Jeudi 16 janvier – Un anniversaire en douleur et une réflexion sur nos dépendances

Ce matin nous avons prévu de nous rendre au Wat Pho afin de profiter d'un vrai massage thaï. L'école de massage du temple est la plus ancienne de la capitale et les soins qui y sont donnés sont réputés pour être les meilleurs.
Nous réglons l'entrée de 200B et coupons rapidement les foules agglutinées de touristes massés autour de leur guide. Une longue file d'attente devant le kiosque de l'opérateur téléphonique True qui offre 1 heure de connexion gratuite à tous les touristes qui inscrivent leurs faux noms et leurs faux courriels me fait réaliser à quel point nous sommes devenus dépendant d'Internet.

Depuis notre arrivée j'ai remarqué que même dans des ruelles où nous ne serions pas passé inaperçus en raison de notre taille, de notre couleur et de l'incongruité de voir un touriste au fin fond d'un quartier isolé sans attrait et franchement crasseux, les gens ne remarque même plus notre présence. Au lieu de ça nous voyons des visages rétroéclairés, des bouches entre-ouvertes et des consommateurs complètement absorbés par cette technologie révolutionnaire de l'internet haute vitesse, des textos et des jeux en ligne.
Dans le métro plus personne ne se parle, plus personne ne sourit en croisant votre regard, les gens sont devenus des zombies technologiques.
Encore mieux, les vendeurs de rue ne harcèlent plus personne, ils sont complètement avalés par leurs écrans et rares sont ceux qui ont encore le professionnalisme de vouloir vous vendre à tout prix les copies de vêtements griffés, les savons sculptés ou le dernier film X... Pathétique mais quelque peu libérateur. Même les masseuses louches ne vous crient plus You want massaaaaaaaaaaaaaaaaaaaage ? Tout se perd...

Faisant donc fi de ces agglutinements d'accros nous nous rendons directement à l'école où nous sommes tout de suite pris en charge, payons les 260B pour 30 minutes de massage et nous retrouvons allongés sur des grands lits sous l'emprise de jeunes hommes qui n'y vont pas de main morte !
Pour résumer cette demie heure, je dirais que même une roche finira attendrie sous les poignes de ces malades mentaux. Leurs mains sont puissantes, ils nous triturent, nous étirent, nous percent, nous broient, nous plient, nous contorsionnent, nous concassent... Leurs doigts, leurs mains, leurs coudes sont des armes de destruction massives, mon corps est un champ de douleurs et de ruines. Je souffle au rythme des points de compression, je souris pour ne pas hurler, je me répète ad nauseam que c'est un professionnel, qu'il sait exactement ce qu'il fait et pourquoi il insiste si lourdement sur certains endroits qui me font souffrir depuis des mois et que les muscles qu'il fait rouler autour de mes os sont probablement dus pour ce genre de traitement. Finalement la demie heure s'est écoulée rapidement, mon tortionnaire m'offre une décoction d'herbes et ne demande si tout va bien. Contre toute attente je lui réponds oui, tout va très bien, sous entendu depuis que c'est terminé. Mais sérieusement, oui tout va vraiment bien, la douleur n'existe plus, mon corps semble fonctionnel, encore mieux, il semble un peu mieux fonctionner qu'il y a 30 minutes et je me sens vraiment bien. Je regrette de ne pas avoir pris une heure complète...

La visite du temple est relativement rapide, nous sommes déjà venus et connaissons tous les recoins de cet incroyable site. Les 47 mètres du Bouddha couché mériteront quand même notre humble visite. Son immensité, son visage paisible et toute la ferveur qu'il dégage ne laissent pas indifférent, il est réconfortant.

Nous quittons le Wat Pho en direction du quartier de Kao San, la rue des hippies et des routards paumés pieds nus. Surprise, la clientèle a changée. Des familles, des couples de retraités y côtoient maintenant les rescapés des ashrams tibétains. Bien entendu il y a encore pas mal de dreadlocks, pieds nus, pyjamas de chanvre et paumés de XXIème siècle, mais ça a l'air de se démocratiser un peu. Nous nous rendons en direction du khlong Saen Saep, un canal qui permet de se rendre rapidement et pour une somme dérisoire (10B) dans le quartier de Silom.
En passant à coté du monument de la Démocratie nous sommes surpris du peu de circulation, alors que c'est un endroit habituellement extrêmement fréquenté et bruyant.
L'explication vient certainement de ces barricades qui bloquent les avenues alentours, de ces gros sacs de sable qui obstruent les commerces et des manifestants calmes et déterminés qui ont installés leurs campements au beau milieu des rues.
Ils sont vraiment bien organisés, des tentes médicales, des distributions de bouteilles d'eau et des cantines aident les campeurs à tenir la coup. Beaucoup de petits vendeurs offrent des dizaines de produits dérivés aux couleurs du pays, t-shirts, bandeaux, macarons, chapeaux, sifflets, tout est bon pour se démarquer. La réactivité des fabricants est incroyable. En seulement quelques heures, les trottoirs ont été submergés de tous ces articles et une marée bleu, blanc rouge décore la ville.
Nous franchissons les barrages sans aucun problème, les gens sourient lorsque je fais des photos. Il y a 4 ans c'était les Chemises rouges (favorables au gouvernement) qui tenaient le pavé, aujourd'hui ce sont les Chemises jaunes qui veulent que la Première ministre démissionne. Toute une histoire de couleur...

Nous trouvons rapidement le quai du bateau qui va nous emmener dans le quartier Siam, l'embarquement est acrobatique et une touriste un peu gauche manque de finir ses vacances dans une eau que même un poisson ne boirait pas.

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