Jeudi 30 janvier – Bye Bye Koh Lanta, Hello Ao Nang

Comme prévu le pick-up de midi n'est pas là. Le responsable des excursions vient nous voir en nous disant qu'il aura un peu de retard, ça ne m'inquiète pas outre mesure, quinze minutes en Thaïlande ce n'est pas du retard. Finalement à midi et demi il revient nous voir pour nous annoncer que la voiture prévue pour nous emmener à bon port est pleine et qu'il va nous conduire lui-même. Un rapide changement de chauffeur et nous voilà enfin en route.

La cohue est intense sur le quai. Plusieurs bateaux sont venus déverser leurs flots de touristes. Étant donné qu'il faut payer une petite taxe à l'arrivée, la file s'allonge au guichet, les départs s'entassent avec les arrivées, certains commencent à s’énerver ce qui n'améliore pas la confusion ambiante.
Finalement nous embarquons tous sur nos bateaux respectifs et à 13h30 pétantes nous larguons les amarres. La navigation est tranquille, la petite voisine veut absolument savoir ce qu'elle aura dans son goûter et son patient papa de lui répondre pour la centième fois la même chose : des bananes et des biscuits. Dors petite Louise, DORS !
Au bout de deux heures nous atteignons les plages de Railay où nous débarquons une partie des passagers et en embarquons d'autres. Les long tails boats font la navette entre les plages et le Ao Nang Princess, puis nous reprenons la route vers le quai d'Ao Nang.
Vu de la mer ces sites sont sublimes, ils nous tarde d'aller voir tout ça de plus près. Malheureusement la marée basse nous empêche d'accoster au quai, nous serons donc nous aussi pris en charge par des navettes.
Le bordel est intense. Pour embarquer sur ces petits bateaux il faut en débarquer les passagers qui montent à bord. Le tas de sacs et de valises s'effondre lorsque les premiers y prennent leur bagage. Les gens veulent entrer dans la cabine mais nous ne sommes pas encore sortis et si la jeune demoiselle chinoise me pousse encore une fois je la jette par-dessus bord.
L'impatience gagne certaines personnes, ils ne comprennent pas que nous allons tous débarquer et que ce n'est qu'une question de temps.
Bon ça y est, nous sommes dans une navette en direction du quai, finalement tout s'est bien passé, il suffisait juste de patienter un peu.
Et maintenant il faut trouver une piaule.
Nous sommes particulièrement mal tombés en cette veille de Nouvel-An chinois. Tous les hébergements sont complets, les prix ne sont plus du tout les même qu'à Koh Lanta, ici pour 500B on peut éventuellement trouver un lit dans un dortoir. Nous profitons d'une jeune allemande qui nous invite à partager son tuk-tuk pour nous rendre à son hôtel, peut-être qu'avec un peu de chance... Non la chance ne nous sourit pas, tout est complet. Le chauffeur du tuk-tuk nous fais faire le tour de quelques établissements pour demander les disponibilités. Avec le recul je crois qu'il s'est un tout petit peu foutu de notre gueule, mais faut bien qu'il fasse son argent. En fait il nous dit qu'il va voir, et qu'on peut l'attendre dans son carrosse. Je comprends mais un peu tard, qu'il ne demande rien du tout et qu'il revient penaud pour nous annoncer que tout est complet.
Finalement, plein de ressource il nous emmène chez une connaissance qui, comme par miracle tient un bureau d'informations et de réservations. Et là nous trouvons une chambre tout de suite, mais à 3km de la ville. Le prix est élevé, mais il est tard et de toute évidence c'est No Vacancy partout. Nous payons les 1000B par nuit et attendons le transfert vers cette guest house, qui sur photo a l'air pas trop mal. Il faut se méfier des photos...
Notre chauffeur nous attend, mais nous comprenons ensuite qu'il attendait simplement sa commission. Il partira sans même une petite bise.

Allez, de toute façon nous sommes fatigués et impatients d'aller prendre une douche. En moins de 10mn nous arrivons à Ao Nammao qui se trouve de l'autre coté de la presqu'île de Railay, l'avantage est que les bateaux pour les plages sont juste à coté.
La chambre n'est pas mal, mais nous décidons de changer, car trop proche de la route. Nous emménageons dans une chambre plus éloignée, mais le plafond ressemble à une champignonnière hors de tout contrôle et André commence à se sentir mal. Bon pour cette nuit on va essayer de supporter cette infection, on verra ça demain matin.

À Ao Nammao il n'y a rien à faire, mais alors rien du tout, ce qui va drastiquement limiter nos dépenses. De fait nous paierons 80B pour deux dans le kiosque de Madame Poulet ! Une chambre plus chère, mais moins de dépenses, ça va équilibrer.
Saladan Pier
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Mercredi 29 janvier – Koh Lanta, dernière balade en scooter

Le bateau pour le lendemain est réservé, 550B par personne transfert vers le quai d'embarquement inclus. C'est donc le dernier jour de scooter, nous en profitons pour monter une dernière fois à Saladan. Un marché nous offre moult insectes frits que nous refuserons poliment préférant les brochettes de nos copines rieuses que nous allons manger sur la plage. Le vent s'empresse de souffler un tas de sable fin dans notre riz qui devient croquant et le gras du poulet au curry sera très apprécié du chien errant qui nous a vu acheter ces mets. Un repas complet pour 160B, boisson comprise.
Nous descendons la côte Est jusqu'au vieux village et allons boire un shake sur la terrasse de l'Apsara. Au retour nous prenons un chemin de traverse qui franchit des plantations d'hévéas. Le chemin poussiéreux nous oblige à admirer à vitesse réduite les bols remplis de sève caoutchouteuse et l'alignement parfait des troncs d'arbres. N'eut été la température on pourrait se croire dans une érablière...
Il est temps de rendre le scooter à notre gentille locatrice. Avec son mari elle est en train d'inspecter un autre deux-roues pas mal abîmé. J'apprends que son conducteur a été évacué vers l’hôpital de Phuket avec une jambe fracturée. Sa passagère ainsi que la fille qui suivait sont aussi mal en point, des vacances qui se terminent bien mal pour eux. Ils ont pris un gros trou à pleine vitesse, et les véhicules n'ont pas tenus la route.
Trop de gens pensent savoir rouler lorsqu'ils arrivent ici. Malgré leur allure chétive, les scooters sont des petites bombes montées sur des roues de vélo, on roule à gauche et la plupart du temps sans casque et puis il s'agit de savoir maîtriser sa vitesse et tous les intervenants qui se trouvent sur la route. Pourtant Koh Lanta n'est pas le pire endroit pour rouler, si vous voulez vivre une expérience d'immersion totale, essayez Bali...
Rares sont les fous du volant, les gens font attention car il y a beaucoup de piétons sur le bord des routes sans trottoirs et les chiens ont une fâcheuse tendance à faire leur sieste à l'ombre, où qu'elle soit. Ce n'est pas tant pour la vie des canidés qu'il faut s'inquiéter, mais plutôt de l'équilibre déjà instable de la machine. Une chute en short, t-shirt et gougounes ne donne jamais de très bons résultats.
Indécis quand au choix du transport pendant les vacances ? Les chauffeurs de tuk-tuk se feront un plaisir de vous emmener loin de toute salle d'urgence.
Une bonne assurance voyage peut aussi s'avérer une excellente idée...

Hé bien voilà, c'est la dernière soirée sur la terrasse du Nature Beach, un établissement agréable au bord de la plage de Khlong Nin. Le personnel en général est sympathique, mais le serveur que nous avons baptisé Sœur Sourire devrait vraiment apprendre à en faire quelque-uns, les filles sont rigolotes et mènent la barque avec poigne. Le mélange d'un peu de bouddhisme et de beaucoup d'islamisme semble parfaitement fonctionner. Les filles voilées côtoient sans aucun problème les bikinis des touristes et leurs consœurs légèrement vêtues.

Besoin de repos et de plages désertes ? Koh Lanta est faite pour vous.


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Lundi 27 janvier – Comment perdre 5 kilos

On pourra quand même prévoir un peu plus grand...
Opération délestage.
Ce matin un nouveau tri s'est imposé dans nos sacs. En fouillant un peu on est encore capable de s'alléger de 5 kilos de vêtements inutiles. Les sacs, déjà relativement légers (11 kilos) ont encore perdus de la masse. À quoi servent 3 pantalons alors que la majeure partie du temps nous sommes en short ? Pourquoi 5 paires de shorts alors que nous portons le même depuis 10 jours ?
En regardant nos photos nous nous rendons compte que nous portons toujours les mêmes vêtements.
En Thaïlande pour quelques maigres dollars, le linge est lavé, séché et rendu le jour même. Avec un peu de lessive et un évier tous les sous-vêtements sont propres et secs en quelques heures, alors il devient facile de voyager léger et d'emporter moins d'affaires pour deux mois en Asie que pour deux semaines dans un club tout-inclus à Cuba.

Vous partez en voyage ? Avant de faire votre sac, étalez les affaires que vous voulez emmener. Demandez vous si vous avez vraiment besoin de tout ça. Pas envie, besoin ! Enlevez-en encore et vous verrez qu'une fois arrivé sur place vous en aurez encore trop.
Je ne parle pas de vacances statiques, mais bien de voyage où vous devrez trimballer votre sac sur le dos, le faire et le défaire régulièrement, l'avoir sur le dos quelque fois un peu plus longtemps que prévu...
Vous verrez que ça simplifiera votre vie, ainsi que les surtaxes pour poids excessif. En prime vous pourrez même acheter plein de choses sur place !

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Dimanche 26 janvier Koh Lanta en position essorage et renforcement positif

Koh Haa
Réveil aux aurores, un pick-up vient me ramasser à 7h00 pour m'emmener au bateau. Hier j'ai réservé trois plongées dont deux sur les récifs de Hin Daeng et Hin Muang et une dernière sous les eaux de l'île de Koh Haa. Je connais très bien ces différents sites pour les avoir amplement fréquentés il y a quelques années lorsque j'étais un jeune moniteur bronzé et chevelu. En fait de bronzage, la combinaison ne permettait qu'aux mains et au visage d'être halés et de longs cheveux point, mais ce fut une année riche en rencontres terrestre et sous-marine.
Nous sommes 8 plongeurs à embarquer sur le speed boat de Blue Planet, un club de plongée francophone, qui nous permettra grâce à ses 450 chevaux de nous propulser en 1h30 sur les sites qui normalement sont à 4 heures de navigation. Première constatation, c'est petit. Très petit, nous devons nous céder la place pour pouvoir bouger sans nous marcher dessus. Mikko notre rondouillard Eskimo Finlandais a une drôle de voix perchée ce qui contraste fortement avec son voisin Tarik, un Turc exubérant organisateur de fêtes aux lunettes cassées et qui aimerait organiser nos mariages en nous promettant un magnifique gâteau aux champignons hallucinogènes. Ambiance...
Un Québécois vient se reposer de son joli bébé, et quatre Français viennent compléter le tableau. Nous sommes accompagnés de trois dive master, avec le capitaine et son matelot le bateau est plein à craquer.
Deuxième constatation, c'est extrêmement bruyant. Les deux moteurs hors-bord hurlent leur puissance dans un immense sillage d'écume. La proue fend les eaux calmes et les tympans sont noyés dans le vacarme surpuissant qui empêche toute discussion. Ce qui n'est pas plus mal puisque notre Finlandais semble avoir passé les dernières semaines sans pouvoir échanger le moindre mot.

Nous doublons l'île de Koh Haa et la mer commence à s'agiter. N'étant plus protégée par l'île de Phuket, la mer d'Andaman s'engouffre dans l'espace laissé libre. Les vagues commencent à faire bouger le bateau, mais nous arrivons et le temps de prendre le mouillage nous sommes déjà sous les flots.
Un léger courant nous force à palmer un peu plus fort pour avancer et il me manque deux kilos à ma ceinture de plomb pour être parfaitement à l'aise. Nous ne verrons ni raie-manta, encore moins de requin-baleine, mais le site est toujours aussi enchanteur. La toute dernière plongée que j'y avais faite nous avait donné mantas, requin baleine et j'y ai aussi croisé un banc d'espadons-voilier. La plongée c'est comme un jeu de hasard, sauf qu'on y gagne toujours quelque chose...
La remontée à bord est héroïque, la mer s'est vraiment levée et la petite échelle en métal gigote sous mes yeux. Il va falloir être rapide et souple pour grimper là-dessus sous peine de se prendre un barreau entre les jambes.
Finalement tout le monde est sain et sauf, et le responsable prend la sage décision de ne pas faire la deuxième plongée ici, mais plutôt de faire route vers Koh Haa.

Le trajet qui devrait prendre trente minute sera beaucoup plus long, les estomacs fragiles sont mis à rude épreuve et quelques poissons chanceux vont pouvoir profiter de la générosité de mes compagnons d'infortune. Il y a deux stades dans le mal de mer, le premier où a envie de mourir et le deuxième où on regrette de ne pas être mort...
Les vagues arrivent de face, nous sautons et tombons en essayant d'anticiper le prochain choc, j'ai l'impression d'être dans un autobus de la STM conduit par un fou sur la rue Sherbrooke ! Pourtant nous avons un Moïse à bord, pourquoi il n'a rien fait ?
Enfin nous arrivons à l'abri des îles et nos deux cinétosés reprennent des couleurs et le sourire. Plus de vagues, mais des sites plus ordinaires, aucune chance d'y voir une grosse bestiole. Je croiserais cependant la route d'une tortue gourmande, d'un petit poisson-fantôme, de quelques murènes, ferait un tour dans la cheminée, essayerais de retrouver l'appareil photo perdu de mon Eskimo fondant et regarderais avec amusement le grand Tarik s'étonner de sa surconsommation d'air alors qu'il palme comme un chien fou d'un plongeur à l'autre en brassant ses deux grands bras comme un moulin à vent.

Et ma vidéo en ligne ICI. Filmée avec une GoPro.
Celle d'il y a quelques années se trouve ICI, j'avais alors une vraie caméra et c'était mon gagne-riz...

Je tire mon masque aux moniteurs et dive-masters qui se tape ce boulot tous les jours sur un petit speed-boat. Espace confiné, odeur d'essence, bruit assourdissant, mouvement continuel et clients pas toujours faciles, sont leur quotidien, tout ça en gardant le sourire et veiller à la sécurité de chacun...

Ce soir, le corps balançant du souvenir de la houle nous mangeons au Roi Thai, un joli restaurant-école qui semble pouvoir combler mes attentes. L'accueil est sympa, la table aussi et la carte des plus complète. Nous mangeons très bien, même si l'un ou l'autre serveur est un peu perdu dans ses commandes, mais ça c'est mon quotidien à Montréal.
À coté de nous se déroule une scène pour laquelle je n'ai personnellement aucune patience. Un trio de personnes âgées s'agite et râle à grand coup de mines renfrognées et de gestes brusques. Le monsieur envoie balader les serveur d'un revers de main et sa femme toute vêtue d'une horrible nuisette claque des doigts pour appeler quelqu'un.
Elle ne comprend que son steak/purée ne soit pas plus chaud et demande à en avoir un autre. Sa voisine pas plus accommodante en fait de même, elle veut son steak plus chaud et ça presse ! Outre le fait de commander un steak/purée en Thaïlande qui déjà est une aberration, ils ne savent pas faire cuire un morceau de bœuf, on ne peut décemment être aussi vulgaire dans son non-verbal avec des personnes souriantes et affables.
La table d'à coté est choquée et lève les yeux au ciel, plus aucun serveur ne veut aller les voir, c'est un triste spectacle.

Une jeune dame qui semble être gérante vient nous voir et nous demande si tout se passe bien, elle fait le tour des tables et sans être encore au courant se rapproche dangereusement de la zone noire.
Elle se penche vers le monsieur et tout sourire lui demande si tout est OK. Malheur...
Du pain béni pour l'outrecuidant vieux schnock qui crache son fiel sur la dame toute surprise de cette réaction excessive.
Elle ne bronche pas, sourire figée aux lèvres, yeux écarquillées de surprise, hochant la tête en signe de compréhension, un parfait exemple de renforcement positif qui a exactement l'effet escompté, à savoir l'énervement complet d'une part et la zénitude de l'autre. J'adore cette madame !
Finalement ils partiront en colère et s'empresseront sans aucun doute de donner une très mauvaise note sur TripAdvisor, n'en tenez pas compte et mangez local. Sinon restez donc chez vous et ouvrez votre guide des bonnes manières...


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Samedi 25 janvier – Koh Lanta, enfin la fin de semaine !

Les jours se suivent et se ressemblent. Sauf que le vent est tombé, les moustiques en profitent pour faire le plein et pour eux je crois que je ressemble à un centre de transfusion voire une pompe à carburant. C'est ma contribution à l'animal que je hais le plus, c'est bon pour mon karma... Du coup la chaleur elle aussi en profite pour s'installer et c'est comme si un géant avait posé un couvercle sur l'immense marmite pour nous braiser. Aucun jeu de mot, même si j'y ai aussi pensé.
Le salut vient du vent que je vais créer moi même en tournant la poignée des gaz pour monter à Saladan, la capitale de l'île.
Je vais y réserver une plongée pour demain et nous allons encore une fois profiter des excellentes brochettes de poulet de cette charmante dame qui tient boutique dans la rue, coincée entre un wok en fusion et deux énormes bonbonnes de propane qui n'attendent qu'une étincelle. Elle nous aime bien car elle glisse deux brochettes de poisson à notre insu dans le sac en plastique. Coquine !
Nous continuons le chemin de terre et franchissons crânement l'interdiction Hôtel Guest Only pour profiter de la magnifique langue de sable qui rejoint une île et nous permettre de vivre l'expérience de Jésus marchant sur les eaux.
La fournaise qui nous cerne est difficilement surmontable, il faut trouver un abri rapidement sous peine de liquéfaction voire d’auto-combustion. Un restaurant sur pilotis attire notre gourmandise, le plancher en teck et la vue sur Lanta Noi, sont des invitations suffisantes, mais c'est la promesse d'un bon repas à l'ombre qui va nous décider.
La salade de papaye frite et la salade de bœuf à la citronnelle sont deux excellents choix fraîcheur, le vent qui souffle doucement dans le canal finit par nous détendre, serveuse deux hamacs pour la 12 !

Sur la route du retour nous visitons un marché. Deux têtes de porc sans corps accueillent le visiteur dès l'entrée, suivent de près les variations sans fin des poissons et calmars séchés, les étals de poissons et mouches fraîches, le stand de débitage de poulets et mouches, et l'incroyable rayon de tartare de boyaux coupé au couteau. Et mouches.
On peut s'étonner du manque de salubrité qui règne en ces lieux et de l'absence de réfrigération. Les occidentaux nord-américains aseptisés, pour qui le désinfectant à main est religion et qui voit dans le bleu du Roquefort une infection pandémique tournent de l’œil et maudissent ce pays qui ne sait pas vivre. Sauf que le poulet qu'ils mangent à leur hôtel chic vient certainement d'un marché comme celui-là.
Et puis ces animaux viennent tout juste d'être occis, ils n'ont pas été abattus en masse au Mexique, stockés dans une chambre froide avant de franchir 5000 kilomètres dans un camion, trempés dans un bain de chlore avant d'être emballés, réemballés avec une nouvelle étiquette mensongère avant de finir dans votre frigo. Je serais curieux de connaître le taux de salmonelles des deux produits. Le fait est que durant toutes ces années de bouffe de rue, de viande, poissons et autre victuaille, je n'ai jamais été malade. Ah si, quelques fois à Montréal après un repas au resto dont je tairais le nom puisqu'il existe encore...

Avant de rejoindre notre plage pour finir la journée, nous sommes attirés comme des papillons de nuit sur des phares de voiture par une immense quincaillerie. Les plastiques clinquants, les jouets, les articles de cuisine, outils, cannes à pêche, tissus, bassines, machettes, et les centaines d'autres surprises nous émerveillent comme des enfants devant une vitrine de Noël. Nous ne pourrons pas repartir les mains vides, à nous les tasses en alu, le nouveau couteau de cuisine et les tissus qui finiront en nappes et serviettes. Comment ça seulement 12 dollars ? On y retourne.

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Vendredi 24 janvier – Nui Bay et de l'ambivalence d'un excès d'informations

Toute une grande journée à ne rien faire. Une journée entièrement consacrée à une plage sublime, sans infrastructures, où il fait bon venir tôt pour sélectionner l'ombre parfaite sous le plus grand arbre. Une famille tient un brinquebalant abri de Robinson où l'on peut acheter de quoi manger, quelques fruits et des rafraîchissements. Le sable blond glisse lentement sous la mer turquoise et le cap qui sépare cette plage de sa voisine permet une très agréable promenade sous-marine.

J'ai le temps de finir les magazines Actualités qui s'amoncelaient chez moi depuis mes dernières vacances. De prendre plaisir à lire les prédictions pour les fêtes de fin d'année, de m'insurger du peu d'aide que reçoivent nos artisans fromagers face au libre échange avec l'Europe, de me demander ce qui cloche avec l'insurmontable construction du pont Champlain et de me retourner sur le dos pour voir la mer, les vagues et de m'en foutre royalement.

J'ai rencontré un problème incroyable ce matin avant de partir. Nous voulons finir notre séjour dans le Sud par quelques jours à Ao Nang avant de prendre l'avion pour Bangkok. Ayant fait le tour de Krabi et n'y trouvant pas d'attrait particulier si ce n'est son concert du samedi soir dans notre chambre, il me semblait que cet endroit pouvait apporter un petit changement.
Je me connecte donc à Internet pour y trouver des informations et un logement. Je ne cherche pas la lune, juste une chambre ou un bungalow propre et pas trop cher, rien de compliqué.
Il y a quelques années pas si lointaines on se contentait d'un guide touristique ou du bouche-à-oreille pour avoir une idée d'un endroit, on y allait et ensuite on choisissait une piaule non sans l'avoir visitée et discuté le prix.
De nos jours avec la profusion d'informations que nous avons sur la Toile, les affaires de dernières minutes, les aubaines du patron, les booking point com, hôtels point com, et compagnie, je me sens complètement perdu.
C'est bien beau de mettre une photo de la chambre modèle avec son prix ''basse saison'' et petit coup de Photoshop pour y coller une plage, mais une fois la réservation faite et validée par carte de crédit qu'est ce qui nous attend ?
On ne voit pas la route sur la photo. On n'entend pas le fameux concert du samedi soir. On y parle pas de la piste de décollage qui passe juste au dessus de la salle de bain. Oublié le simili dépotoir qui trône sous votre fenêtre. Le matelas est tellement défoncé qu'il est préférable de dormir sur le sommier...
Si ce n'est pour une chambre classique dans un hôtel classique, oubliez le virtuel et fiez-vous à votre bon sens. En arrivant tôt il sera facile de trouver un logement puisque la plupart des gens quittent le matin en libérant ainsi la place. Faites bonne figure avec la demoiselle de l'accueil, jouez sur ses sentiments de maman, faites lui un peu de charme et faites la rire, mais surtout ne vous énervez pas. Surtout pas en Asie, là vous êtes mal partis...
Au Mexique on peut. En tout cas pour moi ça a marché. Faut dire que nous avions eu une chambre merdique en face du parking et de la centrale de ventilation, et que le gros moustachu de l'accueil me prenait pour une poire alors je me suis installé dans le lobby. J'y avais étalé tout mon sac défait devant le comptoir d'accueil. Tous les touristes venaient me demander ce qui se passait et dans les 15 minutes, oh miracle, une suite avec cuisine face piscine venait de se libérer, et ceci sans le moindre frais supplémentaire. Doux souvenir...
En Asie non. Perdre patience c'est perdre la face et ça c'est vraiment très mal !

Fi d'Internet et de ses myriades de promesses virtuelles, privilégiez le contact, visitez les chambres, discutez les prix en disant que vous allez rester quelques nuits et payerez en liquide, en général ça fonctionne. Sinon allez à coté.

Nui Bay - Koh Lanta


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Jeudi 23 janvier – Koh Lanta Noi

Hé bien que se passe t'il ? Y a t'il une grève du syndicat des coqs ? Pour une fois qu'une grève fait notre affaire...

Ce matin nous avons décidé de visiter la petite sœur de Koh Lanta. Une île au nord qui s'interpose entre la terre ferme et Koh Lanta Yai. Un petit ferry chancelant se demandant lui-même comment il fait pour encore flotter assure le transfert entre les îles. Un ticket (13B) payé à la volée et c'est parti pour une jolie promenade à des années lumières des activités touristiques.
La route est tranquille, les enfants, trop heureux de voir quelque chose de nouveau nous envoient des grands signes de la main en affichant des sourires immenses. D'un coté la mangrove étale ses racines boueuses et partout ce sont des plantations d'hévéas qui strient les collines de leurs rangs disciplinés. Les contenants en plastique ou plus simplement en noix de coco récupèrent le caoutchouc qui s'écoule épais et gluant des scarifications de ces grands arbres minces. Il paraît que la récolte a connu un nouvel essor depuis les flambées des prix du pétrole, et franchement c'est plus sympa de se promener dans une plantation d'hévéas que dans un champ de derricks. Enfin j'ai jamais essayé les derricks, mais je vous conseille les hévéas...
En une quarantaine de minutes de conduite pépère nous arrivons au terminus de la route, à Ban Loh Yai. Quelques revendeurs d'essence jalonnent la route, aucune inquiétude de tomber longtemps en panne. Tout au bout du bout un petit boui-boui offre un menu sans prix. L'accueil est chaleureux et l'anglais optionnel, mais ce n'est pas grave, la dame est accorte et nous passons commande. La vue sur les îles au large et les constructions en chantier, le vent et le chat aveugle suffisent à nous charmer.

Son Pad Khrapow Neua est excellent, elle s'inquiète (un peu tard) de savoir si ce n'est pas trop épicé. Le danger de connaître quelques mots thaïs, est que les gens pensent immédiatement que vous parlez couramment cette langue et donc engagent la conversation, l'autre grand danger est qu'ils pensent que vous vivez depuis longtemps ici et donc que vous êtes capables de manger comme eux. Erreur.
La facture elle aussi est une surprise, deux plats, deux Coke pour moins de 6$, difficile à battre...

Nous rebroussons chemin et prenons une route secondaire, nous ne croiserons personne pendant presque une heure. Cette île semble dormir et n'est pas pressée de voir arriver son Prince Charmant.
Sur la côte Est s'étend une plage sans fin. 
Cette plage est absolument, complètement, entièrement vide de toute présence humaine ! Le sable est le plus fin qu'il m’ait été donné de voir depuis longtemps, il y a tellement de place que je ne sais pas où poser ma serviette. Le sable chantant sous les pieds est comme une neige poudreuse chaude, les pieds s'y enfoncent avec douceur, on marche sur un nuage. Quelques bancs taillés dans des troncs d'arbres semblent témoigner d'un début d'aménagement, mais le projet n'a visiblement jamais vu le jour. Il n'y aucun rocher dans l'eau, juste du sable à perte de vue. Heures de calme, heures à l'ombre aussi parce que le soleil est d'une puissance diabolique.


Ce soir le courant n'est plus. La Fée Électricité nous fait faux bond et c'est tout l'esprit humain qu'il faut reprogrammer. Retrouver nos réflexes ancestraux, faire confiance à notre instinct et profiter d'une nuit intense dans les étoiles qui ce soir se trouvent à portée de main. 

 Je me demande si tous les congélateurs ont tenus le coup...



Mercredi 22 janvier – Parc National et plages de rêve

Koh Lanta National Park
Une nuit, une vraie, sans réveil intempestif, un réveil sans coq, le bonheur !
Il semblerait que le décalage soit affaire du passé, il aura fallu une semaine d'essais/erreurs dans le cycle du dodo pour enfin trouver le sommeil salvateur. Ça n'a jamais vraiment affecté les activités diurnes, mais ce n'est pas facile de récupérer lorsque les nuits sont constamment interrompues et qu'il est difficile ensuite de retrouver le sommeil.
Les médicaments de Docteur Tropiques sont efficaces, je me sens déjà beaucoup mieux, mais je vais suivre ses conseils et prendre les antibiotiques jusqu'à leur terme.


Ce matin la découverte de l'île se poursuit vers le sud, mais côte ouest, celle des plages. Tout au bout de l'île se trouve le parc national de Koh Lanta, l'entrée sur le site du parc est de 200B et compter 20B de plus pour le scooter.
L'endroit est magnifique, un phare abandonné domine une plage parfaite et à cette heure matinale, seuls quelques singes viennent jouer les figurants.
Une promenade un peu sportive surtout quand on a le souffle court et une ordonnance de repos permet de faire une boucle d'environ deux kilomètres dans la forêt. La balade se fait tranquillement, de temps en temps un panneau éducatif nous apprends que tel arbre se défend des agressions avec sa résine, qu'un autre a de tout temps été utilisé par la médecine traditionnelle, et que tous sont menacés par les coupes forestière illégales ou non pour répondre à la demande croissante pour meubler vos patios, jardins et plages de piscine. Achetez du 2 par 4 et foutez la paix aux arbres tropicaux !
Le site mérite une visite, mais il faut venir avant 10 heures, car dès le réveil des vacanciers la photo sera ternie par quelques intrus en bermuda à fleurs

Un peu plus au nord nous descendons le chemin poussiéreux de Mai Pai Bay affectueusement surnommée Bamboo Bay. Un petit resto/bar en bord d'une plage de sable blanc nous ouvre grand ses bras et invite à la contemplation du temps qui passe. Des enfants jouent dans l'eau et interpellent tous les promeneurs : hello what's your name ? Moi je me souviens pas des leurs, mais Riri, Fifi et Loulou ne semblent pas très stressés par leur vie et profitent de cette parenthèse de bonheur en riant de leurs belles dents blanches.

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Mardi 21 janvier – Coq au vin, Old town et bronchite aiguë

Koh Lanta old town village
Ce matin j'ai l'impression que le roi de la basse-cour chante au pied de mon lit. Je suis trop fatigué pour lui courir après, d'autant qu'il fait nuit et que ma montre indique 5h30... Je réclame une grippe aviaire de toute urgence !
Après notre petit-déjeuner nous louons un scooter, il est temps de bouger un peu pour visiter cette île. La bécane ne ressemble pas à grand chose, mais finalement elle en a un peu sous le capot.
Comme partout en Thaïlande le réservoir est quasiment vide, il va falloir faire le plein rapidement. Petite astuce de marchand asiatique, car la plupart des touristes, de peur de tomber en panne remplissent toujours un peu trop le réservoir. En rendant le scooter après utilisation il suffit au loueur de siphonner ce qui reste d'essence pour pouvoir la revendre au petit kiosque qu'il tient juste à coté. Sont malins !
En longeant la côte ouest nous pouvons constater que plus on monte vers le nord, plus les activités sont intenses. Les bars, restaurants et commerces se suivent à une cadence effrénée. Le tourisme n'est pas aussi massif qu'à Phuket ou Koh Samui, et il reste encore des endroits vraiment tranquilles sur Koh Lanta.
Le village de Saladan regroupe tout ce dont on pourrait avoir besoin et que l'on aurait oublié d'acheter avant de venir. Les maisons et restaurants sur pilotis sont charmants et le rythme est vraiment doux. Rien ne sert de courir, il fait trop chaud.
Nous poursuivons la route en direction de la côte est vers le sud. De ce coté de l'île il n'y a aucune plage, juste de la mangrove qui selon mes prédictions est un refuge idéal pour quelques milliards de moustiques prêts à vous vider de votre sang pour peu que le vent tombe.
Au vieux village de Lanta, fort justement nommé Koh Lanta old town village il faut aller tout au bout du quai et tomber en amour avec le paysage. Les îles se fondent avec la mer dans la brume de chaleur, les maisons sur pilotis du village flottent sur une mer d'huile, le soleil écrase tout sans pitié. Le fond de l'air est à 38º et depuis que le salvateur vent artificiel du scooter est tombé nous en subissons toute la diabolique puissance. Il faut immédiatement trouver de l'ombre et une boisson fraîche ! Nous trouverons les deux en plus d'un excellent curry vert au petit restaurant Apsara où l'accueil est aussi doux qu'un lassi à la mangue. Il fait bon se prélasser au vent du large tandis que la planète continue à tourner sans nous.
Nous poursuivons la route jusqu'à ce qu'elle tombe dans la mer à Sangka Ou, mirons l'horizon infini et faisons demi tour. Encore une fois je passe devant l'hôpital où je devrais m'arrêter, car pris de quintes de toux, de pression dans les yeux, de douleurs musculaires, de reniflements morveux je pense être un peu malade. Mais aujourd'hui c'est pire puisque je ressens le besoin de consulter un médecin. Moi qui croyait que les infusions de gingembre et les snifettes d'eau de mer allaient résoudre mon problème...
Je laisse donc passer l'hôpital qui fait un peu trop sérieux à mon goût et entre dans le premier cabinet médical que je croise. La nurse me prend en charge tout de suite, teste ma pression qui lui fait lever les yeux au ciel dans un grand soupir, ce qui est tout à fait pour me rassurer, prend ma température sous le bras comme dans les films et transmets ces informations à madame la docteur qui va me recevoir immédiatement.
Mais, claudiquant, entre un couple de jeunes nordiques, cheveux aussi blancs que leurs visages, plaies sanguinolentes aux pieds, chevilles et mollets, piteux rescapés d'un accident de scooter.
Mettons les choses au point : ce n'est pas parce que les scooters se louent sans permis, aussi facilement que crier mi khao niao mai khap? qu'il faut se penser le roi du deux roues. Beaucoup trop d'occidentaux n'ont jamais conduit un scooter, et/ou n'ont jamais conduit à gauche, et/ou prennent trop vite confiance et se blessent, mettant ainsi un terme à la baignade, la plongée et même à un agréable moment de détente sur le sable. Même si les routes sont, comparées à Montréal, en excellent état, il y a trop de variables pour que cela reste une activité sans risque. Réfléchissez-y à deux fois...

Finalement après avoir subvenu aux urgents besoins du joli petit couple de plus en plus blanc à mesure que leur fluide vital s'échappait de leurs corps, la charmante toubib m'informe d'une bronchite aiguë et me donne des pilules pour soulager tous mes maux. Je suis sans mots... Des pour la toux, des pour les sinus, des pour l'infection, des pour décongestionner, des gouttes pour les yeux, des sachets d'électrolyte, si avec ça je suis pas guéri ce soir...
Il faut dire que mon état a quelque peu empiré, mon regard a du mal à suivre rapidement le mouvement de ma tête, je ressens une telle pression que j'ai l'impression que mes globes oculaires vont faire sauter mes yeux comme des bouchons de mousseux cheap, je tousse en m'arrachant les poumons et je me sens tellement fatigué que si je ferme les paupières je m'endors. Il est temps de regagner l'abri de la chambre, de prendre les premiers cachets et surtout de s'enduire de Biafine. Car, même avec une protection régulière d'indice 50, la traîtresse étoile a su contourner les défenses et infliger à ma peau une cuisante punition.

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Lundi 20 janvier – Allahu Akbar à Koh Lanta

La journée commence par de drôles de rêves. La nuit est bercée par l'Hymne à la Joie, dans un demi sommeil je me dis que notre bon Ludwig a eu une riche idée d'enchanter de la sorte la forêt alentour. En me réveillant un peu plus je me rends compte qu'au loin le muezzin lance son appel à la prière. Le cerveau est un étrange galopin...
L'île est faite de plusieurs confessions qui toutes vivent en harmonie, si ça fonctionne ici pourquoi ça marcherais pas ailleurs ? Ils ont oubliés de porter leur cerveau les autres ?
Il fait encore nuit, les mélopées s'envolent au vent, il y a quelque chose d'irréel, je me rendors.
Pas pour longtemps car un autre rêve m'interpelle. Lors d'une cérémonie tout à fait officielle je suis en train de sacrifier une poule sur une pierre sacrée. Je lui tranche la gorge avec un couteau avant de présenter l'animal gigotant à une foule en pâmoison.
Projection de ce que mon subconscient rêve de faire au coq qui tourne autour de notre cabane en s’époumonant, rassemblant ses poulettes, défiant un rival qui se trouve à quelques encablures, se faisant l'écho de sa suprématie de mâle dominant. Donnez-moi un lance-pierres !
Bon il est temps de se lever de toute façon, mais il ne perd rien pour attendre, au pire je ferais appel à ma copine Laure, elle saura quoi lui faire à cet emplumé.
Le vent modère idéalement la température qui pourrait s'avérer fatale pour nos organismes, mais insidieusement le soleil n'en distribue pas moins ses rayons ultraviolets.
Alors pour contrecarrer ses plans diaboliques nous ne nous exposerons pas avant 4 heures de l'après-midi. Le programme de toute une journée !
Nous avons quand même réussis à négocier une belle grande chambre en dur, avec armoire, ventilateur, salle de bain et tout le confort d'un lit aussi grand qu'un porte-avions pour 500B

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Dimanche 19 janvier – Koh Lanta, une île et le calme

Il est 10h30 un pick-up nous emmène au quai d'embarquement pour Koh Lanta, il y a pas mal de monde car plusieurs îles sont desservies. À l'heure dite le rafiot quitte le quai et nous voguons enfin vers une destination que nous espérons plus calme, en tout cas plus salée et ensablée.
En deux heures nous arrivons à Saladan, le port d'arrivée des ferrys au nord de l'île. Dès le débarquement nous sommes harcelés par une nuée de chauffeurs de taxi qui s'inquiètent de savoir si nous avons une réservation et où nous allons. Je n'ai aucune réservation, seulement une idée de l'endroit où j'aimerais aller, mais je n'en dit rien sinon il va me fourguer l'hôtel de son beau-frère pour un véritable prix d'ami. Si ça se trouve son beau-frère a vraiment un hôtel génial, mais nous n'en sauront jamais rien. Nous devons négocier les prix car ils sont 3 à 4 fois plus élevés qu'un taxi de Bangkok.
La plage de Khlong Nin est l'endroit où nous voulons aller. Loin de toutes les attractions pour touristes en manque de musique, bars, et nuits blanches, cet endroit est plutôt destiné au repos et aux familles. De plus la plage y est immensément paradisiaque.

Par chance il reste de la place au Lanta Nature Beach Resort, un petit bungalow en bambou à 2 minutes de la plage pour 600B. Un endroit retiré de tout, loin de la route et qui respire le calme. Allez, on le prend, même si nous aurions aimé une vue sur la plage... Mais la vue sur mer se paye au prix fort, nous aurons l'occasion de visiter et de demander les prix des bungalows des alentours. Le moins cher dépasse de loin notre budget dodo et si nous voulons continuer ce voyage qui ne fait que commencer il va falloir raboter un peu nos rêves de luxe et de confort.
Finalement ce bungalow n'est pas si mal, nous nous sommes embourgeoisés ces dernières années et c'est aujourd'hui que ça va changer.
Le personnel de l'hôtel est très sympathique, le cadre pas mal du tout, cet endroit nous plaît. Je demande quand même à la jeune fille à l'accueil si d'autre chambres se libèrent demain et elle me promet de m'en faire le tour si c'est le cas. En attendant il est 15h30 et il est temps de commander à manger.
L'après-midi se passera en contemplation du paysage et de baignade, le vent apporte une agréable touche de fraîcheur, les moustiques sont incapables de tenir sur leurs ailes, j'ai l'impression que nos vacances sont belles et bien commencées.

Épuisés par nos derniers jours, par ce décalage qui nous colle à la peau nous regagnons notre moustiquaire et à 21h38 pétantes nous dormons à poings liés.

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Samedi 18 janvier – Un peu plus au sud !

Il est déjà temps de refaire nos sacs. En quatre années de vacances ''statiques'' nous avons complètement perdu l'habitude de faire et défaire les sacs à dos. Mais comme le vélo et les porte-clés en scoubidou, ça revient très vite.
Nous hélons un taxi sur la route pour nous emmener à Don Mueang, l'ancien aéroport international qui dessert à présent les destinations locales. Le chauffeur fait un peu la tête quand je lui demande de démarrer son compteur, mais fini pas accéder à ma requête. Il nous en coûtera 180B auxquels il faut ajouter les 50 du péage pour une trentaine de minutes de trajet dans une circulation dense.
Nous enregistrons nos bagages en nous félicitant de voyager léger, car au dessus de 15 kilos les prix se mettent à grimper. La file d'attente devant le comptoir des excédents est assez éloquente.
La zone sous douane est devenue une malodorante concentration de fast-food. McDo, KFC, Subway, Starbucks et autre Burger King ont subtilisés la place du restaurant local qui servait une excellente nourriture pour un prix dérisoire.
On respire profondément !
Encore une fois un changement de porte d'embarquement de dernière minute nous fait traverser une partie des terminaux au pas de course, et nous embarquons dans un avion d'Air Asia flambant neuf. Cet avion sent la voiture neuve, à croire qu'ils y ont mis un parfum d'ambiance de plastique frais fondu, il ne manque que le petit sapin à la pêche au rétroviseur du pilote...
Depuis ce matin le ciel est redevenu ce qu'il aurait toujours du être, gris et pollué. Mais en atteignant les cieux, nous franchissons cette chape et la transition est impressionnante. En bas les humains qui déploient des efforts titanesques pour continuer à polluer, et là, juste au-dessus un ciel bleu, propre et limpide qui fait rire les oiseaux et danser les écureuils. On est vraiment mal barrés...

En 1 heure 10 d'un vol sans histoire nous arrivons à Krabi, la température vient de prendre quelques libertés, mais le vent tempère ses ardeurs. Nous prenons un autobus qui pour 90B nous emmène en ''ville'' et nous mettons tout de suite à la recherche d'une chambre. J'avais appelé une guesthouse la veille pour réserver, mais entre les problème de compréhension et la coupure intempestive faute de pièce je me demande si la madame a bien tout compris.
En quelques quinze minutes de marche nous arrivons finalement au Chan Cha Lay et apparemment mon anglais et le sien sont un peu meilleurs que ce à quoi je m'attendais. Nous avons une chambre, mais juste pour une nuit, ce qui finalement sera bienvenu.
L'accueil est gentil et la chambre, avec ventilateur, superbe. Toilettes et douche sous les étoiles, chambre blanche et bleue décorée avec goût, lit confortable, fenêtre donnant sur... houla... la rue des bars. Mais pour l'instant nous voulons aller prendre la température de ce bourg. Beaucoup de bars, et d'hôtels, du plus au moins chic. Nous sommes étonnés de voir des chambres à des prix aussi dérisoires que 180B, en y regardant de plus près nous comprenons que c'est un prix par personne et que ces chambres sont des dortoirs de 6 personnes. 
Le tour des quelques rues de Krabi est vite fait, visiblement à part des départs d'excursions sur les îles alentours, il n'y a pas grand intérêt à passer ses vacances ici. Nous décidons donc de ne pas chercher une autre chambre et de filer directement à Koh Lanta par le premier bateau du lendemain.
Le soir nous allons sur les quais pour y manger dans une des roulottes qui grâce à un wok est capable de servir l'un des 141 plats présentés sur leur menu sans fin.
Nous sommes mal tombés, les nouilles ne sont pas cuites, les rouleaux semblent sortir d'une boite de bouffe industrielle mal décongelée, heureusement les prix sont à la hauteur de ce désastre culinaire.
Misère...
Il est 22h15, on entends les premiers accords de guitare, les musiciens balancent le son, il semble que le concert a lieu ce soir et bien évidemment juste au pied de notre idyllique salle de bain. Il faut fermer la fenêtre, allumer le ventilateur.
Re-misère, le ventilateur oscille lentement en faisant un horrible bruit de galion qui craque de toutes ses membrures au rythme d'une longe houle océanique. Je dois faire un travail personnel, m'imaginer dans la peau d'un corsaire et me dire que ce bruit est mon quotidien, que j'y suis habitué depuis que l'on m'a engagé de force à 10 ans comme mousse sur la Belle-Simone en route vers les Antilles.
Non décidément on ne peut pas associer course en mer et reprises de Bob Marley, quoique... Je me lève, déplace le ventilateur un peu plus loin du lit, renverse la poubelle métallique, me prend les pieds dans le fil électrique et sacre comme un charretier. Il est minuit.
Le galion s'est éloigné, mais il est toujours là. La musique du Reggae Bar domine maintenant l'oscillation du ventilateur, je ne sais pas où j'ai rangé les bouchons pour mes oreilles.
Minuit trente, le concert se termine, le public en délire ne semble pas vouloir aller se coucher, de fait le DJ prend le relais et fait tourner toute la Jamaïque jusqu'à 2 heures.
Il faudra encore 3 bonnes heures pour que tous les saoulons du bled rejoignent leurs dortoirs respectifs. Ça parle fort un anglophone ! Non sérieusement vérifiez vous même, deux anglos dans le métro dans une foule de francophones, les seuls qu'on entend c'est qui ? Ben ici c'est pareil, sauf qu'on est juste deux francophones...
Là du coup, plus de musique, plus de vociférations, reste le ventilateur dont j'arriverais à déconnecter l’oscillation à 8 heures. Une bien longue nuit toute blanche qui vient de me conforter dans l'idée de partir ce matin à Koh Lanta...


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Vendredi 17 janvier - Repos et Mixed Kebab

La lumière qui envahit la chambre laisse présager une belle journée. Il nous faut du repos, les célébrations officielles concernant mon anniversaire ont été sérieusement arrosées et si les verres au DJ Station coûtent à peu près le même prix que chez nous il y a au moins trois fois plus d'alcool. Mon corps a finalement des limites à avaler des vodka-tonic et je viens de fêter 47 et non 27, j'ai mal...
Nous passerons une grande partie de la journée allongés sur des transats au bord de la piscine. Je sauverais quand même une vie bien malgré moi puisque dans un demi sommeil je sens ce que je pense être une branche me tomber sur le ventre. À y regarder de plus près, cette branche se meut et se demande ce qu'elle fait là. Un gros lézard, descendant direct d'un effrayant dinosaure pensait certainement avoir évolué au stade supérieur, mais vient de se rendre compte que jamais il ne sera un oiseau.
Il n'aurait pas pu trouver meilleure piste d'atterrissage, mais comme nous ne comptons pas devenir des amis proches je le chasse sans ménagement. Encore étourdi il se prend une ou deux chaises dans le museau avant de trouver refuge dans un bosquet de bambous.
En fin de journée nous prenons le métro pour nous rendre dans le quartier Sukhumvit. Il y a énormément de monde, les wagons sont pleins à craquer, mais tout se fait dans le respect et sans bousculade. Sukhumvit est prise d'assaut, c'est une station très importante qui relie le métro et le BTS. À peine la tête sortie de l'escalier roulant, nous sommes directement plongés dans un autre blocus de quartier. L'avenue est complètement occupée par des milliers de manifestants et la circulation, même à pied est très compliquée.

Nous arrivons finalement au Soi 3 et sommes happés par un autre monde. Ici ce sont les Arabes, Africains, et autres Maghrébins qui se sont installés. Le surnom du Soi 3 est Soi Arab difficile de faire moins original. Le pad thaï a été remplacé par des grillades de mouton et de chèvre, les exhalaisons des shishas embaument l'air de leurs saveurs fruités, les magasins d'encens sont comme de petites bijouteries et les voiles intégraux sont légions.

C'est dans ce quartier que j'avais réservé par inadvertance notre hôtel en 2006. Après un premier coup de massue de désespoir, nous avions finalement bien aimé cet endroit et y retournons avec plaisir. Le restaurant Nefertiti est d'un clinquant à faire mal aux yeux, ça brille comme si on se trouvait à l'intérieur d'une immense boule disco, mais les grillades y sont délicieuses.
Le patron, est d'un odieux sans pareil avec ses serveuses. Ils les traite comme des esclaves, utilise un ton particulièrement déplaisant et se moque ouvertement d'elles si elles commettent la moindre erreur. N'empêche, leurs grillades sont délicieuses, même si le prix est largement supérieur à une assiette de riz frit mangé sur un coin de trottoir.
Fatigués et repus nous regagnons la station de métro en franchissant d'innombrables et invraisemblables étals. Même Prévert y aurait perdu son inventaire !
Les classiques savons sculptés côtoient des poignards de Rambo, des arbalètes, des copies de pistolets automatiques, les DVD pirates des derniers blockbusters, des Ray Ban plus vraies que nature, des films X, des dizaines de copies de médicaments, Viagra, Cialis, Valium, Prozac, name it ! Mais là aussi le dieu 4G est venu à notre rescousse, j'ai l'impression que les affaires vont rapidement péricliter si ces nouveaux accros ne se prennent pas rapidement en main.

La foule compacte semble vouloir vraiment occuper le pavé, nous ne sauront que le lendemain soir qu'un opposant aux manifestants n'a rien trouvé de plus intelligent que de jeter une bombe artisanale en direction du leader des Chemises Jaunes, faisant un mort et plus de 40 blessés. Je me demande ce qu'en penserait son Altesse le prince Siddhartha si elle voyait comment ses fondements de paix, de tolérance et d'amour sont bafoués... 

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Jeudi 16 janvier – Un anniversaire en douleur et une réflexion sur nos dépendances

Ce matin nous avons prévu de nous rendre au Wat Pho afin de profiter d'un vrai massage thaï. L'école de massage du temple est la plus ancienne de la capitale et les soins qui y sont donnés sont réputés pour être les meilleurs.
Nous réglons l'entrée de 200B et coupons rapidement les foules agglutinées de touristes massés autour de leur guide. Une longue file d'attente devant le kiosque de l'opérateur téléphonique True qui offre 1 heure de connexion gratuite à tous les touristes qui inscrivent leurs faux noms et leurs faux courriels me fait réaliser à quel point nous sommes devenus dépendant d'Internet.

Depuis notre arrivée j'ai remarqué que même dans des ruelles où nous ne serions pas passé inaperçus en raison de notre taille, de notre couleur et de l'incongruité de voir un touriste au fin fond d'un quartier isolé sans attrait et franchement crasseux, les gens ne remarque même plus notre présence. Au lieu de ça nous voyons des visages rétroéclairés, des bouches entre-ouvertes et des consommateurs complètement absorbés par cette technologie révolutionnaire de l'internet haute vitesse, des textos et des jeux en ligne.
Dans le métro plus personne ne se parle, plus personne ne sourit en croisant votre regard, les gens sont devenus des zombies technologiques.
Encore mieux, les vendeurs de rue ne harcèlent plus personne, ils sont complètement avalés par leurs écrans et rares sont ceux qui ont encore le professionnalisme de vouloir vous vendre à tout prix les copies de vêtements griffés, les savons sculptés ou le dernier film X... Pathétique mais quelque peu libérateur. Même les masseuses louches ne vous crient plus You want massaaaaaaaaaaaaaaaaaaaage ? Tout se perd...

Faisant donc fi de ces agglutinements d'accros nous nous rendons directement à l'école où nous sommes tout de suite pris en charge, payons les 260B pour 30 minutes de massage et nous retrouvons allongés sur des grands lits sous l'emprise de jeunes hommes qui n'y vont pas de main morte !
Pour résumer cette demie heure, je dirais que même une roche finira attendrie sous les poignes de ces malades mentaux. Leurs mains sont puissantes, ils nous triturent, nous étirent, nous percent, nous broient, nous plient, nous contorsionnent, nous concassent... Leurs doigts, leurs mains, leurs coudes sont des armes de destruction massives, mon corps est un champ de douleurs et de ruines. Je souffle au rythme des points de compression, je souris pour ne pas hurler, je me répète ad nauseam que c'est un professionnel, qu'il sait exactement ce qu'il fait et pourquoi il insiste si lourdement sur certains endroits qui me font souffrir depuis des mois et que les muscles qu'il fait rouler autour de mes os sont probablement dus pour ce genre de traitement. Finalement la demie heure s'est écoulée rapidement, mon tortionnaire m'offre une décoction d'herbes et ne demande si tout va bien. Contre toute attente je lui réponds oui, tout va très bien, sous entendu depuis que c'est terminé. Mais sérieusement, oui tout va vraiment bien, la douleur n'existe plus, mon corps semble fonctionnel, encore mieux, il semble un peu mieux fonctionner qu'il y a 30 minutes et je me sens vraiment bien. Je regrette de ne pas avoir pris une heure complète...

La visite du temple est relativement rapide, nous sommes déjà venus et connaissons tous les recoins de cet incroyable site. Les 47 mètres du Bouddha couché mériteront quand même notre humble visite. Son immensité, son visage paisible et toute la ferveur qu'il dégage ne laissent pas indifférent, il est réconfortant.

Nous quittons le Wat Pho en direction du quartier de Kao San, la rue des hippies et des routards paumés pieds nus. Surprise, la clientèle a changée. Des familles, des couples de retraités y côtoient maintenant les rescapés des ashrams tibétains. Bien entendu il y a encore pas mal de dreadlocks, pieds nus, pyjamas de chanvre et paumés de XXIème siècle, mais ça a l'air de se démocratiser un peu. Nous nous rendons en direction du khlong Saen Saep, un canal qui permet de se rendre rapidement et pour une somme dérisoire (10B) dans le quartier de Silom.
En passant à coté du monument de la Démocratie nous sommes surpris du peu de circulation, alors que c'est un endroit habituellement extrêmement fréquenté et bruyant.
L'explication vient certainement de ces barricades qui bloquent les avenues alentours, de ces gros sacs de sable qui obstruent les commerces et des manifestants calmes et déterminés qui ont installés leurs campements au beau milieu des rues.
Ils sont vraiment bien organisés, des tentes médicales, des distributions de bouteilles d'eau et des cantines aident les campeurs à tenir la coup. Beaucoup de petits vendeurs offrent des dizaines de produits dérivés aux couleurs du pays, t-shirts, bandeaux, macarons, chapeaux, sifflets, tout est bon pour se démarquer. La réactivité des fabricants est incroyable. En seulement quelques heures, les trottoirs ont été submergés de tous ces articles et une marée bleu, blanc rouge décore la ville.
Nous franchissons les barrages sans aucun problème, les gens sourient lorsque je fais des photos. Il y a 4 ans c'était les Chemises rouges (favorables au gouvernement) qui tenaient le pavé, aujourd'hui ce sont les Chemises jaunes qui veulent que la Première ministre démissionne. Toute une histoire de couleur...

Nous trouvons rapidement le quai du bateau qui va nous emmener dans le quartier Siam, l'embarquement est acrobatique et une touriste un peu gauche manque de finir ses vacances dans une eau que même un poisson ne boirait pas.

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Mercredi 15 janvier – À quoi sert le décalage ?

Plusieurs réveils, autant d'endormissements, le corps se demande ce qu'il fait là. Les chevilles ont désenflées, mais il subsiste de légers étourdissements et une fatigue générale assez intense qu'il va falloir combattre toute la journée.
Nous partons en direction du MBK, centre commercial bon marché où nous espérons trouver des lunettes de soleil que nous ne craindrons pas de perdre ou d’abîmer.

Les manifestants sont là ! Les alentours du parc Lumphini, tout Silom, le quartier de Siam et sûrement beaucoup d'autres endroits sont complètement fermés à la circulation. Dans une ambiance bon enfant les gens sont installés à même la route, les barbecues enfument l'air et remplacent les senteurs nauséabondes des pots d'échappement qui habituellement empestent et rendent irrespirable tout ce quartier.
Pour l'instant on ne sent aucune tension ni animosité. Des discours enflammés relayés par des écrans géants et des haut-parleurs gigantesques se propagent à travers la ville.
À mon avis nous sommes très bien tombés car la circulation étant extrêmement limitée rend l'air respirable et le ciel est bleu, ce qui pour Bangkok est un quasi miracle.
Les transports en commun comme le métro et le BTS (train aérien) fonctionnent normalement et permettent de se rendre rapidement n'importe où. Simplement ils sont tous pris d'assaut aux heures de pointe puisque ni voiture personnelle, ni taxi, ni tuk-tuk ne peuvent circuler sur ces axes principaux.

Du MBK nous traversons la rue et allons au Siam Center, au Siam Paragon, Central World, Central Chidlom, des centres commerciaux immenses et ultra modernes... Je n'en peux plus, mon corps balance encore au rythme des mouvements des avions, une certaine torpeur m'envahit, le décalage horaire est en train de vouloir me dominer.

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Lundi 13 janvier - Le Voyage

Il est 2h30 du matin, les yeux semblent ne jamais s’être fermés, ou alors il y a seulement 10 minutes. Heureusement l'excitation du voyage prend le dessus et la fatigue est priée d'attendre quelques heures.

Les sacs sont prêts depuis hier soir et c'est un record, seulement 12 kilos pour mon sac a dos. En à peine 20 minutes nous arrivons à l'aéroport, il est tôt, mais les différents embarquements ont déjà commencés. Le nouveau système d'enregistrement des bagages ne semble pas vouloir fonctionner pour nous. L'employée qui est supposée nous aider n'y arrive pas plus. C'est dans ce genre de moment que je me félicite d'arriver trop tôt...
En désespoir de cause on nous envoie voir ce qui semble être un superviseur et qui doit avoir les codes pour pénétrer la matrice.
Effectivement, après 10 minutes de zigonage nous sommes enregistrés pour le départ vers New-York. Reste à passer la douane.
Les douanes canadiennes sont rapidement passées, mais reste le morceau du Chef : les douanes américaines.
Encore une fois nous devons faire la file, mais c'est rapide et nous posons le pied sur la ligne rouge derrière laquelle nous devons impérativement attendre sous peine de nous faire sévèrement réprimander par un zélé officier de l'administration douanière de nos chers voisins du sud.

L'embarquement dans le vieux coucou d'American Airlines se fait rapidement. Ciel mais cet avion est minuscule ! Le temps de boucler ma ceinture et je tombe dans les puissants et confortables bras de Morphée. Je me réveillerais presque deux heures plus tard alors que nous entamons notre descente vers l'aéroport au dessus de l'immense trait de plage de Long Beach.
Nous devons changer de terminal, ce qui se fait rapidement et facilement en empruntant le monorail qui dessert gratuitement tous les terminaux. Le 8 où nous avons débarqués est à coté du 1, où nous devons nous enregistrer pour le vol vers Tokyo puis vers Bangkok sur Japan Airlines.
La dernière fois que j'ai vu un terminal aussi dépourvu de tout intérêt c'était au Vietnam. Mais là bas au moins il y avait de drôle d'animaux dans de drôles de décoctions. Ici rien. Quelques kiosques vendent des sandwichs industriels hors de prix, les travaux de la porte d'embarquement numéro 6 empli l'air d'un bruit pénible, le temps s'étire à l'infini...

Le Boeing 777 est immense. Ses réacteurs laissent croire qu'ils vont bien réussir à soulever ses 300 tonnes de l'attraction terrestre à moins que ce soit la volonté mentale de tous les passagers qui réalise cet exploit.
Je ne comprends pas pourquoi on ne fait pas embarquer les passagers par l'arrière de l'appareil. Les premières classes étant en avant ça ne gênerait pas les riches voyageurs de voir dans quelles conditions les gens normaux voyagent et nous, plébéiens, ne serions pas verts de jalousie de voir le confort qui les attends. Voler 13 heures dans un cocon privé, allongé et dorloté ne doit pas avoir la même saveur que le même trajet dans nos sièges raides et durs.
La cabine est spacieuse, on peut se croiser dans les allées et les quelques turbulences vite absorbées par la masse imposante de cet aéroplane. Le personnel japonais est particulièrement attentionné et aux petits soins avec nous. Les plateaux repas sont généreux et bons et les hôtesses ne sont pas avares sur les quantités de vodka dans les apéros !

Notre atterrissage à Tokyo se fait au ralenti, les roues se posent sur le tarmac et en quelques minutes nous sommes en train de flotter sur un tapis roulant en direction de la zone de transit. Enfin un aéroport qui a de l'allure ! Beaucoup de rénovations ont eu lieu depuis notre dernier passage en 2010 et il fait bon flâner dans les boutiques hors taxes. Il y a tant de choses étranges ici, est-ce que tout est comestible ? Tout est parfaitement présenté, les Japonais ont le souci du détail, même les bananes séchées ont un petit quelque chose de magique.
Un changement de porte d'embarquement plus tard et nous sommes en route pour notre destination finale. Le survol de la mer du Japon est un peu agitée alors nous en profitons pour nous endormir quelques heures avant de poser ce dernier avion sur la piste de Suvarnabhumi.
Les formalités sont vite expédiées, les sacs arrivent dans les premiers, nous trouvons rapidement un guichet automatique et nous voilà dans un taxi en route vers l'hôtel.
En moins de 30 minutes nous arrivons à l'hôtel où notre chambre salvatrice nous attends. Un pad thai, un pichet de Chang et une douche plus tard nous nous écrasons sur notre matelas pour ne plus en bouger jusqu'au lendemain qui est la veille, enfin 12 heures de moins. Un décalage pour le moins sérieux !

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Asie 2014 - Le prélude

30 novembre 2013, il me reste quelques heures pour me décider à acheter ce billet d'avion à un prix que je sais très intéressant. Rarement je passe par une agence pour acheter un billet, mais les longues heures passées à fouiner les méandres de la Toile me confirment que Tiffany a trouvé meilleur marché que moi et avec une compagnie qu'elle m'assure excellente.

Demain ma réservation sera obsolète et je devrais compter sur la chance pour trouver quelque chose qui me convienne.
Alors la question est : est-ce qu'on part pour de vrai ?

Nous avons trop parlé et rêvé de ce voyage pour reculer maintenant. FAUX ! Bien sûr que nous pourrions tout annuler et réserver nos beaux dollars durement gagnés pour une retraite paisible et ensoleillé au camping de la Madeleine, entre l'autoroute et des centaines d'autres retraités n'ayant plus les moyens de se payer une vraie maison.

Nous pourrions tout placer dans des REER en espérant être suffisamment en forme pour en profiter et nous payer une belle croisière de 6 jours en Floride... Beurk.
Hé bien non, nous n'aurons sûrement jamais de place réservée au camping et j'ai assez bossé sur des bateaux pour ne pas y passer mes vieux jours.
Sans rien dire à personne je vais voir Miss Tiffany à l'agence Orient Tour et valide cet aller/retour de Montréal à Bangkok via New-York et Tokyo avec Japan Airlines.

Le départ aura lieu le 13 janvier pour 51 jours de voyage sans destination précise si ce n'est la ferme intention de faire un crochet par le Sri Lanka.
Quelques jours plus tard je trouve un billet imbattable pour Colombo. Un aller/retour direct au départ de Bangkok en à peine 3 heures. Il y avait bien sûr un peu moins cher via Mumbai, mais il y avait 15 heures d'attente, ce qui aurait sérieusement mis à mal nos patiences légendaires.

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