Jeudi 20 février – Mirissa, un réveil en douleur

Il est 6 heures du matin. La musique s'est arrêtée plus tôt que nous l'avions craint et avons finalement passé une très bonne nuit malgré la chaleur étouffante. Le ventilateur au plafond a fait tout ce qu'il a pu, mais c'était peine perdue.

J'aime écrire le matin, quand les oiseaux sont encore pleins de vie et qu'une nouvelle journée commence. Je demande à André qui est debout de me passer mon carnet de notes qui se trouve dans la poche de mon sac brun.
Il ne trouve pas le sac que j'ai pourtant mis contre le bureau. Pas facile de se réveiller sans lunettes quand on est myope comme deux taupes. Malgré sa quasi cécité il se rend compte que nos trousses de toilette qui étaient sur la chaise de la salle de bains ne sont plus là.
Je n'ai qu'un mot : Putain !
Je bondis du lit, ouvre les rideaux, jette un coup d'œil dans la chambre. nous avons été cambriolés cette nuit pendant notre sommeil. Je constate que mon sac à bandoulière, le porte-feuille d'André et nos deux trousses de toilette ont disparu. Je fonce sur le balcon et vois un jeune homme balayer la cour. Lui fait part de mon angoisse. Il appelle le vieux bonhomme qui tarde à se montrer.
Tout de suite je fonce chez les filles, frappe à leur porte, les appelle. La porte s'ouvre sur une Fanny toute endormie, mais qui met moins d'une seconde à prendre possession de ses moyens. Elles aussi ont eu de la visite.

Fanny remarque que son gros sac à dos a disparu, ainsi que le sac noir de Tiphaine et une trousse de toilette. C'est un peu la panique, le branle-bas de combat, l'inventaire des affaires manquantes.
Je descends rapidement au rez-de-chaussée et tombe sur le vieux monsieur qui passe le balai dans la maison en fumant un vieux cigare pourri. Je lui explique ce qui se passe, lui demande d'appeler la police. Il me répond dans un anglais approximatif qu'il n'avait pas hier et en ricanant, que c'est mon problème, qu'il ne sait rien, qu'il n'a rien vu, etc. Je lui dis aimablement que je veux juste voir la police. Son sourire sardonique et son charabia commencent tout doucement à me fatiguer. À force de me prendre pour une tarte c'est lui qui va s'en prendre une.
Je finis par lui gueuler dessus comme un malpropre. Je sais, ça ne résout rien, mais ça passe les nerfs. N'importe qui, en voyant le désintérêt du bonhomme et son attitude révoltante lui aurait tout simplement collé une torgnole. Mais les prisons srilankaises ne sont pas faites pour les occidentaux...

Les filles ont fait le bilan, c'est le gros sac qui a disparu, mais il contenait juste un peu de linge propre et une paire de basket. Tiphaine est en manque de son joli sac noir et de quelque 20 000 roupies. Plus grave, son appareil photo avec tous ses souvenirs de voyage a disparu.
André et moi n'avons plus de trousses de toilette, ni mon sac contenant mon téléphone, mon livre électronique et 5 000 roupies.
À force d'aller voir aux alentours de la maison et de poser des questions aux quelques personnes réveillées, nous avons ameuté tout le voisinage.
Les gens semblent sincèrement choqués par ce qui vient de se passer, contrairement au vieux Kroumir qui est encore en train de balayer.

Du balcon je vois deux tickets oranges fluo que j'avais dans mon carnet de notes. Je descends chez le voisin garagiste et lui demande si je peux arpenter son terrain. Sur un gros fût d'huile, je trouve le sac noir de Tiphaine, à côté la trousse de toilette de Fanny. En continuant les recherches, je tombe sur nos deux trousses de toilette. André est heureux de récupérer ses produits Kiehl's et moi ma brosse à dents.
Mon sac brun est là aussi, vidé à terre. Manque mon téléphone, mon ordi tout neuf et mon livre. Il me restait 80 pages à lire de ce roman passionnant.
Nous ne comprenons pas. À côté des trousses était posé l'IPad. Sur le bureau contre lequel était le sac brun, et juste à côté du porte-monnaie volé (et retrouvé) j'avais mon appareil photo. En prévision de mon retrait du matin à Welligama j'avais préparé mon porte-monnaie avec ma carte de crédit et de retrait ainsi que mon passeport contenant plus de 100$ au cas où mes cartes ne fonctionnent pas. Mon malheur d'hier soir fait mon bonheur ce matin. Si ma carte avait fonctionné je perdais 400 dollars...

Le plus choquant est cette visite dans nos chambres pendant notre sommeil, alors que nos portes étaient fermées. Elles fermaient mal et n'importe qui aurait pu les ouvrir, l'intrusion est obscène.

Finalement une dame arrive, elle semble être de la famille et nous propose de nous emmener au poste de police de Welligama pour déposer plainte. Avant de partir nous décidons de faire nos sacs et de quitter cet endroit et cette plage. Nous allons annuler nos cours de cuisine et notre sortie aux baleines et allons récupérer la caution. Ça fera toujours 1000 Rp dans nos poches.
La dame nous embarque dans des tuk-tuk et en 10 minutes nous sommes en face du chef de la police.
Elle explique brièvement ce qui se passe et d'un coup l'orage lui tombe dessus. Le bonhomme, commode comme un douanier américain soupçonneux, est en train de lui passer un savon de premier ordre. La jeune femme a le malheur de faire un pauvre sourire crispé, et je comprends le vociférant Don't smile! lancé par le berger allemand.
Il nous explique que la guesthouse Suwa Aruna n'a aucune légitimité pour louer des chambres et que c'est le devoir du propriétaire d'assurer la sécurité des clients.
Nous, tout ce que nous voulons c'est un constat pour nos assurances, mais nous avons le sentiment que c'est une affaire de premier ordre et que ça ne s'arrêtera pas là.

On nous demande de remonter dans les tuk-tuk pour retourner à Mirissa. Le chef veut voir lui-même l'endroit, vérifier les lieux, nous poser des questions. Cette journée va être longue...
À notre arrivée le vieux fou est devenu beaucoup plus aimable et a retrouvé son anglais. Je vais mettre son attitude du matin sur le compte du stress et de la gêne.
À l'étage il y a au moins dix personnes. Le grand chef commence son investigation. Il est plus sérieux que l'inspecteur Colombo. Les filles sont soumises à la question.
Tout le monde vérifie que le loquet ne se coince pas, qu'il tombe aussitôt qu'on touche la porte et qu'il est facile d'entrer dans la chambre. Il y a aussi un peu de mauvaises volontés lorsque des jeunes n'arrivent pas à monter sur le balcon en passant par un muret et un petit toit, alors qu'ils grimpent aux cocotiers en moins de temps qu'il n'en faut pour prononcer kottu roti.

À mon tour. Je suis seul avec l'inspecteur Gadget dans notre chambre. Je lui montre comment le loquet de la porte ne peut s'enclencher puisque le béton est cassé. Comment, en la faisant vibrer un peu, le loquet du haut tombe et permet d'entrer facilement dans la chambre.

Il ne comprend pas que nos téléphones ne fonctionnent pas ici. Pourquoi j'ai enlevé ma carte SIM et ne l'ai pas remplacée par une carte locale. Je sais que ça aurait été plus facile pour eux de localiser nos cellulaires, mais ce sera impossible.
L'impression que nous avons est qu'il ne nous croit pas. Alors nous redescendons nous asseoir en attendant que son cirque de pseudo commissaire Maigret se termine.

Bizarrement en cinq minutes tout le monde nous rejoint. La jeune femme ne s'occupe plus de nous, le boss des bécosses monte dans son gros 4x4 et s'en va. On nous informe que nous devons nous rendre au poste de police. Mais lorsque je demande comment, il y un désintérêt total et nous ne pouvons que constater que nous sommes livrés à nous même. Il y avait largement asse de place dans la voiture du flic pour nous emmener... Ça fait des heures que nous ne demandons qu'un constat de police pour nos assurances, rien d'autre. Pas de dédommagement en argent, ni en poules, ni en massages ayurvédiques, juste un papier officiel avec tampon, signature, de préférence en anglais...
Là c'est assez. Nous allons à l'arrêt des bus, et montons dans le premier véhicule qui arrive. Nous avons dix minutes pour décider de la suite des événements.

Je me sens comme le lecteur d'un livre dont je suis le héros...


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