Un peu d’eau avec ça ? mercredi 24 février


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Mais déjà le ciel s’assombrit. Nous avons eu la bonne idée de nous munir de nos vestes “imperméables“ mais la météo changeante nous invite à partir au plus vite.

En quelques rapides kilomètres, la pluie se met à tomber, 3 ou 4 gouttes par ci, par là, mais nous sommes abrités par la canopée et ce ne sont pas ces quelques ridicules gouttelettes qui pourraient nous arrêter. En fait nous nous arrêtons quand même, sortons les vestes de sous le siège et y rangeons l’appareil photo et un sac.

Les rizières sous ces nuages prennent une autre dimension, le vert tendre est remplacé par une teinte glauque, l’eau brille, dorée par un soleil qui disparait, le ciel est à porté de main.
C'est maintenant que le fun commence.

Finie la petite pluie. Les gouttelettes viennent de se faire mettre à la porte des cieux par des gouttes grosses comme des noix de coco. Un premier puis un deuxième impact sur ma visière de casque, suivi tout de suite par une myriade de sœurs gouttes. C’est toute une armée qui déferle à présent, les troupes hallucinées d’une cavalerie folle, une inondation de feu liquide, une explosion de fleuve céleste, le déluge de Noé !

Par hasard nous arrivons au mini marché ou nous nous étions arrêtés à l’aller. Son toit providentiel est un abri sous lequel d’autres ont trouvés un refuge opportun. Nous arrivons juste à temps, nos vestes ont bien fait leur travail, nous sommes à peine humidifiés.
La pluie s’intensifie, le vent n’a même plus la force de détourner la trajectoire des gouttes qui se pressent et se ruent comme des folles aux portes d’un grand magasin un jour de soldes. Quelques hirondelles bravent la tempête en virevoltant sous le rideau liquide, une cataracte se forme sur la route, les profonds fossés saturent, tout est au même niveau. Un fleuve brunâtre dévale la chaussée, les rares véhicules qui s’aventurent font gicler des immenses gerbes sous leurs roues. Pas question de mettre une moto dehors !

Nous en profitons pour déguster une glace et découvrir les 20 mètres carrés de notre abri.
Enfin, après une heure, la pluie se calme, il est 15 heures et on se croirait presque en pleine nuit, il fait sombre, les nuages hésitent à partir, accrochés aux montagnes ils sont biens et s’amusent avec les humains qui courent comme des lapins effrayés.
Les dieux sont d’humeur taquine…

Une providentielle accalmie nous incite à lever la béquille. Si ma mémoire est bonne, le village de Bedugul ne doit pas être trop loin et j’ai vu hier des dizaines de ponchos suspendus dans des boutiques, je sais maintenant pourquoi, et je sais aussi que la prochaine fois on hésitera un peu moins longtemps avant de s’en procurer.
Bien sûr le calme est de courte durée, entre l’abri laissé et les ponchos trop éloignés le déluge recommence de plus belle. Cette fois-ci nous sommes dans l’œil de la tempête, toutes les gouttes sans exception ont une seule cible, un seul objectif que jamais elles ne rateront : nous.
Et elles font un travail parfait, en quelques secondes, juste le temps de cligner d’un œil, nous sommes au centre de la tourmente. Que Bedugul est loin !
Parce qu’un problème ne se suffit pas à lui-même, la jauge d’essence indique que nous allons bientôt rester en rade au milieu de cette fin du monde liquide. Heureusement ici comme en Thaïlande tout le monde s’improvise pompiste et les bouteilles d’essence trônent un peu partout, posées sur des étagères au bord de la route, le Bensin est à 1$ les 2 litres… La dame nous regarde avec incrédulité, qui donc a envie de se promener par un temps pareil ?

Un tracas résolu, le cœur léger et plein d’allégresse, les chaussures pleines d’eau, nous reprenons la route du calvaire et j’ai l’impression de piloter un bateau !
Derrière moi André ne dit plus rien, préférant se dissoudre dans son casque en attendant le retour improbable d’un soleil que l’on pense noyé…

Enfin les faubourgs de Bedugul apparaissent, les ponchos flottent au vent comme autant de bannières salvatrices. Il est trop tard pour être sec, mais au moins nous protégeront-ils du vent et du froid qui tente de s’insinuer en nos chaires détrempées. Le marchandage sera rapide, comme d’habitude je lui demande les prix pour les Canadiens, fait mine de tomber dans les pommes, le regarde un peu par en-dessous et lui montre comment je suis mouillé et frigorifié…
Bien couvert de mon abri bleu, André dans son gris nous rentrons vers notre chambre, trempés jusqu’aux os, en nous maudissant d’avoir trop attendu pour nous procurer ces indispensables vêtements sous lesquels nous serions restés au sec et au chaud.

La pluie cesse, de sublimes volutes de brume s’échappent de la forêt, le ciel est noir et se déchire laissant apparaitre quelques pans de bleu, le paysage est majestueux.
Enfin la chambre, je demande au jeune homme de la réception s’il n’aurait pas un ventilateur en stock dont je pourrais me servir pour faire sécher nos affaires. Il me dit qu’il n’a pas ça, mais qu’il peut me prêter un objet dont je n’ai pas saisit le nom, mais il y a le mot pétrole dedans… Dans l’incertitude et contrairement au dicton, je ne m’abstiens pas et lui réponds que je vais accepter sa proposition qu’elle quelle soit.

Finalement 10 minutes plus tard il débarque un espèce de fanal à pétrole, dégageant une intense lumière et une chaleur réconfortante. André est aux anges, lui qui est incapable d’allumer un briquet et pour qui tout se qui s’apparente à une flamme est forcement voué à une explosion certaine.
Je bricole un genre de cabane avec un parapluie et glisse toutes nos affaires mouillées en dessous en espérant que la chaleur fera son travail. Le lendemain hormis nos chaussures, nous pourrons remettre nos vêtements pour lesquels nous venons d’économiser un lavage…


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Tourisme spirituel-mercredi 24 février

Sous la pression du bruit ambiant nous décidons de nous lever et de faire partie intégrante de ce majestueux capharnaüm.

Un léger petit déjeuner vite expédié, et nous sommes en route vers notre première visite, le temple hindou Pura Ulun Danau Bratan. Un sanctuaire hindo-bouddhique de première importance fondé au XVIIe siècle et dédié à la déesse des Eaux. On le retrouve sur plein de cartes postales, ce qui prouve sa notoriété !

Nous avons la chance d’être les premiers sur les lieux en cette heure matinale et évitons la cohorte de touristes qui déferle habituellement sur le site et garantissent des photos ratées dans une ambiance de fête foraine.

Les deux temples bâtis sur des petits îlots donnent aux lieux une atmosphère magique, et leurs reflets dans les eaux calmes du lac, avec les montagnes en arrière plan apportent de la sérénité au lieu.

Nous reprenons notre promenade vers le sud, il fait toujours très beau et la route est excellente.

A la recherche du Pura Luhur Baturkau, un temple oublié sur les flancs du volcan Baturkau. Les quelques villages traversés sont agréables, les gens nous font de beaux sourires et évidemment nous nous perdrons plusieurs fois.

Nous tomberons en arrêt devant le spectacle majestueux d’un panorama de rêve, les rizières de Jatiluwih. Ce nom signifie “vraiment merveilleux » et il est loin d’être usurpé !

Au début de cette route panoramique de dix huit kilomètres, un péage nous demande de nous acquitter de la modique somme de 10 000 roupies par personnes. Devant mon étonnement, je lui explique que nous nous sommes suffisamment fait arnaquer ces derniers jours, je lui demande aussi si tout ca est bien officiel. Il me montre le calepin avec les coupons, un peu gêné, et finalement ne nous demande que 10 000 et nous souhaite bonne route. Un peu plus tard en lisant le guide je me rends compte que ce péage est tout à fait officiel et que l’argent est destiné à l’entretien des terrasses qui devraient bientôt figurer au patrimoine mondial de l’UNESCO…

Des kilomètres de terrasses centenaires, ou l’on cultive l’ancestrale riz rouge et qui se perdent aussi loin que le regard puisse porter, l’agréable sensation de rouler dans une photo ! Nous nous arrêtons manger dans un restaurant, en terrasse, avec du riz rouge et une vue prodigieuse.

La route se poursuit encore quelques kilomètres et nous arrivons enfin au temple d’Indiana Jones perdu dans la végétation luxuriante et évitée de la plupart des touristes. Le site est juste enveloppé du chant des oiseaux et du crissement d’insectes colorés. La cime embrumée du volcan nous domine de toute sa somnolente puissance, il règne une ambiance fantomatique que va bientôt exacerbée une cérémonie religieuse. Les allées sont couvertes de mousse humide, le sol est glissant, la végétation est hors de contrôle, les arbres sont si hauts que leurs têtes disparaissent dans les nuages.

À l’entrée du site un panneau signale ces détails : les lieux sont interdits aux fous, hommes ou femmes, aux femmes enceintes, à celles qui ont des enfants n’ayant pas encore leurs premières dents, aux impures dues à un décès, à ceux qui ne sont pas correctement vêtus et plus compréhensible en raison de leur caractère incertain, aux femmes menstruées !

Au moment ou nous allons quitter les lieux, un bruyant cortège arrive de la vallée, des voitures et camions, musique à fond, débarquent des dizaines de personnes festivement vêtus et suivent une femme portant une espèce d’urne. Si c’est un enterrement il est pas mal joyeux, on est loin des torrents de larmes et des pleurs déchirants classiques…

On the road again, vers Munduk où les chiens sont hideux et les grasses matinées illusoires ! Mardi 23 février

Il est 10 heures 30, un soleil radieux nous fait l’honneur de sa présence et le sac que porte André pèse une tonne !

D’après l’indispensable monsieur Putu, il nous faudrait environ 1 heure 30 pour nous rendre à Bedugul. Ça nous en prendra juste le double, mais nous en sommes encore ignorants.

Grâce aux panneaux bizarrement disposés et aux noms orthographiés au hasard, nous nous trompons 3 ou 4 fois de direction.

Mais les habitants sont d’une extrême serviabilité et nous indiquent toujours la bonne route, contrairement aux thaïs, qui eux aussi font leur possible pour nous aider, mais ne savent en général pas du tout ou se trouve l’endroit que nous cherchons. Pour la même question 4 personnes différentes vont indiquer les 4 points cardinaux, persuadés que le fait de nous aider est déjà une bonne chose.

Ici quand ils ne savent pas ils hurlent vers l’arrière boutique pour trouver de l’aide ou arrêtent quelqu’un dans la rue en supposant qu’il saura mieux nous renseigner.

Sur la carte il y a deux itinéraires possibles, dont un qui semble emprunter une route sinueuse, promesse d’un paysage ou d’une vue exceptionnelle. Nous montons donc jusqu'à Petang et tournons à gauche, la route descend dans la vallée et c’est à cet instant précis que je me suis rendu compte de mon erreur de jugement, mais comment aurais-je pu deviner…

Sorties des axes principaux qui sont parfaitement entretenus, les routes secondaires deviennent à l’image du pays : tropicales.

Des portions entières du revêtement ont été emportées par les dernières crues, des nids de poule presque aussi dévastateurs que ceux de Montréal sont prêts à engloutir notre moto et comble du bonheur, nous sommes coincés derrière un camion qui a fait le plein dans une mine de charbon.

Il n’y a rien dans cette route qui offre un paysage même sans banal, mais nous traversons une espèce de jungle dans laquelle nous nous efforçons de trouver un semblant d’exotisme. André subit le martyr avec son sac à dos, la prochaine fois il passera son permis de conduire !

Heureusement le chemin de croix ne dure pas longtemps, une vingtaine de minutes plus tard nous débouchons sur la route principale qui est aussi lisse qu’une table de billard.

Nous roulons vers Munduk, un patelin perdu dans la montagne. La route tortueuse grimpe à travers les nuages, quelques singes effrontés nous regardent passer en ne bougeant quasiment pas. Je me demande s’ils attendent la chute éventuelle d’un motocycliste pour le dépouiller, chose que je n’envisage pas de faire.

Nous dominons à présent les lacs formés dans les anciens cratères de volcans depuis longtemps endormis. J’espère qu’aucun Prince Charmant ne songe à venir les sortir de leur torpeur durant notre visite.

La route est vraiment splendide, à gauche nous surplombons les lacs Danau Buyan et Tamblingan et à droite le regard se pose sur l’océan Indien et la côte nord de l’île.

Concentré sur la route je ne peux pas profiter du paysage que mon passager, mais c’est là sa juste récompense pour supporter le fardeau qui pèse sur ses frêles épaules.

La température a drastiquement baissée, nous sommes loin des torpeurs tropicales de Sanur et même de celles plus supportables d’Ubud. Nous roulons au-dessus des 1000 mètres, et même à 8o sud nous ressentons une nette différence.

Enfin après 3 heures de route, nous arrivons à Munduk, nous ratons le Homestay et devons faire demi-tour après qu’un aimable paysan nous eu indiqué le bon chemin. Il faut dire que les villages ressemblent plus à un alignement de maison et de mini-échoppes, et qu’il n’y a pas de place du village avec la poste, la mairie, le café du commerce, les rendez-vous des Sportifs, le café de la gare ou le bar du marché…

Côte à côte se tiennent le Guru Ratna et le Meme Surung, évidemment nous choisissons le mauvais, mais attendons demain matin pour le savoir…

Le personnel est super accueillant. Nous sommes très bien reçus et le jeune homme me fait visiter la chambre coloniale #1 qui n’est disponible qu’une seule nuit. Heureusement.

De toute façon nous sommes trop épuisés et avons trop faim pour allez chercher ailleurs. Demain il nous propose de nous transférer dans une chambre familiale, quasiment identique à celle-ci, mais avec une salle de bain commune. Et au bord de la route.

Après avoir déposés nos sacs et enfilés nos gougounes, nous allons nous attabler et commandons le repas.

Encore une fois le personnel est aux petits oignons, tout le monde est à l’aise avec l’anglais et nous sommes servis aussi bien que nous pourrions l’être dans un restaurant de Montréal. Les entrées arrivent avent le plat principal et nous mangeons toujours en même temps.

Le brouillard commence à tomber suivi de quelques gouttes, mais nos hôtes ont tout prévu et des parapluies sont à la disposition des clients dans chaque chambre. Les caprices de la météo en montagne doivent être a l’origine de ce genre d’attention. Au loin le tonnerre gronde timidement, pas certain de vouloir lâcher sa furie alors que nous venons tout juste d’arriver.

Nous sortons faire un tour du bled, ce qui sera réglé en 5 minutes. Retour à notre belle chambre, André se tape une sieste bien méritée et moi je tape quelques mots sur ce clavier.

Déjà l’heure de l’apéro, les grosses bouteilles de bière Bintang ne sont vraiment pas chères et cette bière est excellente, deux arguments contre lesquels nous ne pouvons résister.

Le souper suivra, toujours accompagnés de la douce bienveillance du staff, nous profitons des délicieux et parfumés plats balinais.

Mais il est déjà 20 heures, il est grand temps d’aller nous coucher. Je lis les commentaires laissés par les précédents occupants de la chambre dans le livre mis à notre disposition. Les Français, très nombreux, se plaignent constamment du bruit, des coqs, des chiens et ne pense qu’aux boules Quiès… toujours à se plaindre ces Français là !

Le lendemain matin j’écrirais exactement la même chose !

La nuit a été infernale, en plus de la paranoïa que m’a transmise André avec ses puces de lit imaginaires, et a cause desquelles je me suis gratté une partie de la nuit, les chiens ont ensuite pris le relais de leur aboiements incessants. Je comprends qu’ils passent leurs grandes journées à dormir sur le bord des routes.

Au passage : si j’ai trouvé les chiens thaïs laids, ils n’ont vraiment rien à envier à leurs congénères balinais qui sont à tous points de vue, repoussants ! Même André, ami des animaux et qui avait déjà prévu de donner tout l’amour possible à ces petites bêtes sans défenses sera rebuté par leur physique parfaitement hideux et leur anatomie des plus incompréhensible. Mais avec quoi les habitants ont-ils bouturés ces bestiaux ?

Après les chiens, épuisés de tant de performances vocales, ce sont les coqs qui se mettent à vouloir donner de la voix. À 5 heures 45 tapante, tous les coqs du patelin s’échangent les dernières infos en direct de leur cage.

Dans le village d’Astérix il y a un coq et il se prend toujours une volée des les premières vocalises…

Munduk il semble que chaque habitant possède 5 ou 6 de ces gallinacés et comme ce sont gens du matin la discordante cacophonie ne semble pas les déranger outre-mesure.

À peine 15 minutes après le début du brouhaha, les habitants partent à leurs taches quotidiennes, couper des bambous avec une faucille, tondre la pelouse avec une faucille, récolter le maïs avec une faucille, récolter les bananes avec une faucille, modeler les rizières avec une faucille, tout se fait avec une faucille et tout le monde, homme, femme ou enfant possède une faucille et se promène avec.

Bali c’est le pays de la faucille !

Évidemment toutes ces petites gens se déplacent à moto, et de préférence avec des pots d’échappement ayant existés, dans un lointain passé…

Le bruit de la route, plus le chant des coqs annoncent la fin d’une nuit très brève. Il est 6 heures 15 du matin, la journée commence tôt, bien malgré nous !

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Le temple aux arnaques – lundi 22 février

Nous nous dirigeons vers le sud en prenant une route transversale. Pas facile de se retrouver avec des panneaux un peu aléatoires et des routes qui ne se rejoignent jamais. La topologie du pays est dépendante du relief de ses volcans. Toutes les routes principales, à part la côtière, se dirigent de la mer vers les montagnes, et pour aller à sa parallèle il faut descendre quasiment jusqu’à la côte pour traverser. Les cartes sont particulièrement imprécises et certaines jonctions sur l’une peuvent ne pas exister sur l’autre alors qu’en vrai le pont n’a jamais été construit… Heureusement les distances sont assez courtes et une erreur peu rapidement être corrigée grâce à l’affabilité des habitants.
En cours de route nous croiserons des rizières de magazine, étagées, parfaitement entretenues, nous ne nous en lasserons jamais. Par contre, à peine le moteur éteint, des dizaines de femmes et d’enfants accourent avec des tonnes de colifichets sous les bras et sur la tête. Entre cartes postales défraîchies, sarongs et sculptures en vrai ébène à peine enduit de cirage noir, ils ne cessent de nous harceler réclamant quelques sous en affichant leur mine contrite au bord de la crise de désespoir.
Avant de retourner à Ubud, nous allons faire la visite de Goa Gajah, la grotte de l’éléphant. Comme il n’y a jamais eu de pachyderme à Bali, c’est probablement à une vague ressemblance avec un gros rocher qu’est tiré ce nom.
Nous retrouvons le fameux Kebo Iwa qui était aussi géant en plus d’être bâtisseur et qui, dans sa rage de construction est également à l’origine de cette grotte. La cavité en T est taillée dans une paroi rocheuse et son entrée représente une énorme bouche de démon. Des doigts gigantesques aux longs ongles se pressent sur son visage, à l’intérieur une statue de Ganesha, célèbre fils de Shiva fait face à 3 lingams, symboles phalliques de ce dernier.
Devant la grotte, six personnages féminins alimentent en eau le bassin d’ablutions.
Voila pour la partie culturelle, sautons sans plus attendre à la partie la plus rigolote.
Les 12 000 roupies de l’entrée se transformeront rapidement en 85 000 grâce à de subtiles arnaques dont nous serons les imbéciles victimes.
Dès l’entrée un guide nous propose ses indispensables services que nous refusons. Première arnaque évitée !
Nous visitons le temple et les alentours, et en passant devant un sanctuaire, un noble nonagénaire en train de prier nous invite à se joindre à lui pour attraper de la fumée d’encens entre les mains et s’en parfumer le visage, puis il nous asperge d’eau bénite.
Bien sûr un don en argent est le bienvenu et je pose avec grande générosité 2 billets de 1000 roupies, un don de 20 cennes, alors qu’il me fait voir son sourire édenté en essayant de me soustraire mon billet vert de 20 000 tout neuf.
Hey le monsieur faut pas abuser de ma gentillesse hein ! Un peu d’eau saumâtre sur ma douce chevelure blonde et deux ou trois psalmodies dont je ne sais si ce ne sont pas quelques moqueries bien placées ne valent pas plus. Et puis j’ai trop chaud, il faut me laisser partir sinon je pique une crise !
Sous ses recommandations insistantes nous continuons le chemin en direction d’un supposé temple de Bouddha que nous ne trouverons jamais. Par contre sur la route un autre vieillard de blanc vêtu nous fait signer un registre en nous demandant un droit de passage de 20 000. Je vois des noms avec des sommes identiques et j’imagine sottement que c’est quelque chose d’officiel. Mais le prochain visiteur francophone verra une signature équivoque : MAIS QUELLE ARNAQUE ! et devra alors se poser la question du sérieux de ce péage. D’ailleurs à notre retour plus de préposé et la boutique a tirée son rideau de fer…
Délestés de 2 dollars, nous continuons notre promenade. Des coups de feu assourdissants font trembler la forêt de bambous, des explosions puissantes nous ralentissent et André pense que nous sommes arrivés en pleine révolution. Évidemment je fais mon possible pour garder mon calme et me dit que si quelque belligérant avait voulu nous assassiner il l’aurait fait depuis longtemps.
Une femme aux seins nus ; contrairement aux thaïes, les balinaises ont de très gros seins ; se lave dans l’eau trouble d’une cascade. Évitant de la gêner d’un regard trop appuyé, je lui demande si c’est dangereux de continuer. Ça la fait rire et en même temps ça lui secoue sa dénudée poitrine qu’elle ne semble pas gênée d’exposer, elle nous rassure en nous faisant comprendre que nous ne risquons pas notre peau. Juste notre porte monnaie.
À peine 100 mètres plus loin, un grand-père, un bébé et une jeune femme sont occupés à ne rien faire. Après quelques beaux sourires, ils nous indiquent le chemin et à ma demande la jeune fille m’explique ce que sont ces déflagrations assourdissantes.
Des enfants s’amusent à remplir de gros morceaux de bambou avec du pétrole et y mettent tout simplement le feu. Apparemment cette activité semble parfaitement normale, et personne ne semble inquiet à l’idée que ces charmants bambins au sourire désarmant pourraient se faire exploser la tête, une chance que les nôtres portent des casques pour faire du vélo et sont prit devant leur maison pour se rendre à l’école par de gros autobus jaunes !
Finalement la gente damoiselle nous suit et nous donne quelques explications. Elle fini par passer devant et nous guide sur un sentier escarpé à travers une jungle touffue. Nous franchissons un étroit pont de bambou qu’elle a fièrement construit 2 mois auparavant et gambade comme une chèvre, pieds nus sur le sentier glissant. Elle rit beaucoup et parle assez bien anglais et même quelques mots de français. La rivière est tumultueuse, mais lors des grandes pluies l’eau peut monter à plus de 5 mètres du niveau actuel.
Trois grottes creusées au niveau de l’eau représentent trois divinités hindous, je ne sais plus qui est à droite et à gauche, mais au milieu c’est Vishnou, dieu de la destruction… Lors de cérémonies religieuses, les fidèles nagent dans la rivière et franchissent les 3 entrées,
Je sais qu’elle va finir par nous demander une contribution à tous ces efforts et je prépare discrètement un beau 20 000 pour sa peine. Nous enfilons enfin nos chaussures de randonnée, car nos gougounes deviennent trop dangereuses pour continuer ainsi. Nous suons comme des bœufs, la chaleur et humidité combinées à l’effort nous transforment en épouvantables fontaines humaines.
La promenade se termine, et avant de regagner son abri de fortune, notre guide nous demande évidemment de lui donner un peu d’argent pour son bébé parce que le gouvernement ne donne rien et que son papi est malade et qu’elle aimerait une nouvelle robe pour sortir dans les boites branchées de Semyniak.
Comme prévu je sors donc un billet de 50 000, à peu près 5$, ce que je trouve très généreux puisque c’est l’équivalent d’au moins 2 repas. Le festival des yeux mouillés et de la face contrite commence, je lui demande à quoi elle s’attendait et elle me répond avec le plus grand sérieux qu’en général les gens lui donnent 200 000 chacun !
A ma grande honte je ne peux m’empêcher de pouffer en la traitant de grosse arnaqueuse sans scrupule et probablement doublée de menteuse, mais elle ne saisit pas assez la langue de Molière pour comprendre quoique mon intonation doit être suffisamment explicite. Mon grand cœur étant ce qu’il est je lui donne encore un billet de 10 000 et lui dit que c’est assez et de toute façon je n’ai rien d’autre sur moi (ouh le vilain menteur !).
Oui je sais son bébé va mourir faute de soin, son papi ne pourra pas aller jouer au casino et elle ne pourra pas faire sa folle à la branchée Bamba.
Tant pis elle restera dans sa jungle à manger des fourmis et à faire téter son très joli bébé devant un feu de bambou et elle fera un homme fort et honnête. À moins que ce ne soit une fille, je ne me suis pas attardé assez longtemps pour approfondir.

Visite de temple, de drôles de spa et des sources magiques - lundi 22 février

Un scooter de 120 cm3 on peut appeler ça une moto ? Moi je décide que oui alors nous louons une moto et programmons notre semaine.

Sur les conseils de monsieur Putu, nous allons laisser un maximum de bagages à l’hôtel et partirons découvrir Bali à notre rythme. Tout à fait ce que nous avions envisagé de faire depuis Montréal. Le plus dur sera de convaincre André que le sac à dos ne sera pas plus inconfortable que ca, mais je dois bien avouer qu’il portera sa croix pendant les prochains kilomètres.

Mais commençons par cette journée…

Nous partons vers 9 heures en direction du nord, à quelques 30 kilomètres, visiter le temple de Gunung Kawi. Perdu au milieu de vertes rizières, au fond d’une luxuriante vallée se cache un des plus grand et plus anciens monuments de Bali.

Les sculptures dans la falaise, des candi, sont des sanctuaires et honorerais chacun un membre de la famille royale balinaise du XIe siècle.Ils auraient été sculptés en une seule nuit par les ongles de Kebo Iwa qui eu ensuite besoin d’une sérieuse manucure.

Cet architecte de renom qui est aussi un dieu ne s’est pas arrêté en si bon chemin et tant qu’à avoir les ongles en mauvais état, continua de gratter d’autres roches dont je parlerais plus tard.

La promenade est très agréable, la rivière apporte un semblant illusoire de fraicheur et nous cèderons aux doux yeux d’un vieux monsieur qui nous tends une noix de coco en même temps que l’autre main pour ramasser quelques sous. Nous resterons assis avec lui une dizaine de minutes à observer sa façon de graver délicatement une noix fraiche et blanche. Par contre manger l’intérieur d’une noix de coco fraiche est aussi dégueulasse que dans mes souvenirs. Il a beau me dire que c’est excellent pour l’estomac et que les femmes enceintes en consomment en quantité industrielle, je n’ai actuellement aucun problème de digestion et n’attends aucun heureux événement… Mais si je continue à vouloir lui faire plaisir, je crois que je vais garnir la noix avec un méchant reflux gastrique !

Retour à la moto en passant devant les innombrables boutiques de souvenirs. Jamais les vendeuses ne se lassent de nous proposer de laides sculptures ou des sarongs obligatoires pour visiter les temples et qui sont de toute manière gratuitement fournis à l’achat du billet d’entrée. Aussi endurantes que les thaïes, elles demanderont à chacun de nos passages de jeter un œil dans leur commerce, d’acheter un sarong seulement 1 euro ou 1 dollar, ou encore de subir un massage de piètre qualité.

Toutes les fois que nous sommes passés dans notre ruelle, pendant les quatre derniers jours à Ubud, les soi-disant masseuses, avachies devant leur lupanar nous ont proposées un prospectus et un massage. Les photos vantant les bienfaits de leurs soins font tout simplement l’inverse de leur travail. Le fameux bain de fleurs est une vieille baignoire sale et usée remplie d’eau et de fleurs coupées. Les lits semblent avoir servis à plusieurs générations de visiteurs, et même les filles ne croient pas en leur produit. Il est loin le rêve de spa et détente que nous nous faisions de Bali ! Parce qu’en plus tous ces lieux immondes se sont autoproclamés spa ! Un vieil acronyme latin Sane Per Aqua, la santé par les eaux…

A mon humble avis, la seule chose que pourrait éventuellement nous apporter les eaux de ces tristes bidets c’est une bonne dysenterie ou au mieux un lupus ! J’aurais du à chaque demande prendre un de leur papier et leur rendre l’équivalent du bottin téléphonique parisien à la fin de notre séjour en leur faisant mon sourire #1 le fameux Colgate Hollywoodien…

Nous poursuivons notre route toujours un peu plus au nord à la recherche des thermes de Tirta Empul.

Un motocycliste nous voyant un peu égarés nous montrera le chemin et évidemment demandera un bakchich pour ses excellents services. Il n’aura pas un centime mais je le surveille de loin de peur qu’il ne passe sa frustration sur ma moto toute neuve !

Des sources sacrées surgissent au milieu d’un bassin cristallin en volutes sablonneuses, elles auraient des pouvoirs magiques ! La rivière enchantée jaillie ensuite par des fontaines dans une piscine ou les dévots viennent se baigner et arroser leur tête sous chaque cascade en psalmodiant une prière. Je ne pourrais hélas parachever mon bronzage de haut de cuisse puisque le petit maillot de bain est interdit et que nous sommes obligés de nous ceindre d’un sarong, un bout de tissu synthétique super inconfortable.

N’étant pas hindouiste, mais quand même très respectueux, je ne ferais pas la bombe en hurlant, et me glisserait délicatement tel un beluga timide dans les eux transparentes et fraîches des bains sacrées. Quel bonheur de se tremper dans des eaux magiques ! Je sens tout de suite la spiritualité envahir mon corps de pécheur, et les frissons qui parcourent mon épiderme ne sont pas seulement dus à la température glaciale (sous ces latitudes) de cette jolie source. Je crois qu’ils sont aussi dus en partie au sarong flottant comme un tutu autour d’une ballerine, je dois tellement avoir l’air bizarre !

Mais les fidèles, tous emprunts de religiosité ne prêtent pas attention au maladroit touriste blond qui essaye de ne pas glisser sur un galet recouvert de mousse verte et qui a surement une algue posée sur le crâne…

Au moins ce bain aura eu pour effet de faire descendre la température excessive de nos anatomies, et c’est là la preuve matérielle des propriétés magiques de ces sources.

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Des vestiges de Woodstock, quelques offrandes, un peu de pollution et une sacrée belle balade ! Dimanche 21 février

En nous promenant sur la rue, nous croisons des humains que je croyais disparus : les baba cools !


Vestiges woodstockiens, perdus entre yoga et lavement colonnaire, entre pots d’eau chaude et tofu, ils errent, âmes perdues à la recherche du nirvana…

En Thaïlande ce sont plutôt les routards qui sévissent, sales et dépenaillés, souvent quelques bières en stock en train de gratter une guitare pour se payer le billet de retour.

Mais à Bali ce sont vraiment les rescapés de Katmandou et autres évadés d’ashram, adeptes de vie au ralenti que nous croisons le plus souvent. De lin et de voilage vêtus ils se déplacent lentement, sourient à une force surnaturelle et semblent à des années lumières de notre monde. Je comprends que se détacher de la vie matérielle de surconsommation dans laquelle nous vivons puisse être agréable de temps en temps, mais rester bloqué sur ce concept me donne envie de les secouer et de leur faire avaler un babi guling !


A part les trous dans les trottoirs il a une autre chose dont nous devons nous méfier ce sont les offrandes qui trainent partout.

Il y a des centaines de petits paniers en bambou ou feuille de bananier, contenant quelques grains de riz, des fleurs, un biscuit ou une sucette. Ils sont posés devant les entrées de maisons, de magasins, devant un temple ou un monument, dans les petites maisons aux esprits, sur les trottoirs, dans la rue, vraiment partout, seul ou en groupe compact. Il ne semble pas que le fait de les écraser de nos pieds impurs d’occidentaux soit considéré comme une insulte punie par la bastonnade, mais ce serait dommage de réduire à néant tout ce beau travail de minutie et de dévotion répété tous les matins. De toute façon les singes, poules, oies, et autre canidés s’occupent largement de réduire en poussière ces petits morceaux de prière…


De plus, au Gusti ou nous logeons il semblerait qu’une personne soit uniquement occupée à semer ces petits paniers et de préférence partout ou nous pourrions marcher.

Même s’il ne sourit jamais, l’homme en blanc semble gentil quoique très religieux…


Malgré les nuages noirs qui s’amoncellent en masse compacte, nous enfilons nos chaussures et allons marcher dans le nord du village. Il y a d’après monsieur Putu un chemin très agréable à travers les rizières. Effectivement, une fois émergés de la luxuriante vallée dans laquelle nous habitons, nous entrons de plain pied dans les champs inondés.

Ceux-ci, en amont du village sont moins sales que ceux que nous avons vus hier.


Autant les maisons, et leurs devantures sont irréprochablement propres, autant le reste du pays est d’une saleté repoussante… Les sacs en plastiques, encore eux, sont vraiment partout. Dans les cours d’eau, accrochés aux branches, aux mains de singes curieux, et dans chaque encoignure de nature on retrouve ces déchets. Les enfants n’ont aucune éducation environnementale et jettent les emballages n’importe où.

Même si à Ubud un effort certain est en train de voir le jour, comme l’installation de poubelles, et même du tri sélectif, je ne suis pas certain qu’elles soient vidées assez souvent et la majorité des gens ne s’en sert de toute façon jamais.

Sous l’influence des touristes plusieurs pensions offrent de remplir les bouteilles d’eau via une fontaine d’eau potable, certaines font même du compost et le bio commence à voir le jour. Mais la pollution est très présente et un panorama de rêve se transforme en épouvantable dépotoir pour peu que l’on observe plus en détail.


Nous croiserons des gens âgés qui dans un sourire édenté tenterons de nous vendre une noix de coco à boire, ou une photo moyennant quelques centimes. Mais nous refusons poliment toutes ces invitations intéressées, préférant nous attarder sur des gens qui ne demandent rien du tout sinon un sourire ou un geste de la main.


Étonnant de voir tous ces vieillards trimer comme des esclaves dans les champs de riz, alors que les jeunes se lancent à corps perdus dans le tourisme et/ou l’arnaque.

Que feront voir ces jeunes aux touristes lorsque plus aucun ancien ne sera en mesure d’entretenir ces sculptures géantes ?


Ce dimanche soir chez Roda, pour 3,50$ c’est un buffet balinais à volonté… Les meilleures recettes pour découvrir les plats typiques de l’ile enchantée.

Nous profitons d’une délicieuse soirée après avoir laissé notre place à une vieille solitaire bourrue plongée dans son livre et qui endurera pendant tout son repas le bruit des pelles et du gravier déposé dans la rue juste en dessous de notre ex-table à l’ instant où elle est venue nous faire changer de place. Bien fait !


En face, toute seule, une jeune mystique occidentale est plongée dans un recueil que nous imaginons de poèmes transcendantaux, d’une traduction de la vie de Bouddha en sanscrit, voire d’un condensé de position de yoga.

Elle regarde intensément sa soupe au tofu, y plonge sa cuillère, la porte à ses yeux avant de délicatement la glisser dans sa bouche extasiée et de mâcher avec beaucoup de perspicacité. Puis, repose sa cuillère, lit quelques lignes de son livre et recommence son manège… Vraiment fascinant !

Nous ne pouvons plus détacher nos yeux de cette créature tombée tout droit de la voie lactée.


Je comprends qu’elle soit toute seule qui supporterait de patienter 3 heures pour un pauvre bol de soupe ? De toute façon elle a probablement fait vœu de silence et doit murmurer en dehors de sa promesse…


La salade de fruit en dessert sera la bienvenue, nous quittons la délicieuse table et notre voisine aussi transparente que visuellement encombrante.

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Cours de cuisine balinaise-Dimanche 21 février

Ce matin nous prenons notre premier cours de cuisine balinaise. Nous prenons notre premier cours de cuisine tout court !

Nous arrivons au Café Wayan à 9 heures 35 et comme nous seront les deux seuls élèves nous partons directement en voiture au restaurant de la fille de madame Wayan.
En voiture le trajet est long, mais l’établissement se situe juste au sud de la foret des singes.
Nous sommes accueillis dans un cadre somptueux, des rizières prolongent l’horizon, les salles sont ouvertes, tout est propre et beau, du Balinais authentique !
Après un jus de fruit, nous sommes pris en charge par une jeune femme et le chef cuisinier, rien de moins. Les cuisines sont agréables, simplement couvertes d’un toit de chaume, faites en long et ouvertes face au restaurant. Il faut oublier la notion classique de restaurant et de cuisine, il n’y a pas de salles proprement dit, ce sont des pavillons dispersés sur un terrain avec au centre une piste que nous imaginons dédiée aux spectacles de danse.

La visite commence par un tour du petit potager qui est composé essentiellement de plantes aromatiques, bases de la cuisine balinaise. Curcuma, gingembre, galanga, citronnelle, piments, kéfir, bergamote, basilic, cannelle et j’en oublie, parfument ce prospère petit bout de terrain.
Il est temps d’enfiler nos tabliers, de nous laver les mains et de passer derrière les planches à découper.

Nous commençons par reconnaitre et sentir tous les ingrédients qui nous serviront dans l’élaboration des cinq recettes que nous allons faire aujourd’hui.
Une grande table expose les légumes, épices, fruits, et huile de coco. Nous commencerons par le Pepes Ikan Udang, du poisson et des crevettes cuits à l’étouffé dans une feuille de bananier puis grillé.
Suivront ensuite le fameux Sate Lilit, un saté de poulet style balinais, du Ayam Panggang Sambal Matah (salade de poulet), le Sayur Urap (légumes à la noix de coco et aux épices), et pour finir le dessert Pisang Goreng, des bananes frites.

Le chef nous fait passer le test de l’éminçage des échalotes et de l’ail et se rends compte que nous savons tenir des couteaux et nous en servir sans nous trancher des petits bouts de doigts au passage de la lame effilée.
Les ingrédients sont on ne peut plus frais, tout justes sortis de terre, lavés et posés dans les bols. Le curcuma frais dégage tout son arome de racine et colore immédiatement les doigts, les graines de coriandre séchées sont à la base de beaucoup de recettes, toutes ces épices sont broyées dans un mortier plat, mélangées, mixées doucement pour en extraire le plus subtilement possible leurs complexes saveurs.

Nous prenons un plaisir immense à suivre les instructions et à voir nos efforts se traduire en tendres brochettes de poulet ou en salade des plus aromatique.
Vient ensuite le temps de passer à table, mais avant la propriétaire vient nous féliciter et nous fait un petit cadeau de tablier et napperons. Nos plats nous sont servis face à la rizière, et le repas est une explosion de fines saveurs et de gouts nouveaux.

Mais qui est donc ce génial chef ?

Une forêt pleine de singes et un restaurant plein de touristes-Samedi 20 février


Finalement il n’y a pas autant de moustiques que le cadre tropical aurait laissé supposer, et nous passerons une nuit fort agréable.
Après notre déjeuner de crêpe à la banane, salade de fruits et café balinais (une entorse à notre sempiternel thé) nous descendons au sud d’Ubud visiter le sanctuaire sacré de la forêt des singes, tout un programme.

Le parc est sympathique, les temples qui le ponctuent sont mystérieusement dissimulés dans une végétation luxuriante, les pénombres donnent un relief et une atmosphère vraiment particulière et évidemment les singes rajoutent la touche d’exotisme indispensable.
Ceux-ci vivent en totale liberté, uniquement occupés à se faire nourrir par les touristes et les gardiens, à faire la sieste, à jouer, se chamailler et à assurer leur descendance.
De temps en temps un cri au loin confirme que les primates sont en train de prouver à la gente féminine qu’ils peuvent être particulièrement curieux et entreprenants. Étonnement nous avons constaté que ce ne sont que les femmes qui sont importunées par les bestiaux, misogynie animale ?

Nous continuons notre promenade vers le sud en traversant un village où les maisons semblent toutes dévouées aux seuls cultes de la beauté, de la perfection et de la propreté. Les portes donnant sur la rue sont ouvertes, mais une statue ou un autel cache ou au mieux laisse juste deviner ce qu’il y a dissimulé derrière.
Chaque habitant balaie devant sa porte, les rues sont propres, les trottoirs impeccables et toutes les personnes que nous croisons nous font de francs et larges sourires.

C’est un réel bonheur de se promener ici, il manquerait juste que quelqu’un nous invite à rentrer chez lui et je pourrais me croire dans un autre monde. En fait je suis dans un autre monde, un endroit où les humains sont restés simples, conviviaux et accueillants, ou l’étranger n’est pas nécessairement perçu comme un danger, ou l’hospitalité est une culture et ou un simple bonjour est une nécessité sans être une corvée.
Un monde où les enfants rigolent sans malice en nous voyant passer, répondent instantanément au sourire et au bonjour, où les vieux, fardeau himalayen sur la tête se courberait presque, nous remerciant de les laisser passer, où de vieilles femmes prosternées dans leur rizière, de la boue jusqu’aux genoux et jusqu’aux coudes, nous arrêtent pour demander qu’on les prennent en photo… Chaque instant est un pur moment de magie humaine !

Les rizières renvoient l’éclat du ciel, les nuages y défilent comme dans un miroir ponctué de pousses émeraude. Il règne une ambiance de création du monde, tout est calme, serein, il n’y a que les jours et le temps qui semblent pouvoir modifier le cours des choses. Et les promoteurs véreux.

Par contre, dès que nous sortons des sentiers et que nous rejoignons la grand’ route, c’est une toute autre histoire. Autant les deux roues font leur possible pour essayer de nous éviter sous peine de tomber en nous frappant, autant les voitures et camions n’en ont absolument rien à foutre. Mais alors rien de rien !
Plusieurs fois j’ai failli me faire arracher un bras par un rétroviseur, et si nous n’avions marchés à droite, dans le sens inverse de la circulation, nous n’aurions pu éviter l’un ou l’autre de ces véhicules qui nous auraient fait connaitre les éthérées moiteurs de l’hôpital principal de Denpasar !

A midi nous arrivons à Ubud et allons manger un babi guling (du cochon de lait à la broche) fameusement réputé dans le warung Ibu Oka où les gens de tous pays font la file à partir de midi.
En fait un warung c’est tout simplement un restaurant familial, moins cher mais pas forcément moins chic qu’un vrai restaurant.

Nous arrivons assez tôt et n’attendons pas pour nous assoir à terre sur des coussins particulièrement fins et inconfortables. Je glisse mes gambettes sous la table basse, depuis mes 4 ans je n’ai plus jamais été capable de me tenir en position du lotus, je déteste vraiment manger dans cette fâcheuse position !
Le cochon est bon, mariné dans des épices très parfumées, mais honnêtement je ne me taperais pas 30 minutes d’attente pour un bout de couenne grillé sur du riz trop cuit…

Un point pour la Thaïlande à ce propos… Le riz balinais n’arrive pas à la cheville du riz thaï ! Et même si les rizières sont un pur enchantement pour les yeux, ils ne délivrent pas la marchandise de la même façon que le précurseur mondial de cette céréale.

Plus tard dans l’après-midi, nous partons réserver un cours de cuisine au Café Wayan. Nous sommes les premiers à réserver, et avons le choix entre 7 cours. Je demande lequel est le plus authentique, et le choix se porte sur le cours numéro 6. Nous avons rendez-vous demain à 9 heures 40 pour nous rendre au restaurant ou nous suivrons les directives du chef…
Au retour, nous nous arrêtons dans un café internet qui ne sert pas de café, car depuis hier une nébuleuse histoire de DNS empêche mon ordinateur de se connecter au réseau.

Nous cherchons ensuite un endroit ou manger et, au hasard qui ne fait pas toujours bien les choses, nous choisissons le Lotus.
Un endroit qui s’avérera cher et uniquement fréquenté par une clientèle âgée et déprimante, comme cette vieille anglaise abondamment coiffée qui demandera à stopper le lointain ventilateur au-dessus de sa table sous peine de voir sa permanente vouée aux gémonies…
Le restaurant donne sur un temple ou un spectacle de danse balinaise tente de justifier les prix exorbitants. Quand je pense que nous avons failli acheter des billets pour aller voir un spectacle ! Trente minutes eurent été suffisantes, mais le show dure au moins le triple et la musique redondante semble avoir été créé pour rouler les nerfs en pelote avant de les livrer à une fratrie de chatons tourmentés sous l’emprise d’une massive dose de caféine !

Et puis une bière à 4$ dans un pays où l’on peut se loger pour 8 et manger comme un chancre pour 3 est une pure opération marketing orchestrée par un occidental cupide et opportuniste.

Vite, courons au dépanneur il nous faut un pack de 6 !!
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Une piaule et le resto de nos rêves ! vendredi 19 février

Ubud...

Finalement après 4 tentatives infructueuses, notre choix se porte sur une chambre avec salle de bain extérieure dans un jardin avec piscine en flanc de montagne. Exactement en face de chez Roda ou nos sacs nous attendent.


La piscine n’attends pas, insérée dans un écrin de verdure, l’eau est délicieusement fraîche, quel bonheur après les bains chauds du sud, enfin un peu de rafraîchissement. D’ailleurs la température extérieure à elle aussi baissée de quelques degrés et surtout l’air est moins humide.

Nous sortons de notre grosse baignoire et allons faire la visite de notre nouveau village. Pour le moment les autobus saturés de Chinois envahissent chaque centimètre carré du bourg.

Ils sont partout, une invasion de l’Empire du milieu ! Allons-y pour les photos imbéciles devant les temples avec les doigts en V, le sourire forcé coincé au coin des lèvres, mais pourquoi suis-je aussi méchant ?


Nous découvrons des magasins extraordinaires, de très réussis tissus en batik, des sculptures en bois et en pierre d’une finesse incroyable, des objets usuels magnifiquement décorés, c’est simple nous pourrions absolument tout acheter dans au moins 5 boutiques du centre ville…

Nous tombons en arrêt devant un restaurant au design fabuleux, des bambous, de la pierre, du métal, du bois et du verre, il a l’air très récent et le propriétaire nous invite à passer un soir, en nous précisant que les prix ne sont pas à l’image de la décoration.

Ce que nous ferons après une ultime baignade.

Le restaurant est complètement magnifique ! Ouvert il y à a peine 5 jours le Clear Café (ils s’appellent donc tous café ?) est une réussite totale, enfin presque. Si ce n’étaient ces tables quelque peu délicates au design parfait mais mal équilibrées, il n’y a rien à redire sur le reste. Évidemment avec une ouverture aussi récente, il reste quelques détails mineurs à régler, mais dans l’ensemble c’est une superbe réussite.

Les toilettes sont à elles seules un petit chef d’œuvre, la chasse d’eau sert de vase pour des fleurs, au sol un trou abrite une sculpture, le lavabo en pierre avale l’eau sans éclaboussure, et la porte moitie métal et verre est une œuvre d’art.

Les plafonds de la salle principale s’élèvent à 10 mètres de hauteur, des murs d’eau rafraichissent l’atmosphère et à l’arrière une cascade déferle dans un bassin fleuri de nénuphars.

La nourriture est à la hauteur du cadre, nous nous remettons rapidement de la carte sans alcool, car nous découvrons maintenant que c’est endroit dédiée au spiritualisme pur et dur. Je me disais aussi que quelque chose ne devait pas tourner rond ici !

Effectivement, la carte est pas mal orientée vers le végétarisme voire le délirant végétalisme, mais quelques poissons font leur apparition ça et là. D’ailleurs le pavé de thon mi-cuit au poivre long de Bali est une explosion de saveur et mon mérou en légère panure est à se rouler à terre !

Même le jus de fruits épicé qui accompagne mon plat sera un heureux mariage, moi qui rêvais d’une bière…

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En route vers Ubud en passant par de l’artisanat pourri-vendredi 19 février


La nuit a été excellente, la clim est enfin parfaitement réglée et le merveilleux matelas est un vrai nid.
En partant déjeuner, nous réservons un transport pour nous monter à Ubud. Nous négocions 1 minute, l’affaire est conclue, nous partirons à 11 heures.

Le petit déjeuner est un peu léger, nous allons nous caler avec un pain au chocolat et un croissant au Jimbar en buvant un excellent café balinais. 
Ce café ressemble à s’y méprendre au vitalisant café turc, à la seule différence qu’il est Balinais ! Sinon l’épaisseur de marc au fond de la tasse est la même et offre une belle surprise à qui voudrait le boire d’une traite… En général c’est une boisson à éviter après 17 heures sinon c’est nuit blanche assurée !

Il est 11 heures, notre chauffeur nous attends, il a fini son journal est et prêt à nous embarquer. Bien sûr, sur la route il nous demande, sans être lourdement insistant, si nous voulons visiter telle ou telle boutique de sculpture, batik ou peinture. 

Nous voulons lui faire plaisir et stoppons dans une fabrique de batik. Le travail à la cire est intéressant à voir, mais les chemises de la boutique à batik sont d’une originalité innommable !
Il n’est pas né le papi centenaire qui me verra avec un truc comme ça sur le dos ! 
André essaye un chapeau très élégant, mais une vendeuse m’informe que les photos sont interdites, moi qui commençais enfin à trouver un intérêt à son magasin…

Nous reprenons la route vers Ubud et je confirme au chauffeur que la boutique recèle des merveilles, mais quel dommage nos sacs sont déjà tellement pleins !
J’évite poliment la visite d’un atelier de peinture, à voir les chefs d'oeuvre qui trônent sur le trottoir, j’imagine assez bien ce qui est dissimulé à l’intérieur…
Je refuserais la visite des bijoutiers d’argent dont le prochain village est le fief, mais pour compenser nous acceptons la visite d’un magasin de sculpture sur bois.

A part les 2 artisans de l’entrée, il n’y a rien d’extraordinaire à voir dans cette exposition regroupant pèle-mêle des couples en train de baiser, d’aigle attrapant une poule effrayée, d’éléphant gracieux comme une ballerine, d’énormes pénis ouvre-bouteille, ou de chevaux caracolant dans le vent frais du matin… le musée des horreurs !
Évidement parmi les centaines de merveilles que nous avons croisées sur le bord de la route depuis notre arrivée, il nous a déposé chez le seul fabricant de cochonneries, mais ayant le plus grand parking pour les minibus de touristes… 
Une chance que les Chinois sont en vacances, ils vont pouvoir délester le commerçant d’un paquet d’immondices.

Enfin, après 1 heures et demi de route nous arrivons à Ubud, et notre gentil chauffeur nous dépose directement devant l’adresse que nous lui avons indiquée avant de partir et s’en tient au prix fixé ce matin.
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