Jeudi 16 février – El Calafate - Glaciarium

Tiens, il pleut. 
Alors nous commençons par nous venger sur le buffet du déjeuner. Les tartines s’enchaînent, le miel et le dulce de leche viennent inonder les tranches de pain que je trempe allègrement dans des bols de maté. 
Il fait bon d’être un lève-tôt, la grasse matinée est un gage de petit-déjeuner avorté. 

Munis de nos imperméables, nous nous dirigeons vers le secrétariat du tourisme provincial, où nous pouvons acheter les billets (env. 25 $CA) pour le Glaciarium
Il nous fallait justement un jour de pluie pour profiter de la visite d’un musée. 

L'accès au petit bus (inclus dans le prix du billet) est sévèrement contrôlé par la conductrice et matrone qui dompte les touristes impatients de passer devant les autres. Il y a des rotations à partir de 11 heures jusqu’à 18 heures toutes les heures. 

Six petits kilomètres séparent la ville du bâtiment ultra-moderne, le centre d’interprétation des glaciers a été inauguré le lendemain de mon 44e anniversaire. C’est un test… 

Un drôle de baromètre, à l'entrée du musée, nous indique qu'ici la météo est tout sauf timide.

Si le phénomène glaciaire est un total mystère pour toi, c’est l’endroit idéal pour tout comprendre. 
Une immense maquette représente le champ de glaciers de Patagonie, qui est tout simplement le 3e plus grande calotte glaciaire du monde après l’Antarctique et le Groenland. Le glacier Perito Moreno est décortiqué et tout devient subitement très clair à nos yeux de néophytes. 

On y évoque aussi les incidences qu’ont les changements climatiques, la pollution et autres malédictions causées par notre présence navrante sur cette belle planète. Le programme n’est pas joyeux, mais c’était loin d’être une surprise. 

Un film en 3D, nous fait pénétrer les entrailles d’un glacier, sa formation, son existence et tout ce qui se cache sous sa surface perturbée. 
On y passe facilement 2 à 3 heures, et on peut, en ajoutant un petit supplément allez fréquenter le fameux Glaciobar, le bar de glace. 
Les verres, le bars, les tables et les chaises sont entièrement faits de glace. 

Il fait -10º dans le bar, à l’accueil, des capes et des moufles genre Reine des Neiges du futur sont offerts, et les boissons, alcoolisées ou non sont à volonté. 
Par contre, la durée est limité, pas question de se réveiller ivre mort sur un bar en banquise. 

De retour en ville, nous faisons un dernier point météo et décidons d’écourter notre séjour à Bariloche. Le mauvais temps s’invite aussi dans la capitale du chocolat et en plus, il faut organiser le peu de temps qu’il nous reste pour remonter au nord du Chili pour avoir une chance de passer quelques jours dans le désert le plus aride du monde, Atacama

Mine de rien il y a un peu plus de 4 200 bornes pour y arriver. Mais nous décidons d’en faire une partie en avion, soit de El Calafate à Bariloche, puis de Santiago à Antofagasta
Les prix et les dates pour en faire plus me découragent, alors je me rabats sur les billets d’autobus. Mais il est impossible d’acheter un billet en ligne, je devrais me contenter de ce qui reste, directement à la gare routière. 

Je demande aussi l'annulation de 2 nuits à l’hôtel Internacional, en espérant que le fait d’avoir réservé avec booking me le permet. La réponse rapide de l’hôtel est affirmative et nous pouvons aborder la suite du voyage avec sérénité. 
Tant pis pour El Chaltén où nous voulions aller, ce sera pour une prochaine fois. 

Nous quittons le cocon douillet de notre chambre pour replonger dans les ruelles de la petite ville. Les touristes sont arrivés par milliers en prévision du Festival. Des motos, des gros pick-up, des camping-car et autres véhicules poussiéreux venus des quatre coins de ces terres désertes parcourent les rues. Il n’y a bien sûr plus aucune chambre disponible, même le petit camping de la ville est plein à craquer. 

Quelques kiosques vendent de l’artisanat local. Tricots, sculptures, pâtisseries, bombillas et calebasses pour l’incontournable maté, des bérets pour ressembler aux fiers gauchos, et autres ponchos. Il y a beaucoup de belles choses, mais nous résistons aux tentations. 

Les concerts vont commencer dans l’Anfiteatro Del Bosque, et les émanations fumantes des grillades de chorritos nous attirent. Ce soir, le repas sera donc composé de choripans garnis de saucisse, de choucroute et de sauce chimichurri
C’est quand même meilleur que les indigestes completos chiliens !



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Mercredi 15 février – Glacier Perito Moreno

Ce matin, après un petit-déjeuner roboratif fait de tartines recouvertes d’une épaisse couche de dulce de leche, nous partons à la découverte de l’attraction incontournable de ce coin de pays : le glacier Perito Moreno. C’est carrément pour lui que nous sommes venus ici, ce serait bête de passer à côté.

En réservant la chambre par internet, j’ai vu que l’hôtel proposait plusieurs sorties. J’ai donc réservé cette journée de découverte en ligne. L’avantage c’est d’être certain de trouver une place, même si la ville entière est dédiée au tourisme glaciaire et que le choix des agences est vaste, l’inconvénient c’est qu’on ne choisit pas sa journée, et donc sa météo. 

Et il pleut. 
Enfin il pleut, disons qu’il crachine comme un 16 août sur une plage normande, et que le ciel varie de gris foncé à noir clair, entrecoupé de longs nuages chargés d’intempérie. 
Mais l’ambiance est bonne dans le bus, Jamina, notre fringante guide, met l’ambiance et nous faisons rapidement connaissance avec nos voisins. 
Routards, retraités, voyageurs, tourdumondistes, de 7 à 77 ans, tout le monde est dans l’attente impatiente de cette découverte. 


Comme promis, la visite est alternative, au lieu de suivre le flot des autobus qui prennent la route la plus directe pour se rendre au glacier, nous empruntons un chemin de traverse et parcourons les landes. Nous apprenons que nous sommes depuis plusieurs minutes en train de rouler sur les terres de la Estancia Rio Mitre, petite propriété de 70 000 hectares. 
700 kilomètres carrés de terres battues par les vents, où plusieurs dizaines de milliers de moutons paissent en toute quiétude. Je n’arrive pas une seule seconde à imaginer la grandeur de cette propriété, et ce, même si Jamina nous informe que ça part des montagnes sur notre gauche, là-bas très loin à l’horizon jusqu’aux rives du grand lac, sur la droite. 

En route, notre guide nous parle de la révolution patagonne. Une stèle commémore le massacre de 150 ouvriers du coin qui ne demandaient qu’un peu de liberté. 

Un peu d’histoire
En 1920, plus de 20 millions d'hectares sont répartis en secteurs appartenant à des étrangers. L'État étant presque absent en Patagonie, les travailleurs ont été déshérités. Les « gauchos » et les immigrés pauvres ont été les protagonistes principaux de la rébellion en Patagonie, principalement les Chiliens et les Européens, qui survivaient « dans le sud lointain » de l'Argentine en travaillant dans des conditions semi-serviles pour les monopoles qui contrôlaient le territoire.
Lors de la première rébellion en 1917 dans la ville de Rio Gallegos, les ouvriers se sont battus contre les tortures corporelles auxquelles les travailleurs mineurs étaient soumis. Quelques années plus tard, avec l'appui des syndicats de Rio Gallegos, ils ont exigé l'amélioration des conditions de travail et des salaires décents. Au cours de l'hiver 1921, l'armée savait que les grévistes voulaient négocier avec des soldats.
Les négociateurs et les leaders syndicaux ont été abattus sur place. Des milliers d'ouvriers ont été enfermés à clé dans des enclos pour animaux, dénudés et attachés avec un fil métallique à des colonnes en bois. Ensuite, en petits groupes, ils sont sortis avec des pelles ou des bidons d'essence dans leurs mains. Ils ont dû creuser leurs tombes puis on leur a tiré dessus. Quand le sol était trop dur et les soldats impatients, les corps étaient brûlés avec l'essence. L'état a assassiné 1 500 ouvriers au cours de ce massacre. Pendant des mois, les militaires et la police ont persécuté, torturé et assassiné tous ceux qui paraissaient suspects.
Source : fr.sputniknews.com 

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Peu de temps après, nous faisons une petite pause à la estancia. Cabane perdue au milieu d’un paysage monumental, quelques troncs de bois face aux éléments, aux vents puissants et sans fin. Un feu brûle dans l’âtre et sa chaleur réconfortante nous enveloppe à travers les brumes humides de ce bout du monde. 

Un couguar au pelage miteux et drôlement empaillé trône sur une poutre et surveille de son œil torve le passage des touristes emmitouflés. Quelques poules folles courent entre nos jambes, et pour compléter le tableau, un gaucho coiffé d’un grand béret perché sur son petit cheval nerveux, arrive au galop. 

Une vraie image d'Épinal, que vient compléter quelques dizaines de chèvres au poil long se dirigeant vers la terrasse d’où nous admirons le paysage. Nullement impressionné par notre présence, elles gambadent autour de nous en se laissant caresser. 
Leur pelage long est rêche et quelques dreadlocks commencent à se former. Un petit tour chez le coiffeur serait de mise. 
Des chevreaux se dressent les uns contre les autres, un bouc aux cornes démoniaques nous intimide un peu et nous oblige à reculer pour laisser passer le maître des landes. 


Nous poursuivons notre route en direction du mythique glacier. 
Le passage au contrôle des parcs nationaux nous déleste de 330 ARS (± 24 $CA), dix minutes plus tard, au hasard de quelques virages l’énorme masse glaciaire se dessine au fond d’une large vallée. 
Devant une carte du site, Jamina nous explique rapidement le circuit pédestre sur les sentiers aménagés et les options de découverte. 

Nous décidons d’embarquer sur le Santa Fé (400 ARS ± 28$CA) qui va longer les 5 kilomètres de front pendant environ 1 heure. Le catamaran promène son étrave à travers quelques gros blocs azur ballottant sous les bourrasques fraîches et pluvieuses. 
Vu du lac, le glacier est encore plus majestueux. Il s’élève à 75 mètres de hauteur, et 170 mètres se cachent sous les vagues laiteuses, un monstre qui se prolonge de 30 kilomètres vers l’ouest. Ce n’est qu’un des 48 glaciers que l’immense champ de glace du sud de la Patagonie, et l’un des seuls au monde qui n’est pas en recul. 

La paroi est striée de toutes les variantes de bleu, de quelques reflets gris et de couches noires de cendres volcanique et de poussière séculaires.

Même s’il avance de 700 mètres par an, il reçoit plus de 8 mètres de neige, ce qui lui permet de ne pas perdre de terrain. En tout cas, en avançant de 2 mètres par jour, on est assuré de profiter d’un spectacle permanent. D’énormes blocs se détachent de la paroi, des bruits sourds grondent, le tonnerre roule sous la surface chaotique, ce gros glaçon est bien vivant. 


Après notre promenade lacustre, nous nous dépêchons de parcourir les passerelles métalliques qui serpentent à travers la forêt en plusieurs parcours. Tous offrent un point de vue imprenable sur le glacier, nous ne savons pas où donner des yeux. 

 
Le spectacle est partout, tout le temps, imprévisible. Un bruit puissant attire notre regard, mais rien ne se passe. Un autre nous fait tourner la tête, encore une fois l’action se passe ailleurs. La plupart de ces bruits vient des entrailles du glacier, ce n’est que le hasard qui viendra a bout de nos patientes observations. 

Un énorme pan de la montagne gelée se rompt et tombe de toute sa hauteur dans les eaux calmes du lac. Une grosse vague vient s’écraser sur les rives de la montagne, le public est aux anges, le monstre blanc nous a offert un beau spectacle. 


Bien sûr nous aurions aimé assister à la fameuse rupture, le choc titanesque que produit l’effondrement du pont qui relie les deux langues du glacier à la terre ferme. Mais nous ne sommes ni à la bonne saison, ni même dans la bonne année, cette rupture a lieu environ tous les 4 ans et la dernière s’est produite le 10 mars 2016. 
Ici un lien vers une vidéo de ce gigantesque spectacle : Rupture pont Perito Moreno
Et ici, une vidéo (en anglais) qui explique le cycle de ce phénomène : LIEN

Nous poursuivons rapidement notre promenade en nous tenant à l’affût d’un autre effondrement. Les variantes de tous les bleus se propagent dans les entrailles du géant, d’après Jamina c’est grâce au manque de soleil que ces couleurs sont aussi vives et profondes. Une manière comme une autre d’apprécier le ciel de plomb et le soleil défaillant… 

Un pic robuste creuse l’écorce d’un arbre à la recherche de sa pitance. Sa grosse tête rouge donne des coups effrénés sur le tronc, sa cervelle doit trouver le traitement pour le moins violent. 

Nous pourrions passer plusieurs jours à contempler ce spectacle démesuré, mais le temps file et malheureusement le rendez-vous à l’autobus se précise. Nous terminons notre promenade en traversant une petite forêt aux troncs moussus 

Un dernier arrêt au restaurant qui surplombe le lac, et déjà nous retrouvons nos sièges en attendant deux jeunes françaises en retard. 

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Lors du retour vers El Calafate, en raison du manque de place et de la météo qui va en s’aggravant, nous décidons de ne pas rester dans ce magnifique sud patagon. 
Nous organisons donc notre retour vendredi à Bariloche où de multiples activités s’offrent à nous. Randonnées à cheval, baignade dans le lac, promenade sur les dizaines de sentiers dans les montagnes, et bien sûr quelques pauses dans les nombreuses chocolateries de la ville. 

Dès notre arrivée à l'auberge, je m’empresse de me connecter à Internet et réserve une chambre d’hôtel pour 5 nuits. Dans le réfectoire, une jeune Québécoise narre ses voyages à deux Français moyennement intéressés par ses aventures. 
C’est elle qui a oublié de se renseigner sur les modalités de visa pour entrer en Argentine et qui a du débourser plus de 200 $US une fois coincée à la douane. Belle aventurière… 

J’ai pris quelques informations concernant le meilleur endroit pour déguster quelques grillades. De plus, le jeune homme de l’accueil nous a également réservé un transport pour nous rendre à la Parrilla Don Pichon


À l’heure dite, un taxi arrive, nous lui demandons si c’est bien la voiture envoyée par le restaurant, évidemment me répond le chauffeur qui n’a pas trop l’air de savoir où il s’en va. 
Après de courtes minutes nous arrivons devant la porte du restaurant, et le chauffeur nous demande quelques pesos pour la course. Pourtant il me semblait avoir compris que le transport était offert, de fait ce n'est pas du tout la voiture envoyée par notre hôte. Et nous avons pris un taxi qui passait là par hasard…

Qu’importe, nous sommes bien accueillis dans la grande salle dont la baie vitrée surplombe la ville et le paysage sublime où le soleil va se coucher derrière de longs nuages roses. Dans une petite pièce vitrée, des carcasses d’agneaux tournent lentement autour d’un feu, une vision d’un village d’Astérix où le sanglier est remplacé par l’animal qui a fait la fortune des quelques propriétaires des interminables estancias sud-américaines. 

Nous commandons une parrillada, sélection de viandes et de saucisses déposée sur un petit barbecue dont les braises rougeoyantes finissent de les griller. L’Argentine n’est pas très portée sur le végétarisme… 

Une bonne bouteille de vin achève de faire descendre toute cette viande, et, repus nous admirons les derniers reflets du soleil qui a daigné nous faire l’honneur de son apparition quelque part en fin d’après-midi. 
Il est 21 heures 30 heures et les ultimes lueurs disparaissent derrière les montagnes. 

Nous marchons en direction du centre-ville et profitons de l’entrée gratuite aux concerts dans l’Anfiteatro Del Bosque
Grand amphithéâtre circulaire où la musique résonne, où les enfants courent, où les effluves des chorritos embaument l’air, où la fête bat son plein. Après Salta la Banca, c’est Los Nocheros qui enflamme le public, la musique est vraiment bonne. Rythmes traditionnels mâtinés de riffs rock et de solos de batterie, les chansons s’enchaînent, l’ambiance est chaude et réconfortante. 

La journée a été longue, et la fatigue commence à se faire sentir. Il est temps de regagner notre chambre et de profiter d’une nuit sous les étoiles du sud.

Ah, au fait, Le glacier Perito Moreno est baptisé du nom de l'explorateur Francisco Moreno (perito signifiant « expert ») qui a étudié cette région au xixe siècle... J'ai failli l'oublier !

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Mardi 14 février – El Calafate

La fête des amoureux, c’est tout le temps, mais nous allons quand même souligner ce jour en nous offrant une virée encore plus au sud. J’ai l’impression que depuis deux semaines, nous ne faisons qu’être plus au sud du sud tous les jours. Ce pays n’est-il donc qu’un sud sans fin ?

Et puisque le temps nous est compté, nous avons opté pour un vol vers El Calafate, 1300 kilomètres au sud de Bariloche. Nous avions bien sur l’option plus économique de prendre le bus pendant 24 heures, mais à bord de notre aéroplane, nous rejoindrons la ville en 1 heure 45. Et puis le paysage est tellement beau vu d’en haut !

Nous avalons rapidement quelques brioches dans la salle à manger avant d’attraper un taxi au bord de la route. Le transfert en bus est long et ne passe pas assez régulièrement pour que nous soyons à l’heure à l’aéroport qui se situe à une quinzaine de kilomètres de la ville. Le chauffeur a une immense route vide devant lui et fonce tête baissée vers la zone d’embarquement.

Finalement, nous avons largement le temps de visiter la salle déserte avant de nous enregistrer et de monter à bord du Boeing 737.
Les Andes à droite, les plaines sans fin à gauche et partout autour un paysage désertique.

Quelques lacs céruléens ponctuent la lande infinie, les azurs clairs cèdent la place à des bleus laiteux, taches colorées perdues au milieu du beige ennuyant du désert. Si d’aucuns sont intéressés de savoir d’où viennent ces couleurs irréelles, il suffira de lire la journée du mercredi…

À 11 heures 10 notre avion se pose sur le tarmac de l’aéroport d’El Calafate. La température a chuté, mais le ciel est dégagé et le vent, si fameux dans cette région du monde semble au repos aujourd'hui.

Nous attendons que le van de VES se remplisse. Moins cher que le taxi, il est l’équivalent du Transvip chilien, un bon compromis entre le bus et le taxi. Après avoir croisé deux nandous, des tonnes de lapins sauvages, quelques renards, nous arrivons dans les faubourgs de la petite ville patagonne. Le chauffeur dépose les touristes à leurs hôtels respectifs.
Nous débarquons les derniers à l’Hostel del Glaciar Pioneros, un genre d’auberge de jeunesse avec ambiance festive, grands espaces communs, mais au prix d’un vrai hôtel, à la hauteur de la situation géographique. 

Il faut compter au moins 70$ pour une chambre double, le petit-déjeuner, sous forme de buffet, est inclus. Il y a bien sûr des lits (23$) proposés en dortoir, mais nous laissons ces places aux backpackers désargentés, tourdumondistes au budget serré et autres jeunesses en quête de communauté de voyageurs.
La bonne humeur et l’accueil agréable, et en français, sont appréciés, la chambre très confortable, je profite de la disponibilité pour réserver une nuit supplémentaire. Par contre ensuite, tout est complet. 

Ce week-end, c’est le début de la Fiesta del Lago, et tous les humains des immenses alentours se dirigent inexorablement vers les lumières festives d'El Calafate. Nous sommes tombés sur la seule fin de semaine où il sera absolument impossible de trouver un lit dans n’importe quel hôtel, B&B, AirBnB, Camping, auberge, ou même coin de trottoir à l’abri de la pluie… Ou alors à des prix complètement délirants.

El Calafate est officiellement fondée aux alentours de 1927 au milieu d’un grand désert bordé du lac Argentino, le plus grand des lacs de Patagonie. Environ 17 000 personnes habitent la ville en permanence, les touristes doublent, voire triplent la population locale lors de la belle saison et de la fameuse Fiesta.
Le calafate est un buisson épineux du sud de la Patagonie dont les baies, qui ressemblent à des bleuets, sont comestibles et on les trouve en abondance dans les desserts, confitures et glaces vendus en ville.

La ville est la porte d’entrée du parc national Los Glaciares, et de son réputé glacier Perito Moreno

Notre projet de demeurer un peu plus longtemps ici tombe à l’eau aussi sûrement que la pluie qui s’invite dans les prochains jours. 
Notre expédition dans le parc du mont Fitz Roy que nous avions prévu à partir d'El Chaltén, un petit village au nord, est également compromise. Aucune chambre n’est disponible et tout est très cher. En plus, les prévisions météo sont très pessimistes.

Mais là, tout de suite, il fait beau et nous voulons en profiter avant que les nuages ne s’amoncellent au-dessus de notre bonne humeur. La Zorra, un joli resto/bar nous ouvre ses portes et ses pintes de bière maison, l’accueil est à la hauteur des conditions rudes du pays, généreux et souriant.

Confiants, nous allons parcourir toute la ville à la recherche d’une chambre. De rues, en ruelles, en venelles, en hôtels, auberges, piaules, nous repartons bredouilles à chaque fois. Une seule demoiselle nous dit que peut-être, incidemment, possiblement, mais c’est loin d’être certain, une chambre pourrait éventuellement se libérer vendredi. Il faudrait repasser à ce moment-là. 
Houla, il y a bien trop d’incertitudes et nous n’avons pas le temps de vivre avec des hypothèses. On verra ça demain.

Cette promenade nous a permis de constater que El Calafate est la capitale de la lavande. Les buissons odorants embaument l’air, partout les jolies fleurs bleues explosent de parfums, les bouquets sont des bosquets devant les maisons, hormis la température un peu fraîche, on se croirait dans un grand champ provençal. 

Des couples d’ibis à face noire, aimables oiseaux aux grands becs recourbés, cherchent leur pitance dans les pelouses et se content fleurette en poussant quelques cris assez peu mélodieux, coincés quelque part entre le canard et la roue de vélo mal huilée.

À la station-service, des motards sérieusement équipés pour l’aventure remplissent les réservoirs de leurs BMW. Pneus de rechange, équipement complet pour vivre plusieurs jours en autonomie, ces fanatiques de la fameuse Ruta 40, une balade de santé de 5 000 km, qui débute (ou termine) à la frontière bolivienne au nord, font une escale avant la dernière ligne droite pleine de virages qui les mènera à Rio Gallegos aux confins des côtes de l’océan Atlantique.


Nous partons ensuite à la découverte de la Reserva Laguna Nimez, un site protégé au nord de la ville où de nombreux oiseaux ont élu domicile.
Nous nous acquittons de la petite obole demandée à l’entrée, et, munis du plan du site illustré de quelques photos des animaux les plus communs, nous parcourons le doux sentier entre terre et lagune.

Tout est serein, la tourbe est douce sous nos pas, le vent est faible et le ciel change toutes les deux secondes. Au loin, les sommets de la cordillère des Andes dominent majestueusement le paysage.

Les pics enneigés, les nuages et le ciel se reflètent dans le miroir parfait des eaux de la lagune. Le vrombissement de quelques bourdons lestés de pollen se perd dans les buissons en fleur

Nous nous prenons rapidement au jeu d’ornithologues amateurs et nous déplaçons en silence et en prenant mille précautions pour ne pas effrayer la faune aviaire. 
Ici, une Annumbi alouette, perchée au faîte d’un arbre ; là, un canard au bec bleu, l’érismature des Andes ; le bruant chingolo que j’aurais appelé plus simplement un moineau ; plus loin, plusieurs Caracara chimango, un petit faucon dont plusieurs jeunes sont encore un peu étonnés de porter des ailes et de leurs premiers vols.


Nous n’avons jamais vu et ne connaissons bien sûr aucune de ces bestioles, mais le cadre et la sérénité de l’endroit en font un lieu idéal pour se pencher un peu sur le sujet. Le sentier serpente entre les talles de pâquerettes, le soleil va et vient derrière quelque rares nuages, il fait bon se promener dans ce lointain sud patagon.

De l’autre côté de la dune, l’immense lago Argentino étend ses eaux bleues laiteuses que ponctuent de leurs couleurs éclatantes quelques flamants roses. Nous avons la chance d’admirer un couple de Coscorobas blancs, des palmipèdes magnifiques au bec rouge qui n’ont pas su trouver leur place entre le cygne et l’oie. 

De colossales Ouettes de Magellan déambulent paisiblement entre les plantes rabougries, des vanneaux téro gambadent sur la plage et s’envolent rapidement au moindre doute. Les flamants roses sont trop loin, inutile de leur courir après.

Nous repassons le petit cordon dunaire et terminons cette promenade entre les milliers de fleurs qui tapissent le sol et le marais où s’ébroue une foulque noiraude au bec jaune vif. C’est un vrai bonheur de découvrir toute cette faune, nous n’avons même plus à nous forcer pour ressembler à de vrais ornithologues.


En reprenant le chemin de notre hôtel, nous tentons encore de croire qu’une chambre puisse s’être libérée. Mais au cours de la journée de très nombreux festivaliers sont arrivés, et il est illusoire d’espérer. Têtus, nous faisons quand même quelques portes avant de nous résigner et de décider que nous quitterons El Calafate plus tôt que prévu.

Complètement vidés par une journée où nous avons battu tous les records de marche, nous regagnons notre chambre. Il est tard, nous souperons avec quelques biscuits secs, le moral est un peu en berne.



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