Le temple de Thana Lot, des excentricités vestimentaires, le Café Bali et enfin la plage - jeudi 11 mars












Plutôt que de payer 175 000 roupies pour un voyage organisé, je loue une mob pour presque 5 fois moins. Nous partons visiter le temple de Thana Lot, un incontournable puisqu’il figure sur les cartes postales !

La circulation devient presque normale une fois sortis des plages de Legian et Seminyak, mais je déconseille plus que fortement toute aventure motorisée à qui n’aurait pas une expérience solide et des preuves tangibles de conduite dans des rues bordées de caniveaux de 70 centimètres de profondeur, de conduite à gauche, avec des véhicules venant à contre sens et surtout en ayant vérifié lors de la location que les freins et surtout le klaxon fonctionnent correctement.
Conduire en Thaïlande est un jeu d’enfant !
Nous traversons quelques rizières temporairement survivantes, sommes coincés derrière un autobus exhalant une fumée noire à laquelle j’attribuerais mon futur cancer des poumons et rêvons de nous amarrer à une bouteille d’oxygène.
Y aurait-il un marché de bar à oxygène à développer ?
Pour mon plus grand bonheur un feu rouge sorti d’on ne sais où viendra arrêter mon vaillant scooter, le temps que le gros véhicule fourré aux Chinois prenne une sérieuse avance. Chinois ou Coréens ?
Est-ce vraiment important de connaitre la nationalité de ces incroyables touristes qui ne peuvent pas poser pour une photo sans une mimique ridicule devant un monument qui devrait inspirer le plus grand respect ? Et toujours les doigts en V, le V de la Victoire ou le signe de paix genre Yoko et John… Pour finir avec ce tableau digne des artistes les plus surréalistes, les vêtements sont d’une extravagance hallucinante.
Le mot est bien pesé, je suis certain que ces gens prennent des drogues, des champignons, du LSD que sais-je, mais je ne peux croire qu’un cerveau normalement fonctionnel puisse autoriser un être humain à se vêtir de cette façon…
Et encore plus étrange ce sont les hommes qui mettent la barre haute, les chemises hawaïennes sont assorties au short, et les chaussettes montées aux genoux sont engoncées dans des sandales de cuir.
L’appareil photo hors de prix accroché autour du cou se balance mollement sur leur stomacale proéminence. Que tous les Dali de la terre viennent s’en inspirer ! Donnez-moi une boite de Tylenol.
Le temple est joli, la marée basse permet d’accéder à la petite île, mais pour monter sur le tout petit escalier auquel les non-hindouistes ont droit, il faut verser une donation, se faire asperger d’eau de la source sainte et se faire coller une pincée de riz sur le front. Merci, nous avons déjà donné dans la bénédiction et l’eau croupie, je ne mettrais aucune photo en ligne de ma face en sueur avec du riz trop cuit sur mon grand front dégarni !
Les photos seront magnifiques vues de la falaise et de toute façon ce matin le ciel est couvert. Une agréable promenade nous emmène visiter les lieux, au loin on aperçoit la pelouse, où pas un brin d’herbe ne semble dépasser, de l’hôtel Méridien construit juste au-dessus du lieu saint.
La clientèle huppée observe, désabusée, la plèbe défiler à travers les bulles de leur flûte de champagne bien frais en croquant de leurs belles dents blanchies leurs croissants encore tièdes.
Aux alentours du temple les inévitables marchands nous attendent, persuadés que nous allons nous procurer cinquante sarongs, boire plusieurs dizaines de Coke, ou nous vêtir de huit immondes t-shirts IPood ou Bintang… Quelques montreurs d’ours se sont reconvertis, faute dudit plantigrade, dans le boa, le python ou la roussette.
La roussette qui n’a aucun lien de parenté avec la Zora de mon enfance télévisuelle, est une très grosse chauve-souris toute poilue et qui ne suce que le sang de quelques fruits pour peu qu’on l’ai laissée en liberté… Et qui en passant, a la texture et le délicieux goût du lapin.
Nous reprenons la route sur notre poussive motocyclette, et je ne peux m’empêcher de m’arrêter aux abords d’une rizière pour aller voir un jeune paysan en train de s’escrimer à faucher de son indispensable faucille, quelques acres de riz blond. Ces gens abattent un boulot incroyable, sous le soleil revenu la chaleur rend tout déplacement pénible. Alors passer ses grandes journées, le dos cassé, le geste immuablement répété est un exploit que personne ne viendra jamais honorer. Je lui demande d’un sourire si je peux immortaliser son œuvre, ce qu’il accepte avec la plus grande joie. Je ne crois pas que beaucoup de gens viennent lui en faire la demande et les photos volées depuis une fenêtre d’autobus lui feront une belle jambe !
En partant je lui fais un signe d’au revoir et c’est lui qui me remercie !
Il me remercie de m’être arrêté et d’avoir pris de mon si précieux temps de touriste pressé pour l’observer ne serait-ce que trois minutes.
Le hasard finissant par bien faire les choses nous nous arrêtons devant une boutique qui affiche ses convictions biologiques et naturelles et ce que nous cherchions depuis 23 jours nous est enfin offert. Les poivres longs, ronds, noirs ou verts de Bali et Java que nous avions vus à Sanur sont là. Nous avions perdu tout espoir de mettre la main dessus, ayant épuisés toute nos commerciales ressources et la plupart des magasins susceptibles de les vendre.
Des épices, on en trouve bien entendu partout, des bâtons de cannelle éventés, des poivres sous plastique, des clous de girofle et des baies de cardamome en petits morceaux, mais pour la belle qualité nous n’avions plus aucun espoir si ce n’est notre montréalaise caverne d’Ali “de Vienne” Baba.
Enfin c’est au Café Bali que nous nous sustenterons, une salle magnifique, une cachette coloniale, un lieu de repos et de bien être et un tartare de thon au-dessus de tout entendement. Oui nous mangeons du poisson cru sous les Tropiques ! Le thon n’est jamais aussi bon que cru, et le Café Bali est la référence pour ce mets.
Une distinguée quinquagénaire qui rêve d’un gros hamburger et de faire vingt ans de moins que ses mains se contente d’une gracile salade. Sa meilleure amie qui n’est autre que sa fille grignote la même verdure du bout de sa lippe boudeuse et bourrée de collagène. Leur détachement et leur complaisance propres à leur rang social sont cocasses, je suis fier de mon débardeur plus très frais et de mes cheveux en pétard ! J’ai comme une furieuse envie de crier et de les secouer, de les emmener voir mon coupeur de riz et de leur dire que nous venons de faire un demi-tour de l’île sur un scooter… Bah le tartare de thon se suffit à lui-même.

Il est temps de parfaire notre bronzage, car il est loin d’être certain que nous verrons un rayon de soleil à Bangkok. La plage nous accueille de tous ses grains de sable fin et nous installons nos serviettes au bord des vagues, loin des vendeurs de tout poil. Je loue un bodyboard et m’essaye à la distraction locale, la glisse sur écume.
Les vagues sont agréables, moins cassantes et violentes qu’en Atlantique, elles permettent de profiter de l’agréable sensation de flotter entre ciel et mer.
Loin du surf et de ses adeptes, ce petit bout de planche en mousse me suffit largement, et André aura également du plaisir à s’échouer sur la lointaine plage. Même sans cet artefact, en partant au bon moment, on peut surfer simplement en projetant le corps dans l’ourlet de la grosse vague. Retenant la respiration, raide comme la justice, les paumes loin devant, on est pris dans le tourbillon insensé de la lame de fond qui finit ici son tour du monde.
Après presque quatre heures à tremper dans cette incessante mouvance, le soleil donne tous les signes d’un affaiblissement inéluctable. Il est 18 heures 30, l’intense étoile va se poser à l’horizon, le disque se déforme au contact de l’océan Indien, et tout va très vite. Ce qui semble immuable va disparaître en quelques très courtes minutes, sur la plage la foule s’est amassée, le spectacle ne laisse personne indifférent. Je suis même étonné qu’après le royal couché, les applaudissements ne fusent pas comme à la fin d’un merveilleux spectacle.
Le corps immergé, sautillant de vagues en vagues, nous profitons au maximum de l’épilogue heureux de cette belle évasion balinaise. Voilà, le dernier rayon, une timide lueur émeraude, et un dernier rouleau effervescent nous ramène à la plage qui se vide doucement de tous les témoins de cette fin de journée.
Nous revenons à notre chambre, vidés de toute énergie après ce tumulte, mais trouvons un tout dernier regain de dynamisme pour aller manger un ultime gado-gado et un satay ayam dans un petit restaurant populaire non loin de notre hôtel.
Nos sacs sont bouclés il n’y aura nul besoin de nous fredonner une quelconque berceuse, et c’est le corps encore balancé du souvenir de toutes ces vagues que je tomberais entre les bras d’un Morphée pressé de me voir rejoindre son univers.
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