Un peu d’eau avec ça ? mercredi 24 février


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Mais déjà le ciel s’assombrit. Nous avons eu la bonne idée de nous munir de nos vestes “imperméables“ mais la météo changeante nous invite à partir au plus vite.

En quelques rapides kilomètres, la pluie se met à tomber, 3 ou 4 gouttes par ci, par là, mais nous sommes abrités par la canopée et ce ne sont pas ces quelques ridicules gouttelettes qui pourraient nous arrêter. En fait nous nous arrêtons quand même, sortons les vestes de sous le siège et y rangeons l’appareil photo et un sac.

Les rizières sous ces nuages prennent une autre dimension, le vert tendre est remplacé par une teinte glauque, l’eau brille, dorée par un soleil qui disparait, le ciel est à porté de main.
C'est maintenant que le fun commence.

Finie la petite pluie. Les gouttelettes viennent de se faire mettre à la porte des cieux par des gouttes grosses comme des noix de coco. Un premier puis un deuxième impact sur ma visière de casque, suivi tout de suite par une myriade de sœurs gouttes. C’est toute une armée qui déferle à présent, les troupes hallucinées d’une cavalerie folle, une inondation de feu liquide, une explosion de fleuve céleste, le déluge de Noé !

Par hasard nous arrivons au mini marché ou nous nous étions arrêtés à l’aller. Son toit providentiel est un abri sous lequel d’autres ont trouvés un refuge opportun. Nous arrivons juste à temps, nos vestes ont bien fait leur travail, nous sommes à peine humidifiés.
La pluie s’intensifie, le vent n’a même plus la force de détourner la trajectoire des gouttes qui se pressent et se ruent comme des folles aux portes d’un grand magasin un jour de soldes. Quelques hirondelles bravent la tempête en virevoltant sous le rideau liquide, une cataracte se forme sur la route, les profonds fossés saturent, tout est au même niveau. Un fleuve brunâtre dévale la chaussée, les rares véhicules qui s’aventurent font gicler des immenses gerbes sous leurs roues. Pas question de mettre une moto dehors !

Nous en profitons pour déguster une glace et découvrir les 20 mètres carrés de notre abri.
Enfin, après une heure, la pluie se calme, il est 15 heures et on se croirait presque en pleine nuit, il fait sombre, les nuages hésitent à partir, accrochés aux montagnes ils sont biens et s’amusent avec les humains qui courent comme des lapins effrayés.
Les dieux sont d’humeur taquine…

Une providentielle accalmie nous incite à lever la béquille. Si ma mémoire est bonne, le village de Bedugul ne doit pas être trop loin et j’ai vu hier des dizaines de ponchos suspendus dans des boutiques, je sais maintenant pourquoi, et je sais aussi que la prochaine fois on hésitera un peu moins longtemps avant de s’en procurer.
Bien sûr le calme est de courte durée, entre l’abri laissé et les ponchos trop éloignés le déluge recommence de plus belle. Cette fois-ci nous sommes dans l’œil de la tempête, toutes les gouttes sans exception ont une seule cible, un seul objectif que jamais elles ne rateront : nous.
Et elles font un travail parfait, en quelques secondes, juste le temps de cligner d’un œil, nous sommes au centre de la tourmente. Que Bedugul est loin !
Parce qu’un problème ne se suffit pas à lui-même, la jauge d’essence indique que nous allons bientôt rester en rade au milieu de cette fin du monde liquide. Heureusement ici comme en Thaïlande tout le monde s’improvise pompiste et les bouteilles d’essence trônent un peu partout, posées sur des étagères au bord de la route, le Bensin est à 1$ les 2 litres… La dame nous regarde avec incrédulité, qui donc a envie de se promener par un temps pareil ?

Un tracas résolu, le cœur léger et plein d’allégresse, les chaussures pleines d’eau, nous reprenons la route du calvaire et j’ai l’impression de piloter un bateau !
Derrière moi André ne dit plus rien, préférant se dissoudre dans son casque en attendant le retour improbable d’un soleil que l’on pense noyé…

Enfin les faubourgs de Bedugul apparaissent, les ponchos flottent au vent comme autant de bannières salvatrices. Il est trop tard pour être sec, mais au moins nous protégeront-ils du vent et du froid qui tente de s’insinuer en nos chaires détrempées. Le marchandage sera rapide, comme d’habitude je lui demande les prix pour les Canadiens, fait mine de tomber dans les pommes, le regarde un peu par en-dessous et lui montre comment je suis mouillé et frigorifié…
Bien couvert de mon abri bleu, André dans son gris nous rentrons vers notre chambre, trempés jusqu’aux os, en nous maudissant d’avoir trop attendu pour nous procurer ces indispensables vêtements sous lesquels nous serions restés au sec et au chaud.

La pluie cesse, de sublimes volutes de brume s’échappent de la forêt, le ciel est noir et se déchire laissant apparaitre quelques pans de bleu, le paysage est majestueux.
Enfin la chambre, je demande au jeune homme de la réception s’il n’aurait pas un ventilateur en stock dont je pourrais me servir pour faire sécher nos affaires. Il me dit qu’il n’a pas ça, mais qu’il peut me prêter un objet dont je n’ai pas saisit le nom, mais il y a le mot pétrole dedans… Dans l’incertitude et contrairement au dicton, je ne m’abstiens pas et lui réponds que je vais accepter sa proposition qu’elle quelle soit.

Finalement 10 minutes plus tard il débarque un espèce de fanal à pétrole, dégageant une intense lumière et une chaleur réconfortante. André est aux anges, lui qui est incapable d’allumer un briquet et pour qui tout se qui s’apparente à une flamme est forcement voué à une explosion certaine.
Je bricole un genre de cabane avec un parapluie et glisse toutes nos affaires mouillées en dessous en espérant que la chaleur fera son travail. Le lendemain hormis nos chaussures, nous pourrons remettre nos vêtements pour lesquels nous venons d’économiser un lavage…


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