Sri Lanka 2014 - Le Bilan

Le Sri Lanka c'est où, c'est quoi ?
Parce que les cours de géographie semblent avoir disparus de nos écoles, voici un petit rappel.
Le Sri Lanka est une île de l'océan Indien séparée par seulement 31 km du sud-ouest de l'Inde par le détroit de Palk. République démocratique socialiste, elle a perdu son nom de Ceylan en 1972. D'une superficie de 65 610 km² peuplée d'un peu plus de 20 millions d'habitants.  
Rappel : Canada 9,9 millions km², 35 millions d'habitants, Québec 1,7 millions km², 8 millions d'habitants. 
On y parle le cingalais et le tamoul, mais l'anglais est très utilisé. En 2009, plus de 30 ans de guerre civile (en réalité les conflits datent des années 30) entre Tamouls et Cingalais prenaient fin.
Colombo se trouve à 13 700 kilomètres de Montréal, il vaut mieux avoir un siège confortable.

Durée du séjour : 22 jours 

Circuit : Colombo : 2 nuits - Kandy : 2 nuits - Sigiriya : 1 nuit - Kandy : 1 nuit - Delhousie/Adam's Peak : 1 nuit - Haputale : 2 nuits - Ella : 2 nuits - Uda Walawe : 1 nuit - Tangalle : 3 nuits - Mirissa : 1 nuit – Galle : 2 nuits - Bentota : 3 nuits - Colombo :1 nuit 
Soit 987 kilomètres...

Coups de cœur : 
Les Srilankais : dès l'arrivée dans l'avion de Sri Lankan, les sourires sont de rigueur... Cette première impression sera confirmée tout le long du voyage, avec en point d'orgue les habitants des montagnes.
Les enfants du côté d'Haputale, les cueilleuses de thé qui y triment comme des esclaves (pensez-y lors de votre prochain Five O'Clock Tea). Les pêcheurs du port de Tangalle, les cuisiniers des petits Hotel qui ne voient jamais de touristes. Cette famille géniale qui nous a invités pour une fête traditionnelle à Haputale, le gentil propriétaire de notre guesthouse d'Ella. Et en général tous les habitants de cette grande et belle île qui nous ont tellement souris que j'aimerais les présenter à mon personnel de service avec lequel je bosse pour leur apprendre les techniques des gens heureux qui rendent les gens heureux.
http://christophebouton.blogspot.ca/2014/02/mardi-11-fevrier-sri-pada-adams-peak.html
Les compagnons de voyage : de belles rencontres lors de l'ascension de l'Adam's Peak avec lesquelles nous avons partagé d'excellents moments. Pas toujours facile de trouver une personne compatible, cinq d'un coup relèvent d'un exploit et d'un très heureux hasard. 
Les paysages : à Colombo, l'océan qui vibre au rythme de ses vagues puissantes presque au cœur de la capitale. Les contreforts des montagnes à Kandy qui y apportent une fraîcheur fort agréable. Les sommets magistraux et inaccessibles autour du Sri Pada et son ascension incroyable avec toute la ferveur qui compense l'intense effort. Le trajet en train entre Hatton et Ella où aucune route ne passe. Le rocher de Sigirya, morceau de roc perdu au milieu d'une plaine verdoyante. Le calme montagnard et les vagues vertes des plantations de thé des collines d'Haputale. Le jardin botanique de Kandy et les jardins d'épices que l'on trouve un peu partout dans cette région, surtout entre Kandy et Dambulla. Le fort de Galle qui mérite largement que l'on y passe deux nuits. Pour le repos des corps et l'isolement de la frénésie générale et pour le repos des yeux avec son architecture coloniale.
http://christophebouton.blogspot.ca/2014/02/samedi-15-fevrier-ella-uda-walawe-un.html
Le parc national d'Uda Walawe, un safari en fin de journée pour découvrir des animaux sauvages loin du continent africain. Les plages immenses, battues par les vagues de l'océan vivifiant à Tangalle.

Coups de fourchette : enfin coups de cuillère et souvent coups de doigts. On mange avec la main droite, la gauche reste sagement posé sur la cuisse. 
J'ai beaucoup lu de propos négatifs sur internet avant notre départ. Trop épicé, pas mangeable, pas assez de variétés... Heureusement, je commence à connaître ces touristes qui n'aiment rien loin de chez eux et qui critiquent tout ce qui n'est pas conforme à leurs désirs. 

Déstabilisant au premier abord avec leurs hotel-restaurant et les petits en-cas disponibles partout, manger au Sri Lanka demande une petite adaptation. Habitués de la Thaïlande où on peut manger absolument partout et à n'importe quelle heure, il a fallu se réhabituer. 
La diversité ne saute pas immédiatement aux yeux, mais les rice and curry se déclinent en d'innombrables versions et chaque famille a ses recettes. C'est confirmé, celui du St Bridget's Guesthouse à Kandy est bien le meilleur.
Hoppers aux œufs et en-cas
Les en-cas composés de samosas frits, de rotis triangulaires ou en rouleaux farcis aux légumes ou à la viande, de brioches sucrées absolument délicieuses garnies de légumes au curry, sont des petits plats très peu chers et roboratifs. Les hoppers natures, tartinés de pâte de piments, garnis aux œufs, aux légumes ou façon string hopper (avec des nouilles), les kottu roti, ces crêpes roulées coupées en tranches fines et hachée à grands coups de tactactactactac facilement identifiables à des centaines de mètres à la ronde.
Le petit tuk-tuk boulangerie qui incite à la curiosité et à la découverte de produits vraiment locaux pour quelques piécettes. Les rotis sucrés, farcis aux fruits et qui comblent les estomacs les plus affamés. 
Au Sri Lanka, les végétariens que nous sommes devenus après avoir visité la section ''bidoche fatiguée'' des marchés en fin de journée ont été comblés. Même pour des carnivores acharnés, la viande n'est pas indispensable lors de ce voyage. 
Les poissons grillés et les fruits de mer sont partout sur les côtes. Le poisson séché auquel je n'ai jamais goûté, si ce n'est ces petits sprats qui parfument les pâtes de piments, ou frits en accompagnement de currys. 
http://christophebouton.blogspot.ca/2014/03/samedi-22-fevrier-galle-bentota.html
Le curd, a été pour moi LA découverte et ne m'en suis jamais lassé. À Galle il faut aller le déguster chez Serendipity. Accompagné de kithul treacle, de miel, de fruits et/ou de muesli, ce fromage blanc au lait de bufflonne est un régal pour qui aime les laitages. Par contre, je n'ai pas encore compris comment il est possible de conserver ce produit dans des pots en terre cuite en plein cagnard sur le bord des routes. 
Qu'importe, je n'ai jamais été malade... 

Épicé ? Oui, un peu, mais pas plus que dans un autre pays en région tropicale.
En Thaïlande, le traître petit piment très fort est presque partout, et quand il n'y est pas, c'est un curry rouge ou vert qui le remplace. Au Sri Lanka, les plats sont relevés, mais n'arrachent pas la langue du fond du palais. L'incorporation de dizaines d'aromates et d'épices dans les sauces ou les préparations, apportent des parfums incroyablement riches qu'il est agréable d'essayer de décoder. Dans la plupart des régions touristiques, on va vous demander spicy or not spicy. Tentez le coup du spicy, à moins d'être très sensible de la papille vous devriez aimer et même demander un petit pot de chili paste. Le riz blanc est toujours parfumé à la cannelle, au clou de girofle ou à la cardamome. 
Les fruits : on trouve beaucoup (comprendre en quantité industrielle) de bananes et de noix de coco. Beaucoup de variétés de bananes, des grandes vertes pour la cuisson, de la plus petite à la plus grande, de la jaune à la rouge, elles sont toutes très goûteuses. Même en enlevant les petites arnaques dues à nos origines supposément aisées, les bananes rouges coûtent par exemple un peu plus de 2$ pour 4 jolis spécimens. C'est vrai que cette variété est considérée comme la meilleure qualité de ce fruit et que les paysans ne doivent pas recevoir de subventions gouvernementales. De toute façon, elle est tellement meilleure que la triste Cavendish que cette petite dépense occasionnelle ne devrait pas trop grever votre budget. En général, les prix des fruits sont assez élevés au regard du coût de la vie. 
La king coconut se mange, se boit par tout le monde, tout le temps, partout. On trouve aussi des mangues, papayes, oranges, clémentines, raisins, mangoustans, ramboutans, ananas, avocats... Grâce à son climat et sa géographie particulière, l'île offre un choix incroyable de fruits et légumes. 

Tavernier !
Étrangement, partout dans les restaurants on vous apporte un grand verre d'eau du robinet. Je n'ai jamais tenté cette drôle d'expérience...
Classique, l'eau en bouteille que l'on trouve partout. Le prix est indiqué sur l'étiquette. L'eau gazeuse, sans goût, convient très bien à ceux qui n'aiment pas l'eau pétillante comme moi.
Les lassis, yaourt mixé sucrés avec des fruits, ou salés. Le remède idéal pour éteindre le feu des piments. Les shakes de fruits sont aussi très bons et nous n'avons jamais été malades.
L'eau de coco, que beaucoup confondent avec le lait de coco. Les king coconuts sont partout et ne coutent rien. Une boisson saine et rafraichissante.
Évidemment le thé. L'eau est bouillie et ne présente aucun danger. Idem pour le café, mais celui-ci est servi à la turque et il a autant à manger qu'à boire. Les amateurs de café se feront un plaisir de découvrir le thé. Sinon il y a un excellent café (hors de prix) à Kandy. Ses expressos sont tout simplement parfaits.


La "bière" de gingembre (ginger beer) est rafraichissante et piquante, goûtant très fort le gingembre. Il faut éviter celle sans sucre, elle a un désagréable arrière-goût d'Aspartame. Rien à voir avec le ginger ale qui lui ne goûte rien. Les jus sont tous très bon, sauf le wood apple qui est franchement immonde.
La bière, principalement la marque Lion, brassée par Carlsberg à Colombo. Elle se décline en trois versions. De la classique Lager à 4.8% à la Strong et Stout toutes deux à 8.8%, préférées des locaux les veilles de Poya...
Du vin ? Probablement, mais nous ne fréquentions pas ce genre d’établissement... 
Pour finir il ne faut pas hésiter à gouter l'Arrak, un alcool issu de la fermentation de la sève de cocotier. Blanc et plein de jeunesse ou ambré avec quelques années de maturation il est assez doux (env. 30 à 35%) et conclu aimablement une belle journée, les pieds dans le sable en regardant le soleil partir vers d'autres horizons. Est-ce que je suis obligé d'ajouter qu'il faut consommer avec son cerveau et avec son meilleur ami Modération ?

C'est fatigant : Pour commencer le bruit. Il est omniprésent. Les klaxons sont les compagnons de route de tous les chauffeurs. Même pour dire bonjour aux corbeaux...
La circulation, apocalyptique ! Des chauffards qui n'hésitent pas à foncer comme des dingues sur des routes de montagne avec des véhicules hors d'âge aux pneus lisses. Les chauffeurs n'ont aucun respect pour la vie des piétons qu'ils ne font même pas mine de vouloir éviter. 
Les petites arnaques insignifiantes, mais qui finissent par lasser. Payer 100 roupies au lieu de 50 pour un trajet en bus, un peu plus cher pour des fruits, des tuk-tuk qui ont le culot de vous sourire en vous en passant une petite vite... Le vol dont nous avons été victimes, mais qui aurait tout aussi bien pu arriver chez nous. Et finalement, nous avons passé plus de temps à Galle. 
Les marchands d'épices qui jouent la carte du meilleur et du moins cher et qui profitent de la situation touristique. 
Les rabatteurs qui tentent par tous les moyens de vous emmener dans un magasin, un restaurant ou un hôtel où ils percevront une commission. Ignorez-les !
L'accueil à Uda Walawe, commercial et sans âme. Touristes de passage, gain rapide et facile... Dommage c'est un si bel endroit. 
L'état de délabrement environnemental que cette île est en train de subir. Certes, le recyclage et l'environnement sont des préoccupations de pays riches. D'ailleurs nombre de mes concitoyens sont des gros porcs qui ne se soucient pas plus de l'état de leurs trottoirs ou de leur métro. Mais voir des gens de toutes les générations jeter un papier d'emballage, vider une petite poubelle par une fenêtre de voiture ou se débarrasser de sacs plastiques par la porte ouverte d'un train reste désolant. 
Les puces de sable ! Détestables bestioles qui attendent votre arrivée, cachées dans leur trou de plage. Piqûres douloureuses et démangeaisons insupportables à prévoir. Il faut éviter de se coucher directement sur le sable et apporter de la calamine qui semble calmer ces agressions.
Les derniers, mais non les moindres : les Russes ! En voilà des touristes qui ne savent pas vivre. Même les Français qui ont pourtant une excellente mauvaise réputation de râleurs (élus pires touristes au monde selon une enquête parue en 2009) sont éclipsés par les hordes slaves qui ont envahies l'Asie. Il va falloir faire un effort les gars si vous voulez à nouveau paraître dans le top 3 des pires touristes. Ceci étant dit, je ne considère pas les Français comme les pires touristes du monde. Vrai qu'ils sont terriblement chialeux et forts en gueule, mais il y a nettement pires qu'eux... Tiens prenons les Chinois. Conquérants de l'Empire du Milieu, débarquant en troupeaux serrés et considérant les peuples conquis comme leurs esclaves... Sauf que les Russes sont partout. Enfin partout où il a du soleil, une plage et aucun effort à faire. Inutile de les chercher au sommet de l'Adam's Peak. S'il y en a, ceux-là sont plutôt hors-normes et agréables.  

Les transports : Le bus de l'aéroport est à 2 minutes de marche du hall des arrivées. Il faut compter 130 Rp et entre 30 minutes et plus d'une heure, pour arriver à la gare routière de Colombo, suivant le trafic qui peut être dantesque, sauf le 4 février, jour de la fête de l'Indépendance où tout est fermé. Les tuk-tuk sont partout à Colombo et il faut choisir ceux indiqués meter. Si le chauffeur ne veut pas déclencher son compteur, il suffit d'en choisir un autre, il y en a des milliers. 
Pour les trajets entre les villes, le train est le moyen le plus agréable et surtout le plus sécuritaire. Les horaires sont en général respectés et les billets en 2e classe d'un excellent rapport qualité/prix. Si le train est pris dans une gare intermédiaire, il y a de fortes chances pour que toutes les places assises soient occupées. Il faut alors rester debout, comme beaucoup de locaux ou réserver son siège d'avance, ce que nous n'avons jamais fait. Il y a des petits compartiments bagages pour ranger les gros sacs. Le plus beau trajet que nous ayons effectué se situe entre Hatton et Ella. 
Le bus reste le moyen de transport le plus pratique pour se déplacer entre villes et petits villages. Son utilisation peut paraître compliquée, mais tout le monde vous aidera à monter dans le bon véhicule. Aux stations, il suffit de demander sa destination et les gens vous indiqueront le bon quai. Rudimentaire, poussiéreux et inconfortable, l'autobus permet d'être en immersion totale dans la vie quotidienne des Srilankais. Les horaires de départ ont toujours été respectés à la seconde et il s'arrête à la demande en actionnant une petite sonnette au plafond ou une ficelle le long des vitres. Les gros sacs à dos sont déposés à côté du chauffeur ou dans une petite soute derrière le véhicule. Avoir une housse de protection peut aider à conserver une allure plus convenable aux sacs qui se baladent dans la poussière et le cambouis. Voyager avec une valise, même à roulettes, n'est pas vraiment pratique. Pour les budgets plus aisés (environ 50$ par jour), il y a l'option du chauffeur privé. Pratique si le séjour est de courte durée, il faut tomber sur le chauffeur sympa et oublier les rencontres avec les habitants. Ce moyen de transport peut aussi s'adresser à des personnes qui se sentent en insécurité après avoir entendu les mille et un conseils inutiles de gens qui ne voyagent jamais. 

Les sous
Les seules dépenses conséquentes sont celles des logements. Les prix annoncés dans les guides Lonely Planet et du Routard ont tous beaucoup augmenté depuis à peine deux ans. Certains ont même doublé, alors que la chambre n'a subi aucune amélioration. On trouve des piaules à bon prix, mais il ne faut pas s'attendre à du confort et de la propreté. Il ne faut pas hésiter à négocier surtout si on compte y passer plus d'une nuit. 
La nourriture reste super abordable. Pour deux en-cas, c'est entre 50/70 Rp (0.40/0,60$). Un repas au resto local avec bouteille d'eau (1,5 litres, prix fixe à 50/70 Rp) c'est environ 100/150 Rp (0.80/1,25$CA). Les fruits sont plus chers, mais la qualité et le goût se payent. Tous les transports sont à très bon prix. 
Petites coupures : en dehors des villes et/ou des grands magasins, personne n'a de monnaie. Inutile d'essayer de payer vos bananes avec un billet de 5 000, il vaut mieux aller faire de la monnaie avant de fréquenter les marchés et les petits magasins.

Souvenirs : 
Le thé. Tout le monde connaît le thé de Ceylan, hé bien, c'est d'ici qu'il vient. Les boutiques spécialisées ont les meilleurs choix et les meilleurs prix. Les plantations et les tea factory peuvent offrir des thés intéressants, mais leur choix sera limité à leur seule production. Les magasins Chaplon à Bentota (il y en a un juste en face de la gare routière), l'autre se trouve sur Galle road un peu après Cafe Villa en direction du sud. À Colombo sur Galle road Sri Lanka Tea Board et le superbe Melsna qui lui se trouve dans la galerie marchande Majestic City (MC), lui aussi sur Galle road. 
Dans le grand magasin Odel Unlimited de Cinnamon Gardens, la petite boutique Dilmah propose une offre variée, mais je ne me suis pas penché sur les prix.  
http://christophebouton.blogspot.ca/2014/03/vendredi-21-fevrier-galle.html
Dutch Market - Galle
Les épices : le Sri Lanka est réputé pour la qualité exceptionnelle de ses épices. Elles se trouvent, bien sûr, dans les très nombreux jardins d'épices sur la route de Kandy à Dambulla. À Galle près du marché hollandais, un petit commerce propose des prix défiant toute concurrence. Par contre, il faut éviter celui du marché aux poissons qui triple ses prix à la vue d'un touriste... Pour finir, il reste les supermarchés. Les épices viennent bien sûr du pays, elles sont emballées en sacs plastiques scellés et les prix sont alléchants.
Le parfum intense et le goût sucré de la cannelle en font un ingrédient indispensable pour les pâtisseries et les currys. Il faut choisir des bâtons à l'écorce fine et ne pas hésiter à en croquer un morceau. Les poivres blanc et noir, la fabuleuse muscade et son macis, les clous de girofle, la vanille, ou la cardamome ne sont que quelques exemples parmi tout un choix qu'il faudra glaner pendant le voyage. 
Les tissus : il y a beaucoup de vendeurs de tissus en vrac, au mètre, de saris ou de sarongs dans toutes les villes. Pour une qualité nettement supérieure et des prix en conséquence, les magasins Barefoot ne pourront que combler les plus exigeants. 
L'artisanat : chez Laksala, Barefoot, Paradise road, les choix sont infinis et la qualité aussi. Tout dépend de ce que l'on cherche. Les masques traditionnels se trouvent à peu près partout, mais pour des pièces plus originales et introuvables ailleurs, il faut aller chez Suthuvili à Galle. 

Magasins hors taxes de l'aéroport : beaucoup de choix de thés, mais tout y est plus cher. Une solution pratique au cas où vous auriez oublié la jalouse tante Jeannine ou qu'il vous reste quelques roupies au fond des poches. C'est, je crois, ce dernier argument qui fait grimper les prix dans les aéroports... 

Conclusion :
Un voyage extraordinaire dans un pays accueillant qui en est aux prémices du tourisme. Les trente ans de guerre civile ont laissées des traces, surtout dans nord où nous ne sommes pas allés. Les touristes affluent sur les plages du sud et à Kandy, mais il reste beaucoup d'espace disponible pour vadrouiller.
Le sac à dos est le meilleur moyen de bouger au Sri Lanka, courir après un bus est plus compliqué en tirant une grosse valise à roulettes.
Il faut voyager léger et se rappeler qu'on est pas chez nous. On en est même assez loin...
Il faut rester curieux et respectueux, la gentillesse ouvre énormément de portes et d'opportunités. Et surtout, ne pas arrêter de sourire ; c'est la marque des gens heureux. 

Je vous remercie de votre assiduité à la lecture de mon interminable prose.

Bon voyage

http://christophebouton.blogspot.ca/2014/02/mercredi-12-fevrier-haputale-une.html

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Mercredi 5 et jeudi 6 mars – du 54, soi Ngam Duplee, Bangkok à la rue de Bordeaux, Montréal...

Elle est là. 
Cette dernière journée tant redoutée. Depuis le réveil, nous savons que l'ultime compte à rebours a commencé. Dans quelques heures nous serons à l'aéroport, penauds et tristes de quitter l'Asie pour retrouver les plaines gelées de notre lointaine province. 
Hier soir, nous avons fait une simulation de remplissage de bagages. Étonnamment, nous arrivons à tout ranger dans nos sacs à dos. Il faut avouer que Poste Thaï nous a donné un sacré coup de main avec ses tarifs défiant toute concurrence. 
Nous avions d'abord renvoyé nos excédents de vêtements après avoir constaté sur nos photos que nous portions les mêmes shorts et t-shirts tous les jours. L'achat d'un petit sachet de lessive liquide a remplacé 6 kilos de fringues inutiles. 
Les thés et épices acquis au Sri Lanka ont eux aussi pris le chemin des boites aux lettres et ont libéré beaucoup de places pour les achats faits à Bangkok. Plus jamais nous nous ferons avoir par les DHL et autres FeDex qui coûtent chers et sont accompagnés d'une facture salée de taxes de douane. 

Toute la journée se passera au bord d'une piscine, à profiter des derniers rayons de ce chaud soleil. Roulant de la chaise longue aux eaux turquoise de ce petit havre de paix en dégustant quelques cocktails. 
Nous ne savions pas que le grand monsieur qui nous regardait bizarrement était Français. Une chance que nous avons fait nos réflexions à voix très basse concernant son sublime travail de tapisserie à l'aiguille. Un pot de fleur posé sur une table devant un paysage simili-champêtre orne le petit tamis posé sur la table basse. Non, ce n'est vraiment pas beau, mais il s'applique et je le vois mal jouer à la Gameboy... 

En entendant nos intonations, il s'est aventuré à nous adresser la parole et a ainsi abandonné ses travaux d'aiguille. Nous n'avons jamais su son nom et l'avons donc en l'honneur de son âge et de son origine rebaptisé Papy Normandie. Il est adorable, 76 balais et toujours fringant. 
Il trimbale sa carcasse de son village normand humide et vert à la Thaïlande tous les hivers. Personnage sympathique et sociable, il parvient à lier connaissance facilement avec son entourage. Ses nouveaux amis se font un plaisir de l'inviter, qui en Australie, qui en Inde où il part d'ailleurs ce soir. 
Il ne voyage qu'en première classe, car, dit-il, son anatomie ne supporte pas les sièges trop étriqués de la classe éco. Soit. 
Nous parlons de ses voyages, des nôtres, de la hausse des taxes et des baisses des retraites en France. Je l'envie d'ainsi profiter de la vie et de voyager à l'autre bout du monde à son âge. Il nous appelle les jeunesses et nous enjoint de ne jamais lâcher le goût des voyages et des rencontres. De continuellement partir à la recherche de situations inattendues et de surprises qui permettent de vieillir en beauté. Il nous fait promettre de visiter très bientôt le Myanmar qu'il a adoré et d'éviter d'entrer dans le moule des gens ordinaires. 
Je veux adopter cet homme comme le grand-père que je n'ai jamais connu ! Nous le laissons partir boucler son sac de pèlerin pour ses prochains jours d'escapade et attendons que le soleil ait fini sa course avant de regagner notre chambre d'hôtel.  

Il est presque temps de boucler les sacs, mais avant nous allons découvrir le discret Just One Thaï, recommandé par notre Papy Normandie. Un resto juste au coin de la rue qui propose un épais menu et des produits de la mer pour des prix vraiment alléchants. Quatre grosses king tiger praws, des crevettes géantes délicieuses, feront une excellente mise en bouche. 
Ensuite, nous nous fions à ce qui nous paraît le plus évident : le hasard. Qui fera bien les choses puisque tous les plats servis seront tous très bons et le service décousu à merveille. 

Plus de dérobades possibles, il est temps de glisser nos derniers achats dans nos sacs et de les fermer. L'habileté va être de mise pour combler tout interstice distrait. Terminé le remplissage à la va-vite en prévision d'une course vers un bus. Avant, dans nos sacs, il suffisait de jeter un peu n'importe comment nos maigres kilos de vêtements et ça finissait toujours par rentrer. Mais après avoir relu les comptes-rendus des derniers jours et constaté que mon petit porte-monnaie déborde de relevés de carte de crédit, je me rends compte que ce soir, il va falloir ruser. 
Nos sacs sont pleins et bouclés. Cette fois-ci s'est bien terminé. Le check-out se passe rapidement, le vieux monsieur chinois habituellement désagréable est même rigolo lorsqu'on lui dit quelle température est prévue au Canada pour notre arrivée. Il fait mine de tomber dans les pommes dans un congélateur. C'est aussi ce qui risque de nous arriver bientôt. 

Les taxis de l'hôtel ne nous demandent même pas où nous allons, trop occupés à jouer avec leur téléphone. Nous marchons quelques mètres sur le trottoir, le mur rayonne encore de la chaleur accumulée, il est 21 heures. Un taxi rose bonbon s'arrête à côté de nous et nous embarque pour Suvarnabhumi à 30 kilomètres de là. 
Le poids des sacs dans le coffre fait geindre les suspensions fatiguées, le moteur fait un drôle de bruit, mais le chauffeur est persuadé que nous y arriverons. À peine embarqués sur l'autoroute, un énorme ralentissement nous force à nous arrêter. Nous ne voyons rien d'autre que quelques gyrophares et l'heure qui tourne. Après dix interminables minutes, la circulation reprend sans que nous ayons jamais su ce qui s'était passé. La voiture file dans un dernier souffle asthénique vers notre destination finale. En seulement trente minutes et 240฿ (plus les péages de 50 et 25฿) nous sommes déposés devant l'immense et triste porte des départs. 
Évidemment, les comptoirs d'enregistrement de la JAL sont à l'autre bout de l'immense hall, mais nous ne sommes pas vraiment pressés. Les comptoirs sont encore vides de passagers, nous sommes les premiers. 
Tout va très vite, les sacs sont pesés, 18 kilos, soit 8 kilos de plus qu'il y a 40 minutes. Dûment étiquetés, ils glissent sur le tapis noir en direction de New-York où nous devrons les récupérer pour les réenregistrer. La douane me met à nu dans leur nouveau scanner où je ressemble à un mec en train de se faire arrêter par une armée de policiers mal informés. Au moins, c'est rapide en plus d'être ludique. 

Nous avons trois heures devant nous pour visiter tous les magasins hors taxes (le duty free français) et nous rendre compte que les voyageurs sont vraiment pris pour des cons. 
Pour moi, littéralement les magasins hors taxes sont des magasins qui vendent des produits d'où les taxes ont été enlevées. En toute logique, on devrait donc trouver des prix bien plus intéressants dans les zones détaxées des aéroports que nos villes surtaxées... Hé bien non ! 
Non seulement ce n'est pas détaxé, mais souvent c'est encore plus cher que dans le petit 7 Eleven du coin de la rue. Par exemple, la petite bouteille de Sang Som que nous avons acheté 500฿ est vendue ici 750, et c'est pareil pour tout le reste. Payer plus de 30$ pour une tablette de chocolat s'est un petit peu exagéré où c'est moi qui suis en train de devenir radin ? 
De toute façon, nous n'achetons rien et les quelques billets qui nous restent seront mis en sécurité au fond du porte-monnaie de voyage pour un prochain séjour. 

All passengers on the flight JL006 to Narita International Airport, are requested to submit F6 door for immediate boarding. 
Tiens, mais c'est nous ça... Derniers bye-bye en direction supposée de la Cité des Anges (bien avant Los Angeles), embarquons dans l'avion et cherchons nos sièges, rangée 48. Il n'y a pas de place pour les pieds, deux boites métalliques en dessous des sièges de devant bloquent tout accès au confort. J'aimerais bien les bourrer de coups de pied, mais comme je ne sais pas si c'est un élément indispensable pour la sécurité de ce vol, je m'abstiendrais. Nous ne sommes qu'à cinq heures de Narita, normalement le vol suivant devrait être plus confortable. 

Au revoir Krung Thep mahanakhon amon rattanakosin mahintara ayuthaya mahadilok phop noppharat ratchathani burirom udomratchaniwet mahasathan amon piman awatan sathit sakkathattiya witsanukam prast, ça a été un plaisir de voir que tu te portes bien, je dirais même de mieux en mieux. 
Nous serons très heureux de te revoir très vite, mais en attendant, nous allons gagner de quoi revenir. 

Aéroport international de Narita, préfecture de Chiba, Tokyo, Japon. 
L'atterrissage est acrobatique, les rafales de vent font tanguer la carlingue du gros Boeing et le tarmac ne veux pas s'aligner face à la caméra de proue. Secondes d'angoisse...
Finalement, les roues se posent, chacune leur tour et nous réussissons à débarquer, un peu flageolants, dans le grand terminal. 

Il est quelque part dans un fuseau horaire de passage, l'heure de l'apéro. Les whiskys japonais sont réputés, et le magasin dans lequel nous jetons notre dévolue offre les dégustations pour tous leurs produits. J'aimerais aller au bout de la rangée de Hibiki, mais la cinquième (ou septième) bouteille semble remporter tous les suffrages. Un Nikka élevé en fût de chêne pendant 21 belles années se promène maintenant avec nous vers les sièges confortables de la salle d'attente. 

Au Japon, même si t'as pas envie, il faut y aller. Les toilettes méritent une visite et le confort est à la hauteur de mes attentes. Le siège est chauffé, la musique est douce et le jet d'eau tiède est aussi surprenant que relaxant. J'y passerais bien le reste de mon heure d'attente, mais ça risquerait de paraître suspect. 
En tout cas, envie pas envie, il faut aller faire un tour dans les toilettes d'un aéroport japonais. 

La traversée de l'océan Pacifique sera plus confortable, les jambes allongées loin sous le banc, le dossier penché, je peux enfin regarder tous les films proposés sur mon petit écran tactile incrusté dans le fauteuil devant moi. Malheur, il y a trop de choix pour que je puisse fermer l'œil pendant ces 13 heures de vol. Alors je profite des allées et venues des charmantes hôtesses pour commander des gin tonic, qu'elles servent à la perfection. 
À défaut de faire un somme réparateur, j'aurais fait un apéro pendant 10 842 kilomètres pendant que mes co-passagers ronflent. 

Nord de l'Amérique du Nord à travers mon petit hublot où l'aube s'installe.
Le paysage a changé, les plaines désolées et les arbres effeuillés remplacent les montagnes vertes et les plages dorées. 
Nous l'avions presque oublié, mais nous ne sommes pas seulement revenus au pays, nous sommes aussi de retour en Hiver. Ici, on y met un H majuscule à notre Hiver, il a été à la hauteur cette année et nous le fera savoir pendant les semaines qui vont suivre. 

Aéroport International John-F. Kennedy, Queens, New-York, USA.
Très étrangement notre passage aux douanes américaines se passe bien. Je crois même que mon cerbère a émis un sourire, mais n'en suis pas certain. 
Par contre, les employés de l'aéroport sont des sergents hurleurs qui aboient leurs consignes aux passagers, et ne donnent nullement envie de rester dans ce pays de paranoïaques. 
Je suis heureux de n'être qu'en transit, même si j'adore New-York, j'ai hâte d'arriver chez nous. 
Nous ne pouvons résister à l'appel d'un burger que le serveur nous propose au format démesuré american style et nous demande la cuisson de la viande. De la viande !
Hors de prix, mais c'est un aéroport et le service à l'américaine fait oublier les excités qui nous ont accueillis. 

Il y a un peu plus d'une heure, nous avons presque survolé Montréal. Nous en avons maintenant pour cinq heures d'attente avant de pouvoir monter dans notre dernier coucou d'American Airlines où des enfants à bout de nerfs hurleront pendant 80 minutes et s'endormiront au moment où l'avion se posera à Montréal. Je suis heureux de posséder ces indispensables bouchons pour les oreilles et mon manque cruel de sommeil contre lequel je combattais, me fait endormir dès que je touche le fond du fauteuil. 

Je n'ai rien vu du décollage, par contre une heure plus tard je m'aperçois très bien dans ce virage serré au-dessus du sud des îles de Boucherville qu'il y a beaucoup trop de neige. Le pilote annonce une température polaire. 
J'ai déjà besoin d'un autre voyage. 

Aéroport international Montréal-Trudeau, Dorval, Montréal, Québec, Canada.
Le taxi nous transporte à travers des avenues froides aux bas-cotés recouverts de neige noire. Le ciel est bleu, le soleil prend un malin plaisir à nous narguer. Le centre commercial Rockland est d'une tristesse sans pareil dans nos souvenirs de Siam. Il va vite falloir reprendre nos esprits, mais pas ce soir... 

Du 54, Soi Ngam Duplee à la rue de Bordeaux, 16 035 kilomètres et 33 heures de voyage nous séparent. La planète Mars me semble plus accessible.

C'est fini, nous sommes de retour, nos sacs sont défaits, c'est un peu le bordel dans l'appartement trop petit et dans nos esprits. Le gargantuesque burger new-yorkais traine encore dans notre système digestif, nous nous contenterons d'une théière de FBOP et d'une émission de ... voyage en Indonésie. 

 Et si on repartait demain ?
 

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Mardi 4 mars – Bangkok, dans la fumée des barbecues

Impossible !
D'après mon calendrier, il ne reste que deux jours de voyage... Mais pourquoi les bons moments passent toujours plus vite que les mauvais ? Deux jours, c'est long finalement alors il faut en profiter. 

Hier, les manifestants qui occupaient le bitume depuis plusieurs mois ont levé certains camps. Ainsi devant le MBK, le temps d'aller faire quelques achats, tout le monde a disparu. Les structures métalliques qui soutenaient un immense chapiteau ont été démontées et les camions de la ville sont arrivés. Des balayeuses suivies d'un puissant jet d'eau nettoyaient les rues et les trottoirs, mais leur boulot s'est révélé assez aisé. Les manifestants n'ont pas laissé beaucoup de traces de leur passage. Organisés et propres, ils sont partis sans même que l'on sache qu'ils y avaient campé pendant plus de deux mois. 
Dans le quartier Silom, ils ont libérés la route pour se retrancher dans le parc Lumphini adjacent. Festif et odorant, leur ''village'' de contestation en fait un endroit agréable à parcourir. Des barbecues s'élèvent des fumées de grillades et les sourires sont de mise. 
Il n'en fallait pas moins pour que les voitures envahissent à nouveau ces artères en manque de fluide vital. Mais même occupées par tous ces véhicules, les rues de Bangkok sont comme des routes de campagne comparées à celles de Colombo. 

Sans surprise, nous retournons dans le quartier Siam. Ma folie passagère concernant le magasinage s'est étiolée, mais aujourd'hui point de magasins. 
Juste un coup d'œil au cas où. 
Pour célébrer l'anniversaire d'André, nous cherchons le restaurant repéré au Siam Center il y a deux jours. Il s'agit d'un barbecue coréen, un genre de DIY, do it yourself, fais le toi-même puisque t'es si malin... 
Une jeune fille vêtue d'une robe bouffante nous accueille avec entrain et nous emmène vers notre table. Le menu offre des choix de viandes, légumes, poissons et mollusques, mais nous commencerons par une Asahi bien fraîche du pays voisin de la Corée. 

Une formule réunit tous les ingrédients cités plus haut, je commande en plus un plat de gros champignons eryngii, une variété de pleurotes. Un serveur dépose un petit barbecue en métal couleur cuivre sur la table et le recouvre d'une hotte aspirante de maison de poupée. Les grosses briquettes de charbon de bois rougeoient et commencent à chauffer une grille ondulée impatiente de recevoir ses premières offrandes. 
Le plat arrive, les viandes de poulet, bœuf et porc en tranches fines, les calmars blêmes, les crevettes et les légumes garnissent ce bol appétissant. Une soupe miso dans laquelle flotte quelques algues vient nous réchauffer et nous commençons notre frichti. 
C'est sympa de faire du camping en plein centre commercial, les tranches de bœuf fument sur la table et sont immédiatement aspirées vers les cieux, rejoignant la chape de pollution posée sur la ville. Manque juste une guitare et des marshmallows sur un bâton.

Un étage en dessous, c'est le cabinet immaculé d'une joviale et professionnelle dentiste qui nous attend. Pour un trentaine de dollars elle va nous rendre notre sourire opalin en moins de temps qu'il n'en faut pour dire kapun khap, merci madame !

Un dernier massage thaï va replacer nos émotions, et nous nous rendons compte que cette ultime journée est inéluctablement en train de terminer. 

Ça s'peut pas que ce soit passé aussi vite... 



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Lundi 3 mars - Bangkok en 4D

Aujourd'hui, nous retournons dans le quartier des découverts bancaires, mais ce n'est pas pour assouvir une quelconque crise de compulsion, enfin pas que... 

Au 5ème étage du Siam Paragon, au très luxueux et confortable Paragon Cineplex, nous achetons nos places pour la séance de 13h30 d'un film en 4D. Sur un écran tactile, nous réservons nos sièges, et allons acheter quelques provisions.
Un tonneau de boisson gazeuse et une brouette de pop-corn plus tard, nous sommes assis dans nos fauteuils de ministres, enveloppés par une climatisation forcenée. Un petit film d'animation nous met dans l'ambiance de la 3 dimension, et d'un seul coup c'est la 4D qui embarque. Je ne peux m'empêcher de pousser un cri de stupeur lorsque mon siège se met à me faire valser. J'ai l'impression qu'il vient de prendre vie. Il essaye de se défaire de ses fixations et veut aller se dégourdir les pattes dans tout le quartier Siam. Jamais je ne pourrais finir mon pop-corn sur ce cheval épileptique, et je n'envisage même pas de saisir mon gros verre de Coke...

Une pause bienvenue nous fait lever pour rendre hommage au roi. 
Un très joli film un peu militant accompagné d'une musique emphatique nous tire une larme. Il est bien le roi Rama IX. 
Depuis plus de 60 ans, il règne sur un pays dont il a personnellement supervisé les grands travaux modernes et a désenclavé les régions rurales les plus reculées. Parler en mal de la famille royale n'est absolument pas toléré et tout le peuple l'a en adoration. 
Sa succession proche va être un sacré bordel. Entre un fiston instable marié trois fois, papa de sept enfants, et des princesses honorables et studieuses mais non-prioritaires, ça risque de faire un sacré foin lorsque le très aimé Bhumibol quittera le trône. 
Donc, avant chaque séance de film au cinéma et officiellement à 18 heures dans le royaume, l'hymne national (qu'il a lui-même créé) résonne et tout le monde se lève par respect. 

ça va mal finir votre histoire
C'est parti, les légionnaires se mettent sur la gueule, le sang et la sueur coulent sur le sable de l'arène, les héros sont gaulés comme des Dieux du Stade et la fille du patricien en chef fait les beaux yeux à l'orphelin vengeur aux muscles saillants. Le sénateur et son infâme sbire sont méchants et fourbes à souhait, la donzelle bat des cils et mon siège tremble d'émotion. 

Je reçois des vapeurs froides dans mes lunettes 3D, des courants d'air me font vibrer les oreilles par deux trous situés dans l'appui-tête, la fumée enveloppe l'écran, les odeurs de brûlis envahissent la salle qu'un courant d'air froid chasse rapidement. 
Survoler le Vésuve en relief alors que la boucane surgit de partout est une expérience étonnante... Finalement, le bel esclave obtient vengeance, s'enfuit avec son amoureuse et ils finiront en statue de cendre comme tous les habitants de Pompéi. 
Je n'ai pas vendu la mèche, c'est comme si j'avais dévoilé la fin de Titanic en disant qu'il coule... C'était un peu couru d'avance, mais ça fait passer un bon moment et expérimenter la 4D. 
J'ai pu finir mon cinq litres de Coke et mes deux kilos de maïs éclaté sans en mettre partout et suis ressorti frigorifié. 

Tiens, puisqu'on est dans le quartier allons magasiner un peu... 


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Dimanche 2 mars - Bangkok, vive le shopping !!

Ma passion dans la vie, c'est le magasinage. 
Mais non ce n'est pas moi qui ai dit ça... Tout le monde sait, enfin, maintenant, tout le monde va le savoir, que magasiner, c'est loin d'être ma préoccupation dans la vie. En fait, je déteste ça. 
Sauf que... On est à Bangkok, et à Bangkok, l'anti-magasineux que je suis se sent comme un poisson dans l'eau. 
On trouve de tout dans cette ville. Les centres commerciaux sont des palais dédiés à tous les compulsifs de la planète et à ceux qui les accompagnent. Certes, j'aurais pu aller patiner au Central World, aller voir des requins dans l'aquarium du Siam Paragon, découvrir des dizaines de restos au Siam Center ou faire une épicerie trois-étoiles au Central Chidlom, mais j'ai aimé l'expérience des boutiques. Oui, même moi, j'ai craqué, temporairement, pour cette activité. 

MBK center (pour Mah Boonkhrong), terminus de la ligne du BTS à National Stadium. Ce gigantesque centre commercial abrite sur 8 étages pas moins de 2500 boutiques et kiosques. On y trouve de nombreux vendeurs d'électronique, surtout des téléphones pour des prix assez intéressants, des bijouteries et beaucoup de vêtements. Un bazar regroupe des dizaines de petits kiosques de jeans, casquettes, t-shirts avec des vraies étiquettes de vraies marques... 

En sortant de ce temple, un peu démodé de la consommation, le quartier Siam accueille les vrais aficionados des emplettes. Avec Siam Discovery, on entre dans le vif du sujet. Loin des copies qui commencent à se faire rare, les magasins chics et de bon goût se suivent dans des mises en scène incroyables. Les décorations de vitrines sont d'une imagination débordante, sept étages de tentations. Un musée Madame Tussaud expose quelques statues de cire dans les recoins des couloirs pour attirer notre attention. Mon doux que Leonardo a vieilli, il a de la barbe maintenant ! 

Un grand magasin Loft sur deux étages vend tout un tas de babioles et de gadgets. La visite de ce magasin coloré est une distraction à elle toute seule et, comme chez Ikea on part toujours avec quelque chose, surtout si on n'en a pas besoin. 

Juste à coté, c'est au tour du Siam Center de nous ouvrir grandes ses portes vitrées. Trois étages dédiés à la mode, le quatrième réuni des restaurants, tous plus originaux les uns que les autres. Nous y découvrons un barbecue coréen qui fera notre bonheur dans deux jours. 

Pour terminer avec la série Siam, l'incontournable phare du luxe, le Siam Paragon. Rien de moins que 460 millions de piasses pour construire cette fierté dont Bangkok s’enorgueillit. Trois cents commerces se partagent les 500 000 m² de cet immense department store, parmi lesquels Ferrari, Lamborghini, Dior, Chanel et j'en passe. On est dans le très haut de gamme. Dès l'entrée, nous sommes accueillis par un mur végétal et des fontaines surmontées de chevaux pour célébrer le Nouvel-An chinois. Au sous-sol, le plus grand aquarium du Royaume, Siam Ocean World, que nous avions visité à son ouverture en 2006 et qui nécessitait encore quelques ajustements. 

Au cinquième étage, 14 salles de cinéma, IMAX 3D, 4D, une salle d'opéra, un centre de congrès, un bowling de 38 pistes et, un peu partout des centaines de jeux vidéo de toute dernière génération pour distraire les écoliers en uniforme de la capitale. 

Le prochain centre est le Central World, le septième plus grand centre commercial du monde. Je suis épuisé depuis longtemps... Celui-ci, à peine ses grosses rénovations achevées, a été la proie des flammes des ''chemises rouges'' en 2010. Il a fallu deux ans pour qu'il soit à nouveau entièrement fonctionnel. 

Le Gaysorn est un petit centre de la mode de luxe où nous n'avons rien à faire et nous finissons avec le Central Chidlom. Encore 8 étages de superlatifs... Au sous-sol, une épicerie absolument fabuleuse où l'on retrouve de quoi sustenter les expatriés de tous les pays de la terre. Un vrai bonheur. 

Résumé en quelques dizaines de lignes, ça nous a quand même pris la journée. Tiens le joli pantalon en lin en solde à 50 % on l'avait vu où ? 


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Vendredi 28 février – Jomtien, une plage et ses animaux

Si le programme d'hier était simple, que penser de celui d'aujourd'hui ? 

Le réveil est un peu difficile, le Sang Som (rhum thaï) soda est un traître qui, derrière ses atours enjôleurs cache un léger mal de tête. 

Le petit-déjeuner vite expédié, nous saisissons notre crème solaire, nos serviettes et descendons la rue qui mène à la plage. 
Les chaises longues se louent 100฿ la journée et nous avons le choix de l'emplacement. La plage est vaste et les vagues viennent lécher les pieds des transats. 

Je me demande pourquoi, à la grandeur de plage et au nombre d'emplacements disponibles, il faut que des gens viennent se coller à nous. Ces deux couples de retraités, probablement hollandais, sont tout simplement abjects. Ils claquent des doigts pour appeler les serveurs, aboie des ordres dans leur langue rauque et se comporte comme des malappris. Ils me dégoûtent, mais j'essaye de faire abstraction. 
Jusqu'à ce qu'une de leur amie viennent les rejoindre. 

Je ne sais pas laquelle des deux est sourde mais la simili-tranquillité dont nous profitions est devenue un enfer de verbiage guttural et d'exclamations intenses. Trop, c'est trop. Nous appelons le jeune homme qui s'occupe des matelas, lui donnons l'argent et quittons cette enclave batave qui commençait sérieusement à mettre notre patience à mal. 

Un peu plus loin une zone tranquille va nous accueillir pour le reste de la journée. Nous aurons tout loisir de nous baigner en essayant de ne pas boire la tasse, car je ne sais pas si c'est dans l'eau ou dans l'air que ça sent si mauvais.

Des marchands ambulants proposent des dizaines et des dizaines de choses à acheter. Outre les classiques riz, salades, nems, crevettes et crabes frits, glaces, fruits et boissons, on a aussi le bonheur de trouver des bougies, lampes de salon, sculptures en bois ou en pierre, massages, pédicure, billets de loterie, vases, nappes, napperons, sous-verres, t-shirts, rasoirs, tondeuses à barbe, lampes de bureau LED, films porno, éventails géants, lunettes de vue, de soleil, chapeaux, paréos, cerfs-volants, faux tatouages en gant, faux tatouages au henné. 
Et ça recommence. Encore et encore... 
Un simple non de la tête suffit à éloigner ces vendeurs qui portent des charges souvent considérables sous un soleil de plomb. 

Un être humain que j'avais d'abord pris pour une tortue centenaire échouée est allongé sur le ventre, le maillot de bain roulé aux genoux exposant ses vieilles fesses molles et ses baloches pendantes au soleil. Une femme très âgée, couchée sur le dos a les seins qui trempent dans le sable de chaque côté de son matelas. Des vieux beaux pensent qu'ils ont 20 ans et que le string est encore à la mode. Certains sont tellement bronzés qu'on les dirait rescapés d'un incendie. 
N'était de la distraction qu'ils offrent et de la lecture du vieux livre moisi que j'ai trouvé à Galle, je me sentirais nauséeux. Quel beau ramassis de déchéance. 

Heureusement, vers 15 heures, la faim nous tenaille et nous quittons cet endroit pour nous plonger dans la touffeur de la rue. Nous y trouverons une vendeuse ambulante de som tam et de khao niao, qui nous fera le bonheur de griller une brochette de porc et du poulet sur son petit barbecue portable. Assis sur les marches d'une boutique fermée, nous profitons de ces mets que nous adorons. Il est important de préciser à Madame Som Tam d'y aller mollo sur le piment, sinon, c'est un volcan que vous aurez entre les deux joues. 

La piscine de notre hôtel sera l'achèvement parfait d'un séjour assez agréable en ces lieux de débauche, de luxure et de tourisme de masse. 

La dame d'hier soir n'a toujours pas trouvé la joie de vivre, nous allons donc nous asseoir dans la section du garçon qui sourit pour y déguster un poisson grillé en croûte de sel. 


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Jeudi 27 février – Jomtien-Pattaya

Il est bon de traîner dans une chambre confortable. 
Même si, hier soir la musique du karaoké voisin a résonné entre les murs, et que je déteste profondément cette activité qui consiste à rassembler toutes les voix qui faussent et les Céline en herbe de ce monde, j'ai dormi comme un voyageur qui se serait levé bien avant les coqs. 

L’activité du jour ne sera pas très compliquée. Prendre un transport (20฿) pour Pattaya, visiter le nouveau Central Festival, un immense centre commercial et y dépenser plein d'argent, se promener le long du front de mer et se perdre dans les ruelles du quartier chaud qui est encore endormi en cette jeune d'après-midi. 
On est loin des plages désertes du sud du Sri Lanka. Même Mirissa qui alignait ses quelques dizaines de chaises longues ne peut sérieusement rivaliser avec le parking à touristes qui s'aligne sur le sable. La mer décline ses tons bleu/bruns et l'odeur des égouts embaume l'air de ses effluves nauséabondes. 

Pourtant on s'y sent bien. La circulation est humaine, personne ne klaxonne, les véhicules s’arrêtent pour nous laisser passer ou du moins respectent notre culot en nous évitant. Qui aurait cru que nous trouverions les rues de Pattaya et dans quelques jours celles de Bangkok reposantes ? 

À cause de l'affluence de millions de touristes, on y trouve aussi un très grand nombre de restaurants de toutes obédiences et des gargotes locales à très bon prix. Les fruits coupés, servis en sacs plastique prêts à manger sont très bon marché, les brochettes de poulet et les salades de papaye verte courent les rues. Le vent transporte des fumets d'ail frit, de sauce aux piments et de grillades galinacéennes

Mais il est bon de retrouver Jomtien où je me régalerais d'un beau gros maquereau grillé servi par une dame revêche. Je peux comprendre son exaspération en observant la clientèle autour de nous. 

Convaincus de nous coucher tôt, nous succomberons aux chants des sirènes et entamerons sérieusement la réserve de Sang Som du rade à coté de notre hôtel. 

Deux heures du matin les bars ferment, nous aussi.


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