Tokyo-rue de Bordeaux – encore le 18 mars !

Tokyo, aéroport de Narita.

Une dernière fouille sommaire avant d’entrer dans l’avion, effectivement la bouteille suit, pour l’instant, et nous retrouvons nos sièges, les mêmes que pour le vol précédent.
Un vol de plus de 6500 kilomètres au dessus de l’océan Pacifique, l’Alaska, la Saskatchewan et enfin au bout de cette longue journée où nous avons vu le soleil se lever deux fois nous atterrissons à Washington où un très agréable 20° nous accueille.
Pendant le vol on nous demande de remplir la feuille d'immigration aux États-Unis, les questions sont désarmantes de... de... à vous de juger.
  • Avez vous été impliqué dans un acte d' espionnage, un attentat, un sabotage, des activités terroristes ou un génocide ?
  • Êtes vous atteint de maladie contagieuse ou de déficience mentale ?
  • Êtes vous dépendant aux drogues ?

Je vous jure que c'est vrai ! Hum que répondre ? Avoir du plaisir dans les geôles américaines ? Un pays où la peine de mort est toujours d'actualité... Allez on va répondre non à tous ces intelligents questionnements...


Nous sommes à nouveau soumis aux douanes américaines et le fonctionnaire qui s’occupe du dangereux André profite lâchement des problèmes d’anglais du pauvre Québécois. Je vois de l’autre file d’attente que le policier a beaucoup de plaisir à torturer son client qui s’emmêle complètement dans ses explications de plus en plus paniquées.
Finalement, las de savoir si le voyageur en transit va finir par avouer qu’il ne saura jamais répondre à sa question, il passe à une autre victime.
Nous récupérons nos sacs, glissons la bouteille de whisky dans le sac d’André et les jetons sur un tapis roulant qui disparaît dans un mur. Nos bagages sont engloutis dans le compliqué système de tri de l’aéroport et nous refaisons encore une autre file pour passer une nouvelle fois devant des douaniers, des scanners et des questions de base.
Finalement, après avoir parcourus le terminal au grand complet, empruntés un train souterrain, nous arrivons à la porte A7 pour immédiatement embarquer dans notre dernier avion à destination de Montréal. Le vol de courte durée sera très calme, nous survolons une campagne brune et grise, le ciel est bas, la température semble désagréable, mais c’est enfin la conclusion d’un très long voyage.

A PET nous passons très rapidement les douanes et attendons nos bagages. Mes deux sacs arrivent rapidement sur le tapis, mais il manque celui d’André qui commence à courir à travers tous les coins de l’aéroport pour vérifier s’il n’a pas atterris ailleurs.
Hélas, il faut se rendre à la conclusion que le sac à dos contenant tous nos souvenirs de Bali et le fameux Hibiki 17 ans d’âge est resté à Washington.
Nous remplissons le formulaire de perte aux bureaux d’United Airlines, l’employée nous dit que tout devrait rentrer dans l’ordre en 24 ou 48 heures.
C’est un André désespéré que je traîne jusqu’à la sortie où nous avons rendez-vous avec Marie-Josée.
Il est 20 heures 30 et nous arrivons à la maison, pas fâchés d’être enfin en nos murs.

Pour conclure : le sac arrivera intact le lendemain en début d’après-midi, notre appartement sera nettoyé et repeint avant le vendredi soir, il fait soleil, un peu frais. Tout va bien.
C'est fini...

Merci !

Merci à tous ceux qui ont laissé des commentaires ou des messages sur ce blogue.
Merci de m’avoir lu. J’ai pris énormément de plaisir à écrire, et c’est gratifiant de savoir que ces mots voyagent et vous permettent de partager un peu de notre quotidien.


Au plaisir de vous retrouver pour d'autres voyages au pays des Drôles d’Idées.
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Bangkok – Tokyo - Jeudi 18 mars

Une heure du matin.
En quelques courtes minutes nos douches sont prises et nous descendons payer la chambre avant de monter dans un taxi hélé par le portier. Le trajet se fera très rapidement, l’autoroute à cette heure est presque complètement vide. Aux abords de l’aéroport, des dizaines de policiers et de militaires ont installés des barrages et contrôlent toutes les voitures. Je pense qu’ils ne veulent pas subir les mêmes inconvénients que l’an dernier à savoir le blocage complet des aéroports par les manifestants. Des vols annulés, des centaines de passagers bloqués, la Thaïlande veut donner une image plus touristique et montrer qu’elle est capable de gérer ses débordements sociaux.

Nous avons presque deux heures d’avance sur l’ouverture des guichets d’enregistrement, nous nous promenons un peu dans les lieux immenses, frais et aseptisés. Certains passagers passent la nuit sur les bancs, recouverts de leurs sarongs, collés à leurs sacs à dos, se réservant une nuit bien agréable et reposante.
Enfin, nos sacs enregistrés, nous pouvons continuer de subir les interminables contrôles de sécurité. Est-ce que par le plus grand des hasards les Américains seraient encore en train de contrôler le fonctionnement du restant de la planète ?
Des questions débiles : qui a fait les sacs, transportez vous des affaires qui ne sont pas à vous, avez-vous laissés vos sacs sans surveillance, avez-vous des armes ?
Une fouille, un autre contrôle et enfin nous passons en zone hors taxe. Nous pouvons aller choisir une bonne bouteille de scotch et quelques friandises avant d’aller manger un petit morceau. Il est 5 heures du matin, mon sandwich et mon café font face à une bassine de Coke, une brouette de frites et à un méga over-sized Whooper triple boulette de viande !
Il est cinq heure et André me dégoûte !

Bon, il est temps de quitter nos confortables sièges en direction de la porte D2, qui à notre grande surprise est complètement à l’autre bout de l’aéroport. Qui donc a eu la brillante idée de construire cet aéroport ? Pour accéder à la zone D il faut prendre à droite après les contrôles et traverser les immenses zones A, B et C, descendre un étage pour s’apercevoir que la zone D commence à D9 et se rendre compte que D2 est tout au bout de la passerelle. Après les contrôles qui nous ont pourris la vie ! Nous sommes à cinq minutes d’embarquer et accélérons un peu le pas. En approchant de la porte d’embarquement nous constatons qu’il y a encore un dernier contrôle. Une fouille complète des sacs, il faut ôter nos souliers et se faire rapidement palper par un agent de sécurité. Mais le drame est que nous n’avons absolument pas le droit d’embarquer quelque liquide que ce soit dans l’avion !
La merveilleuse bouteille de Scotch écossais pur malt, dûment emballée dans un sac scellé par les soins des vendeurs hors taxe ne peut faire le voyage avec nous.
Je suis en train de perdre ma précieuse et légendaire patience…

Je laisse André au contrôle et remonte avec la bouteille à la recherche d’un magasin hors taxe, pour me la faire rembourser. Je cours comme un débile dans les allées, trouve la boutique, explique la situation, un peu essoufflé. Les vendeuses sont très compréhensives, et me demandent la facture que je crois être dans le sac d’André. Je repars donc en courant le retrouver, fouille les sacs pour m’apercevoir que le précieux papier est dans ma sacoche que je traîne depuis deux mois. Je remonte 4 à 4 les marches, tends le papier aux filles qui se sont mises à sept pour m’aider et avant d’avoir la confirmation de l’achat par téléphone dans l’autre boutique où les vendeuses vont se faire engueuler faute de m’avoir prévenu, elles me tendent les 2500 bahts dont je ne sais même pas quoi faire.
Je retourne en courant rejoindre André et enfin nous passons les contrôles.
Qui veut faire sauter un 747 en route vers Tokyo ? QUI ??

Traversant les insolents sièges couchettes des premières classes, nous regagnons les avant derniers fauteuils, dans la queue de l’appareil où nous subirons les fantasques sautes d’humeur d’un Boeing pris dans les tourmentés courants d’air. Le vol vers Tokyo sera de temps en temps semblable à un rodéo, nous nous devons de faire confiance aux techniciens qui ont conçus cet appareil et à l’expérience du pilote. De mon hublot je vois très distinctement l’aile et le réacteur qui semblent vouloir perdre leurs boulons pour aller s’écraser quelques 6000 mètres plus bas, dans les vagues de l’océan. Vite je ferme les yeux et me contente de dormir en me disant que ce sera toujours ça de pris au cas où…

Finalement comme on peut le constater en lisant ces lignes, l’appareil se pose en un seul morceau au Japon où nous débarquons pour changer de vol. Tiens, encore des contrôles, un scanner des bagages de cabine, au cas où quelqu’un aurait réussi à fabriquer une bombe nucléaire dans les toilettes pendant le vol, et nous sommes libres de nous promener dans les vastes couloirs de Narita.
Nous repérons tout de suite notre porte d’embarquement, on ne se fera pas avoir une deuxième fois, et allons visiter les rayons des boutiques hors taxe.
Le Japon est réputé pour son whisky, mais je demande plusieurs fois et à plusieurs personnes différentes si là aussi on me fera courir comme une poule pas de tête à travers tous les terminaux pour me faire rembourser parce que je peux acheter mais pas embarquer. Tout le monde me confirme que l’on peut acheter, mais lors de notre escale à Washington il nous faudra mettre la bouteille dans les bagages en soute que nous devons récupérer avant de les ré-enregistrer. Pourquoi faire simple ? Bon, nous prenons une chance et achetons un scotch de 17 ans d’âge, après en avoir fait la dégustation évidemment. Il est quelque chose comme 15 heures 30, mais avec tout le décalage que nous allons prendre l’heure n’a plus aucune importance. Manger une soupe à 2 heures du matin heure de Bangkok ou 13 heures, heure d’Anchorage, se taper un Cabernet Sauvignon après un Gin Tonic à 23 heures à moins qu’il ne soit 5 heures ?

André est déjà à l’heure de Montréal, 3 heures du matin, et se fout de savoir si son apéro a du sens, pourvu qu’il y ait un apéro…
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Une manifestation rouge, une balade sur le Grand Canal et une parenthèse culturelle - Bangkok Mardi 16 mars

Une promenade dans les rues de la ville nous emmène près du monument de la Démocratie et l'agitation qui y règne nous informe rapidement sur les positions des fameuses “chemises rouges” qui soutiennent l’ex-premier ministre Takhsin et réclament des élections.
Nous n’avons pas le sentiment de déranger, ni d’être en quelconque danger. Les gens sont assis sur la route et sur le trottoir, des tentes sont installées, des toilettes, des cuisines, des tables, tout est fait pour tenir un long siège. À notre grande surprise il y a même des lieux destinés à la détente avec des masseuses, et des tentes hôpital où les gens font la file pour donner leur sang.
Ce que je pensais être un don pour les banque du sang est prévu pour un tout autre usage comme je l’apprendrais le lendemain en lisant les informations sur Internet.
Tous ce sang est recueilli dans des bouteilles et des sacs pour être ensuite jeté sur certains édifices gouvernementaux et surtout sur le domicile de l’actuel premier ministre. Charmant.
Nous traversons une foule où 150 000 personnes nous font des sourires et ne rechignent pas à poser pour des photos. Je ne comprends pas vraiment leur idéologie, je sais simplement que c’est la classe populaire qui soutient l’ex-premier ministre mais de là à comprendre pourquoi ils veulent le retour d’un homme politique coupable d’être un filou…

Nous arrivons au khlong, le canal qui nous ramènera vers le centre ville. Un moyen de transport largement ignoré des touristes et qui ne coûte qu’une poignée de piécettes. Nous voguons sur les eaux sombres du canal et nous abritons le plus possible derrière les bâches bleues installées de par et l’autre de la chaloupe pour nous protéger des projections du liquide sur lequel nous naviguons. Je n’ai aucune confiance dans la salubrité de ces eaux troubles et si les voyageurs locaux eux-mêmes se protègent il serait malvenu que je n’en fasse pas autant.
Pourtant, ça et là des gens se baignent, des enfants jouent dans les déchets flottants et des pêcheurs tirent une maigre pitance de ce fluide miasmatique.
Je préfère jouer dans les tubes chlorés du Waterbom…
D’acrobates jeunes filles vont et viennent sur le plat-bord pour récolter l’argent et distribuer les billets, un casque sur la tête pour seule protection, elles ont l’œil sur tout et savent qui vient d’embarquer et qui doit débarquer où. Leur ballet est artistique et efficace, une main pour le bateau et une main sur le porte-monnaie et le distributeur de tickets.

Nous débarquons à la hauteur de la maison de Jim Thompson à qui le royaume de Siam doit la notoriété et la commercialisation internationale de sa soie. Arrivé en Thaïlande au lendemain de la guerre de 1944, Jim Thompson était un ancien agent de l'OSS (qui s'appelle maintenant "CIA"). Séduit par le pays, il développe la production de la soie thaïlandaise et collectionne les objets d'art ancien asiatique. Il disparut mystérieusement en 1967, lors d'un séjour chez des amis en Malaisie. La finition thaïlandaise de ce superbe tissage est plus soignée et la maison de monsieur Thomson est un enchantement de délicatesse. Il a récupéré des morceaux d’anciennes maisons en tek de Bangkok, promises à la destruction pour fabriquer cette très jolie propriété où il a vécu.
Une oasis de calme au milieu de la tourmentée capitale.
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Alice, le roi et le gros mangeur - Bangkok 15 mars

Nous entamons notre journée avec la quête de l’impossible. Trouver quelque chose dont on n’a aucune idée de ce que c’est est une épreuve pénible et stérile.
J’en profite pour me mettre à jour sur Internet et lâcher mes derniers textes sur le blog.

Notre programme est on ne peut plus simple, manger et aller voir Alice au Pays des Merveilles sur un écran Imax 3D.
Le film est projeté dans la grande salle des cinémas du Siam Paragon, nous sommes à quelques années lumières de tout ce que nous connaissons.
Le 7eme étage de l’énorme centre commercial est totalement consacré au multimédia, avec des salles de jeux et des salles de cinéma. Dans chaque salle, toutes les places sont numérotées et lors de l’achat du billet on sait exactement quels sièges sont encore disponibles, aucune dispute possible. Tout est propre, nettoyé continuellement, le service à la clientèle est impeccable, et la climatisation tourne à fond.
Dans la salle l’écran est vraiment énorme, les sièges recouverts de velours ont des dossiers qui se rabattent vers l’arrière pour pouvoir profiter au maximum de la vue panoramique.

Le très gros monsieur qui se déplace péniblement sur une canne ployant sous son poids souffre le martyre pour gravir les 12 marches menant à son siège.
Mais, à ma très grande contrariété le plantureux personnage change plusieurs fois de place avant de venir caler ses corpulents jambons derrière mon dossier.
Je capote !Non content d’accuser une effarante surcharge pondérale, le morbide se gave, se bâfre, ingurgite et broie entre ses mafflues bajoues des poignées de pop-corn et de chips, qui d’après les remugles nauséabonds qui me parviennent, semblent être à base de poisson ou de calmar séché…
J’ai comme le vague sentiment que je vais passer une excellente séance et cherche désespérément autour de moi si des places sont encore disponibles.


Dans tous les cinémas, avant la projection du film principal il faut se lever en l’honneur du Roi. Avant ce respectueux moment, plusieurs petits films sont projetés en l’honneur de la grandeur du royaume et de son divin Souverain, et sont autant de très habiles animations propagandistes. Sa Majesté apparaît toujours en belle position, photographiant des constructions et des chantiers et venant à l’aide de sinistrés. On y voit l’armée secourir les démunis, les services sanitaires, et tous les services gouvernementaux sont mis à contribution pour prouver leur grande efficacité. La musique poignante est à l’image de l’habile endoctrinement, en fait c’est tellement bien fait que j’en ai quasiment la larme à l’œil…
Je vais finir par aimer le Roi moi aussi, mais mon chic voisin arrive au fond de son cinq litres de Coke et sa paille le fait bruyamment savoir.

Le film commence, par chance le son est suffisamment fort pour couvrir les indécents bruits de mastication du mastodonte, et j’ai mon arme secrète dans mon sac, à savoir mon petit tube nasal mentholé. Mon dossier de siège subira de temps en temps les mouvements des empâtés genoux de mon cher voisin, mais le film et la 3D feront en sorte de me faire oublier ces opulent inconvénients.L’immersion dans l’écran est totale, nous voyageons avec Alice et le Chapelier Fou, et je comprends maintenant pourquoi le dessin animé de Walt Disney m’avait tant terrorisé étant petit.
J'ai jamais aimé Alice mais là ça va mieux... Merci
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Au revoir Bali, retour à Bangkok - Vendredi 12 mars

Il est 7 heures, le réveil nous incite à prendre notre courage à deux mains, il faut laisser Bali à ses Dieux et ses touristes. Il nous faudra à peine 10 minutes pour trouver un taxi que nous payerons huit fois moins cher qu’un transport proposé par l’hôtel.
Évidemment tous les comptoirs d’Air Asia sont encore fermés, alors nous patientons presque deux heures en faisant l’inventaire de tous les souvenirs hideux dont nous aurions pu gratifier nos amis. Par chance pour eux nous n’avons en poche que quelques billets pour nous hydrater et payer la taxe de l’aéroport !
L’enregistrement sera un peu bordélique avec des comptoirs à destination de Perth en Australie qui enregistrent pour Bangkok, alors que ceux de Bangkok ne sont pas encore prêts. De toute façon j’ai préenregistré nos places il ne nous reste qu’à déposer nos sacs sur le tapis. Pendant notre très longue attente nous avons eu le temps de vérifier le poids de nos bagages et contrairement au couple de vieux Russes qui, à force de subtils déplacements a fini par passer devant tout le monde, nous n’aurons pas de ruineux supplément de poids à payer.
Il est 10 heures 15 et nous sommes attablés devant un spaghetti carbonara et un café balinais… Joyeux mélange !
Avec une dizaine de minutes de retard nous nous arrachons au tarmac, survolons une dernière fois les plages et ballottés à travers les gros nuages cotonneux nous filons vers le royaume de Siam.
Notre périple balinais est terminé, ma plus grande satisfaction est, entre autre, de ne pas avoir connu le contact rugueux de l’asphalte malgré tout ce qui aurait pu y donner droit.
Cette île ne nous aura donné que du bonheur, de belles découvertes, de riches rencontres et la très forte envie de revenir. Découvrir Lombok, se dorer au soleil de Gili, gravir un volcan, aller voir les dragons à Komodo, la liste est sans fin.
Après quatre heures de vol nous atterrissons à l’immense aéroport international de Bangkok, passons les douanes où officient des fonctionnaires entrainés à surtout ne jamais sourire ni exprimer le moindre sentiment que ce soit, et attrapons un taxi. Le chauffeur suggère un prix exorbitant arguant un trafic noir comme sa chemise pour justifier ses tarifs. Je lui demande gentiment de démarrer son compteur ce qu’il refuse de faire, je lui demande alors de faire demi-tour et de nous déposer là où il nous a embarqués. Un peu moins gentiment.
Finalement nous arrivons à un compromis, duquel il sort vainqueur, mais je n’ai pas envie de me battre, et nous filons sur une autoroute déserte. La fameuse circulation noire est aussi claire que le ciel de Bangkok, il n’y a pas un chat dans les rues et je félicite le chauffeur pour la belle couleur de sa chemise. Nous apprendrons par la suite que ce sont les annonces des manifestations monstres prévues en ville qui ont refroidies les ardeurs des automobilistes en ce vendredi.
Notre chambre est prête, face à la piscine au 6eme étage loin de la rue et du bruit. La petite sieste d’André durera presque quatre heures, nous resterons tranquillement dans le quartier avant de profiter d’un matelas assez coriace mais très confortable. Vivement notre lit et nos oreillers.

Le temple de Thana Lot, des excentricités vestimentaires, le Café Bali et enfin la plage - jeudi 11 mars












Plutôt que de payer 175 000 roupies pour un voyage organisé, je loue une mob pour presque 5 fois moins. Nous partons visiter le temple de Thana Lot, un incontournable puisqu’il figure sur les cartes postales !

La circulation devient presque normale une fois sortis des plages de Legian et Seminyak, mais je déconseille plus que fortement toute aventure motorisée à qui n’aurait pas une expérience solide et des preuves tangibles de conduite dans des rues bordées de caniveaux de 70 centimètres de profondeur, de conduite à gauche, avec des véhicules venant à contre sens et surtout en ayant vérifié lors de la location que les freins et surtout le klaxon fonctionnent correctement.
Conduire en Thaïlande est un jeu d’enfant !
Nous traversons quelques rizières temporairement survivantes, sommes coincés derrière un autobus exhalant une fumée noire à laquelle j’attribuerais mon futur cancer des poumons et rêvons de nous amarrer à une bouteille d’oxygène.
Y aurait-il un marché de bar à oxygène à développer ?
Pour mon plus grand bonheur un feu rouge sorti d’on ne sais où viendra arrêter mon vaillant scooter, le temps que le gros véhicule fourré aux Chinois prenne une sérieuse avance. Chinois ou Coréens ?
Est-ce vraiment important de connaitre la nationalité de ces incroyables touristes qui ne peuvent pas poser pour une photo sans une mimique ridicule devant un monument qui devrait inspirer le plus grand respect ? Et toujours les doigts en V, le V de la Victoire ou le signe de paix genre Yoko et John… Pour finir avec ce tableau digne des artistes les plus surréalistes, les vêtements sont d’une extravagance hallucinante.
Le mot est bien pesé, je suis certain que ces gens prennent des drogues, des champignons, du LSD que sais-je, mais je ne peux croire qu’un cerveau normalement fonctionnel puisse autoriser un être humain à se vêtir de cette façon…
Et encore plus étrange ce sont les hommes qui mettent la barre haute, les chemises hawaïennes sont assorties au short, et les chaussettes montées aux genoux sont engoncées dans des sandales de cuir.
L’appareil photo hors de prix accroché autour du cou se balance mollement sur leur stomacale proéminence. Que tous les Dali de la terre viennent s’en inspirer ! Donnez-moi une boite de Tylenol.
Le temple est joli, la marée basse permet d’accéder à la petite île, mais pour monter sur le tout petit escalier auquel les non-hindouistes ont droit, il faut verser une donation, se faire asperger d’eau de la source sainte et se faire coller une pincée de riz sur le front. Merci, nous avons déjà donné dans la bénédiction et l’eau croupie, je ne mettrais aucune photo en ligne de ma face en sueur avec du riz trop cuit sur mon grand front dégarni !
Les photos seront magnifiques vues de la falaise et de toute façon ce matin le ciel est couvert. Une agréable promenade nous emmène visiter les lieux, au loin on aperçoit la pelouse, où pas un brin d’herbe ne semble dépasser, de l’hôtel Méridien construit juste au-dessus du lieu saint.
La clientèle huppée observe, désabusée, la plèbe défiler à travers les bulles de leur flûte de champagne bien frais en croquant de leurs belles dents blanchies leurs croissants encore tièdes.
Aux alentours du temple les inévitables marchands nous attendent, persuadés que nous allons nous procurer cinquante sarongs, boire plusieurs dizaines de Coke, ou nous vêtir de huit immondes t-shirts IPood ou Bintang… Quelques montreurs d’ours se sont reconvertis, faute dudit plantigrade, dans le boa, le python ou la roussette.
La roussette qui n’a aucun lien de parenté avec la Zora de mon enfance télévisuelle, est une très grosse chauve-souris toute poilue et qui ne suce que le sang de quelques fruits pour peu qu’on l’ai laissée en liberté… Et qui en passant, a la texture et le délicieux goût du lapin.
Nous reprenons la route sur notre poussive motocyclette, et je ne peux m’empêcher de m’arrêter aux abords d’une rizière pour aller voir un jeune paysan en train de s’escrimer à faucher de son indispensable faucille, quelques acres de riz blond. Ces gens abattent un boulot incroyable, sous le soleil revenu la chaleur rend tout déplacement pénible. Alors passer ses grandes journées, le dos cassé, le geste immuablement répété est un exploit que personne ne viendra jamais honorer. Je lui demande d’un sourire si je peux immortaliser son œuvre, ce qu’il accepte avec la plus grande joie. Je ne crois pas que beaucoup de gens viennent lui en faire la demande et les photos volées depuis une fenêtre d’autobus lui feront une belle jambe !
En partant je lui fais un signe d’au revoir et c’est lui qui me remercie !
Il me remercie de m’être arrêté et d’avoir pris de mon si précieux temps de touriste pressé pour l’observer ne serait-ce que trois minutes.
Le hasard finissant par bien faire les choses nous nous arrêtons devant une boutique qui affiche ses convictions biologiques et naturelles et ce que nous cherchions depuis 23 jours nous est enfin offert. Les poivres longs, ronds, noirs ou verts de Bali et Java que nous avions vus à Sanur sont là. Nous avions perdu tout espoir de mettre la main dessus, ayant épuisés toute nos commerciales ressources et la plupart des magasins susceptibles de les vendre.
Des épices, on en trouve bien entendu partout, des bâtons de cannelle éventés, des poivres sous plastique, des clous de girofle et des baies de cardamome en petits morceaux, mais pour la belle qualité nous n’avions plus aucun espoir si ce n’est notre montréalaise caverne d’Ali “de Vienne” Baba.
Enfin c’est au Café Bali que nous nous sustenterons, une salle magnifique, une cachette coloniale, un lieu de repos et de bien être et un tartare de thon au-dessus de tout entendement. Oui nous mangeons du poisson cru sous les Tropiques ! Le thon n’est jamais aussi bon que cru, et le Café Bali est la référence pour ce mets.
Une distinguée quinquagénaire qui rêve d’un gros hamburger et de faire vingt ans de moins que ses mains se contente d’une gracile salade. Sa meilleure amie qui n’est autre que sa fille grignote la même verdure du bout de sa lippe boudeuse et bourrée de collagène. Leur détachement et leur complaisance propres à leur rang social sont cocasses, je suis fier de mon débardeur plus très frais et de mes cheveux en pétard ! J’ai comme une furieuse envie de crier et de les secouer, de les emmener voir mon coupeur de riz et de leur dire que nous venons de faire un demi-tour de l’île sur un scooter… Bah le tartare de thon se suffit à lui-même.

Il est temps de parfaire notre bronzage, car il est loin d’être certain que nous verrons un rayon de soleil à Bangkok. La plage nous accueille de tous ses grains de sable fin et nous installons nos serviettes au bord des vagues, loin des vendeurs de tout poil. Je loue un bodyboard et m’essaye à la distraction locale, la glisse sur écume.
Les vagues sont agréables, moins cassantes et violentes qu’en Atlantique, elles permettent de profiter de l’agréable sensation de flotter entre ciel et mer.
Loin du surf et de ses adeptes, ce petit bout de planche en mousse me suffit largement, et André aura également du plaisir à s’échouer sur la lointaine plage. Même sans cet artefact, en partant au bon moment, on peut surfer simplement en projetant le corps dans l’ourlet de la grosse vague. Retenant la respiration, raide comme la justice, les paumes loin devant, on est pris dans le tourbillon insensé de la lame de fond qui finit ici son tour du monde.
Après presque quatre heures à tremper dans cette incessante mouvance, le soleil donne tous les signes d’un affaiblissement inéluctable. Il est 18 heures 30, l’intense étoile va se poser à l’horizon, le disque se déforme au contact de l’océan Indien, et tout va très vite. Ce qui semble immuable va disparaître en quelques très courtes minutes, sur la plage la foule s’est amassée, le spectacle ne laisse personne indifférent. Je suis même étonné qu’après le royal couché, les applaudissements ne fusent pas comme à la fin d’un merveilleux spectacle.
Le corps immergé, sautillant de vagues en vagues, nous profitons au maximum de l’épilogue heureux de cette belle évasion balinaise. Voilà, le dernier rayon, une timide lueur émeraude, et un dernier rouleau effervescent nous ramène à la plage qui se vide doucement de tous les témoins de cette fin de journée.
Nous revenons à notre chambre, vidés de toute énergie après ce tumulte, mais trouvons un tout dernier regain de dynamisme pour aller manger un ultime gado-gado et un satay ayam dans un petit restaurant populaire non loin de notre hôtel.
Nos sacs sont bouclés il n’y aura nul besoin de nous fredonner une quelconque berceuse, et c’est le corps encore balancé du souvenir de toutes ces vagues que je tomberais entre les bras d’un Morphée pressé de me voir rejoindre son univers.
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Ziiiiiiiiiiiiiiiip ! Wooooooof ! Splash !! mercredi 10 mars


Bon anniversaire Paul ! Six ans déjà hiiiiiiiiiiii que le temps passe vite…
Alors pour fêter le temps qui file aussi vite qu’un scooter balinais, nous allons célébrer ça au Waterbom, un centre de glissades d’eau et de piscines.
Nous arrivons de bonne heure, essayons vainement de comprendre ce que nous explique la jeune fille à la caisse et nous mettons tout de suite à la quête de chaises longues.
Loin de la piscine des enfants, loin du filet de volley-ball, proche d’un bar et avec un peu d’ombre. À cette heure matinale le choix est vaste, en fait il n’y aura pas foule de toute la journée, la haute saison n’est pas encore arrivée.
Nous n’attendrons jamais plus de cinq minutes pour accéder aux glissades, le plus souvent nous montons les escaliers et descendons immédiatement. On est loin de Saint Sauveur, de ses descentes vertigineuses et de ses eaux arctiques, ici l’eau est à température ambiante. Comme dans les Laurentides finalement…
Les glissades sont vraiment agréables, le boomerang nous fait repartir à l’envers, l’entonnoir géant va finir par me faire vomir, nous ferons la course dans le jungle race, et mon maillot de bain se transformera en string en s’insérant entre mes miches dans la descente infernale du water shot.
Pour nous remettre de toutes ces émotions nous nous installons au bar de la piscine pour y déguster une bouteille d’eau bien fraiche, nous sommes très sages.
Nous raterons le coucher du soleil qui de toute façon n’était pas fameux et finirons notre journée devant un canard de Pékin croustillant et juteux.
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L’internationale culture nord-américaine nous rattrape - mardi 9 mars

Ce matin nous prenons un taxi à l’hôtel qui nous demandera deux fois plus cher qu’un taxi régulier et allons à Seminyak.
La partie nord de la plage abrite les boutiques, restaurants et hôtels très chics. Les prix sont à la hauteur de ce à quoi nous nous attendions, inabordables.
Le très fameux Kudeta, bar et restaurant de plage est une merveille de design et un sanctuaire pour jeunes riches qui doivent s’y faire voir. Nous n’y ferons qu’un rapide passage, et attendrons d’être très riches pour revenir y faire les beaux.
Nous marchons dans les ruelles bordées de hauts murs derrière lesquels se cachent des villas et des hôtels très haut de gamme. Il y a moins de 20 ans tout cet endroit n’était que rizières et champs de légumes. La plus fameuse rue de Seminyak était boudée par tous car c’était le chemin du cimetière où passaient les processions après les crémations. À présent cette route est celle de l’Oberoi, un des hôtels le plus chic de tout Bali…
Nous revenons à Kuta et allons nous allonger sur la plage. Celle-ci est immense, et couvre toute la surface entre l’aéroport au sud et Seminyak au nord, le sable noir fin est brûlant sous les pieds, les vagues se déroulent sous les planches de surf et les cheveux longs blonds sont de rigueurs.
Le seul problème c’est que se baigner ici est un danger permanent… Les surfeurs sont partout et revendiquent l’immensité de la mer. La plupart est suffisamment expérimentée pour éviter les baigneurs, mais les débutants sont de vrais missiles.
Les vagues sont grosses mais pas violentes et le sable très doux ne laissera pas de traces de coupures sur le corps en cas de chute. Le courant charrie quelques déchets en plastique tant pis, c’est aussi ça Bali.
Plus tard nous irons voir le coucher du soleil comme presque tout le monde, mais ce soir le coucher se fera discret et pratiquement insignifiant. Nous descendons la plage et traversons un grand centre commercial proche de l’aéroport. De l’autre coté se tient une rue toute commerciale et principalement destinée à la clientèle australienne et nord-américaine. Des restaurants de grandes chaines, des magasins de souvenirs, des crèmes glacées industrielles, tout est fait ici pour plaire à ceux qui n’osent pas s’aventurer hors des villes sans âme.
Je suis certain que la grande majorité des gens que nous croisons ici ne verra jamais l’arrière pays, qu’elle ne se perdra jamais dans les sublimes paysages de rizières des montagnes, que jamais elle ne sentira un gros cochon griller dans un caniveau, qu’elle ne mangera pas ce drôle de salak, ou le parfumé bebek betutu en écoutant sa belle histoire, ou ne s’arrêtera au bord d’un champ de riz pour admirer le travail phénoménal d’un paysan en train de récolter, d’une vielle femme en train de repiquer des touffes émeraudes dans une parcelle inondée.
Nous ne sommes que des humains et seront tentés par le Bubba Gump, un restaurant tiré du film Forest Gump, à moins que ce ne soit le film qui ait utilisé cette marque… Il est grand le mystère d’Hollywood…
Ami lecteur tu as ici une occasion incroyable de participer à notre grand jeu !
La question est simple et le prix du vainqueur exceptionnel !
Qui de l’œuf ou de la poule était en premier ?
Est-ce le film qui a enfanté du restaurant ou est-ce le restaurant qui à payé pour être dans le film ! Vite à ton clavier !
Des crevettes en tout genre, frites, bouillies, sautées, en panure, en sauce, au citron, mais surtout panées et en sauce…Le concept est tellement étasunien que c’en est trop. Des frites grasses, trop de sauce, des serveurs bien trop joyeux, des remplissages de sodas à volonté, beaucoup de clients avec un sérieux excès de tour de taille et des prix hors du commun.
Rien à voir avec un Nasi Goreng mitonné sur le bord d’une plage pour une poignée de roupies, ici les prix sont en dollars…
Le retour à la “civilisation” est douloureux, nous n’avons pas très envie d’en voir plus, et honoreront notre chambre de notre aimable présence.
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Un peu de nostalgie - lundi 8 mars

Et voilà… Il fallait bien que ça se termine un jour et ce jour est arrivé…
L’heure du départ a sonnée, nous bouclons nos sacs, disons au revoir à Mister Smile en lui promettant de revenir et de parler de son île et de ses bungalows.
Alors si d’aventure l’un de mes millions de lecteurs partait en vacances aux îles Gili, je lui conseille le Gili Smile Bungalows à Trawangan.
Il n’y a pas d’eau douce, pas plus que chaude, pas de climatisation, pas de télévision, encore moins de WiFi, quelques moustiques, deux ou trois coqs, aucun chien, des chats avec des queues toutes croches, et il y a la famille Smile !
Aucune idée de leur véritable identité d’ailleurs cela a-t’il la moindre importance ? Ils méritent tous leur surnom parce que leur sourire est franc, heureux et beau.
Aucune malice, toujours un bonjour, quelques mots en Français et jamais sans un balai à la main !
Dire que c’est propre tombe sous le sens, chez Mister Smile tout est nettoyé, balayé, astiqué, casa toujours pimpante !
Même son échoppe de souvenirs grande ouverte sur la route ne retient pas de poussière !
L’accueil des gens de Gili est à l’extrême opposé des sourires en forme de $ des îles du sud de la Thaïlande. Nous partons avec regret en espérant que le tourisme de masse ne viendra pas trop vite bousculer les mœurs de ces gens extraordinaires.
Le bateau s’en va, nous ferons une rapide escale à Lombok et filerons à 30 nœuds vers Bali. La mer est belle, par endroits des courants créés des tourbillons et du clapot. Une heure et demie après notre départ de GT nous sommes dans un minibus en direction de Kuta où nous finirons notre séjour.
La transition est radicale, les embouteillages et l’odeur infecte des fumées d’échappement nous font regretter de ne pas avoir prolongés notre séjour à Gili…
Le grand cirque des demandes en tout genre recommence, taxi, massage, transport, moto, hash, tout y passe, je ne referais pas la description elle est identique à celle d’Ubud.
Nous irons vite nous refugier dans la chambre climatisée à 10 minutes de la plage.
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Encore une histoire de moustiques et c’est la fête au village - Dimanche 7 mars

L’orage tropical s’est abattu sur nous vers 21 heures, les éclairs faisaient apparaitre les environs comme en plein jour, la pluie soutenue a finie par se glisser sous la porte de la salle de bain et j’ai dû confectionner de toute urgence un barrage avec une serviette.

Et encore une fois, ce matin tout est bleu et ensoleillée…

Je rejoins le Dream Divers et, à ma grande surprise j’ai le droit de choisir mon site de plongée puisque je suis tout seul avec Gordon à me mettre à l’eau.
Évidemment je choisi Shark Point et 10 minutes plus tard nous tombons nez à nez avec un gros perroquet à bosse. Un requin pointe noire en maraude viendra nous faire une petite visite, deux langoustes et cinq tortues seront aussi au menu de cette très belle plongée.

La visibilité commence à se détériorer, le déluge de cette nuit laisse ses empreintes, il est temps de partir, de toute façon je commence à être malade. Le refroidissement après mes deux plongées a fini par me congestionner.

Dans l’après-midi nous prenons nos vélos dans le but d’aller admirer l’île de son point de vue du haut de la petite colline.
Nous cherchons quelques temps sous un soleil de plomb le chemin qui est censé nous mener au sommet, et enfin après plusieurs demandes nous trouvons un escalier qui semble se diriger vers la bonne direction.
Un jeune homme me signale que c’est un peu dangereux, mais nous allons quand même tenter l’ascension par la face nord.

Le chemin se transforme vite en cauchemar… Quelques branches revêches nous obstruent le passage, mais des coups de machette bien placés en auront raison.
Le problème ne se situe pas du tout au niveau des branches, ni même du chemin, et encore moins de l’épouvantable moiteur qui nous assomme, mais des dizaines de milliards de moustiques qui semblent ne pas avoir vu d’êtres humains depuis des siècles !
Je me retourne vers André qui est torse nu et est couvert par ces assoiffés mini-vampires. Je suis persuadé que si nous nous arrêtons quelques secondes ou si nous continuons notre progression nous allons nous vider de notre sang aussi efficacement qu’on égorge un cochon !
Je voudrais une extermination totale de cette maudite engeance, et dans le même brasier j’y jetterais les mouches et les coqs !
Nous descendons en courant, nos gougounes volant de trous en roches et rejoignons nos vélos avant de rentrer au village.

Ici la fête bat son plein, le mât de cocagne qui a été érigé hier et enduit de graisse est maintenant laissé aux enfants qui vont tout faire pour tenter d’y grimper.
Bien évidemment la tâche se révèle quasi-impossible, mais petit à petit, à force d’essais et de chutes, les enfants sales comme des graisseurs de locomotives rendent le mât un peu moins glissant. Enfin un jeune, un peu plus musclé, un peu plus endurant et apparemment super motivé réussi à se hisser au faîte du poteau et en arrache deux sarongs.
Étonnant que personne ne soit encore tombé du haut de ce casse-cou !

Entre-temps les plus petits vont s’inscrire à un nouveau jeu : la pinata locale. À la place d’avoir une statue en papier mâché, ce sont des jarres de terre cuite remplies d’eau colorée qu’ils devront frapper.
Les enfants, les yeux dûment bandés, se jettent à corps perdu à la recherche de la jarre magique. Le spectacle est vraiment drôle, tout le monde donne des instructions de direction et quelques uns arrivent à faire éclater d’un grand coup du lourd bâton le récipient qui éclabousse les spectateurs un peu trop proches.

Soudain les regards se tournent vers le mât où le sommet est orné d’un vaillant grimpeur qui vient d’y arracher le bâton qui le couronne du grand prix.
Une superbe planche de surf sous le bras, il repart dignement sous les applaudissements et les regards fiers des enfants qui vont tous rêver d’un tel exploit.

Quelques autres activités vont tenir la place du village sous tension, jusqu’à l’apogée, un combat entre deux adultes, armés d’un bâton et d’un bouclier qui se frappe dessus comme des forgerons sur une enclume. Mais étonnement le combat reste très courtois et les sourires des guerriers contrastent avec la violence des gestes.

Le dernier combat est terminée, tout le monde quitte la place et retourne à ses activités favorites qui se résument la plupart du temps à compter les grains de sable de la plage du fond de son hamac.
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Plongée, vélo, apéro, une journée sportive - samedi 6 mars

Comme toujours le ciel profite de la nuit pour se nettoyer et offrir un soleil éclatant et un ciel bleu tous les matins. Nous prenons notre petit déjeuner sur la terrasse du restaurant du Smile Bungalows qui est loin d’avoir usurpé son nom. Ici tout le monde sourit et a toujours un petit mot gentil, voire quelques expressions en français. Salut mon pote, ça va ?


Avec leur accent, il n’y a rien de plus charmant et Mister Smile est d’une gentillesse à toute épreuve.


Notre omelette et café noir de Lombok avalés, je me dirige vers le Dream Divers pour une plongée à Frog Fish Point, au nord de Gili Air, l’île la plus proche des rives de Lombok.


Cette nuit le vent s’est levé et la houle est bien formée. Mais les bateaux à deux balanciers sont parfaitement stables et malgré un moteur défaillant, nous arriverons en 20 minutes à destination.
Nous plongeons avec une des filles du club, et la plongée sera vraiment agréable, même si malgré tous les efforts de Gordon et à son grand désespoir, nous ne verrons aucun poisson-grenouille…
Comme je lui fais remarquer, pas de requins à Shark Point, pas de mantas à Manta Point et pas de poisson-grenouille ici… En fait il n’y a que des Point, ce qui le fait beaucoup rire.
Par contre nous verrons un superbe paysage corallien sur une vaste étendue de sable blanc, quelques crevettes arlequins et une indolente et grosse tortue en train de brouter en-dessous de notre palier.


Dans l'après midi torride, armés d’une bouteille d’eau et du flacon de crème solaire, nous partons faire le tour de l’île a vélo. Le soleil tape aussi fort que possible, et mon manque de précaution de ce matin commence à se faire sentir. J’ai eu la bonne idée d’enfiler un t-shirt sinon il aurait fallu m’évacuer au service des grands brûlés de l’hôpital le plus proche !


Par endroit la plage empiète sur le sentier et nous devons mettre pied à terre pour continuer. La plupart du temps les plages sont réduites au strict minimum ou n’existent même plus à marée haute. Certains établissements haut de gamme se dissimulent dans des sous-bois très bien entretenus, mais ils sont loin de tout et hormis paresser à longueur de journée en attendant que l’heure du départ sonne, il n’y a pas grand-chose à faire.
En moins d’une heure le tour est bouclé, les vagues qui s’écrasent sur le récif sud sont impressionnantes et un rouleau régulier fait la joie de quelques intrépides surfeurs.


André, prit d'une irrésistible envie de pédaler n’entend pas les tintinnabulements effrénés de ma sonnette ni mes appels et part comme sur un contre-la-montre du tour de France. Après quelques minutes d’attente, je m’imagine qu’il est parti soit se dorer au soleil, soit pour un deuxième tour de l’île.
Je visite donc l’arrière-village qui est un peu moins glamour que le front de mer. Ici tout n’est pas aussi propre et organisé, les touristes doivent rarement prendre la peine de visiter ce coin de l’île.
Je rejoins André au bungalow et partons nous baigner, mais les vagues sont fortes et la plage parsemée de débris coralliens ne permet pas de se laisser aller au gré des courants.


Notre heure heureuse se passera encore une fois au bar du Vila Ombak où la serveuse nous reconnaît et nous amène tout de suite nos deux grosses Bintang.


Nous finirons attablés sur un balcon dominant la mer en face d'une très appétissante brochette de fruits de mer.
La douce vie des iles ne peut pas toujours être trépidante...
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Une plongée de rêve et un rêve exaucé - vendredi 5 mars

Ce matin je vais plonger à Shark Point et en plus j’ai très bien dormi !

Le site est considéré comme un incontournable et le meilleur des îles. À 10 heures 10, je peux à mon tour en profiter. Dès la surface on aperçoit le fond à plus de 35 mètres.
La visibilité est exceptionnelle, le courant tellement léger qu’il est inexistant et la descente dans le bleu est une chute libre au ralenti, du grand bonheur.
Nous sommes aujourd’hui accompagnées d’une jeune anglaise un peu pataude, mais qui se révélera plus à l’aise en apesanteur.
Dès le début, Gordon notre guide nous emmène vers une patate de corail de sa connaissance et cherche assidument quelque chose dans les entrelacs d’une gorgone qui à cette profondeur parait gris vert, mais qui doit être d’un rouge éclatant.

Enfin, il me fait signe et me montre du bout de son pic deux microscopiques hippocampes pygmées de la même couleur et de la même texture que leur hôtesse végétale. Impossible de trouver ces bestiaux sans savoir qu’ils étaient là.
De l’autre coté du rocher corallien, se balance doucement au rythme d’un ressac invisible, un poisson-feuille.

Pas de requins pour nous à Shark Point, mais un face à face assez majestueux avec un thon démesuré, un peu comme on voit dans l'emission Thalassa ! Sa bouche entrouverte laisse apparaitre de bien grosses dents, et certain de sa puissance il va voir les plongeurs comme pour les défier et leur signifier qu’ici c’est lui le patron. Jusqu’à ce qu’un filet de pêche japonais lui fasse ravaler sa superbe et qu’il finisse en petits sushis dans une vitrine réfrigérée…
Des perroquets à bosse, une toute petite anguille bleue et quelques tortues viendront nous en mettre plein les yeux pendant ces presque 60 minutes. N’eut été de Laura, la plongée aurait été plus longue, elle respire un peu fort l’Anglaise...

Après une pause repas avec André, je pars pour ma deuxième plongée, sur Manta Point. Il n’y ont jamais vu de manta, mais comment savoir ce qui passe par la tête des personnes qui inventent le nom des sites.
La plongée sera pépère, pas grand-chose à voir sinon beaucoup de beau corail, quelques murènes et des poissons par centaines.

Au retour le ciel s’est assombri au-dessus de Lombok, le ciel est noir jais, on ne voit même plus la côte de l’île, et le front pluvieux semble se rapprocher dangereusement de notre retraite ensoleillée.
Le temps de ranger le matériel et d’entamer la route du retour, la pluie commence à tomber. D’abord timide et sans envergure, elle prend rapidement de l’ampleur et se montre sous son vrai jour. Sous les tropiques, les averses peuvent être longues et puissantes, je crois que nous avons à faire à cette catégorie de pluie !
Je marche, en maillot de bain dans la route sablonneuse, la chaude ondée me coule sur le corps, une délicieuse sensation et une hâte.

J’arrive au bungalow et vais enfin assouvir mon fantasme.

Depuis que je suis enfant je rêve de prendre une vraie douche sous la pluie, comme dans les publicités Tahiti Douche ! La dernière fois que j’ai failli accomplir cet exploit était à Koh Bulon, en 2002, mais à peine le savonnage terminé que la pluie s’est arrêtée.
Aujourd’hui je vais non seulement accomplir le lavage et le rinçage, mais en plus je vais en profiter pour me dessaler complètement, puisque sur l’île rares sont les endroits où l’eau est vraiment douce. Un peu saline, l’eau qui sort des robinets est évidemment impropre à la consommation, mais laisse toujours la sensation d’une peau poisseuse et mal rincée.
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Un anniversaire, un peu de plongée et des effets psychédéliques - jeudi 4 mars

La nuit a été particulièrement mauvaise pour moi, et je pensais qu'elle l’aurait également été pour André, mais non, il a très bien dormi et de bonne humeur.
Bon anniversaire !

Mais ce n’est qu’une question d’installation, le moustiquaire me chatouillait le pied gauche au rythme du ventilateur, ce dernier s’est arrêté quelques heures suite à une coupure de courant, et les coqs du voisin figureront dans mon prochain menu ! La prochaine nuit sera plus agréable ou ne sera pas !

Je pars en direction du club de plongée que j’ai le plus aimé hier. Tous les clubs de l’île proposent les mêmes plongées aux mêmes prix, il n’y a que l’ambiance générale qui aura motivé mon choix. Après les essais du matériel, nous embarquons sur un bateau et partons au nord, plonger sur le site Coral Fan Garden qui comme son nom l’indique devrait être riche en corail. Nous nous mettons à l’eau, elle est chaude et la visibilité est excellente, ce qui est un heureux hasard puisque nous sommes encore en saison des pluies.

Les grosses averses qui noient les contreforts de Lombok amènent via les cours d’eau des limons qui troublent les fonds marins jusqu’aux Gili. Mais cette année il semble que nous sommes en pleine saison des pluies sèche…
Nous descendons sur le plancher, 30 mètres sous une surface calme, et profitons pendant une heure de notre apesanteur.

La sangle de mon masque me lâche, mais il est déjà difficile de l’installer en surface, alors je suis obligé de le plaquer sur mon visage, laissant flotter dans le courant de mes bulles le bout de plastique inutile.
Quelques murènes, quatre très imposants perroquets à bosse, et pour finir un immense jardin de corail viendront égayer cette belle plongée.
Celle de l’après-midi est basique et je ne la ferais pas, préférant mon hamac et la plage.
Nous mangeons au Deli Gili, qui se révèle aussi mauvais que l’odeur de charogne qui plane dans les lieux, les paninis sont secs et il n’y a quasiment rien dedans. Le fait que nous regrettions certains sandwichs de notre connaissance est une preuve assez accablante de la piètre qualité de cette nourriture !
Dans l’après-midi que nous passerons entre hamac et plage, André découvrira les joies du snorkelling et un peu plus tard je tomberais sur une tortue, qu’un Français aussi excité que maladroit fera fuir en quatre coups de nageoire.

Le soir pour fêter un anniversaire tropical, nous irons manger un délicieux barbecue de poisson en buvant nos premiers (et derniers) verres de Chardonnay du voyage, puis nous finirons avec un pichet de vodka attack en observant l’effet des champignons magiques sur une jeune fille qui doit se croire entre Jupiter et Pluton…
Un peu partout sur la rue principale, des affiches vantent les magic mushrooms, à consommer en boisson ou en plat, et quelque fois aussi un peu de cannabis pour balancer.

Mais contempler la pauvre tête de ceux qui ont succombés à la tentation fait immédiatement passer l’envie de se dépraver.

Nous avons très envie de nous rappeler de nos vacances !
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Une île paradisiaque - mercredi 3 mars


6 heures 15, la sonnerie de mon réveil tente de me faire croire qu’elle fait son travail alors que ma nuit est finie depuis longtemps.
La grosse pluie nocturne a nettoyée le ciel et la chaleur est retombée. Nous nous sustentons de la tranche de cake à la banane achetée hier soir et montons sur la route attendre notre transport qui va nous emmener à Pandangbai.
À cette heure aussi matinale, aucun touriste de se promène, et la rue appartient toute entière aux Balinais qui s’affairent. Le marché grouille d’activité et les petits feux finissent de carboniser les déchets dans les caniveaux. La fumée stagne dans un air calme, et le soleil projette ses rayons à travers les branches de bambous et les feuilles des bananiers.
N’eut été l’odeur un peu nauséabonde de quelques déchets en plastique, cette vision aurait pu être presque parfaite…
Les statues qui se construisent un peu partout depuis 2 semaines sont sur le point d’être finies et les scènes sont toujours très originales. Ici un monstre est tué par un guerrier armé d’un couteau effilé, là une déesse est acrobatiquement installée sur une planche de surf et partout les villageois ou les maisons particulières font preuve de beaucoup d’imagination.
Ces personnages seront brulés lors de la grande fête du 15 mars, dans un grand brasier de colle, polystyrène, papier journal et mousse de polyuréthane…
Le 16 mars encore une fois nous raterons une fête majeure en Asie. La dernière fois nous avions manqué le Songkran, le nouvel an bouddhiste qui est un débordement de joie et d’eau partout en Thaïlande, et cette année, à quelques jours près nous n’assisterons pas à Nyepi, le nouvel an hindou.
Cette journée est consacrée au silence et à l’inactivité la plus totale sous peine de se faire sérieusement réprimander par les autorités !
Mais c’est la veille que ça se passe. Le 15 au soir, les habitants font une énorme fiesta et appellent les démons à se joindre à eux. Après quelques exorcismes de circonstances les monstres de papier sont brûlés emportant dans leurs flammes les démons un peu trop enthousiastes et trop proches. Le lendemain, constatant qu’il ne se passe absolument rien dans l’île, et que tous les habitants semblent avoir disparus, les démons survivants s’enfuient vers des lieux plus propices à leurs mauvaises intentions.
Retour à Padangbai où nous venons d’arriver, nous avons une petite heure devant nous et en profitons pour déguster un café avant d’embarquer sur le hors-bord de 900 chevaux. En un peu plus d’une heure nous traversons le détroit entre Lombok et Bali, débarquons quelques passagers sur la grande île qui devra faire partie d’un prochain voyage et faisons route vers Gili Trawangan.
Tout est là… Cocotiers, sable blanc, eau cristalline…
Un bruit étrange se fait tout à coup entendre, il envahit nos têtes, résonne comme un vieux souvenir que nous pensions enfoui à jamais au plus profond de nos êtres : le silence assourdissant d’une île sans voiture ni moto !
Il y a quelque chose de troublant après ces milliards de sollicitations auditives des dernières semaines, mais nous nous y habitueront en quelques secondes.
Les seuls moyens de transport sont des vélos antédiluviens, des petites carrioles tirées par des mini-chevaux, non pas des poneys, juste des chevaux en plus petits, et la saine marche à pieds.
Nous marchons sur la petite route ensablée à la recherche d’un hébergement. Un jeune homme nous propose de visiter sa dernière chambre disponible avec ventilateur et de la place pour suspendre nos hamacs qui vont enfin justifier de leur présence dans nos sacs !
Un fish&chips plus tard, on nous retrouve sur le bord de la mer, allongés sur nos serviettes ou en train de barboter dans cette délicieuse mixture salée et à température parfaite.
La journée passera au rythme alangui des vagues se déroulant mollement sur le sable chaud, tandis que les nuages d’orage et de pluie commencent à se développer sur le Gunung Rinjani, le volcan de 3726 mètres qui domine Lombok.
Au loin l’orage gronde, mais deux heures plus tard plus aucune trace du colossal cumulo-nimbus, le volcan offre à nos regards son profil imposant.
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Dernier jour à Ubud où les chauffeurs de taxi sont infatigables-mardi 2 mars

Une autre visite matinale au marché, où nous assistons aux offrandes que font des femmes dans le petit sanctuaire installé juste à l’entrée du bazar d’Ubud que les touristes n’ont pas encore envahi. La fumée d’encens envahie les cieux et nos poumons, les gestes sont posées et empreint d’une grande solennité, c’est une espèce d’oasis de paix et de recueillement au milieu de la tourmente des affaires.

Finalement nous n’achèterons rien, notre cave est déjà pleine de choses et nos pensées sont toutes tournées vers les îles Gili où nous partons demain. Il n’ya que la marchande de fruit qui fera quelques affaires en nous vendant ½ kilo de mangoustans et un autre de ramboutans.
Nous poursuivons notre promenade vers le sud de la ville, longeons la forêt des singes et après un bon moment dans la circulation dangereuse de bord de route, nous arrivons au restaurant Laka Leke où nous avions suivi notre cours de cuisine. Le personnel nous reconnaît et nous souhaite la bienvenue. Nous sommes installés dans un petit pavillon, entre mini-rizière et fontaine.
Après un délicieux repas, nous traverserons le sanctuaire où les singes nous mettent toujours de bonne humeur.
Nous remontons Monkey Forest road où d’infatigables chauffeurs nous demandent si nous voulons un taxi, un transport, une moto, ou un massage pour les filles. Je veux bien croire que de temps en temps la question puisse se poser, mais admettons que je sois un chauffeur de taxi.

Mise en situation : je suis assis sur le trottoir avec 5 copains eux aussi chauffeurs de taxi, en fait tout le monde sur cette île est chauffeur de taxi ou masseuse, c’est vraiment pas compliqué.
Donc je suis assis avec les potes, on parle de la pluie, du beau temps, de la fille super balancée d’en face ou (on ne sait jamais) du garçon plutôt mignon qui vient de passer, du tourisme en baisse ces jours-ci, de sociopolitique voire même de physique quantique va donc savoir.

Un touriste arrive, il a l’air d’aimer marcher, il est jeune et en bonne santé. Mais comme on ne sait jamais ce qui peut se passer dans la tête d’un touriste par cette chaleur, on se dit, tiens et si je lui posais la question ?
Un taxi m’sieur ? Non ? Ok merci. Fin de l’histoire.

Non non non !
Je suis le dernier des demeurés, alors je vais lui demander s’il veut pas plutôt un transport, peut être une moto ? Non plus.
Demain peut être ? Non ?
Bon c’est pas aujourd’hui que je ramasserais quelques roupies pour aller me souler à la taverne chez Nicole.
Mais là, mes potes qui sont juste à coté de moi, et qui ont évidemment tout entendu, vont lui poser exactement la même question !
Exactement la même !
Parce que le touriste n’est peut être pas vraiment sûr, parce qu’il a peut être changé d’avis en 2 secondes juste pour me faire chier…
Hé bien c’est comme ça que ça se passe à Ubud, et à Bali en général. Pas une fois, pas deux, mais tout le long de la route, des routes, des deux cotés de la route, ça claque des mains, ça fait un geste de va et vient des bras simulant un volant tourné à grand coup et ça lâche un cri : TAXI ?
Et moi, poli comme un comptoir de marbre, je leur réponds à chaque fois no thank you avec un grand sourire…

Je me rappelle cet extrait du lion et du rat que j’ai eu tant de difficulté à ânonner devant une classe morte de rire mais qui ne faisait guère mieux : patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
Vive monsieur de la Fontaine et son éternelle sagesse.

Nous récupérons notre linge à la buanderie, qui vient au passage de perdre un débardeur tout neuf et a laissé une grosse trace de marqueur sur la manche d’un t-shirt blanc, puis rentrons à notre piscine.

Nous feront le malheureux choix d’aller manger dans un restaurant prétendument italien, mais qui possède une vue magnifique du haut de sa terrasse haut perchée sur les toits d’Ubud. Au loin le Gunug Agung débarrassé de ses nuages veille sur son île, et quelques sommets à l’ouest lui tiennent tête sans oser le défier.
C’est décidé, la pizza n’est pas la spécialité des restaurants tout italien qu’ils soient à Bali !
Nous rentrons faire nos sacs, demain une nouvelle journée commence et les petites îles Gili de Lombok nous attendent.
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Une matinée au marché d’Ubud et un légendaire Bebek - lundi 1er mars


Une nuit au chaud, un ventilateur mal réglé, des lits trop éloignés, un matelas ayant un peu trop vécu, un simulacre d’orage et pas de pluie. Super nuit !
Ce matin à 6 heures j’étais d’attaque pour découvrir l’île au complet et sa large banlieue, mais j’avais piscine alors j’ai pas pu y aller.
Avant piscine, nous avions rendez-vous au marché avant l’arrivée des autobus de Chinois mal élevés. Le marché alimentaire qui pue beaucoup en fin de matinée en est à ses prémices et sent encore les légumes et les fruits frais. Il y fait un peu chaud et le poulet éviscéré va bientôt changer de couleur, tandis que la tête de babi déjà cuite est presque appétissante.
Je cherche vainement un couteau, genre machette qui coupe une noix de coco en deux aussi efficacement qu’Excalibur fendait les roches sacrées des landes celtiques, mais les seuls coutelas que l’on me propose sont à peine capables de couper du beurre à température ambiante ! Ou alors on me présente un poignard style Rambo en colère juste bon pour aller chasser le sanglier sauvage de Sumatra…
J’ai beau leur mimer ma façon de trancher une noix de coco, ça les fait beaucoup réfléchir et en échange ils me proposent de me vendre des sarongs, des épices, des t-shirts de Bintang ou des zounes ouvre-bouteilles… Las je fuis !
C’est maintenant que nous profitons du beau bassin bleu clair, incrusté dans son écrin de verdure, un bain de jouvence, la jeunesse éternelle, une thérapie contre la chaleur.
Nous partirons volontairement nous perdre dans la campagne au nord d’Ubud, et tombons par hasard sur Petulu, le village des hérons et des aigrettes, où pour une obscure raison que personne n’explique, les laiteuses volailles ont élues domicile.
La promenade le long de la route est un danger permanent, car des dizaines de ces gracieux oiseaux sont hauts perchées dans les arbres et ne se privent pas de marquer leur territoire de leurs énormes fientes blanches. L’autre activité du village consiste à fabriquer des cadres en bois, des heures et des heures de plaisir, papier de verre à la main, pour garnir les magasins occidentaux qui leur reverseront un bénéfice merdique juste bon à les maintenir en vie, mais suffisamment pauvres pour qu’ils continuent leur labeur sans se plaindre.
La route qui monte d’Ubud vers le nord est parsemée de boutiques où l’on trouve de tout, et je me rends compte à présent que le bel artisanat que l’on retrouve dans certains commerces du terroir viennent probablement d’ici.
Des capteurs de rêves amérindiens, des didjeridoos aborigènes, des peintures autrichiennes, des girafes africaines, des statuettes cubaines, de toute façon tout peut être fait sur demande.
On trouve quand même quelques merveilles et nous tombons en arrêt sur deux magasins spécialisés dans la confection de meubles en bois et nous nous poseront sérieusement la question d’un envoi massif par cargo…
Par chance nous n’avons plus le temps de nous occuper de toutes les formalités qui doivent prendre un peu plus de 4 jours, et des plages nous réclament avec impatience.
Il est temps de rendre la moto, pas de problèmes, pas d’accident, même pas la moindre éraflure, juste un peu sale, et le plein d’essence.
À 19 heures 30 nous nous rendons chez Roda où notre bebek betutu nous attends.
Un gros bol de riz fumant, des galettes de crevettes, une salade d’haricots et noix de coco précédent sa majesté Canard.
Un plat dans lequel repose dans son immense feuille de bétel un canard cuit à l’étouffée pendant 12 heures.
L’animal est entier, enfin sans les pattes, la tête et les entrailles et les arômes qui s’en échappent font mugir nos estomacs.
Piochant allégrement dans le plat de nos doigts impatients, nous nous régalons de la bête que nous avons commandée la veille. Celui que nous nommons monsieur Roda, mais qui ne l’est pas puisque l’original est décédé, vient nous conter la belle histoire de cette recette.
D’ailleurs dans ce restaurant les recettes se transmettent de générations en générations et, comme presque dans tous les lieux où nous avons mangé, rien n’est préparé à l’avance et le temps d’attente prouve que tout est cuit minute.
Alors la belle histoire du Bebek Betutu (Bebek c’est pour canard et Betutu pour four).
En fait ce canard n’est pas cuit au four, mais à l’étouffé. Il est d’abord plumé et le plumage d’un canard n’est en rien comparable à celui de la poule. Les plumes du palmipède sont raides et très difficiles à arracher, voilà pourquoi le ou la plumeuse s’octroie les entrailles de la bête en plus d’un salaire.
Ensuite l’animal est farci d’herbes et d’aromates, puis bien scellé dans une feuille de bétel, une feuille très résistante dont certains se faisait des sandales.
Le paquet est ensuite recouvert d’écorce de riz où l’on jette une allumette et on recouvre le tout d’un gros couvercle de terre cuite. Ainsi, sans flamme, le combustible va se consumer doucement et cuire le délicieux bebek à la perfection.
Le plat que l’on trouve partout à Bali est originaire d’Ubud, et c’est le cousin alcoolique de monsieur Roda qui se charge, lors de ses périodes de sevrages, de le faire cuire suivant l’exacte méthode familiale ancestrale.
L’histoire est longue mais pour résumer : 
le grand-père était roi d’Ubud jusqu’en 1950. Il avait une terrasse qui donnait sur le marché d’où il faisait sa sélection de demoiselles et son goût prononcé pour les plaisirs de la chair lui apporta 8 enfants. L’un devint un grand magistrat réputé qui finira même premier ministre, un autre devint le premier ingénieur en mécanique de l’île, cinq firent leur vie, et le dernier devint joueur invétéré et gastronome.
Il fut un joueur heureux puisqu’il gagnait plus qu’il ne perdait (là on doit frôler la légende), mais sa passion pour la nourriture lui fit perdre plus d’argent qu’une roulette malchanceuse. Il fini donc pauvre et dû vendre ses terres pour se renflouer. Un de ses fils suivi son exemple, mais en plus d’être joueur malchanceux, pas comme son heureux papa, il tomba à corps perdu dans les affres de l’alcool. Hé bien c’est lui qui à fait cuire notre canard !
Si c’est pas une belle histoire ça ?
Nous traversons la route, le corps et l’âme rassasiés et irons nous coucher, des légendes de roi frétillant, d’épouses comblées, de parties effrénées de Black Jack et de litres d’arak (l’alcool de palme assassin) plein les rêves.
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