Toronto - Niagara, 3 jours avec Sinorama (jour 2)

18 mai 2014 - jour 2

6h30, le déjeuner est servi dans la salle de restaurant si déprimante hier soir. Ce matin, les enfants courent, des discussions naissent, les visages s'éveillent et le buffet est relativement bien garni. Quelques retardataires courent chercher un objet oublié dans une chambre et nous prenons la route vers Niagara. 

Arrivés un peu avant le troupeau des autobus, nous accédons au cinéma Imax pour la projection d'un film sur les fameuses chutes. 
Lelawala, jeune amérindienne d'une beauté renversante, fiancée de force par son papa à un vieux guerrier décati, préféra se jeter du haut des chutes dans son canot d'écorce plutôt que de partager sa couche de branches d'épinette avec le vieillard obèse.
Heureusement, He-No, dieu du Tonnerre la sauva et l'emmena dans sa grotte à l'abri du rideau grondant des eaux tumultueuses. Ils y vivent toujours et eurent de nombreux enfants. 

Le nom Niagara vient du mot iroquoien onghiar (on-ge-ara) traduit par ''eau qui tonne'' ou ''tonnerre des eaux'' et qui désigne une chute d'eau. 

Qu'importe, la suite du film est relativement inintéressante. On y décrit deux ou trois illuminés qui franchirent les chutes au-dessus, sur une corde raide, dedans dans un tonneau avec un chat qui change de couleur passant du noir au blanc à cause de la frayeur (mais il prend aussi quelques années), et sur les eaux, avec le bateau à vapeur qui descendit les flots enragés en presque un seul morceau. 



La rivière Niagara, frontière naturelle entre le Canada et les États-Unis, longue de 56 kilomètres, s'écoule en amont du lac Érié, pour se jeter dans le lac Ontario. À l'origine, les chutes se situaient au niveau de la ville de Queeston (Ontario), soit 14 kilomètres en aval des chutes actuelles. 
L'érosion pouvait atteindre 3 mètres par an, et de nombreux travaux ont été effectués pour ralentir cette inéluctable disparition. Mais d'après les dernières estimations d'ici quelques années, le lac Érié (s'il existe encore) aura absorbé les chutes, et les touristes de l'année 20014 devront se contenter d'archives.

La brume dégagée par ces trombes d'eau monte comme un éternel nuage blanc, le débit varie entre 5720 et 2800 m³/seconde suivant la saison et, en ce rude hiver 2013/2014 les chutes ont partiellement gelées. 

Nous sortons rapidement de la salle pour accéder à la tour Skylon qui du haut de ses 236 mètres surplombe les chutes. Nous ne pouvons éviter la halte photo, où nous sommes installés devant un écran vert qui permettra aux talentueux artistes de nous insérer dans une mise en scène digne d'Hollywood. En sursis dans un tonneau lancé dans les vagues, devant un feu d'artifice gigantesque, ou sur une corde raide, l'imagination est sans limite. Alors nous jouons le jeu et profitons de cette scène inattendue pour offrir à l'objectif nos plus délirantes grimaces et nos gestes les plus désespérés. Ça fait bien rire les autres touristes et ça défoule. 
Bien nous pris de nous dépêcher et ainsi profiter de quelques courtes minutes de tranquillité avant l'arrivée des hordes touristiques pour admirer la superbe vue sur ce site naturel. Il faut reconnaître que les Canadiens ont très bien fait les choses, le Fer-à-cheval est nettement plus esthétique et impressionnant que son pendant étasunien qui se contente de déverser ses eaux sur quelques rochers amassés à sa base. 
Nous redescendons et ne pouvons résister à admirer nos superbes photos qui rejoindront les millions d'autres rebuts numériques. 

Le bus nous emmène vers le centre de la petite ville de Niagara Falls, qui affiche ses fast-foods et lieux de distractions les plus superficiels qui soient pour le plus grand bonheur des touristes en goguette, puis nous nous mettons en file devant les guichets de vente de billets. Notre guide revient avec les précieux sésames et nous pouvons à notre tour rejoindre les ascenseurs qui nous descendent presque au niveau de la rivière. Ici aussi, il faut passer devant un écran vert et nous tentons encore une fois de nous surpasser dans nos mimiques improbables. 
Munis de notre indispensable poncho rouge, nous attendons notre tour pour monter sur le pont. Anciennement Maid of the Mist, qu'on pourrait traduire par ''La demoiselle des brumes'' la flotte du coté canadien se nomme maintenant Hornblower (le clairon ou plus certainement sirène de bateau). Tellement moins poétique... 
Déjà, nous sentons les embruns venir nous caresser le visage. Le petit poncho ridicule nous sera à mon avis d'une grande utilité. Au loin, l'horizon est barré par cet immense panache blanc et les tourbillons intenses de la rivière nous informent qu'il ne ferait pas bon s'y baigner. De toute façon, l'eau est trop froide. 
Il reste de grands morceaux de banquise accrochés aux flancs des chutes. Glace sale, témoin d'un hiver rude que beaucoup nous envient. 

Nous appareillons pour une petite heure de navigation sur les eaux tumultueuses. Les chutes américaines sont loin d'être aussi impressionnantes que le Fer-à-cheval canadien. Droite comme la justice, elles déversent le trop-plein du lac Érié simplement, sans fla-flas, juste pour rendre service. 
Par contre, le spectacle offert par le Canada est grandiose. Un immense arc de cercle de plus de 790 mètres de large et 52 mètres de haut s'étend d'un bord à l'autre des falaises, et concentre 90 % des eaux de la rivière. 

Cette fois-ci, nous sommes au cœur de la tourmente. Le vent, chargé de milliards de gouttes glaciales fouettent les visages. Les ponchos mal attachés flottent et claquent dans la tourmente. Certains touristes s'aventurent à immortaliser le moment sur leur Ipad, dont je doute de l'étanchéité. Je suis content d'avoir pensé à me munir de ma GoPro. Faites-en tomber de l'eau ! 
Le vacarme de la cataracte est immense, l'intensité du spectacle est à son comble. Voir les chutes du haut du pont de ce minuscule bateau en vaut vraiment la peine. Presque 3 tonnes d'eau se précipitent vers nous à chaque seconde. On se sent minuscule, et on imagine la tête de la jolie Lelawala lorsque He-No l'a empêchée de finir écrapoutie sur un tas de rochers. 

Le petit poncho en plastique résiste tant bien que mal aux bourrasques, j'ai l'impression de vivre dans un cyclone. Mais déjà, nous faisons demi-tour, et regagnons la zone un peu plus calme des chutes américaines, passons devant le Voile de la Mariée et virons à gauche sous le pont d'observation de nos voisins avant d'accoster au ponton. 
Les larges sourires mouillés sont de mise, les cheveux collent au front et tout le monde semble émerveillé par cette activité qu'il ne faut pas manquer. 
Les photos prises à notre arrivée nous attendent. Hélas, elles ne se vendent chère, seulement par deux et la deuxième est laide. Aucun moyen de négocier avec la charmante dame qui a des $ dans les yeux, nous lui laissons donc ce souvenir de notre passage. 

Un nouveau buffet chinois nous attend quelque part entre Niagara Falls et Marineland. La cohue règne en maître, si j'ai bien compris le mandarin, le proprio se fait engueuler par les guides qui avaient réservé tout le restaurant. Il semble que beaucoup de tables soient occupées par des clients ordinaires, mais grâce à Mémé Adèle, nous trouvons rapidement de la place et sommes bien placés dans la file d'attente vers les buffets. Rien de bien exceptionnel, mais les prix sont bas et le choix relativement éclectique. 


Marineland - Ontario
Voilà la partie du voyage que je me refuse à cautionner : Marineland. 
Si vous êtes un lecteur assidu de mon blog, si vous aimez les mammifères marins, si vous êtes un tant soit peu renseignés sur les conditions de vie dans ces mouroirs, vous devriez faire un détour et ne pas vous arrêter ici. Mais... 
Je me suis dit que depuis 2008 et mon coup de gueule les choses avaient changé et que je me devais d'aller constater par moi-même ce qu'il en était 6 ans plus tard. Je ne suis pas seul, j'ai André, Christophe et Mémé avec moi, je vais faire bonne figure. 
Ça commence avec un spectacle d'otaries, dauphins, bélugas, accompagnés d'un morse moustachu. Une toute petite piscine sert de piste de cirque. Classiquement, les animaux sautent à travers un cerceau, font des bye-bye de la nageoire, lancent les dresseurs dans les airs et jouent avec un ballon. Ça n'vaut pas la peine de quitter ceux qu'on aiment pour aller faire tourner des ballons sur son nez, la lalaaaaaaa... 

Je suis désolé de péter votre bulle, mais franchement ça fait mal au cœur. 
La nageoire caudale aussi molle que leur moral, la musique à fond pour couvrir leurs plaintes, la bonne humeur excessive des soigneurs donnent à ce show à l'américaine un relent nauséabond. En passant devant la vitre, le morse me lance un regard vide en se demandant sans doute où est passée sa belle banquise. 
Je me renseignerais un peu plus tard auprès d'une jeune fille qui n'aime pas ma question, d'où viennent ces animaux. Sont-ils tous nés en captivité ? 
La question semble désarçonner la demoiselle qui l'espace d'un instant perd son sourire et me répond que quelques-uns sont effectivement nés ici ou dans un autre delphinarium. Les autres ont été capturés en pleine mer. Mais vous comprenez monsieur, c'est pour la préservation de l'espèce. Heu non, désolé, je ne comprends pas, et je dirais même que je désapprouve ce procédé. 
Tout comme je trouve pathétiquement commercial le nouveau plan du site avec la mention Sharks : Terrors of the sea (Requins : Terreurs de la mer). Ou comment entretenir une fable vieille de 39 ans. Les requins ne vous disent pas merci monsieur Spielberg. 

Nous continuons notre visite vers les différents bassins où sont entreposés les cétacés. Leurs museaux abîmés par les chocs contre les vitres et les parois des bassins font peine à voir. J'espère simplement que les enfants qui viennent ici prendront conscience de cette imposture et seront des activistes un peu plus efficaces qu'un simple article publié ici. 
Mais y a Mémé ! Et voir la jeune octogénaire caresser le front bombé d'un béluga me donne le sourire. Je suis certain que le jeune baleineau ne lui en voudra pas. 


Marineland - Ontario
Heureusement à Marineland il y a aussi des manèges. Pas beaucoup, mais très sympas. Et comme le parc a ouvert il y a deux jours et qu'il ne fait pas spécialement chaud, nous n'attendons pas avant de pouvoir embarquer dans le Dragon Mountain roller coaster (montagne russe), un des plus grand du monde. Les loopings s'enchaînent, les rires et les cris fusent de toute part, c'est tellement bon de se faire peur ! 
Impossible de se contenter d'un seul voyage, nous courons immédiatement vers un nouveau tour. Mémé nous attends paisiblement sur un banc. 

En face, des ours noirs se traînent dans un parc et les visiteurs peuvent leur jeter des poignées de céréales achetées le prix fort dans un petit kiosque. 
Des miettes de Corn Flakes pour le roi des forêts canadiennes... 

Dans le parc des cervidés, les chevreuils viennent se faire caresser leurs bois enveloppés de velours et y trouvent un plaisir non simulé. 
Finalement, la dernière attraction et non la moindre est le Sky Screamer, la catapulte verticale la plus haute du monde avec ses 137 mètres. Un coup de pied aux fesses de 96 km/h nous propulse dans les cieux, sans m'en rendre compte, je retiens ma respiration. Ma mimique d'effroi se transforme quasi immédiatement en rire, et l'adrénaline se propage dans mon corps. Après deux ou trois rebonds, nous sommes hissés tout en haut et, dans un dernier clic la nacelle est lâchée et retombe dans le chuintement des mécanismes bien huilés. 
Entre-temps, j'ai eu l'occasion d'admirer la vue. Une brume au loin indique les chutes du Niagara, on aperçoit les bassins bleus des bélugas et le terrain vague de Marineland qui va permettre d'étendre le site sur quelques hectares supplémentaires. Puisqu'il n'y a absolument personne, nous décidons de refaire un tour dans cette machine infernale qui va encore une fois nous surprendre et nous faire lâcher quelques cris. 
Il est temps de récupérer notre patiente grand-maman et de nous diriger vers le bus non sans un arrêt à la boutique de souvenirs. 

Il y en a pour tous les goûts. Figurines de dauphins, morses ou bélugas, peluches d'ours, boules enneigées, crayons, chapeaux, mugs, tortues en plâtre... De tout pour tous. 
Et puis s'en est fini de la sempiternelle ritournelle, en Ontario à Niagara, tout l'monde aime Marineland !
Le bus roule vers Niagara Falls où nous allons passer la nuit. 

Le motel 6 est un peu plus ordinaire que celui d'hier soir. Les chambres plus petites, mais c'est propre et surtout assez proche du centre-ville que nous pouvons rejoindre à pied en quelques minutes. 


Niagara Falls
La fameuse ville de Niagara Falls... 
Un gigantesque temple du kitch, du clinquant, et de la démesure que seuls les Américains peuvent concevoir. Qu'on ne s'y trompe pas, sortis du Québec, nous sommes bel et bien en territoire américain, ce qui n'empêche pas les gens d'être aimables et accueillants. 
Les musées de cire aux statues plus ou moins fidèles à l'original succèdent aux maisons hantées. D'immenses fast-food font face à des fabriques de fudge, une grand roue jouxte un mini-golf jurassique et un bowling. Les néons géants éclairent cette petite Babylone. Le vent froid venant de la rivière ne calme pas les jeunes esprits, libérés de leurs parents, livrés à eux même dans ce dédale de superficialité. 

Nous marchons jusqu'au point du vue sur la cascade, mais l'air chargé d'humidité est désagréable et nous donne immédiatement envie de faire demi-tour vers notre hôtel ou une autre courte nuit nous attend.




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