Samedi 11 février – Puerto Montt

Cette journée est une escale sur la route de l’Argentine. Les horaires des bus ne concordant pas vraiment, nous avons décidé de passer la nuit à Puerto Montt avant de traverser la frontière.

La pluie s’est installée dans le ciel de Chiloé. Nous montons dans le bus qui va faire une escale à Ancud, avant de se stationner sur le traversier en direction de Puerto Montt.

Le petit garçon qui passe son temps à taper dans le dossier de mon siège d’autobus va bientôt finir son trajet dans la soute à bagages. Mes gros yeux à sa maman n’y changent rien. Ici, l’enfant est plus qu’un roi, c’est un mini empereur-dictateur qui a tous les droits, et qui ne se prive pas d’en user et abuser.
Finalement, je me retourne assez violemment et demande d’arrêter, sinon j’infanticide !
Je ne sais pas si les bons mots sont sortis, mais le calme revient immédiatement.

Puerto Montt est une grande ville de plus de 200 000 habitants. Carrefour stratégique entre la région des lacs et la Patagonie, elle est surtout une ville de transit. 

Contrairement à sa voisine Puerto Varas, elle n’en a ni le charme, ni la poésie. 
On y trouve quand même quelques brasseries sympas et des restaurants qui valent un excellent repas. 

En attendant, nous marchons vers notre auberge, sous une petite bruine fraîche, et la ville grimpe pas mal du côté des collines.
Nous trouvons enfin notre demeure, qui est une énorme bâtisse étalée sur deux rues. La Posada de Pablo est supposée se situer sur la rue Buenos Aires, mais ni pancarte, ni numéro ne signale l’auberge. Nous montons donc à l’Hostal Don Nicolas sur la rue Chiloé qui est juste au-dessus. Finalement, on nous ouvre la porte et nous explique que c’est bien sur l’autre rue, en fait toute la bâtisse appartient à la même famille.
Un coté simili-chic et un coté pas chic du tout, ça dépend du prix que tu payes… Nous sommes dans le deuxième.

Passages à travers la buanderie, plafonds bas et cadres de portes au niveau du front, escaliers en colimaçon, petite cour, nouveaux escaliers, et enfin, nous arrivons à notre chambre.
C’est un peu humide, un peu sombre et un peu vieillot, mais ça a l’air calme et c’est assez grand. De toute façon, je ne comptais pas y passer ma lune de miel.

Nous quittons rapidement notre auberge pour gagner le centre-ville. 
La promenade le long des quais nous fait tout de même découvrir l’un des meilleurs choripan de notre voyage. Les chorizos cuisent dans une grosse marmite avec des oignons et un bouillon des plus odorants. La saucisse fond en bouche, c’est un vrai délice.

Nous faisons très rapidement le tour du centre commercial, et retournons à l’air libre. Le vent se charge de nettoyer le ciel, lorsque nous remarquons un attroupement et des hurlements de sirènes. Je doute fort qu’un décérébré fou-de-dieu vienne foutre le bordel dans cette bourgade, mais de plus en plus de camions de pompiers et d’ambulances convergent, toutes sirènes hurlantes vers la place d’Armes.

C’est l’activité de ce samedi tranquille, la revue des bomberos, le défilé de leurs gros camions rouges et des démonstrations de leurs savoir-faire. Leur matériel est moderne et bien entretenu, et d’après les autocollants sur les véhicules, nombreux sont les dons de l’Espagne.

Une grande échelle est déployée face à un camion qui érige une benne à une hauteur impressionnante. Des pompiers grimpent habilement le long de l’interminable échelle, puis les p’tits gars d’en bas ouvrent les vannes. L’eau s’engouffre dans le boyau rouge et jaillit de la lance braquée sur la plaza de Armas, où presque tout le monde a pensé à larguer les amarres. 

Désincarcération, feu de voiture, de poubelle, blessés fictifs, toutes les situations sont passées en revue. Nous allons nous abriter dans un bistro en attendant la fin des émanations ténébreuses du pétrole en feu.

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Ciel, il est déjà tard, l’heure du souper est arrivée sans que nous nous en soyons rendus compte. Comme notre voyage s’est lentement, mais sûrement transformé un pèlerinage gastronomique et que le pays s’y prête, nous allons donc faire les honneurs de la réputée cuisine du Chile Picante. D’abord, il faut traverser toute la ville et grimper au sommet de l’une de ses collines. Essoufflés, nous arrivons au pied de l’escalier du restaurant que nous pensons fermé. Mais il est en train d’ouvrir, on mange tard au Chili.

Nous serons les seuls clients ce soir et nos assiettes sont largement à la hauteur de la réputation de l’établissement. Sa situation géographique nous offre une superbe vue sur la ville et le port. Le menu trois services, nous propose des plats magnifiquement présentés. Produits locaux, mélanges de traditions culinaires, couleurs vives, goûts insolites, un arrêt gastronomique à ne pas manquer. Surtout pour moins de 20$ par personne. Et ils ont un excellent Carménère !

Maintenant, il nous suffit juste de descendre la pente, tirer un peu à droite, ne pas rater les escaliers, éviter les attroupements avinés dans les coins sombres, et nous arrivons à notre chambre dans le dédale de couloirs de notre Posada. 

Demain, nous serons vraiment en Argentine !

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Vendredi 10 février – Chiloé – Des églises et des manchots

Chullec
Le soleil fait irruption dans notre chambre. Une journée exceptionnellement rayonnante commence, et nous réglons rapidement ablutions et petit-déjeuner avant de chercher la voiture réservée hier.

Nous nous dirigeons vers Dalcahue et embarquons sur le traversier vers l’île de Quinchao

La longue et impeccable route qui descend vers le sud de l’île nous mène rapidement à notre premier arrêt, la chapelle de Chullec
Isolée dans un village très tranquille, on peut comprendre pourquoi elle a été construite à cet endroit. Face à la mer, flottant au milieu de chaumes se berçant au doux vent de cette agréable matinée, le lieu saint est posé pour l’éternité, et se repaît de calme et de sérénité. 

La route 59 continue, et un peu plus loin, nous offre un point de vue où une charmante mamie nous attend avec des empanadas de manzana, des chaussons aux pommes chauds et délicieux. 

Si les papilles sont en fête, les pupilles sont dilatées et absorbent le paysage tout entier. Nous sommes perchés sur le mirador de la Paloma, au-dessus d’Achao, la jolie petite ville qui s’étend à nos pieds. Au loin, flottant au-dessus d’un horizon brumeux, surgissent les cimes des volcans Corcovado, ou Chaiten, gardiens majestueux des fjords de cette immense Patagonie.

La petite ville est calme et endormie. L’église en bois Santa Maria de Loreto, construite en 1730 est l’une des plus vieilles de l’île. Impossible de séjourner à Chiloé, sans visiter ses fameuses églises. Et même si tu n’es pas un fan de religiosité, la tournée de ces superbes bâtisses est totalement incontournable.

Un tour au bord de la berge, au marché et, après un café dans un joli petit restaurant, nous constatons que les portes de l’église sont ouvertes. L’intérieur est aussi beau que ce que nous avions deviné à travers les fenêtres. 

Achao
Le tapis rouge qui mène à l’autel est surplombé par un plafond en bois sculpté. Nous sommes seuls et le calme est absolu. Ici aussi les sculptures des saints, des Christ et autres personnages religieux sont singulièrement figuratifs, et Jésus est toujours très gravement mutilé.

Nous quittons Achao vers le sud pour visiter l’église de Quinchao. Ah ben, on fait le tour des églises ou on le fait pas… 

Parenthèse culturelle :
il fut un temps où l’archipel comptait plus de 300 églises et chapelles en bois. En ce 10 février 2017, il en reste environ 60, dont 16 ont été inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO en l’an 2000. Elles sont souvent construites en des lieux géographiques superbes, et presque toutes édifiées sur le même plan, dominées par une tour sur l’avant, l’extérieur est souvent sobre, recouvert de bardeaux. L’intérieur quant à lui est d’une grande beauté, sobre, et lumineux. Nul besoin de croire ou non à un dieu quelconque, l’architecture et la sérénité qui y règne suffisent à rendre ces visites très agréables.

Quinchao
Face à la mer, la vénérable église Notre-Dame-de-Grâce de Quinchao date du 18e siècle et est la plus grande de toutes les églises en bois de Chiloé. 

Fabriquée en bois de cyprès, noisetier, et même cannelier, elle mesure 53 mètres de long, 18 de large et son clocher culmine à 18 mètres. Inutile de dire qu’elle impose le respect. 

L’intérieur est immense et très lumineux, et la grande baie juste en face reflète les rayons du soleil sur une grève abandonnée par la marée basse. Il fait bon se promener au milieu des coquillages, en remplissant ses poumons d'air pur.

Nous poussons jusqu’au bout de l’île, admirons le paysage, échangeons nos points de vue avec quelques chiens errants, puis faisons demi-tour pour rejoindre le traversier.

La tournée se poursuit avec la visite de la superbe petite église à la façade bleu et blanc de Tenaún. L’église de Notre-Dame du Patronage est posée comme un jouet d’enfant au bout du petit village et fait face à la mer. L’intérieur est lumineux et une maigre obole est demandée pour aider à la rénovation et à l’entretien de la pimpante église.

Tenaún

Colo
Tout au bout d’une étroite route, perdue au milieu de la campagne verdoyante, au bord de la baie, fondée en 1785, siège l'église Saint-Antoine de Colo.
Enfin petite, elle mesure quand même 27 mètres et son clocher pas moins de 16. Nous pouvons grimper le raide escalier et surplomber la nef. Nos têtes frôlent le plafond, nous avons l’impression de baigner dans un grand aquarium.

Près de la porte, dans une alcôve, une statue d’un prêtre ressemble à s’y méprendre à un acteur hollywoodien, un genre de Dolph Lundgren prêt à étrangler impies et mécréants. On ne rigole pas avec la foi ! 


Nous quittons l’ombre de la croix mousseuse et reprenons la route vers le nord de l’île

S’en est terminé des églises, même s’il en reste tant à admirer. Nous roulons à travers vallons et coteaux en direction de la ville d’Ancud. Le paysage est bucolique, la route est en parfait état et la circulation îlienne à l’image de Chiloé : tranquille... 

Il est quasiment 16 heures quand nous trouvons enfin une terrasse munie d’un beau plateau d’huîtres, de bonnes bières et d’un sandwich deux fois trop grand. 

Le petit marché juste en face du restaurant vend quelques souvenirs bons marché, mais nous ne sommes pas très intéressés par les bibelots en coquillages ou les gros pulls en laine aux motifs un peu trop tape-à-l'œil.

À moins de trente kilomètres de la ville, un site semble mériter une visite. Le monument naturel des îles de Puñihuil est une réserve pour les joyeux petits pingouins de Humboldt et de Magellan. 

En fait, il s’agit de manchots, c’est la traduction espagnole (et anglaise) qui nous fait croire que ce sont des pingouins. La différence ? Les pingouins vivent dans l’hémisphère nord et les manchots, dont les ailes ne servent qu’à nager, dans l’hémisphère sud. 
Dans le même ordre d’idées, mais avec des bestiaux un peu différents, c’est aussi l’anglais camel qui nous fait croire que les chameaux vivent dans le désert arabe, alors qu’il n’y a que des dromadaires. Chameau, deux syllabes, deux bosses. 
En fait la racine latine camelus inclue les deux espèces, mais plus personne ne connaît le latin de toute façon.

Au bout de la route, s’étend une plage immense que les longues vagues du large viennent caresser. Nous stationnons la voiture sur un bout de sable et nous rendons dans l’un des abris où les compagnies touristiques proposent leurs services.
En face de la plage, trois îles abritent les colonies de ces oiseaux, dont les représentants de Humboldt sont en voie d’extinction.

Avec les autres touristes, nous grimpons sur les plates-formes de chariots haut perchés sur de larges roues. Poussés par des pêcheurs reconvertis en guides, chaussés de cuissardes en caoutchouc, nous accédons ainsi aux bateaux tanguant dans l'écume sans nous mouiller les pieds.

Les bateaux de pêche, aménagés pour les touristes, nous transportent vers les îles où les manchots se trémoussent entre les touffes d’herbe et les rochers. Quelque juvéniles jouent du bec pour arracher leur disgracieux duvet gris. Difficiles de différencier les deux espèces, mais la guide, nous explique que humboldt est ceint d'une seule bande noire sur sa délicate poitrine, alors que magellan en a deux. 


Au milieu de ces jolis oiseaux, quelques intrus sont venus profiter des lieux de villégiature. Le cormoran de Gaimard, au bec orange vif dont seule la tête dépasse de l’eau, les goélands au bec jaune, l’ouette de Magellan (également appelée bernache ou oie de Magellan) avec ses poussins, l’huîtrier noir avec ses grands yeux rouges hallucinés et ses pattes démesurées. Autant de faune fragile que ce sanctuaire, où la pêche est strictement interdite, et les visites très réglementées, tente de protéger.


Nous avons eu de la chance, malgré notre arrivée tardive, nous avons pu grimper sur le dernier bateau de la journée, et en plus, avons notre guide ornithologue anglophone privée qui s’ennuyait un peu sur la plage.
La croisière dure une heure et coûte 7 000 pesos par personne, un 14 piasses qui nous a permis de découvrir une toute petite partie de la faune de ce coin de pays.

Notre guide nous informe qu’une route part du bout de la plage et rejoint Ancud en faisant un détour par les falaises avec de très jolis points de vue.
Nous suivons son conseil et avons le plaisir de découvrir des paysages époustouflants. 

Des moutons et des vaches paissent, perchés à l'aplomb de la falaise, et ne se rendent même pas compte du privilège de leur situation. 

Les embruns viennent à peine troubler le panorama remarquable qui s’étale sous nos yeux, mais la journée commence à tirer à sa fin, il est déjà 19 heures et nous avons encore de la route. 


Je pensais que le chemin de terre était un raccourci. S’il l’est en distance, il ne l’est pas vraiment en temps, mais la voiture est confortable et bien suspendue. Nous croisons seulement trois véhicules, dont un apiculteur entouré de dizaines de milliers de ses ouvrières. Des ruches multicolores parsèment les prairies, toutes les colonies sont au travail, les hausses s’empilent et les récoltes devraient être aussi généreuses que le paysage qui les accueillent.

La poussière s’accumule dans le coffre, les kilomètres s’allongent sous les roues, le jour tombe doucement. En une heure trente, nous regagnons Castro, rendons la voiture et avons même le temps de nous diriger vers la table pour deux qui nous attend au Mercadito.

Nous avons avalé 430 kilomètres, vus des églises, des Jésus sculptés, peints et torturés ; des plages, des oiseaux de toutes les formes, des paysages sublimes ; sentis, l’iode et le varech, le guano et l’herbe fraîche sous nos pieds. Nous avons goûté au bonheur, au grand air du large et saisi la grandeur de Chiloé.

Demain, nous serons en Argentine, mais nous avons le sentiment de partir en laissant derrière nous beaucoup trop de choses à voir. Cette île est bien plus grande que prévu et nous savons que nous allons devoir revenir. Chouette !



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Jeudi 9 février – Castro - Palafitos et buanderie

Ce matin, je vais à l’hôtel voisin, qui est le seul en ville à proposer des locations de voitures. Évidemment, elles sont chères, mais hormis sortir de quelques dizaines de kilomètres de la ville ou carrément partir à Puerto Montt, l’offre est limitée sur Chiloé. 
Si l’île est bien desservie par le système de bus, rien n’égale la liberté de son propre véhicule. Au diable les dépenses !

Nous retournons visiter l’église, dont l’intérieur boisé est si reposant. 
Par contre, les Jésus sont intenses ! Torturés, martyrisés, suppliciés, écorchés, crucifiés et sanguinolents, il n’y a pas de demi-mesure à l’imagerie des Christ en croix dans les églises chilotes. On est loin du Rédempteur blond, idéalisé, baigné de lumière divine, béat du sacrifice offert aux croyants.
Je n’avais jamais vraiment réfléchi à ce qu’avait pu être le calvaire de ce fils divin que notre enseignement religieux propagandiste avait essayé de nous faire avaler. Ben, oui, le Sauveur a morflé, et ça se voit !

Au passage, dans un coin de la Plaza, nous déposons quelques vêtements, qui ont bien besoin d’une virée dans la machine à laver, au nettoyeur local et partons réserver le bus pour Bariloche, en Argentine, où nous voulons aller dans quelques jours. Mais c’est partie remise, il faut présenter le passeport, que nous n’avons pas. Nous repasserons plus tard.

Quittant la Plaza de Armas vers le sud et longeant la route vers l’est, nous arrivons en vue de l’un des quartiers de palafitos les plus connus. Surplombant la baie, les maisonnettes multicolores projettent leur éclat sur les vaguelettes, taches vertes, rouges, patines dégradées de nuances de brun, vernis écaillés, peintures éclatantes, couleurs passées, le romantisme est posé sur les eaux fraîches de ce sud si envoûtant.

Hormis la belle image d’Épinal, ces maisons sont des lieux bien vivants. Quelques familles habitent encore ces bâtisses ancestrales, mais la plupart sont reconverties en hôtels, restaurants ou cafés où il fait bon laisser passer le temps.

Le restaurant Mar y Canela nous accueille avec joie, et sa carte est une mine de découvertes culinaires. Mêlant les saveurs îliennes traditionnelles à une cuisine inventive et colorée, poissons, crustacés et mollusques sont à l’honneur. Une table qui a changé de nom depuis notre passage et qui se nomme à présent Cazador.

À l’avant du restaurant, une boutique vend tissages en laine et artisanat local. Nous aimerions tout acheter, mais la route est encore longue et les prix sont tout de même conséquents. Qualité et travail minutieux oblige… Nous sommes loin du souvenir prêt à jeter en provenance de Chine.

Retour en ville pour récupérer le linge déposé à la buanderie, mais il manque 90 % de nos affaires, ce qui ne semble absolument pas perturber le responsable. On va finir par voyager plus léger que prévu. Enfin moi, je ne le sais pas, je suis au comptoir du bar Almud, devant une délicieuse bière fraîche locale.

André revient avec sa mine des mauvais jours, et tempête contre l’amateurisme de ces gens qui se prétendent gardiens de nos vêtements bien-aimés. En revenant à la chambre, je constate que pour porter deux de mes t-shirts, il faudrait que je perde 40 kilos d’ici demain, encore une erreur que je vais immédiatement régler avec le gérant balbutiant de l’officine que je ne recommande vraiment pas. 
Nous en profitons pour retourner une troisième fois au terminal des bus avec tous les papiers nécessaires pour acheter notre billet pour l’Argentine. Hormis le passeport, il faut aussi présenter le visa, comprendre la taxe de réciprocité, acheté sur internet que je viens d’imprimer dans un coffee shop, espèce survivante d’un passé pas si lointain. Nous croisons Elvis qui finalement n'est pas mort, mais vend des fruits sur le bord de la route. 

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En poursuivant la promenade, nous passons devant un parking privé transformé en camping crado pour routards fauchés, marchons jusqu'aux palafitos à l'entrée de la ville sous un ciel de plus en plus menaçant et irons déguster un expresso, un peu trop cher, dans un café bobo installé dans le troisième quartier de ces belles maisons sur pilotis.


La marée basse dévoile les vases lustrées où le pâle soleil jette quelques rayons blafards sur lesquels les barques échouées se vautrent avec délectation.

Longeant les quais, nous tombons sur le port de pêche et le petit marché attenant. Hélas tout est en train de fermer, mais nous aurons quand même la joie d’assister au retour de petits bateaux déchargeant des tonnes de moules. Qui, pour quelques-unes, termineront leur existence, fumées et accrochées à une tresse au milieu des allées d’un marché. 

Un marché dans lequel on trouve des sacs de délicieuses patates colorées, des pulls en épaisse laine de mouton, quelques horribles espèces de couvertures brodées de motifs aussi surprenant que des pandas !, et les incontournables et délicieux ceviche.


En fin de journée, nous referons honneur à la carte du restaurant Mercadito, qui comme je l’annonçais est devenu notre cantine de luxe.

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Mercredi 8 février – de Puerto Varas à Castro

De bonne heure, après un petit-déjeuner offert avec notre chambre, nous quittons cette délicieuse auberge de jeunesse pour le terminal des bus.
En voulant payer la chambre, on me demande un léger supplément si je règle la note avec ma carte de crédit. Par contre, ça me donne droit à deux petits-déjeuners et des boissons chaudes à volonté. Finalement, ça m'a coûté moins cher…

La station des bus est à quelques minutes de marche, il ne nous reste plus qu’à nous équiper d’une salvatrice bouteille d’eau.
Notre autobus passe par Puerto Montt pour ramasser d’autres voyageurs. Ville plus grande et dénuée du charme de sa voisine du nord, elle est le point de passage obligé entre le continent et la grande île de Chiloé.

Sur la route de la côte, la file d’attente pour embarquer sur le traversier est interminable. Les voitures, camions et bus sont collés les uns aux autres, à ce rythme, nous traverserons le petit bras de mer demain... Mais le chauffeur de notre bus décide de passer sur l’autre voie et de doubler tout le monde.
Concert de klaxons, poing levé en l’air, tentative de blocage, rien n’y fait, il continue d’avancer et tant pis pour les voitures qui arrivent en face.
Un agent de police l'arrête, mais après quelques palabres, nous continuons sur notre lancée et embarquons très rapidement sur un beau bateau tout jaune.

Nous quittons nos sièges et montons sur le pont étroit pour admirer le paysage. Des oiseaux de mer plongent tête baissée dans les eaux calmes, que seul le frétillement des poissons, coincés entre la surface et le fond troublent. Des lions de mer et des poissons carnassiers viennent se servir au buffet du menu fretin.

En moins de 20 minutes, nous accostons sur cette île dont le nom me fait rêver depuis des lustres. À travers romans d’aventures, récits de navigateurs, ou divagation entre les pages d’une encyclopédie, il y a des noms qui se distinguent des autres. 
Valparaiso, Chiloé, Patagonie étaient les mots-clés de l’aventurier en culottes courtes que j’étais. Et maintenant, j’y suis ! 

Donc Chiloé. Pour l’instant, nous ne distinguons rien de plus qu’un ciel gris foncé, bas et menaçant, une route qui file à travers forêts et prairies et, de temps en temps, l’odeur puissante du varech qu’une plage diffuse au profit de la marée basse.

Escale à Ancud, la ville du nord, avant de continuer vers le sud et la grande ville de Castro où nous arrivons enfin aux alentours de 16 heures. Il y fait frais, nuageux, mais c’était ce à quoi on s’attendait, au moins il ne pleut pas.

Quelques minutes de marche pour d’atteindre l’Hostal del Mirador, où la jeune fille qui nous accueille est un peu perdue dans ses réservations. Nous avons le choix entre deux chambres et prenons celle du coin avec double vue sur la baie et les collines subrepticement ensoleillées.

L’estomac dans les talons, nous nous mettons en quête d’un restaurant. La très colorée Iglesia San Francisco domine la place d’Armes de son jaune éclatant.
Partout, des routards un peu sales se sont installés, et tissent bracelets et colliers. 
Quelques gueux passablement ivres, se jettent sur les voitures arrêtées au feu rouge pour laver les vitres, et se disputent les quelques piécettes jetées par les fenêtres. La journée est bien avancée et la Escudo, cette bière ordinaire et pas chèrecoule à flots.

Au coin de la place, le restaurant Descarriada offre moult giga-sandwichs et quelques bonnes bières locales. 

La décoration représente les fameux palafitos, ces maisons sur pilotis que nous avons entrevues par les fenêtres du bus. L'ambiance est familiale, le patron très fier de servir deux Canadiens, ici aussi l'accueil est à la hauteur du pays. Chaleureux et généreux.

Le ventre plein, nous visitons les alentours du centre-ville. Le petit kiosque à musique coloré s’ouvre sur la place très animée et fait face à l’église. 

Si l’extérieur de l’édifice religieux est outrageusement peinturluré, l’intérieur est superbement lumineux et ses boiseries claires et fleurant bon l’encaustique, apportent un réconfort digne d’un chalet. 

L’Archange Saint-Michel terrasse Satan, mais le syncrétisme omniprésent sur cet île peuplée de légendes et d’êtres surnaturels a transformé le démon en Caicai Vilu. Chimérique serpent de mer ailé qui combattit son alter-ego terrestre, le Trentren Vilu, et qui furent tous les deux à l’origine de la naissance de l’île.


Bâtie sur une colline, Castro se mérite. Les rues pentues tombent dans la mer, les escaliers raides aux marches hautes sont rudes pour les genoux. 

Au nord-est de la ville, une première série de palafitos découvrent leurs gambettes en bois moussu sur des plages bourbeuses.
Très jolies maisons, pour la plupart restaurées et transformées en hôtels de charme ou en restaurants, elles apportent des touches de couleurs vives sur les eaux sombres et les ciels nuageux.
Les barques échouées sur la grève profitent de quelques heures de repos avant de partir relever casiers et filets.

S’il est aisé de mal se nourrir à grands coups d’empenadas frits ou de completos vomissant leur mayonnaise, on trouve d’excellents restaurants au Chili. 
Et Castro ne fait pas exception avec, entre autre, le superbe Mercadito à deux pas de notre chambre.

Produits frais, bières locales, vins choisis, ambiance comme-à-la-maison-en-plus-grand et service en accord avec tout ce qui précède.

La réservation est quasi obligatoire pour le soir, mais à 20h30, il n’y pas foule et nous trouvons facilement de la place. C’est décidé, ce restaurant sera notre cantine pour les soirs à venir. Et nous aurons plaisir à respecter le dicton local : Quien apura en la Patagonia pierde su tiempo, que l'on peut résumer en : qui se hâte perd son temps. Profitons...

Avant de regagner nos pénates, nous cherchons vainement de l’eau au supermarché. Par contre, on trouve facilement des montagnes de lots de bouteilles de 3 litres de Fanta, Coca-Cola et Sprite. 



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