Dimanche 26 janvier Koh Lanta en position essorage et renforcement positif

Koh Haa
Réveil aux aurores, un pick-up vient me ramasser à 7h00 pour m'emmener au bateau. Hier j'ai réservé trois plongées dont deux sur les récifs de Hin Daeng et Hin Muang et une dernière sous les eaux de l'île de Koh Haa. Je connais très bien ces différents sites pour les avoir amplement fréquentés il y a quelques années lorsque j'étais un jeune moniteur bronzé et chevelu. En fait de bronzage, la combinaison ne permettait qu'aux mains et au visage d'être halés et de longs cheveux point, mais ce fut une année riche en rencontres terrestre et sous-marine.
Nous sommes 8 plongeurs à embarquer sur le speed boat de Blue Planet, un club de plongée francophone, qui nous permettra grâce à ses 450 chevaux de nous propulser en 1h30 sur les sites qui normalement sont à 4 heures de navigation. Première constatation, c'est petit. Très petit, nous devons nous céder la place pour pouvoir bouger sans nous marcher dessus. Mikko notre rondouillard Eskimo Finlandais a une drôle de voix perchée ce qui contraste fortement avec son voisin Tarik, un Turc exubérant organisateur de fêtes aux lunettes cassées et qui aimerait organiser nos mariages en nous promettant un magnifique gâteau aux champignons hallucinogènes. Ambiance...
Un Québécois vient se reposer de son joli bébé, et quatre Français viennent compléter le tableau. Nous sommes accompagnés de trois dive master, avec le capitaine et son matelot le bateau est plein à craquer.
Deuxième constatation, c'est extrêmement bruyant. Les deux moteurs hors-bord hurlent leur puissance dans un immense sillage d'écume. La proue fend les eaux calmes et les tympans sont noyés dans le vacarme surpuissant qui empêche toute discussion. Ce qui n'est pas plus mal puisque notre Finlandais semble avoir passé les dernières semaines sans pouvoir échanger le moindre mot.

Nous doublons l'île de Koh Haa et la mer commence à s'agiter. N'étant plus protégée par l'île de Phuket, la mer d'Andaman s'engouffre dans l'espace laissé libre. Les vagues commencent à faire bouger le bateau, mais nous arrivons et le temps de prendre le mouillage nous sommes déjà sous les flots.
Un léger courant nous force à palmer un peu plus fort pour avancer et il me manque deux kilos à ma ceinture de plomb pour être parfaitement à l'aise. Nous ne verrons ni raie-manta, encore moins de requin-baleine, mais le site est toujours aussi enchanteur. La toute dernière plongée que j'y avais faite nous avait donné mantas, requin baleine et j'y ai aussi croisé un banc d'espadons-voilier. La plongée c'est comme un jeu de hasard, sauf qu'on y gagne toujours quelque chose...
La remontée à bord est héroïque, la mer s'est vraiment levée et la petite échelle en métal gigote sous mes yeux. Il va falloir être rapide et souple pour grimper là-dessus sous peine de se prendre un barreau entre les jambes.
Finalement tout le monde est sain et sauf, et le responsable prend la sage décision de ne pas faire la deuxième plongée ici, mais plutôt de faire route vers Koh Haa.

Le trajet qui devrait prendre trente minute sera beaucoup plus long, les estomacs fragiles sont mis à rude épreuve et quelques poissons chanceux vont pouvoir profiter de la générosité de mes compagnons d'infortune. Il y a deux stades dans le mal de mer, le premier où a envie de mourir et le deuxième où on regrette de ne pas être mort...
Les vagues arrivent de face, nous sautons et tombons en essayant d'anticiper le prochain choc, j'ai l'impression d'être dans un autobus de la STM conduit par un fou sur la rue Sherbrooke ! Pourtant nous avons un Moïse à bord, pourquoi il n'a rien fait ?
Enfin nous arrivons à l'abri des îles et nos deux cinétosés reprennent des couleurs et le sourire. Plus de vagues, mais des sites plus ordinaires, aucune chance d'y voir une grosse bestiole. Je croiserais cependant la route d'une tortue gourmande, d'un petit poisson-fantôme, de quelques murènes, ferait un tour dans la cheminée, essayerais de retrouver l'appareil photo perdu de mon Eskimo fondant et regarderais avec amusement le grand Tarik s'étonner de sa surconsommation d'air alors qu'il palme comme un chien fou d'un plongeur à l'autre en brassant ses deux grands bras comme un moulin à vent.

Et ma vidéo en ligne ICI. Filmée avec une GoPro.
Celle d'il y a quelques années se trouve ICI, j'avais alors une vraie caméra et c'était mon gagne-riz...

Je tire mon masque aux moniteurs et dive-masters qui se tape ce boulot tous les jours sur un petit speed-boat. Espace confiné, odeur d'essence, bruit assourdissant, mouvement continuel et clients pas toujours faciles, sont leur quotidien, tout ça en gardant le sourire et veiller à la sécurité de chacun...

Ce soir, le corps balançant du souvenir de la houle nous mangeons au Roi Thai, un joli restaurant-école qui semble pouvoir combler mes attentes. L'accueil est sympa, la table aussi et la carte des plus complète. Nous mangeons très bien, même si l'un ou l'autre serveur est un peu perdu dans ses commandes, mais ça c'est mon quotidien à Montréal.
À coté de nous se déroule une scène pour laquelle je n'ai personnellement aucune patience. Un trio de personnes âgées s'agite et râle à grand coup de mines renfrognées et de gestes brusques. Le monsieur envoie balader les serveur d'un revers de main et sa femme toute vêtue d'une horrible nuisette claque des doigts pour appeler quelqu'un.
Elle ne comprend que son steak/purée ne soit pas plus chaud et demande à en avoir un autre. Sa voisine pas plus accommodante en fait de même, elle veut son steak plus chaud et ça presse ! Outre le fait de commander un steak/purée en Thaïlande qui déjà est une aberration, ils ne savent pas faire cuire un morceau de bœuf, on ne peut décemment être aussi vulgaire dans son non-verbal avec des personnes souriantes et affables.
La table d'à coté est choquée et lève les yeux au ciel, plus aucun serveur ne veut aller les voir, c'est un triste spectacle.

Une jeune dame qui semble être gérante vient nous voir et nous demande si tout se passe bien, elle fait le tour des tables et sans être encore au courant se rapproche dangereusement de la zone noire.
Elle se penche vers le monsieur et tout sourire lui demande si tout est OK. Malheur...
Du pain béni pour l'outrecuidant vieux schnock qui crache son fiel sur la dame toute surprise de cette réaction excessive.
Elle ne bronche pas, sourire figée aux lèvres, yeux écarquillées de surprise, hochant la tête en signe de compréhension, un parfait exemple de renforcement positif qui a exactement l'effet escompté, à savoir l'énervement complet d'une part et la zénitude de l'autre. J'adore cette madame !
Finalement ils partiront en colère et s'empresseront sans aucun doute de donner une très mauvaise note sur TripAdvisor, n'en tenez pas compte et mangez local. Sinon restez donc chez vous et ouvrez votre guide des bonnes manières...


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