Lundi 24 février – Bentota, balade au Brief Garden

Le lundi c'est jour de marché aux légumes à Bentota. 
Nous n'avons que le pont à traverser, tourner à droite et nous voilà au sein de l'animation de la rue qui mène à la place du marché. Sur les trottoirs sont étalés des centaines de produits provenant des magasins alentours. De la quincaillerie, de la vaisselle, brosses, râpes à coco, couteaux, machettes, etc. De quoi apporter le sourire à la ménagère bentotienne. 
Au bout de la rue les couleurs et les odeurs des légumes frais nous font de l'œil. Dans des camions entièrement tapissés de feuilles de bananiers sont stockés des dizaines de régimes de ce même fruit. Depuis notre arrivée au Sri Lanka, nous sommes étonnés de la profusion quasi-industrielle de bananes de toutes formes et de toutes couleurs et des noix de coco jaunes, la ''King Coconut'' qu'on appelle ici Thambili. Plus sucrée que sa congénère verte, les Srilankais la surnomment ''pharmacie vivante''. 
Et on en trouve effectivement absolument partout. Des kiosques vendent cette noix de coco royale sur toutes les routes, tous les chemins, n'eussent-il qu'un seul passant par jour. Évidemment, son eau fraîche, limpide, mais surtout stérile est utilisée en médecine ayurvédique. 
Dans la plupart des épiceries, son eau est conditionnée en brique pour un usage plus pratique. Traîner une grappe de noix de coco sur le dos ça commence à devenir compliqué. Par contre, ça fait des décorations magnifiques. 

Il n'y a aucun touriste à cette heure matinale et les commerçants finissent de présenter leurs légumes comme pour un concours agricole. Je n'ose imaginer la merveille que serait-ce pays déjà magnifique, si le même souci du détail était appliqué à la vie quotidienne. Chaque chose en son temps... 
Quelques kiosques en bord de fleuve exposent leurs poissons séchés et certains filets sont très appétissants. Poireaux et aubergines rivalisent de leurs longueurs avec les cagettes de tomates, petits oignons verts face aux gros choux pommés, ronde de salade verte ou rouge, choux chinois, bok choy, courgettes jaunes, poivrons rouges, haricots rouges, choux-fleurs blancs, choux raves pistache, herbes aromatiques, concombre-serpent, tout est ravissement des yeux et des sens. Les fraîches odeurs de ces légumes embaument l'air poussiéreux de cette matinée qui s'annonce chaude, les marchands répondent à mes questions avec plaisir. Je ne me souviens plus de toutes les réponses, mais ce n'était pas essentiel. 

Bien sûr un ou deux passantes tentes de nous emmener au bazar, qui n'est autre qu'un ramassis de souvenir cheap dont ils tirerons une commission si une vente se conclut. C'est le jeu, mais il faut savoir s'en débarrasser rapidement. Nous profitons de cette sortie en ville pour repérer la station des bus. Nous pourrions le prendre sur le bord de la route devant notre hôtel, mais en venant à la gare routière, nous serons assurés d'avoir de la place pour nos sacs et nos corps. 

Après un rapide passage au petit bureau d'information touristique qui ne nous apprend pas grand chose de plus que nous n'ayons découvert par nous-même ces deux derniers jours, nous montons dans un tuk-tuk en direction du Brief Garden

Ce jardin conçu par Bevis Bawa, hédoniste géant de 2 mètres, frère aîné de 10 ans du célèbre architecte Geoffrey est situé à dix kilomètres dans les terres. Ancienne plantation d'hévéas, le père de Bevis l'acquis en 1929, après une brève transaction d'où son nom de Brief. Le trajet aller en tuk-tuk coûte 500 Rp et l'entrée du jardin est de 1000 Rp. Nous ne savons pas encore comment nous allons repartir puisque nous n'avons pas demandé à notre chauffeur de nous attendre. Nous avons eu des doutes lorsque le petit trois roues s'est engagé dans des chemins défoncés de gravier et de terre. Comment se peut-il qu'un lieu touristique soit aussi mal desservi ? Mais après quelques minutes de cahotement, nous arrivons devant le majestueux portail dudit jardin. 

Il y a beaucoup de véhicules sur le petit parking, le gardien que nous avons appelé à l'aide de la magnifique cloche en fer forgé de la porte principale, nous informe qu'un shooting photo a lieu en ce moment, mais que nous pouvons visiter à notre guise tout le jardin. 
Nous ne savons pas grand chose du fameux Bevis, mais rapidement nous nous doutons qu'il eût un goût certain des belles choses. Son jardin est un havre de paix, une forêt de Mowgli perdue loin de tout. Les plantes y poussent follement, parfaitement entretenues par quelques jardiniers souriants. La terrasse supérieure près de la maison est occupée par toute une équipe de photographes et quelques figurants richement vêtus d'habits de cérémonie. Le buffet est prêt à servir, nous avons faim. 

Contrairement aux prédictions, il n'y a aujourd'hui aucun moustique, mais je n'ose imaginer ce qu'il en est lors de la saison humide. La visite du jardin se termine avec celle de la maison. Accueillis par le gardien, nous faisons le tour des pièces magnifiques. Les ouvertures font entrer la végétation, le vent peut traverser la bâtisse, la pluie reste dehors. 

Nous comprenons à présent la présence de quelques sculptures équivoques. Le grand Bevis était gai ! 
Lecteur homophobe quitte tout de suite ce blog, les prochaines lignes vont sérieusement te choquer. 

Des tableaux, peintures et croquis, des œuvres abstraites et des aquarelles nous informent sans détour des penchants de l'artiste. Dans un pays qui (officiellement) réprime l'homosexualité, le statut de famille noble et la richesse des Bawa, ainsi que l'isolement de cette maison peut expliquer que personne n'ai jamais voulu déranger l'artiste. Le maître des lieux pouvait en toute quiétude organiser de folles orgies dans sa propriété. 

Bevis Bawa
Le tableau où il trône, tel un empereur romain, verre de whisky à la main, entouré de ses mignons jeunes garçons est sans ambiguïté. Dans le jardin arrière, un joli bassin et de viriles statues en pierre donnent le ton et l'on essaye de s'imaginer ce que pouvait être le quotidien débridé de cet ancien Capitaine d'Infanterie de Ceylan. 

Nous n'aurons finalement pas droit au buffet et nous asseyons sur les marches, à l'ombre d'un immense palmier, pour nous sustenter des ''en-cas'' aux légumes achetés dans un hôtel avant de partir. 
Ah oui, dans un hôtel, on peut aussi manger. Mais pas dormir. Enfin, on peut dormir dans un hôtel et y manger, mais ce n'est pas le même hôtel. Tout ça pour dire qu'un hôtel au Sri Lanka c'est aussi et juste un restaurant... 

Nous quittons la jungle enchantée et nous retrouvons comme deux perdus sur un chemin à des lieux de toute civilisation. Aurions-nous du garder notre chauffeur ? Au milieu de nulle part, nous goûtons au calme et à la sérénité. Sur la terrasse d'une maison, une maman et sa mignonne petite fille nous font des coucous. Je pioche une sucrerie achetée ce matin au marché, et en offre au bout de chou tout sourire, c'est bon de distribuer de la joie. 
Un monsieur derrière une planche et sous un toit en tôle vend des bouteilles d'eau, plus besoin de rationner les deux dernières gorgées de celle que nous économisions depuis dix minutes en prévision d'une traversée du désert. Pour finir, un tuktuktuktuktuk caractéristique nous informe que nous n'allons pas rentrer à pied. Le chauffeur nous demande 300 Rp pour nous ramener à la gare routière, ce que nous acceptons sans discussion. 

La sortie des écoles d'Althugama nous offre le spectacle de dizaines de jeunes enfants en uniforme. Les couettes noires des filles se balancent au rythme des courses et les garçons préparent quelque mauvais coup avec le sourire. Toutes les mains se secouent pour nous dire Hello, byebye

L'après-midi reverra notre présence sur la magnifique plage en face de l'hôtel Avani, mais comme promis, nous ne mettrons rien d'autre que nos plantes de pieds sur le sable. Un banc servira de chaise longue et je profiterais pendant deux heures des vagues et de l'eau chaude de l'océan Indien. 

La Café aura raison de notre appétit ce soir, le petit bonhomme est de plus en plus heureux de nous y voir. La fréquentation de son minuscule établissement nous conforte dans notre choix. 

Si c'était mauvais il n'y aurait certainement pas un ballet incessant de clients. 

Bevis Bawa Brief Garden house

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