Dimanche 16 février – Uda Walawe – Tangalle. Thalassa, thalassa !

Nous voulons rapidement quitter cet endroit qui n'a pas grand chose pour figurer dans un guide touristique. 
Lorsque je sors la tête, vers 7 heures, le chauffeur est là et attend impatiemment ses premiers clients. Normalement, le départ est fixé vers 5h30/45 pour être les premiers à l'ouverture du parc à 6 heures. Mais ceux-ci prennent tout leur temps et je profite d'un bref éclair de gentillesse de notre hôte qui me propose un thé. 
Je n'en crois pas mes oreilles, ni mes yeux lorsque la théière arrive sur la table. Bon, on ne va pas devenir vraiment amis, alors dès que toute la troupe est prête, nous nous mettons en attente sur le bord de la route et commençons à patienter. 

L'arrêt de bus se compose d'une branche d'arbre pleine de feuilles et de deux piquets pour la tenir. Mais c'est un arrêt officiel où un bus rouillé s'arrête à 8h10. Hier soir, nous avons fait une estimation de notre temps de trajet jusqu'à Tangalle. Alex prenait une confortable marge de manœuvre en disant 4 heures. En général, c'est aussi ce que je fais, comme ça aucune déception si le trajet est plus long que prévu. Mais pour conjurer le mauvais sort, je décide que nous ne mettrons que deux heures et demi. Un peu prétentieux, mais je veux y croire. 

Ce bus nous dépose à Embilipitiya et le vendeur de tickets nous prendra lui aussi pour des pigeons en demandant 100 Rp à chacun. D'après mes observations, les autres passagers en payent 50. Ce n'est pas une grosse somme, mais c'est une arnaque quand même et ça nous fâche. 
En vingt minutes, nous arrivons à la gare routière. À peine le temps de récupérer nos sacs, de demander le bus pour Tangalle qui se trouve côte à côte avec le nôtre, nous déposons les sacs dans la soute et embarquons. Le transfert a duré moins d'une minute, nous avons de la place pour nous asseoir et le vendeur ne nous prendra pas pour des tirelires. Un voyage qui s'annonce sous les meilleurs augures. 

Finalement après moult coups de klaxon, de frein, d'accélérateur et d'évitement de justesse, nous arrivons en gare de Tangalle (prononcer Tangôlé) en... deux heures et quinze minutes exactement. 
Alex qui est déjà venu connaît le chemin pour se rendre à la plage. Nous quittons donc très rapidement la touffeur du centre-ville et la circulation infernale qui y sévit. La pollution visuelle, olfactive et sonore s'éloigne à mesure que nous avançons. Le vent de la mer commence à nous envelopper. Le bruit des vagues remplace celui de la folie des hommes. Le voyage coté plages vient de commencer. 

La guesthouse que connais Alex ne peut nous accueillir tous les cinq, alors nous continuons. Un tout petit peu plus loin, alors que Fanny menace de jeter son sac dans les vagues, un homme nous propose de visiter ses chambres. Sa guest (Ishara Cabanas) est bien placée, un peu en retrait de la route, la mer juste en face de chambres au deuxième étage. Le vent y soulève les rideaux et le prix que nous demandons (1800 Rp) est accepté. Il faut dire qu'il y a très peu de touristes ici en ce moment et de toute façon, cet endroit est bien trop calme pour la plupart des routards qui préfèrent s'encanailler à Mirissa. La chambre est super bien placée, le lit confortable et le ventilateur inutile. Le balcon immense domine l'endroit et les fauteuils en bois sont si hauts que l'on dirait des trônes. 
Alex nous emmène à sa cantine, le Roti Hut, nos estomacs se tordent de douleur malgré la petite boîte de Munchee lemon puff (with real lemon cream) que nous avons mangé il y a un siècle. 

Le patronyme du resto n'est pas surfait, sa spécialité, les rottis sont absolument incroyables. La pâte n'est pas trop épaisse, ils sont cuits bien dorés, les légumes sont sautés et caramélisés par un cuisinier qui a l'air de se réveiller. Ses réchauds et plaques chauffantes sont protégés du vent par une barrière de cartons. Il officie efficacement et pour la première fois depuis très longtemps, tout le monde reçoit ses commandes en même temps. Les rottis sucrés sont des petites merveilles de gourmandise. L'ananas est caramélisé, enveloppé dans la pâte pliée carrée et dorée sur la plaque. Les jus sont préparés frais par un petit bonhomme vêtu d'une robe sans manche, avec la fermeture éclair dans la nuque et raccourcie au niveau des fesses. De loin, c'est la grande classe. De près, ça l'est un peu moins, surtout quand il sourit. Et en voyant Fanny, il ne se lassera jamais de lui donner la main, de lui demander si le jus est à son goût, mais surtout de lui faire de grands sourires. Je ne sais pas si la surconsommation de feuilles de bétel et de noix d'arec fait tomber les dents, mais son cas est alarmant et passablement immonde. Les quelques fragments de chicots qui ornent sa bouche sont teints en orange ce qui ajoute au charme du personnage. Évidemment, Fanny, en jeune fille bien élevée ne peut l'éconduire et passera tout le séjour à l'accueillir avec autant de grâce qu'elle l'aurait fait pour Johnny Depp. Il n'empêche que c'est un garçon charmant et qu'avec un excellent orthodontiste et quelques milliers de dollars, on eut pu en faire un mari fort présentable. 
Le Roti Hut est déclaré Cantine Officielle du Club des 5. 

L'après-midi sera consacrée à la baignade et à une sieste magique dans un hamac qui a dû en voir et en recevoir des corps alanguis. Les énormes vagues ne sont guère propices à la nage synchronisée, mais un océan doit s'affirmer, sinon on l'appellerait lac. Activité vivifiante et très sportive, nous passerons plus de temps à éviter de nous noyer ou de nous faire écraser sous les masses liquides. 
Le plaisir est total.


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