Mardi 14 février – El Calafate

La fête des amoureux, c’est tout le temps, mais nous allons quand même souligner ce jour en nous offrant une virée encore plus au sud. J’ai l’impression que depuis deux semaines, nous ne faisons qu’être plus au sud du sud tous les jours. Ce pays n’est-il donc qu’un sud sans fin ?

Et puisque le temps nous est compté, nous avons opté pour un vol vers El Calafate, 1300 kilomètres au sud de Bariloche. Nous avions bien sur l’option plus économique de prendre le bus pendant 24 heures, mais à bord de notre aéroplane, nous rejoindrons la ville en 1 heure 45. Et puis le paysage est tellement beau vu d’en haut !

Nous avalons rapidement quelques brioches dans la salle à manger avant d’attraper un taxi au bord de la route. Le transfert en bus est long et ne passe pas assez régulièrement pour que nous soyons à l’heure à l’aéroport qui se situe à une quinzaine de kilomètres de la ville. Le chauffeur a une immense route vide devant lui et fonce tête baissée vers la zone d’embarquement.

Finalement, nous avons largement le temps de visiter la salle déserte avant de nous enregistrer et de monter à bord du Boeing 737.
Les Andes à droite, les plaines sans fin à gauche et partout autour un paysage désertique.

Quelques lacs céruléens ponctuent la lande infinie, les azurs clairs cèdent la place à des bleus laiteux, taches colorées perdues au milieu du beige ennuyant du désert. Si d’aucuns sont intéressés de savoir d’où viennent ces couleurs irréelles, il suffira de lire la journée du mercredi…

À 11 heures 10 notre avion se pose sur le tarmac de l’aéroport d’El Calafate. La température a chuté, mais le ciel est dégagé et le vent, si fameux dans cette région du monde semble au repos aujourd'hui.

Nous attendons que le van de VES se remplisse. Moins cher que le taxi, il est l’équivalent du Transvip chilien, un bon compromis entre le bus et le taxi. Après avoir croisé deux nandous, des tonnes de lapins sauvages, quelques renards, nous arrivons dans les faubourgs de la petite ville patagonne. Le chauffeur dépose les touristes à leurs hôtels respectifs.
Nous débarquons les derniers à l’Hostel del Glaciar Pioneros, un genre d’auberge de jeunesse avec ambiance festive, grands espaces communs, mais au prix d’un vrai hôtel, à la hauteur de la situation géographique. 

Il faut compter au moins 70$ pour une chambre double, le petit-déjeuner, sous forme de buffet, est inclus. Il y a bien sûr des lits (23$) proposés en dortoir, mais nous laissons ces places aux backpackers désargentés, tourdumondistes au budget serré et autres jeunesses en quête de communauté de voyageurs.
La bonne humeur et l’accueil agréable, et en français, sont appréciés, la chambre très confortable, je profite de la disponibilité pour réserver une nuit supplémentaire. Par contre ensuite, tout est complet. 

Ce week-end, c’est le début de la Fiesta del Lago, et tous les humains des immenses alentours se dirigent inexorablement vers les lumières festives d'El Calafate. Nous sommes tombés sur la seule fin de semaine où il sera absolument impossible de trouver un lit dans n’importe quel hôtel, B&B, AirBnB, Camping, auberge, ou même coin de trottoir à l’abri de la pluie… Ou alors à des prix complètement délirants.

El Calafate est officiellement fondée aux alentours de 1927 au milieu d’un grand désert bordé du lac Argentino, le plus grand des lacs de Patagonie. Environ 17 000 personnes habitent la ville en permanence, les touristes doublent, voire triplent la population locale lors de la belle saison et de la fameuse Fiesta.
Le calafate est un buisson épineux du sud de la Patagonie dont les baies, qui ressemblent à des bleuets, sont comestibles et on les trouve en abondance dans les desserts, confitures et glaces vendus en ville.

La ville est la porte d’entrée du parc national Los Glaciares, et de son réputé glacier Perito Moreno

Notre projet de demeurer un peu plus longtemps ici tombe à l’eau aussi sûrement que la pluie qui s’invite dans les prochains jours. 
Notre expédition dans le parc du mont Fitz Roy que nous avions prévu à partir d'El Chaltén, un petit village au nord, est également compromise. Aucune chambre n’est disponible et tout est très cher. En plus, les prévisions météo sont très pessimistes.

Mais là, tout de suite, il fait beau et nous voulons en profiter avant que les nuages ne s’amoncellent au-dessus de notre bonne humeur. La Zorra, un joli resto/bar nous ouvre ses portes et ses pintes de bière maison, l’accueil est à la hauteur des conditions rudes du pays, généreux et souriant.

Confiants, nous allons parcourir toute la ville à la recherche d’une chambre. De rues, en ruelles, en venelles, en hôtels, auberges, piaules, nous repartons bredouilles à chaque fois. Une seule demoiselle nous dit que peut-être, incidemment, possiblement, mais c’est loin d’être certain, une chambre pourrait éventuellement se libérer vendredi. Il faudrait repasser à ce moment-là. 
Houla, il y a bien trop d’incertitudes et nous n’avons pas le temps de vivre avec des hypothèses. On verra ça demain.

Cette promenade nous a permis de constater que El Calafate est la capitale de la lavande. Les buissons odorants embaument l’air, partout les jolies fleurs bleues explosent de parfums, les bouquets sont des bosquets devant les maisons, hormis la température un peu fraîche, on se croirait dans un grand champ provençal. 

Des couples d’ibis à face noire, aimables oiseaux aux grands becs recourbés, cherchent leur pitance dans les pelouses et se content fleurette en poussant quelques cris assez peu mélodieux, coincés quelque part entre le canard et la roue de vélo mal huilée.

À la station-service, des motards sérieusement équipés pour l’aventure remplissent les réservoirs de leurs BMW. Pneus de rechange, équipement complet pour vivre plusieurs jours en autonomie, ces fanatiques de la fameuse Ruta 40, une balade de santé de 5 000 km, qui débute (ou termine) à la frontière bolivienne au nord, font une escale avant la dernière ligne droite pleine de virages qui les mènera à Rio Gallegos aux confins des côtes de l’océan Atlantique.


Nous partons ensuite à la découverte de la Reserva Laguna Nimez, un site protégé au nord de la ville où de nombreux oiseaux ont élu domicile.
Nous nous acquittons de la petite obole demandée à l’entrée, et, munis du plan du site illustré de quelques photos des animaux les plus communs, nous parcourons le doux sentier entre terre et lagune.

Tout est serein, la tourbe est douce sous nos pas, le vent est faible et le ciel change toutes les deux secondes. Au loin, les sommets de la cordillère des Andes dominent majestueusement le paysage.

Les pics enneigés, les nuages et le ciel se reflètent dans le miroir parfait des eaux de la lagune. Le vrombissement de quelques bourdons lestés de pollen se perd dans les buissons en fleur

Nous nous prenons rapidement au jeu d’ornithologues amateurs et nous déplaçons en silence et en prenant mille précautions pour ne pas effrayer la faune aviaire. 
Ici, une Annumbi alouette, perchée au faîte d’un arbre ; là, un canard au bec bleu, l’érismature des Andes ; le bruant chingolo que j’aurais appelé plus simplement un moineau ; plus loin, plusieurs Caracara chimango, un petit faucon dont plusieurs jeunes sont encore un peu étonnés de porter des ailes et de leurs premiers vols.


Nous n’avons jamais vu et ne connaissons bien sûr aucune de ces bestioles, mais le cadre et la sérénité de l’endroit en font un lieu idéal pour se pencher un peu sur le sujet. Le sentier serpente entre les talles de pâquerettes, le soleil va et vient derrière quelque rares nuages, il fait bon se promener dans ce lointain sud patagon.

De l’autre côté de la dune, l’immense lago Argentino étend ses eaux bleues laiteuses que ponctuent de leurs couleurs éclatantes quelques flamants roses. Nous avons la chance d’admirer un couple de Coscorobas blancs, des palmipèdes magnifiques au bec rouge qui n’ont pas su trouver leur place entre le cygne et l’oie. 

De colossales Ouettes de Magellan déambulent paisiblement entre les plantes rabougries, des vanneaux téro gambadent sur la plage et s’envolent rapidement au moindre doute. Les flamants roses sont trop loin, inutile de leur courir après.

Nous repassons le petit cordon dunaire et terminons cette promenade entre les milliers de fleurs qui tapissent le sol et le marais où s’ébroue une foulque noiraude au bec jaune vif. C’est un vrai bonheur de découvrir toute cette faune, nous n’avons même plus à nous forcer pour ressembler à de vrais ornithologues.


En reprenant le chemin de notre hôtel, nous tentons encore de croire qu’une chambre puisse s’être libérée. Mais au cours de la journée de très nombreux festivaliers sont arrivés, et il est illusoire d’espérer. Têtus, nous faisons quand même quelques portes avant de nous résigner et de décider que nous quitterons El Calafate plus tôt que prévu.

Complètement vidés par une journée où nous avons battu tous les records de marche, nous regagnons notre chambre. Il est tard, nous souperons avec quelques biscuits secs, le moral est un peu en berne.



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Lundi 13 février – San Carlos de Bariloche

Le lit est vraiment petit, mais le Carménère a fait son œuvre. Le soleil se pavane dans le ciel de cette petite ville de montagne perchée à 900 mètres d’altitude.

Dans les alentours proches, des dizaines d’activités sont proposées, mais nous n’avons pas le temps d’en profiter. Éventuellement, nous nous promettons de rester quelques jours au retour pour faire un balade à cheval ou découvrir les paysages fantastiques lors d’une randonnée.

En attendant, nous déambulons dans les rues de la ville, admirons le travail de quelques artistes hippies. Colliers, bracelets, pipes à pot, calebasses à maté, travail du cuir et autres sculptures en trombones.

San Carlos de Bariloche a été fondé en 1902 et a longtemps été habité par une colonie majoritairement germanophone. Les noms des commerces et son architecture actuelle ne démentent pas ses origines.

Hormis son cadre idyllique, la ville est également connue pour avoir servi de refuge à des criminels nazis. Les gouvernements dictatoriaux et totalitaires, contrôlés par les militaires du Paraguay, de l’Argentine et du Chili, fermèrent les yeux, voire accueillirent les tortionnaires nazis sans états d’âme. Ces fuyards ne se cachèrent même pas, bien à l’abri de la justice. Quelques-uns finirent quand même par être attrapés et durent faire face à leurs immondes crimes. Beaucoup de ces vieillards, trop âgés, malades ou très malins échappèrent tout de même à la justice.

Rafraîchissement capillaire chez le barbier du coin ; pause repas fait de spätzele et gulasch, de choucroute et bière pression à la Cerveceria Bachmann, avant de finir dans les eaux cristallines du lac qui borde la ville. 

Une drôle de mousse blanche qui ressemble beaucoup à un dépôt chimique recouvre les rochers. Aussitôt mouillé, le traître tapis blême devient extrêmement glissant, et la mise à l’eau est beaucoup moins élégante. J’apprendrais plus tard que cette mousse est une algue parasite extrêmement envahissante et que la population est appelée à la combattre pour éviter de la transmettre à tous les lacs de Patagonie.
La plage est entièrement bondée, mais les rochers moussus sont parfaitement adaptés à une pause balnéaire. 

Par contre, la température de l’eau est bien loin d’autoriser une baignade longue et voluptueuse. 


Nous regagnons le centre-ville et, puisque la chair est faible, nous ne faisons aucun effort pour résister à la tentation d'un détour par le comptoir de glaces du célèbre chocolatier Mamuschka.

Dans les rues en travaux, les abords du parc et dans chaque recoin, des chevelus et des filles en robe à fleurs ont installé leurs petits kiosques ou simplement leurs tapis sur lesquels s’étalent leurs créations artistiques. Des jeunes interpellent les touristes en susurrant cambio, cambio, signe évident que la toute brève et fragile stabilité monétaire du pays vient à nouveau de sombrer dans les étranges fluctuations de l’économie nationale.

Nous referons honneur à la généreuse table de chez Alberto, avant de faire la tournée de quelques-uns des nombreux magasins de chocolat de la rue Mitre.
Les comptoirs débordent de délices cacaotés, les boites écarlates et dorées se mirent dans les vitrines éblouissantes, les miroirs reflètent multitudes de gourmandises fourrées au manjar, de tablettes fines et délicates dans lesquelles se noient amandes, noisettes, pistaches et baies séchées.

Nous savons déjà ce que nous allons faire de notre prochain séjour à San Carlos de Bariloche !


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Dimanche 12 février – Puerto Montt à Bariloche – Viva Argentina !

La pluie n’a pas cessé de toute la nuit. Malgré l’aération naturelle de notre fenestration bon marché, l’eau n’est pas rentrée dans notre chambre.
Nous nous levons aux aurores et montons à la salle à manger pour profiter du petit-déjeuner offert avec la chambre.

La table à coté est occupée par quatre Chinois qui mangent tellement comme des cochons que ça en devient insupportable. Le préposé au déjeuner préfère se rendormir sur le canapé plutôt que subir les mâchouillis, mastications bruyantes et renâclements de gorge. J’ai trop faim, je vais tenir le coup.

Nous terminons rapidement nos sacs et marchons vers le terminal des bus. Notre autobus part à 8h30, et j’ai choisi les pires places, en face de la porte des toilettes, tout au fond.

De Puerto Montt, nous repassons par le petit terminal de Puerto Varas puis faisons un arrêt à Osorno. Ensuite, nous longerons certains des lacs où nous avions campé avec notre Maradonette quelques jours plus tôt, et passerons par Entre Lagos où malheureusement, nous n’aurons pas le temps de déguster une part de ce délicieux küchen, au café homonyme.

Une famille canadienne, avec un papa diplomate à Buenos Aires, s’est installée à l’avant du bus. Leur fiston, Gabriel, blond et bouclé comme un Saint Jean-Baptiste, est atteint d’un virus qui lui fera passer des très longues minutes aux toilettes.
Régulièrement, nous le voyons, blanc comme un linge propre, courir dans l’allée, ouvrir la porte en catastrophe et se jeter tête première dans le fumet nauséabond du petit bol en inox.
À chaque fois, nous espérons qu’il n’y a personne, car nous sommes les voisins directs des lieux d’aisances.

Ses cris et gémissements emplissent alors une partie du bus et brisent les cœurs les plus endurcis. Sa maman vient le voir en lui prodiguant moult encouragements et gentils mots. Elle s’excusera du dérangement engendré par son garçon, mais nous nous mettons à sa place et compatissons avec ferveur.

Enfin, vers midi, nous arrivons à la douane chilienne. Instant redouté par André qui panique à l’idée que l’on découvre qu’il n’a rien d’incriminable dans ses affaires. Il s’agit simplement de sortir du bus, de faire une file rapide, de collecter le tampon de sortie du pays et nous pouvons remonter vers nos sièges.

Quelques dizaines de kilomètres plus loin, à travers le Parque Nacional Puyehue, nous traversons un no mans land volcanique où quelques arbres se battent pour survivre au milieu des landes de scories, nous arrivons à la frontière argentine. Ici aussi ça va assez vite, enfin pas loin d’une heure, mais les formalités sont rapidement expédiées. 
Vérifications du passeport, et surtout de la taxe de réciprocité dont sont imposés les ressortissants de quelques pays, dont le Canada. Cette taxe, qui existait également au Chili avait été supprimée peu de temps avant notre voyage, mais elle a toujours cours en Argentine. Exigée par le Canada pour les Argentins est donc logiquement réclamée aux Canadiens par le gouvernement argentin.

Il faut impérativement la payer en ligne et l’imprimer avant le passage à la frontière, sinon l’accès au pays est, soit interdit, soit surtaxé comme pour cette Québécoise dont nous croiserons la route à El Calafate. Arrivée à la douane comme une fleur, sans s’être moindrement renseignée, il lui a fallu payer 200$US pour un visa express sur place, en ligne, il en coûte 79$US.

Nous redescendons vers la plaine et les innombrables lacs. La forêt de résineux, la fraîcheur montagnarde, et les reflets éblouissants du soleil dans l’eau limpide des lacs nous transportent dans un pays plus alpin, quelque part entre Autriche et Suisse.

Enfin, à 16h15, notre autobus arrive à San Carlos de Bariloche. Délivrance pour le jeune Gabriel qui est maintenant presque transparent, et pour sa maman qui ne sait plus quoi faire pour aider son fils. Au moins, il va avoir droit à des vraies toilettes pour se débarrasser de son envahissant virus.
N’ayant pas le moindre centime de monnaie locale, nous ne pouvons monter dans un taxi et nous rendons à pied au centre-ville..
Presque quatre kilomètres à parcourir avant de débusquer la réception de l’Hôtel Internacional et d’accéder à notre petite chambre où nous pouvons enfin nous débarrasser de nos sacs.

Premières constatations, c’est cher ! La chambre d’hôtel n’est pas une surprise puisque nous l’avion réservé en ligne, mais dans l’ensemble, la vie semble plus chère qu’au Chili. Et pour cause… 
Durant l’année 2016, ce sont 40 % d’inflation que le pays a connu, les prix indiqués dans notre guide de voyage sont obsolètes et pour éviter que l’économie vacillante du pays ne soit encore plus instable, le retrait maximal dans les distributeurs est de 167$ CA avec des frais fixes de 13$, plus 2$ de frais bancaire. Je n’ai pas du tout l’impression de me faire arnaquer...

Et ici, l’argent comptant sort plus vite que prévu, puisque, contrairement à son voisin, le pays accepte beaucoup moins les cartes de payement. 

Mais c’est beau ! Le site est superbe, la ville perchée au bord de l’immense lac Nahuel Huapi, et l’architecture ressemble à s’y méprendre à une ville des rives d’un lac alpin.
Nous faisont un tour sur la place que domine le fier général Roca campé sur son canasson. 

Un peu d’histoire :
Président du pays en 1880, Alejo Julio Argentino Roca Paz est également connu pour avoir mené des campagnes militaires afin de conquérir des territoires originellement occupés par les autochtones. Comme tout bon homme blanc, il considérait les sauvages comme des animaux, en moins pratique, et fut prompt à les génocider par dizaines de milliers. Bien que les Mapuche furent de solides guerriers, ils ne purent lutter contre une armée moderne et bien entraînée. Après avoir décimé les guerriers, l’armée de Roca fit passer plusieurs dizaines de milliers de femmes, enfants et vieillards au fil de l’épée ou fauchés par la mitraille. Les survivants furent déportés dans des endroits où même un caillou refuserait de pousser, des milliers de familles et de couples furent séparés pour qu’aucun nouveau-né ne puisse être engendré.

Henri Bouquet
On ne pousse pas de hauts cris horrifiés, car à pareille époque, nos vaillants conquérants ds nouveaux mondes faisaient subir le même sort aux Amérindiens d' Amérique, aux Aborigènes d’Australie et de Tasmanie et autres peuplades ancestrales. 
Soit par la chasse organisée comme en Australie, où les Aborigènes ne furent exclus de la liste des plantes et des animaux qu’en 1967, ou tout simplement par maladie. Rhumes et grippes apportés par les colons, ou grâce à des couvertures et vêtements contaminées par des maladies mortelles. 

Et surprise, c’est un Suisse, le démoniaque Henri Bouquet, qui semble être à l’origine de cette première guerre bactériologique en 1764, lorsqu’il offrit généreusement des couvertures infectées de variole aux Amérindiens.
Il a quand même une bonne tête de salaud. 

On revient au grand bol d’air frais et à notre découverte bucolique de Bariloche. 
Des gros chiens Saint-Bernard, tonnelet dûment accroché autour du cou attendent le touriste pour une photo souvenir. 
Partout dans la ville, des dizaines de magasins de chocolat laissent échapper leurs effluves cacaotés dans les rues venteuses.
Capitale incontestée du chocolat, où pourtant aucun cacaoyer ne pousse, nous serons fort agréablement surpris par sa qualité et ses prix abordables. Je sens que ce séjour sera une réussite !

Le soir, nous allons nous poser au fameux El Boliche de Alberto, un restaurant réputé, tout entier dédié à la viande. Nous avons de la chance de trouver une place, car cet endroit est extrêmement couru. 

Un immense barbecue occupe un vaste espace, des boudins bedonnants, des chorizos fringants et de fières pièces de bœuf ou de porc trônent sur le comptoir, une vision de l’anti-chambre des Enfers pour les végétariens.

Le bife de chorizo (contre-filet) de 400 grammes est accompagné d’un Everest de frites fraîches. Tout est surdimensionné, il y a la moitié d’un jardin dans le bol de salade et la purée pourrait nourrir une table de 4 personnes affamées. 

La viande est un pur délice, cuite à la perfection, fondante à souhait, et le tout est évidemment arrosé d’un vin à la hauteur de cette bonne table.

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Samedi 11 février – Puerto Montt

Cette journée est une escale sur la route de l’Argentine. Les horaires des bus ne concordant pas vraiment, nous avons décidé de passer la nuit à Puerto Montt avant de traverser la frontière.

La pluie s’est installée dans le ciel de Chiloé. Nous montons dans le bus qui va faire une escale à Ancud, avant de se stationner sur le traversier en direction de Puerto Montt.

Le petit garçon qui passe son temps à taper dans le dossier de mon siège d’autobus va bientôt finir son trajet dans la soute à bagages. Mes gros yeux à sa maman n’y changent rien. Ici, l’enfant est plus qu’un roi, c’est un mini empereur-dictateur qui a tous les droits, et qui ne se prive pas d’en user et abuser.
Finalement, je me retourne assez violemment et demande d’arrêter, sinon j’infanticide !
Je ne sais pas si les bons mots sont sortis, mais le calme revient immédiatement.

Puerto Montt est une grande ville de plus de 200 000 habitants. Carrefour stratégique entre la région des lacs et la Patagonie, elle est surtout une ville de transit. 

Contrairement à sa voisine Puerto Varas, elle n’en a ni le charme, ni la poésie. 
On y trouve quand même quelques brasseries sympas et des restaurants qui valent un excellent repas. 

En attendant, nous marchons vers notre auberge, sous une petite bruine fraîche, et la ville grimpe pas mal du côté des collines.
Nous trouvons enfin notre demeure, qui est une énorme bâtisse étalée sur deux rues. La Posada de Pablo est supposée se situer sur la rue Buenos Aires, mais ni pancarte, ni numéro ne signale l’auberge. Nous montons donc à l’Hostal Don Nicolas sur la rue Chiloé qui est juste au-dessus. Finalement, on nous ouvre la porte et nous explique que c’est bien sur l’autre rue, en fait toute la bâtisse appartient à la même famille.
Un coté simili-chic et un coté pas chic du tout, ça dépend du prix que tu payes… Nous sommes dans le deuxième.

Passages à travers la buanderie, plafonds bas et cadres de portes au niveau du front, escaliers en colimaçon, petite cour, nouveaux escaliers, et enfin, nous arrivons à notre chambre.
C’est un peu humide, un peu sombre et un peu vieillot, mais ça a l’air calme et c’est assez grand. De toute façon, je ne comptais pas y passer ma lune de miel.

Nous quittons rapidement notre auberge pour gagner le centre-ville. 
La promenade le long des quais nous fait tout de même découvrir l’un des meilleurs choripan de notre voyage. Les chorizos cuisent dans une grosse marmite avec des oignons et un bouillon des plus odorants. La saucisse fond en bouche, c’est un vrai délice.

Nous faisons très rapidement le tour du centre commercial, et retournons à l’air libre. Le vent se charge de nettoyer le ciel, lorsque nous remarquons un attroupement et des hurlements de sirènes. Je doute fort qu’un décérébré fou-de-dieu vienne foutre le bordel dans cette bourgade, mais de plus en plus de camions de pompiers et d’ambulances convergent, toutes sirènes hurlantes vers la place d’Armes.

C’est l’activité de ce samedi tranquille, la revue des bomberos, le défilé de leurs gros camions rouges et des démonstrations de leurs savoir-faire. Leur matériel est moderne et bien entretenu, et d’après les autocollants sur les véhicules, nombreux sont les dons de l’Espagne.

Une grande échelle est déployée face à un camion qui érige une benne à une hauteur impressionnante. Des pompiers grimpent habilement le long de l’interminable échelle, puis les p’tits gars d’en bas ouvrent les vannes. L’eau s’engouffre dans le boyau rouge et jaillit de la lance braquée sur la plaza de Armas, où presque tout le monde a pensé à larguer les amarres. 

Désincarcération, feu de voiture, de poubelle, blessés fictifs, toutes les situations sont passées en revue. Nous allons nous abriter dans un bistro en attendant la fin des émanations ténébreuses du pétrole en feu.

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Ciel, il est déjà tard, l’heure du souper est arrivée sans que nous nous en soyons rendus compte. Comme notre voyage s’est lentement, mais sûrement transformé un pèlerinage gastronomique et que le pays s’y prête, nous allons donc faire les honneurs de la réputée cuisine du Chile Picante. D’abord, il faut traverser toute la ville et grimper au sommet de l’une de ses collines. Essoufflés, nous arrivons au pied de l’escalier du restaurant que nous pensons fermé. Mais il est en train d’ouvrir, on mange tard au Chili.

Nous serons les seuls clients ce soir et nos assiettes sont largement à la hauteur de la réputation de l’établissement. Sa situation géographique nous offre une superbe vue sur la ville et le port. Le menu trois services, nous propose des plats magnifiquement présentés. Produits locaux, mélanges de traditions culinaires, couleurs vives, goûts insolites, un arrêt gastronomique à ne pas manquer. Surtout pour moins de 20$ par personne. Et ils ont un excellent Carménère !

Maintenant, il nous suffit juste de descendre la pente, tirer un peu à droite, ne pas rater les escaliers, éviter les attroupements avinés dans les coins sombres, et nous arrivons à notre chambre dans le dédale de couloirs de notre Posada. 

Demain, nous serons vraiment en Argentine !

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