Mardi 25 février – Bentota-Colombo, c'est le jour des soldes !

Et voilà, c'est presque fini. 
Dernière virée au Sri Lanka, dernier trajet que nous aurions aimé en train mais qui se fera en autobus. Si mes prédictions sont bonnes et que le chauffeur a compris ma demande, nous devrions être déposés assez proches de notre dernier lieu de résidence. 

En attendant, nous réveillons le gérant de l'hôtel qui sommeillait sur ses livres d'école. Comme prévu, nous payons notre facture revue à la baisse, attrapons nos sacs à dos et marchons sous le soleil prometteur de ce petit matin vers la gare routière d'Alutghama. 
Il est 7 heures 30, le ballet des gros autobus rouillés, poussiéreux et pétunant est commencé depuis longtemps. À peine le temps de demander le bus pour Colom.... et nous sommes déjà dedans. 
Les sacs sont déposés près du chauffeur, nous trouvons deux sièges coté mer, une grande fenêtre pour y sortir une partie de mon corps et ainsi gagner de la place sur le siège. En 1 heure 15 et pour 85 Rp, nous arrivons dans les faubourgs sud de Colombo. Peu après Mount Lavinia, la première station balnéaire, probablement envahie de Russes, je commence à essayer de déchiffrer les panneaux. Nous devons nous arrêter à la station de Galle Road au coin de Hospital. Le vendeur de tickets ne s'occupe plus de nous depuis longtemps, trop occupés à gérer les allées et venues incessantes de passagers. 
Je demande au jeune homme bien cravaté devant moi, mais il ne parle pas bien anglais et en plus ne connait pas du tout Colombo. Son voisin, un honorable citoyen mal fagoté pratique aisément la langue de Margaret et connait très bien Hospital road qui est ... le prochain arrêt ! 
Je lance un regard gris foncé au vendeur qui me sourit en dodelinant, force le passage jusqu'à l'avant de l'allée centrale, saisi mon sac à dos et me retrouve sur le trottoir à côté d'André alors que le bus repart déjà. Il faut être organisé et ne rien laisser trainer, sinon, ce sont des oublis à répétition et une fin de voyage avec le minimum d'affaire qui nous attend. 

Nous arrêtons le premier tuk-tuk meter qui passe, j'ai pris la précaution de noter le nom du quartier, et son restaurant le plus célèbre. Ce sera plus facile à trouver qu'une adresse perdue dans une ruelle où il ne passe jamais personne. Allez chauffeur, au McDonalds de Nugegoda
En moins de 15 minutes, il nous dépose devant le clown maléfique, il nous reste 10 minutes de marche avant de franchir le portail fleuri du Silvikris Villa
Encore une fois, nous aurons le bonheur d'être surclassés dans une chambre luxueuse avec terrasse privée, vue sur le jardin et lit ''famille nombreuse''. 
Pas le temps de s'extasier, une longue journée nous attend. Au programme Odel, Sri Lanka Tea Board, Green Cabin, Barefoot... 

Le grand magasin Odel Unlimited est situé dans Cinnamon Gardens. Tous les chauffeurs de tuk-tuk le connaisse, c'est un lieu réputé pour les rendez-vous chics de la classe aisée de la capitale. Le magasin offre tout un tas d'articles, dont des souvenirs, masques, poupées et porte-clés, des jouets et vêtements pour les enfants, boutiques de thés, café et boulangerie À la Française, et beaucoup de très beaux vêtements. Les choix des chemises et pantalons en lin sont infinis, ne manquent que les chemises pour les hommes à fortes épaules. 
Ou alors il faut taper dans le clinquant, le mordoré, le satiné, le genre de fringue que je ne pourrais jamais porter ailleurs que sur cette île de beauté. Acheter des vêtements excentriques en vacances limite soit, à ne plus jamais les porter, soit à les réserver pour les soirées déguisées ou encore à passer pour un original. 

J'en sais quelque chose puisque j'arborais fièrement mes chemises tahitiennes à grosses fleurs rouges et boutons en noix de coco en discothèque en plein hiver québécois. Je ne suis jamais passé inaperçu et étais facile à retrouver dans la cohue. O tempora O mores

Nous prenons un taxi pour la boutique de thés. Le chauffeur un peu bougon veut absolument nous emmener chez Laksala. Nous lui disons que ça ne nous intéresse pas, que nous avons déjà acheté tous nos souvenirs. Il insiste lourdement, à croire que même dans un magasin gouvernemental, il pourrait toucher une commission. 
Au bout de la dixième proposition de nous y déposer, nous décidons de l'ignorer. Il nous laisse devant le Sri Lanka tea board, nous parle encore de Laksala, récolte deux sourires accompagnés de deux dodelinements et nous rentrons au frais. 

Si le choix est intéressant, nous regrettons de ne pas avoir plus acheté chez Chaplon. En plus le service laisse à désirer, les trois jolies filles en uniforme préfèrent apparemment texter sur leurs nouveaux cellulaires que venir à notre rencontre. Finalement, j'en attrape une et lui demande des renseignements, qu'elle ne me donnera pas. 
Le hasard et quelques informations glanées lors de nos visites seront d'une meilleure aide, nous la laissons rejoindre ses copines. Le passage à la caisse est un moment heureux, les prix sont ridiculement bas. 

Notre chauffeur est encore en bas à attendre un éventuel changement de programme, mais le prenant à contre-roue, nous le laissons en plan. 
Le petit resto avec une devanture attrayante ne nous avait pas convaincus le premier jour. Nous y étions allés trop de bonne heure et rien n'était encore prêt. Par contre à l'heure du repas les tables du Green Cabin sont prises d'assaut par une clientèle de locaux, d'expatriés et de voyageurs un peu perdus dans le quartier. Le rice&curry est bon et varié, tous les plats qui passent sous notre nez le sont tout autant appétissants. Pour aussi peu que 1200 Rp, nous avons droit à deux curry à volonté, deux desserts excellents, quatre bouteilles d'eau gazeuse et du thé. Une adresse que je recommande, d'autant qu'elle est située exactement entre la boutique de thés et Barefoot, de l'autre côté de Galle Rd. 

Tient justement puisqu'on en parle, Barefoot... L'immense magasin ne finit pas de nous surprendre. Alors que nous croyions avoir tout vu, je suis curieux de savoir ce qu'il y a de l'autre côté de ce couloir. C'est rempli d'objets magnifiques que nous voudrions tous ramener, des sculptures en pierre ou en bois, des lampes à huile à l'ancienne, des tissus, des cloches en bronze, des livres d'art, de cuisine, de Bawa... Donnez-moi un budget illimité et un DHL ! 
Cachée bien à l'abri du bruit de la rue et des vociférations de la circulation monstrueuse, une terrasse ombragée gargouillant de quelques fontaines, nous propose une pause. Le service est à la hauteur du luxe de la boutique, mais les prix sont très corrects. 
Une escale à ne pas manquer lors d'une visite incontournable dans ce temple de l'artisanat chic et de bon goût. Sinon y a Laksala. 

Hé bien, notre programme touche à sa fin. Il est encore assez tôt, nous sommes heureux de nos achats, et comme il nous reste du temps, nous décidons d'aller jeter un tout dernier coup d'œil au grand centre commercial à cinq minutes de marche du Barefoot, MC (Majestic City) qui, d'après notre guide recèle une boutique de thés que nous ne connaissons pas. Mlesna Tea Center, en voilà une boutique de luxe avec un service à la hauteur de sa décoration ! Nous sommes tout de suite pris en charge par une magnifique hôtesse qui nous explique les différents thés, leurs prix, leurs provenances, et tout ce que nous aurions aimé apprendre un peu plus tôt. Leurs boîtes sont splendides, mais le thé en vrac est tellement moins cher et prend beaucoup moins de place. 
Devant nous, des Chinois hurlent comme des possédés lorsqu'ils apprennent le prix de leurs achats. La dame hystérique veut en acheter encore plus, mais ce qui semble être son mari la modère un peu. Tient, ils me rappellent quelqu'un...

Là, c'est officiellement terminé. La journée d'emplette vient de trouver un terme pour le moins heureux et nous décidons de rentrer ranger toutes ces merveilles. La climatisation de la chambre sera comme un baume sur notre épiderme, la tension accumulée aujourd'hui se dissipe dans un bref nuage de vapeur. 

Pour ne pas récidiver le triste souper du premier soir, maintenant que nous connaissons les tendances culinaires et les appellations étranges des restaurants, nous cherchons un petit comptoir derrière lequel est ouvert une salle surchauffée meublée de quelques tables branlantes et de chaises en plastique graisseuses. Le Serendib est à peine à quelques minutes de marche de notre hôtel, il était fermé lors de la fête de l'Indépendance le jour de notre arrivée. Nous sommes les seuls visages pâles dans ce petit boui-boui, accueillis avec bonhommie par le patron qui nous trouve une belle table sous un ventilateur suffocant et nous sert deux grands verres d'eau du robinet. Nous y préférerons de l'eau gazeuse en bouteille. 

Nous commandons nos derniers hopper aux œufs et des kottus rotis. Le cuisinier affairé aux hopper est en nage. Il jongle avec ses poêles bombées sur plusieurs flammes de propane qui éclairent de leur lueur bleutée son visage ruisselant. Nous avons chaud dans la salle, je n'ose imaginer la température qu'il fait derrière cette usine à gaz. En face de lui, de l'autre côté de l'entrée, c'est monsieur kottu qui cingle sa plaque chauffante de ses deux grosses lames. 
Telles des rafales de mitrailleuse, il sectionne les crêpes les mélangent avec les légumes, y verse de la sauce, tambourine encore comme un sourd et d'un coup de lame magique ramasse le résultat de ses efforts pour le glisser dans une assiette. 
Le Sri Lanka, c'est beaucoup d'odeurs et énormément de bruits. 

Nous avons mangé plus souvent qu'à notre tour des hoppers et des kottus, mais là c'est le summum. Les hoppers sont exactement comme ils devraient être et qu'ils n'ont jamais vraiment été. Très croustillants sur les rebords, épais et bien cuits au fond, avec un œuf cassé dessus, juste coulant. C'est simple, mais parfaitement exécuté. C'est comme faire une omelette ; très peu d'ingrédients, une recette simple, mais ça peut être tout à fait immangeable... 

Le kottu roti est lui aussi à se damner. Pour une fois, il n'est pas sec et étouffant. Bien épicé, piquant juste comme il faut. Nous demandons la pâte de piments, le chili paste, qui elle aussi se révélera de premier choix. Ça étonne toujours les Srilankais lorsque nous demandons cette fameuse pâte, qui n'est jamais la même d'un établissement à un autre. Elle peut être faite de crevette ou de poisson séché (les petits sprats), mélangé aux piments et à des épices. C'est à la fois marin, sucré et épicé, mais toujours délicieux. 
Repus mais gourmands, nous ne pouvons résister à l'envie de commander deux hoppers natures supplémentaires que nous badigeonnerons de pâte de piments.
Nous remercions sincèrement les cuisiniers de nous avoir offert les meilleures versions de ces deux plats emblématiques. Avec deux ginger beers, ce festin nous auras couté 410 Rp (3,50$) ! Nous finissons le volet culinaire de notre voyage sur une très bonne note. 

La nuit va être courte. Le taxi est réservé pour 3 heures 30, et le sommeil sera difficile à trouver. 

Heureusement, le voyage n'est pas fini. Demain, nous serons en Thaïlande et irons passer quelques jours sur une plage qui risque cependant, d'être un peu plus chargée que celle de Bentota...

Toi je vais te regretter ! ♥



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