaines. 
Mais même en sachant toutes ces données techniques, il faut surmonter la peur du vide. La fameuse acrophobie (akron ''sommet'' ; phobos ''peur'', oui j'ai fait du grec à l'école, et du latin aussi), plus communément appelée vertige. 
Je ne suis pas du tout sujet au vertige, mais je dois avouer qu'une très légère appréhension me gagne quelques infimes secondes lorsque je lance un pied dans le vide. 
Autour de moi certains sont totalement incapables de faire ce pas. Beaucoup n'osent même pas regarder en direction du plancher transparent. J'essaye de convaincre mon compagnon de se lancer, en ne regardant pas en bas. Peine perdue, impossible de le faire avancer, il a le regard figé vers la base de la tour, loin en bas. Très loin. 
Une touriste française le prend par la main, lui parle et, contre toute attente réussi à le faire cheminer. Assis. 
Hélas, les premiers symptômes apparaissent, peur panique, nausées, maux de ventre, boule dans la gorge, sueurs froides, il me fait toute la liste d'un dictionnaire médical. Il est temps de retirer notre cobaye de cette inconfortable posture, je n'aurais même pas eu le temps d'immortaliser ce moment unique. 

Nous sortons sur la galerie d'observation extérieure et pouvons faire le tour complet de Toronto, le regard se porte loin sur le lac Ontario qui reflète les rayons du soleil sur ses eaux calmes. À nos pieds, l'immense gare ferroviaire Union, et les toits végétalisés en construction. Au loin, les rutilants nouveaux buildings de la marina, Toronto est en train d'exploser et de s'imposer comme la ville incontournable de l'est du Canada. Montréal reste quand même plus animée que le centre-ville de la capitale ontarienne, mais il va falloir se bouger un peu si on veut rester sur la carte du pays. 

Dans l'ascenseur, malgré la petitesse du bout de plancher en verre, certains hésitent encore à y plonger le regard. Le sol se rapproche à la vitesse d'un grand V et sans même nous en apercevoir, nous sommes à nouveau sur le plancher des vaches. Nous détournons rapidement le regard vers les photos souvenirs, mais n'hésitons pas une seconde à ignorer nos clichés ridicules volants autour de la tour au travers des étoiles de faux feux d'artifice.

Il nous reste encore un peu de temps pour assouvir une irrépressible envie. Les fameux hot-dogs de Toronto... Je ne savais pas jusqu'il y a deux minutes que c'était un incontournable de toute visite dans cette ville. Mais mon touriste Québécois me convainc de faire un détour vers la roulotte que nous avons vu quelque temps plus tôt lorsque nous sommes passés devant en autobus. 

Direction Front Street où un marchand de hot-dogs tient boutique. Pour à peine 2,50$ nous avons un pain garni d'une belle grosse saucisse (oui juteuse, vous avez fini de rire ?) et tout un choix de condiments, piments, olives, relish (du concombre sucré de couleur vert fluo), cornichons, chou saumuré, oignon, maïs grillé au piment, et toutes les sauces imaginables. On est dans le gastronomique du hot-dog, pour un prix défiant toute concurrence. L'éloignement du petit sac à lunch de ce matin transforme ce sandwich en mets de luxe. 

Nous traversons encore une fois le parvis de la tour, et allons admirer la Woodpecker Column (la colonne des pics verts) plantée en face de l'entrée sud du centre des congrès. Deux gros pics imperturbables, finissent de picosser le tronc en acier de 30 mètres sous un soleil de plomb. Cette sculpture illustre l'histoire d'un ancien site marécageux où les arbres en décomposition attiraient les oiseaux. 

Juste derrière il y a le Roundhouse park. Bâtie en 1931, la rotonde de la rue John était utilisée pour inspecter, réparer et nettoyer les locomotives. Celles-ci étaient si brillantes et lustrées par les cheminots que l'on reconnaissait le fameux ''John Street polish'' (le lustre de la rue John). 
Le site abrite maintenant le musée du chemin de fer, mais à l'extérieur, quelques locomotives d'époque permettent de s'évader dans la fumée de charbon et de se prendre pour un chauffeur, le visage tourmenté par les escarbilles volant hors du brasier. Avec un peu d'imagination, sinon faites juste un beau sourire pour la photo. 

Nous regagnons nos places dans le bus. Les jeunes Françaises derrière nous commentent les visites qu'elles n'ont pas faites faute d'argent, comme si elles étaient seules au monde. Presque chaque mot est ponctué d'un quoi, tic verbal typiquement hexagonal, comme s'il s'agissait de signes de ponctuation. S'en est caricatural, mais à cet âge-là, on s'endort vite. 

En une vingtaine de minutes, nous remontons vers le nord de la ville en traversant quelques quartiers qui mériteraient des visites plus tranquilles. Les hauteurs de Toronto abritent quelques superbes demeures dont la Casa Loma (maison sur la colline), que nous allons visiter. 

Construite entre 1911 et 1914 par l'architecte Edward James Lennox pour le richissime homme d'affaires Sir Henry Pellat, qui n'y résida que 9 ans. 
Plus que simple maison sur la colline, la Casa Loma est un imposant château qui mélange allègrement plusieurs styles architecturaux et offre une vue spectaculaire sur la ville. 

Pour l'époque, l'équipement de cette résidence était ce qui se faisait de mieux. Béton armé, système électrique commandé à distance, ascenseur pour madame, cave à vin pour ses 1568 bouteilles, 59 téléphones, 30 salles de bains pour 98 pièces. Et, puisque la ville avait refusé de modifier le plan d'urbanisme demandé par Sir Henry, il fit creuser un tunnel de 244 mètres pour relier sa demeure à son écurie et sa serre. 
Il n'y eut rien pour empêcher le richissime homme d'affaires d'allonger les billets et sublimer son château. Le jardin d'hiver est surmonté d'une immense verrière qui est subtilement éclairée par des ampoules afin que même au plus profond d'une glaciale nuit d'hiver canadienne, les invités fussent subjugués par cette lumière colorée venant des cieux. 

Mais les affaires vont et viennent et en 1924 le milliardaire devint ex-milliardaire. Quelques mauvais investissements, le contre-coup de la Première Guerre mondiale, les colossales dépenses pour la Casa Loma et s'en fût fini de la vie du Roi de la Colline. 
Le 23 juin 1924, pendant 4 jours, des chineurs de Montréal, New-York ou Détroit se mêlent aux Torontois pour faire main basse sur les biens et les meubles de la maison pour à peine 10 % de leur valeur. La vente fut surnommée la vente du siècle, mais sur les 1,5 million d'estimation, il n'en retira que 131 600 $. Sir Henry passa ses dernières années dans la maison de son chauffeur, sans le sou. À sa mort en 1939, on dit qu'il ne possédait que quelques babioles, à peine de quoi remplir une dizaine de sacs. 
La maison fut vendue puis saisie par la ville pour couvrir les dettes et même menacée de destruction. Heureusement quelques âmes bien avisées surent la conserver et en faire un incontournable d'une visite à Toronto. 
Elle sert aussi de cadre pour de nombreux films, dont les plus célèbres sont X-Men et Chicago. 


La visite de cette maison est fort intéressante, des passages secrets, une piscine inachevée, une écurie luxueuse qui servit de cachette à un projet militaire top secret, l'ASDIC, qui permettait de détecter les sous-marins. 
Aux étages, on trouve un musée de la guerre, les chambres des propriétaires, quelques dépendances, les chambres du personnel de service et les tourelles. Le jardin est un havre de paix, et la vue plongeante sur la grouillante cité est imprenable. 

Nous retrouvons Mémé confortablement installée au soleil, qui n'eut guère goûté cette visite, faite des dizaines d'escaliers. Toujours accueillis par la souriante Lyne (et sa cigarette), nous remontons dans le bus en direction du Super Buffet tant vanté par notre guide Stéphane. 
Un buffet complet, nous attend, et n'eut été les maugréations d'une Française mécontente d'être séparée de son (grand) fils, tout se passe très bien. 


Il est temps de rentrer à la maison. Mais en route nous faisons un arrêt à la boutique Big Apple, qui d'après les explications est un endroit où l'on fabrique et vend des tartes aux pommes, du cidre et autres produits du terroir. 
La tête de l'artisanat ! Un immense parking attend les troupeaux d'autobus, les cordons pour canaliser la foule et le nombre de caisses enregistreuses témoignent de l'affluence de certains jours. On est loin de la fabrique artisanale à laquelle je m'attendais... 
Mais ça semble plaire aux touristes, principalement américains, qui y trouvent leur compte en tartes faites à la chaîne. Une pomme géante dans laquelle on peut monter offre une superbe vue sur ...l'autoroute. WOW ! 
Les prix sont inversement proportionnels à la qualité, hormis une pause pipi et faire courir les enfants dans le parc il n'y a aucun intérêt à s'arrêter ici. 

On est en 2014 et Maman, j'ai raté l'avion passe encore quelque part sur un écran. Ici et maintenant dans ce bus en direction de Montréal... 

Comme prévu, nous arrivons pile à l'heure au coin de Viger et Saint-Laurent, remercions Stéphane notre guide, Lyne (et sa cigarette) et disons au revoir à nos charmantes voisines marocaines qui ont été d'une gentillesse et d'une drôlerie continues. Notre ami Christophe est devenu leur chouchou, et toutes jalousent Mémé d'avoir un petit-fils aussi attentionné. 

Conclusion 
Un voyage organisé est toujours un hasard. Tomber sur le bon groupe (ou le moins pire), un guide patient et un minimum informé, un chauffeur prudent. 
Il faut se préparer mentalement à voyager à plusieurs, se dire qu'il faut jouer le jeu des horaires, des visites. Se dire qu'il va sûrement falloir subir les râleurs et les retardataires et garder le sourire. Les visites ne sont pas obligatoires, même si Stéphane a affirmé aux deux jeunes Françaises désargentées derrière nous qu'elles devaient au moins en faire deux. J'ai cherché sur le site et la facture, je n'ai rien vu d'une telle clause. 

Prix (2014) 
Le voyage en occupation quadruple (2 nuits, petits-déjeuners, bus, taxes) : entre 80 et 89$ suivant la date de réservation. 

Visites
1000 Îles : 24$ - Marineland : 40$ - Tour CN : 20$ - Casa Loma - 20$ - Niagara (Imax, Skylon, bateau) : 48$  -  Hot-dog au pied de la tour CN : 2,50$
Repas (en buffet chinois) : entre 12 et 18$ 
Frais de service pour le chauffeur et le guide : 21$ 

Libre à vous de faire les visites, mais je crois que lorsqu'on s'embarque dans un tel voyage, il faut en profiter pour faire des choses que nous ne ferions peut-être pas en temps normal. Je ne pense pas que j'aurais visité la Casa Loma si j'étais venu seul à Toronto, encore moins le Big Apple Mega Market, mais ça c'est vraiment pas indispensable...



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Toronto - Niagara, 3 jours avec Sinorama (jour 2)

18 mai 2014 - jour 2

6h30, le déjeuner est servi dans la salle de restaurant si déprimante hier soir. Ce matin, les enfants courent, des discussions naissent, les visages s'éveillent et le buffet est relativement bien garni. Quelques retardataires courent chercher un objet oublié dans une chambre et nous prenons la route vers Niagara. 

Arrivés un peu avant le troupeau des autobus, nous accédons au cinéma Imax pour la projection d'un film sur les fameuses chutes. 
Lelawala, jeune amérindienne d'une beauté renversante, fiancée de force par son papa à un vieux guerrier décati, préféra se jeter du haut des chutes dans son canot d'écorce plutôt que de partager sa couche de branches d'épinette avec le vieillard obèse.
Heureusement, He-No, dieu du Tonnerre la sauva et l'emmena dans sa grotte à l'abri du rideau grondant des eaux tumultueuses. Ils y vivent toujours et eurent de nombreux enfants. 

Le nom Niagara vient du mot iroquoien onghiar (on-ge-ara) traduit par ''eau qui tonne'' ou ''tonnerre des eaux'' et qui désigne une chute d'eau. 

Qu'importe, la suite du film est relativement inintéressante. On y décrit deux ou trois illuminés qui franchirent les chutes au-dessus, sur une corde raide, dedans dans un tonneau avec un chat qui change de couleur passant du noir au blanc à cause de la frayeur (mais il prend aussi quelques années), et sur les eaux, avec le bateau à vapeur qui descendit les flots enragés en presque un seul morceau. 



La rivière Niagara, frontière naturelle entre le Canada et les États-Unis, longue de 56 kilomètres, s'écoule en amont du lac Érié, pour se jeter dans le lac Ontario. À l'origine, les chutes se situaient au niveau de la ville de Queeston (Ontario), soit 14 kilomètres en aval des chutes actuelles. 
L'érosion pouvait atteindre 3 mètres par an, et de nombreux travaux ont été effectués pour ralentir cette inéluctable disparition. Mais d'après les dernières estimations d'ici quelques années, le lac Érié (s'il existe encore) aura absorbé les chutes, et les touristes de l'année 20014 devront se contenter d'archives.

La brume dégagée par ces trombes d'eau monte comme un éternel nuage blanc, le débit varie entre 5720 et 2800 m³/seconde suivant la saison et, en ce rude hiver 2013/2014 les chutes ont partiellement gelées. 

Nous sortons rapidement de la salle pour accéder à la tour Skylon qui du haut de ses 236 mètres surplombe les chutes. Nous ne pouvons éviter la halte photo, où nous sommes installés devant un écran vert qui permettra aux talentueux artistes de nous insérer dans une mise en scène digne d'Hollywood. En sursis dans un tonneau lancé dans les vagues, devant un feu d'artifice gigantesque, ou sur une corde raide, l'imagination est sans limite. Alors nous jouons le jeu et profitons de cette scène inattendue pour offrir à l'objectif nos plus délirantes grimaces et nos gestes les plus désespérés. Ça fait bien rire les autres touristes et ça défoule. 
Bien nous pris de nous dépêcher et ainsi profiter de quelques courtes minutes de tranquillité avant l'arrivée des hordes touristiques pour admirer la superbe vue sur ce site naturel. Il faut reconnaître que les Canadiens ont très bien fait les choses, le Fer-à-cheval est nettement plus esthétique et impressionnant que son pendant étasunien qui se contente de déverser ses eaux sur quelques rochers amassés à sa base. 
Nous redescendons et ne pouvons résister à admirer nos superbes photos qui rejoindront les millions d'autres rebuts numériques. 

Le bus nous emmène vers le centre de la petite ville de Niagara Falls, qui affiche ses fast-foods et lieux de distractions les plus superficiels qui soient pour le plus grand bonheur des touristes en goguette, puis nous nous mettons en file devant les guichets de vente de billets. Notre guide revient avec les précieux sésames et nous pouvons à notre tour rejoindre les ascenseurs qui nous descendent presque au niveau de la rivière. Ici aussi, il faut passer devant un écran vert et nous tentons encore une fois de nous surpasser dans nos mimiques improbables. 
Munis de notre indispensable poncho rouge, nous attendons notre tour pour monter sur le pont. Anciennement Maid of the Mist, qu'on pourrait traduire par ''La demoiselle des brumes'' la flotte du coté canadien se nomme maintenant Hornblower (le clairon ou plus certainement sirène de bateau). Tellement moins poétique... 
Déjà, nous sentons les embruns venir nous caresser le visage. Le petit poncho ridicule nous sera à mon avis d'une grande utilité. Au loin, l'horizon est barré par cet immense panache blanc et les tourbillons intenses de la rivière nous informent qu'il ne ferait pas bon s'y baigner. De toute façon, l'eau est trop froide. 
Il reste de grands morceaux de banquise accrochés aux flancs des chutes. Glace sale, témoin d'un hiver rude que beaucoup nous envient. 

Nous appareillons pour une petite heure de navigation sur les eaux tumultueuses. Les chutes américaines sont loin d'être aussi impressionnantes que le Fer-à-cheval canadien. Droite comme la justice, elles déversent le trop-plein du lac Érié simplement, sans fla-flas, juste pour rendre service. 
Par contre, le spectacle offert par le Canada est grandiose. Un immense arc de cercle de plus de 790 mètres de large et 52 mètres de haut s'étend d'un bord à l'autre des falaises, et concentre 90 % des eaux de la rivière. 

Cette fois-ci, nous sommes au cœur de la tourmente. Le vent, chargé de milliards de gouttes glaciales fouettent les visages. Les ponchos mal attachés flottent et claquent dans la tourmente. Certains touristes s'aventurent à immortaliser le moment sur leur Ipad, dont je doute de l'étanchéité. Je suis content d'avoir pensé à me munir de ma GoPro. Faites-en tomber de l'eau ! 
Le vacarme de la cataracte est immense, l'intensité du spectacle est à son comble. Voir les chutes du haut du pont de ce minuscule bateau en vaut vraiment la peine. Presque 3 tonnes d'eau se précipitent vers nous à chaque seconde. On se sent minuscule, et on imagine la tête de la jolie Lelawala lorsque He-No l'a empêchée de finir écrapoutie sur un tas de rochers. 

Le petit poncho en plastique résiste tant bien que mal aux bourrasques, j'ai l'impression de vivre dans un cyclone. Mais déjà, nous faisons demi-tour, et regagnons la zone un peu plus calme des chutes américaines, passons devant le Voile de la Mariée et virons à gauche sous le pont d'observation de nos voisins avant d'accoster au ponton. 
Les larges sourires mouillés sont de mise, les cheveux collent au front et tout le monde semble émerveillé par cette activité qu'il ne faut pas manquer. 
Les photos prises à notre arrivée nous attendent. Hélas, elles ne se vendent chère, seulement par deux et la deuxième est laide. Aucun moyen de négocier avec la charmante dame qui a des $ dans les yeux, nous lui laissons donc ce souvenir de notre passage. 

Un nouveau buffet chinois nous attend quelque part entre Niagara Falls et Marineland. La cohue règne en maître, si j'ai bien compris le mandarin, le proprio se fait engueuler par les guides qui avaient réservé tout le restaurant. Il semble que beaucoup de tables soient occupées par des clients ordinaires, mais grâce à Mémé Adèle, nous trouvons rapidement de la place et sommes bien placés dans la file d'attente vers les buffets. Rien de bien exceptionnel, mais les prix sont bas et le choix relativement éclectique. 


Marineland - Ontario
Voilà la partie du voyage que je me refuse à cautionner : Marineland. 
Si vous êtes un lecteur assidu de mon blog, si vous aimez les mammifères marins, si vous êtes un tant soit peu renseignés sur les conditions de vie dans ces mouroirs, vous devriez faire un détour et ne pas vous arrêter ici. Mais... 
Je me suis dit que depuis 2008 et mon coup de gueule les choses avaient changé et que je me devais d'aller constater par moi-même ce qu'il en était 6 ans plus tard. Je ne suis pas seul, j'ai André, Christophe et Mémé avec moi, je vais faire bonne figure. 
Ça commence avec un spectacle d'otaries, dauphins, bélugas, accompagnés d'un morse moustachu. Une toute petite piscine sert de piste de cirque. Classiquement, les animaux sautent à travers un cerceau, font des bye-bye de la nageoire, lancent les dresseurs dans les airs et jouent avec un ballon. Ça n'vaut pas la peine de quitter ceux qu'on aiment pour aller faire tourner des ballons sur son nez, la lalaaaaaaa... 

Je suis désolé de péter votre bulle, mais franchement ça fait mal au cœur. 
La nageoire caudale aussi molle que leur moral, la musique à fond pour couvrir leurs plaintes, la bonne humeur excessive des soigneurs donnent à ce show à l'américaine un relent nauséabond. En passant devant la vitre, le morse me lance un regard vide en se demandant sans doute où est passée sa belle banquise. 
Je me renseignerais un peu plus tard auprès d'une jeune fille qui n'aime pas ma question, d'où viennent ces animaux. Sont-ils tous nés en captivité ? 
La question semble désarçonner la demoiselle qui l'espace d'un instant perd son sourire et me répond que quelques-uns sont effectivement nés ici ou dans un autre delphinarium. Les autres ont été capturés en pleine mer. Mais vous comprenez monsieur, c'est pour la préservation de l'espèce. Heu non, désolé, je ne comprends pas, et je dirais même que je désapprouve ce procédé. 
Tout comme je trouve pathétiquement commercial le nouveau plan du site avec la mention Sharks : Terrors of the sea (Requins : Terreurs de la mer). Ou comment entretenir une fable vieille de 39 ans. Les requins ne vous disent pas merci monsieur Spielberg. 

Nous continuons notre visite vers les différents bassins où sont entreposés les cétacés. Leurs museaux abîmés par les chocs contre les vitres et les parois des bassins font peine à voir. J'espère simplement que les enfants qui viennent ici prendront conscience de cette imposture et seront des activistes un peu plus efficaces qu'un simple article publié ici. 
Mais y a Mémé ! Et voir la jeune octogénaire caresser le front bombé d'un béluga me donne le sourire. Je suis certain que le jeune baleineau ne lui en voudra pas. 


Marineland - Ontario
Heureusement à Marineland il y a aussi des manèges. Pas beaucoup, mais très sympas. Et comme le parc a ouvert il y a deux jours et qu'il ne fait pas spécialement chaud, nous n'attendons pas avant de pouvoir embarquer dans le Dragon Mountain roller coaster (montagne russe), un des plus grand du monde. Les loopings s'enchaînent, les rires et les cris fusent de toute part, c'est tellement bon de se faire peur ! 
Impossible de se contenter d'un seul voyage, nous courons immédiatement vers un nouveau tour. Mémé nous attends paisiblement sur un banc. 

En face, des ours noirs se traînent dans un parc et les visiteurs peuvent leur jeter des poignées de céréales achetées le prix fort dans un petit kiosque. 
Des miettes de Corn Flakes pour le roi des forêts canadiennes... 

Dans le parc des cervidés, les chevreuils viennent se faire caresser leurs bois enveloppés de velours et y trouvent un plaisir non simulé. 
Finalement, la dernière attraction et non la moindre est le Sky Screamer, la catapulte verticale la plus haute du monde avec ses 137 mètres. Un coup de pied aux fesses de 96 km/h nous propulse dans les cieux, sans m'en rendre compte, je retiens ma respiration. Ma mimique d'effroi se transforme quasi immédiatement en rire, et l'adrénaline se propage dans mon corps. Après deux ou trois rebonds, nous sommes hissés tout en haut et, dans un dernier clic la nacelle est lâchée et retombe dans le chuintement des mécanismes bien huilés. 
Entre-temps, j'ai eu l'occasion d'admirer la vue. Une brume au loin indique les chutes du Niagara, on aperçoit les bassins bleus des bélugas et le terrain vague de Marineland qui va permettre d'étendre le site sur quelques hectares supplémentaires. Puisqu'il n'y a absolument personne, nous décidons de refaire un tour dans cette machine infernale qui va encore une fois nous surprendre et nous faire lâcher quelques cris. 
Il est temps de récupérer notre patiente grand-maman et de nous diriger vers le bus non sans un arrêt à la boutique de souvenirs. 

Il y en a pour tous les goûts. Figurines de dauphins, morses ou bélugas, peluches d'ours, boules enneigées, crayons, chapeaux, mugs, tortues en plâtre... De tout pour tous. 
Et puis s'en est fini de la sempiternelle ritournelle, en Ontario à Niagara, tout l'monde aime Marineland !
Le bus roule vers Niagara Falls où nous allons passer la nuit. 

Le motel 6 est un peu plus ordinaire que celui d'hier soir. Les chambres plus petites, mais c'est propre et surtout assez proche du centre-ville que nous pouvons rejoindre à pied en quelques minutes. 


Niagara Falls
La fameuse ville de Niagara Falls... 
Un gigantesque temple du kitch, du clinquant, et de la démesure que seuls les Américains peuvent concevoir. Qu'on ne s'y trompe pas, sortis du Québec, nous sommes bel et bien en territoire américain, ce qui n'empêche pas les gens d'être aimables et accueillants. 
Les musées de cire aux statues plus ou moins fidèles à l'original succèdent aux maisons hantées. D'immenses fast-food font face à des fabriques de fudge, une grand roue jouxte un mini-golf jurassique et un bowling. Les néons géants éclairent cette petite Babylone. Le vent froid venant de la rivière ne calme pas les jeunes esprits, libérés de leurs parents, livrés à eux même dans ce dédale de superficialité. 

Nous marchons jusqu'au point du vue sur la cascade, mais l'air chargé d'humidité est désagréable et nous donne immédiatement envie de faire demi-tour vers notre hôtel ou une autre courte nuit nous attend.




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Toronto - Niagara, 3 jours avec Sinorama (jour 1)

17 mai 2014 - jour 1
Parce que la demande d'un ami concordait avec une pressante envie de bouger, j'ai donc traversé la frontière du Québec pour aller m'aventurer en anglophonie. 
Un voyage organisé avec 51 compagnons de bus pour le meilleur et pour le rire. 
J'ai déjà voyagé deux fois (Boston, New-York) avec cette agence située dans le Chinatown de Montréal. Pour le moment nous n'avons jamais été déçus de leur organisation et de leurs connaissances des buffets chinois en Amérique du Nord. 

Il est 6h45 et nous sommes invités à nous diriger vers le bus #31, quelques passagers encore endormis patientent avec nous. Notre chauffeuse Lyne nous accueille avec un grand sourire (et une cigarette) et nous invite à monter dans le bus aux places qui nous sont assignées. 
Sa bonhomie nous changera agréablement de notre dernier chauffeur qui avait menacé de tous nous tuer s'il n'avait plus le droit de se goinfrer de barres chocolatées arrosées de dizaines de canettes de boisson énergisante tout en textant sur l'autoroute.

Étrangement, il n'y a aucun Asiatique dans ce bus hormis le guide, Stéphane. La moitié gauche est occupée de Marocaines rigolardes et émancipées et la partie droite, de Français (dont certains fidèles à leur réputation), de Québécois et de quelques Sud-américains qui se demandent ce qu'ils font là. 

À 7h00, le bus s'ébroue et se dirige vers l'ouest. Quelques explications sur les règles de conduite, les visites et le respect de l'horaire de notre guide et rapidement les têtes dodelinent avant de retrouver le sommeil qui traîne encore dans les parages. 

Aux alentours de 11h00, nous arrivons dans le secteur des 1000 Îles, lieu hautement touristique et d'une beauté naturelle extraordinaire. Le vent froid ravive nos esprits embrumés tandis que nous nous dirigeons vers le Thousand Islander IV, fier vaisseau de la flotte Gananoque Boat Line
Le navire blanc tangue légèrement sous les rafales glaciales et, forts de nos escapades asiatiques où nous avons appris que la loi du plus rusé et du plus rapide était la meilleure, nous nous faufilons devant la foule pour choisir les sièges les mieux placées. Il faut avouer que nous bénéficions de l'aide de Mémé Adèle qui use habilement de sa canne et de ses vigoureux 81 ans. 
Merci Mémé pour ces passe-droits imprévus. 

Confortablement installés face à une fenêtre sur tribord avant, nous admirons ce paysage fantastique. Plus de 1800 îles parsèment cet archipel qui sépare les États-Unis du Canada. 
Situées à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent en aval du lac Ontario, ces îles peuvent être habitées seulement si elles sont au-dessus du niveau de l'eau toute l'année et qu'il y ait au moins 2 arbres ou arbustes pour une surface minimale de 2 mètres carrés. Autant dire que quelques privilégiés dorment dans des hamacs... 
D'autres par contre possèdent des propriétés que seules les feuilles naissantes permettent de tenter d'ignorer. Luxe, calme et volupté dignement déposés au hasard d'un ciel immense, sur les flots agités où les courants du grand fleuve naissant lui donne une vigueur tempétueuse. Les oreilles gelées, mais les yeux grands ouverts, nous ne nous lassons pas de cet immense paysage. Qu'il doit être doux de se perdre en kayak entre ces îlots à l'heure où le soleil frôle l'horizon et que le feu de camp lance son appel à la saucisse grillée.
Mais l'heure de croisière touche déjà à sa fin. Nous regagnons le bus, heureux de constater que presque tout le monde respecte l'heure de rendez-vous. Le prix a payer pour un voyage organisé. 

Vingt-cinq minutes plus tard nous nous arrêtons quelques (trop courtes) minutes à Kingston, première capitale du Canada. 
Bâtie, Fort Frontenac, elle fut détruite par les Anglais qui aimaient briser les jouets des Français. Reconstruite et baptisée Kingston, capitale éphémère du pays, elle a donné naissance au premier Premier Ministre du Canada, Sir John MacDonald, qui n'a jamais ouvert de restaurant. 
Pimpante sous le soleil printanier, cette bourgade de 160 000 âmes mériterait une visite un peu plus approfondie. Un marché bio de producteurs locaux, une série de boutiques chics et de bon goût et un accueil désarmant de gentillesse ne peuvent que donner l'envie de revenir. Elle est aussi une destination très courue des skippers qui trouvent sur ces eaux des conditions parfaites pour border la grand-voile. 
Mais l'heure tourne, les minutes semblent s'affoler. Une dernière photo de la tour Martello et nous grimpons dans le bus, toujours accueillis par la souriante Lyne (et sa cigarette). 
Chouette, c'est l'heure de manger ! Incollable sur le sujet, notre guide nous emmène au buffet chinois. Tout comme les passagers de tous les autres bus... Il y a énormément de monde d'un seul coup, mais nous avons un atout : une Mémé avec une canne ! 


Sitôt les agapes achevées, nous remontons dans le bus pour la dernière ligne droite en direction de Toronto. Arrêt à l'Université d'où l'on s'imagine voir surgir les élèves de Poudlard, photo de la statue de Sir MacDonald, quelques tulipes apportent de la couleur au ciel chargé. Dans l'axe de la Tour CN, une charmante dame asiatique prend des poses toutes plus farfelues les unes que les autres pour le plus grand plaisir de son mari paparazzi et du nôtre. 
Il est déjà temps de prendre le bus pour un passage éclair au Eaton Center. Les amoureux du magasinage en seront pour leurs frais puisque en une heure, il faut manger, visiter le plus de boutiques possible, acheter et essayer de profiter. En fait, les vrais accros savent exactement où aller, essayent leurs vêtements entre les allées et franchissent les caisses avant même que j'ai eu le temps de repérer le plan du centre commercial. 

Le mobile accroché à l'immense verrière, surnommé Flight Stop, conçu par l'artiste Michael Snow, suspend le vol des oies sauvages au-dessus des badauds. À l'extérieur, le soleil est venu nous faire un coucou chaleureux, les immeubles de pierre se reflètent sur les immenses surfaces vitrées des gratte-ciels modernes, les gens profitent de la quiétude de cette fin de journée. 
L'ancien hôtel de ville fait face au square Nathan Phillips où les touristes prennent une petite pause avant de rejoindre leurs bus respectifs. Le dernier trajet nous conduit au Comfort Hotel à Woodbine, à environ 20 minutes du centre-ville. 

La chambre est grande, les lits confortables, il y une piscine de chlore près de l'accueil, un bar et une piste de danse avec un pianiste un peu déprimé. La boule disco tourne dans le vide, l'ambiance est exactement comme un film de série B, à mourir... 

Heureusement, la jeune barmaid sexagénaire peroxydée est accorte et manie l'humour aussi aisément que la pompe à bière. 
Une ou deux pintes plus tard nous regagnons nos chambres, la nuit sera courte, le départ du bus est prévu à 7h00.



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