Le temple aux arnaques – lundi 22 février

Nous nous dirigeons vers le sud en prenant une route transversale. Pas facile de se retrouver avec des panneaux un peu aléatoires et des routes qui ne se rejoignent jamais. La topologie du pays est dépendante du relief de ses volcans. Toutes les routes principales, à part la côtière, se dirigent de la mer vers les montagnes, et pour aller à sa parallèle il faut descendre quasiment jusqu’à la côte pour traverser. Les cartes sont particulièrement imprécises et certaines jonctions sur l’une peuvent ne pas exister sur l’autre alors qu’en vrai le pont n’a jamais été construit… Heureusement les distances sont assez courtes et une erreur peu rapidement être corrigée grâce à l’affabilité des habitants.
En cours de route nous croiserons des rizières de magazine, étagées, parfaitement entretenues, nous ne nous en lasserons jamais. Par contre, à peine le moteur éteint, des dizaines de femmes et d’enfants accourent avec des tonnes de colifichets sous les bras et sur la tête. Entre cartes postales défraîchies, sarongs et sculptures en vrai ébène à peine enduit de cirage noir, ils ne cessent de nous harceler réclamant quelques sous en affichant leur mine contrite au bord de la crise de désespoir.
Avant de retourner à Ubud, nous allons faire la visite de Goa Gajah, la grotte de l’éléphant. Comme il n’y a jamais eu de pachyderme à Bali, c’est probablement à une vague ressemblance avec un gros rocher qu’est tiré ce nom.
Nous retrouvons le fameux Kebo Iwa qui était aussi géant en plus d’être bâtisseur et qui, dans sa rage de construction est également à l’origine de cette grotte. La cavité en T est taillée dans une paroi rocheuse et son entrée représente une énorme bouche de démon. Des doigts gigantesques aux longs ongles se pressent sur son visage, à l’intérieur une statue de Ganesha, célèbre fils de Shiva fait face à 3 lingams, symboles phalliques de ce dernier.
Devant la grotte, six personnages féminins alimentent en eau le bassin d’ablutions.
Voila pour la partie culturelle, sautons sans plus attendre à la partie la plus rigolote.
Les 12 000 roupies de l’entrée se transformeront rapidement en 85 000 grâce à de subtiles arnaques dont nous serons les imbéciles victimes.
Dès l’entrée un guide nous propose ses indispensables services que nous refusons. Première arnaque évitée !
Nous visitons le temple et les alentours, et en passant devant un sanctuaire, un noble nonagénaire en train de prier nous invite à se joindre à lui pour attraper de la fumée d’encens entre les mains et s’en parfumer le visage, puis il nous asperge d’eau bénite.
Bien sûr un don en argent est le bienvenu et je pose avec grande générosité 2 billets de 1000 roupies, un don de 20 cennes, alors qu’il me fait voir son sourire édenté en essayant de me soustraire mon billet vert de 20 000 tout neuf.
Hey le monsieur faut pas abuser de ma gentillesse hein ! Un peu d’eau saumâtre sur ma douce chevelure blonde et deux ou trois psalmodies dont je ne sais si ce ne sont pas quelques moqueries bien placées ne valent pas plus. Et puis j’ai trop chaud, il faut me laisser partir sinon je pique une crise !
Sous ses recommandations insistantes nous continuons le chemin en direction d’un supposé temple de Bouddha que nous ne trouverons jamais. Par contre sur la route un autre vieillard de blanc vêtu nous fait signer un registre en nous demandant un droit de passage de 20 000. Je vois des noms avec des sommes identiques et j’imagine sottement que c’est quelque chose d’officiel. Mais le prochain visiteur francophone verra une signature équivoque : MAIS QUELLE ARNAQUE ! et devra alors se poser la question du sérieux de ce péage. D’ailleurs à notre retour plus de préposé et la boutique a tirée son rideau de fer…
Délestés de 2 dollars, nous continuons notre promenade. Des coups de feu assourdissants font trembler la forêt de bambous, des explosions puissantes nous ralentissent et André pense que nous sommes arrivés en pleine révolution. Évidemment je fais mon possible pour garder mon calme et me dit que si quelque belligérant avait voulu nous assassiner il l’aurait fait depuis longtemps.
Une femme aux seins nus ; contrairement aux thaïes, les balinaises ont de très gros seins ; se lave dans l’eau trouble d’une cascade. Évitant de la gêner d’un regard trop appuyé, je lui demande si c’est dangereux de continuer. Ça la fait rire et en même temps ça lui secoue sa dénudée poitrine qu’elle ne semble pas gênée d’exposer, elle nous rassure en nous faisant comprendre que nous ne risquons pas notre peau. Juste notre porte monnaie.
À peine 100 mètres plus loin, un grand-père, un bébé et une jeune femme sont occupés à ne rien faire. Après quelques beaux sourires, ils nous indiquent le chemin et à ma demande la jeune fille m’explique ce que sont ces déflagrations assourdissantes.
Des enfants s’amusent à remplir de gros morceaux de bambou avec du pétrole et y mettent tout simplement le feu. Apparemment cette activité semble parfaitement normale, et personne ne semble inquiet à l’idée que ces charmants bambins au sourire désarmant pourraient se faire exploser la tête, une chance que les nôtres portent des casques pour faire du vélo et sont prit devant leur maison pour se rendre à l’école par de gros autobus jaunes !
Finalement la gente damoiselle nous suit et nous donne quelques explications. Elle fini par passer devant et nous guide sur un sentier escarpé à travers une jungle touffue. Nous franchissons un étroit pont de bambou qu’elle a fièrement construit 2 mois auparavant et gambade comme une chèvre, pieds nus sur le sentier glissant. Elle rit beaucoup et parle assez bien anglais et même quelques mots de français. La rivière est tumultueuse, mais lors des grandes pluies l’eau peut monter à plus de 5 mètres du niveau actuel.
Trois grottes creusées au niveau de l’eau représentent trois divinités hindous, je ne sais plus qui est à droite et à gauche, mais au milieu c’est Vishnou, dieu de la destruction… Lors de cérémonies religieuses, les fidèles nagent dans la rivière et franchissent les 3 entrées,
Je sais qu’elle va finir par nous demander une contribution à tous ces efforts et je prépare discrètement un beau 20 000 pour sa peine. Nous enfilons enfin nos chaussures de randonnée, car nos gougounes deviennent trop dangereuses pour continuer ainsi. Nous suons comme des bœufs, la chaleur et humidité combinées à l’effort nous transforment en épouvantables fontaines humaines.
La promenade se termine, et avant de regagner son abri de fortune, notre guide nous demande évidemment de lui donner un peu d’argent pour son bébé parce que le gouvernement ne donne rien et que son papi est malade et qu’elle aimerait une nouvelle robe pour sortir dans les boites branchées de Semyniak.
Comme prévu je sors donc un billet de 50 000, à peu près 5$, ce que je trouve très généreux puisque c’est l’équivalent d’au moins 2 repas. Le festival des yeux mouillés et de la face contrite commence, je lui demande à quoi elle s’attendait et elle me répond avec le plus grand sérieux qu’en général les gens lui donnent 200 000 chacun !
A ma grande honte je ne peux m’empêcher de pouffer en la traitant de grosse arnaqueuse sans scrupule et probablement doublée de menteuse, mais elle ne saisit pas assez la langue de Molière pour comprendre quoique mon intonation doit être suffisamment explicite. Mon grand cœur étant ce qu’il est je lui donne encore un billet de 10 000 et lui dit que c’est assez et de toute façon je n’ai rien d’autre sur moi (ouh le vilain menteur !).
Oui je sais son bébé va mourir faute de soin, son papi ne pourra pas aller jouer au casino et elle ne pourra pas faire sa folle à la branchée Bamba.
Tant pis elle restera dans sa jungle à manger des fourmis et à faire téter son très joli bébé devant un feu de bambou et elle fera un homme fort et honnête. À moins que ce ne soit une fille, je ne me suis pas attardé assez longtemps pour approfondir.
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